‹ La fortune des d'Orléans: origine et accroissementChapitre 29 sur 51 · POUR SERVIR DE SUITE · texte numérisé non relu

POUR SERVIR DE SUITE

A LA LETTRE DE M. LE DUC D'oRLÉANS A M. DE LACLOS

Monseigneur,

Sous quelle malheureuse étoile suis-je donc né pour qu'on ait pu me calomnier dans votre esprit et VOUS persuader que si tous vos projets n'ont pas réussi, je suis seul coupable de leur mauvais succès.

En vérité, ^Ionseig^eur, et j'en jure par tout ce qu'il y a de plus sacré, je n'aurais pu être plus fidèle à mon légitime souverain que je ne l'ai été à votre égard. Le simple récit des faits vous convaincra de cette vérité et me justifiera sûrement à vos yeux. J'espère ne plus entendre de votre bouche ces reproches accablants, qui ne manqueraient pas, j'en conviens, de me détacher d'un parti qui ne récompenserait mes peines que par des injures.

Daignez, Monseigneur, vous rappeler l'époque où, pour la première fois, vous m'honorâtes de votre confiance intime. Rappelez-vous, je vous en conjure, vos propres paroles : — Je suis, me disiez-vous, taré absolument dans le public et à la Cour. Mes débauches m'ont en partie ruiné, ma lésinerie me soutient, et j'espère que mes escroqueries me relèveront tout à fait, mais mon honneur est perdu sans ressource. Tels étaient vos discours ; je les ai encore tous pré-

?>]Ct LA FORTINE DES d'oRLÉANS.

seuls à l.M iinMi luire. Moi qui, comme tant d'autres, a\ais calculé la forinentation qui régnait dans le peuple et qui prévoyais (jiie l'incendie ne tarderait pas à éclaler, je vous roaseillai d'en profiter ; et vous me l)erinites de vous tracer la conduite que vous deviez leuir.

\'(iiis convieiidF'ez que mon plan n'était pas mauvais. Tu a(-te de vigueur fait en plein Parlement: ces inihéciles de Robins, devenus vos dupes, croyaient de honne foi cpie vous travailliez pour eux, tandis qu'en fait, vous n'agissiez (pie pour supplanter votre cousin.

Le petit exil du llaincy nous avait servi au delà (le nos vœux. T.e peuple vous regardait comme son plus ferme soutien, et les véritables aristocrates comme leur Coryphée. 11 faut l'avouer, les circonstances semblaient naître pour nous. Excusez, Monseigneur, si j'ose ainsi parler toujours au pluriel. Vous savez que vous-même m'attribuez tout le mérite du plan dont vos plaisirs, dites-vous, et votre vie licencieuse vous eussent empécbé de concevoir l'idée.

C'est alors qu'on parla pour la première fois d'États- Généraux. Nous saisîmes cette occasion. Le peuple commençait à se montrer. Nous profitâmes de ses dispositions ])our réchauffer de plus en plus et nos batteries furent dressées de ce cAté-là, avec une adresse (pii eût fait honneur au Mazarin.

L'argent nous manciuait. Nous empruntâmes aux j)lus gros inlénMs. Nous a dictâmes les blés à bon compte ; nous les fîmes sortir de France et déposer dans les Iles de Jersey et Guernesey, pour ne les en faire revenir ([u'au moment où devenus cliers, ils nous ]'appnrlci*aient des monceaux d'or. On ne peut, je crois, ^ M)\v une partie mieux liée: et sûrement l'auteur d'un' pareil projet méritait plutôt une couronne que des reproches de votre part.

Pendant que notre petit commerce nous valait un Pérou, nous rejetions sur les aristocrates toute la haine du peuple ; et c'est là, je l'avoue, que nos écrivains ont fait des mer\eilles.

Limon lui-m^me. dans cette occasion, nous a rendu

de grands services. Vous voliez au peuple plusieurs millions pour un mois par vos accaparements, mais ceci était secret : ostensiblement vous donniez jusqu'à cent mille écus dans la capitale en plusieurs mois^ et tous les folliculaires, les écrivailleurs, les prônes même des paroisses faisaient retentir les éloges donnés à votre bienfaisance.

Jusqu'ici, je le crois. Monseigneur, votre pauvre Laclos s'était conduit comme un héros ; tout était gain do tous côtés. Machiavel lui-même n'eût pas mieux réussi à travailler un peuple qui, n'étant pas encore sorti de l'esclavage, n'entrevoyait que l'aurore de la liberté.

J'oubliais à cette époque un fait bien important. N'est-ce pas moi qui, dans vos instructions pour les Ktats-Généraux, répandues avec tant de profusion dans tout le royaume, ai inséré ce fameux article du divorce ? J'avais bien mes raisons alors. Permettezmoi de vous les remettre sous les veux.

La première, et je conviens qu'elle était la plus forte, c'est que je m'acquérais une reconnaissance éternelle de Mme de Buffon qui vous conduisait alors comme un enfant à la lisière. Je la flattais, par ce moyen, de pouvoir un jour coucher publiquement et légitimement avec son amant, et par là je m'ancrais dans son esprit tant et si bien que rien au monde ne l^ourrait m'en arracher.

La seconde raison, que vous goûtâtes aussi parfailoniont, Monseigneur, c'est qu'un pareil principe rangeait sous vos drapeaux tous les débauchés, tous les gens ])erdus de dettes, qui auraient espéré rétablir leurs affaires par un autre mariage ; et vous savez ([ue dans de pareilles circonstances, il faut faire flèche de tout bois.

Jusque là, j'avais on ne peut mieux conduit la l)ar([ue : les Etats-Généraux s'assemblent. Au lieu de paraître avec les Princes à la procession publique qui. précéda leur ouverture, vous vous mêlez, comme simple député, avec les autres. Convenez que c'est une idée i\ moi qui vous fit grand honneur. Ce qui doit

ni s i.A FomiNT nrs n'oni.ÉANR.

vous on fnire h vons. Monseigneur, c'est la manière affnblo o\ populniro fivon laquelle vous accueillîtes jusqu'au pliiP petit jnrkoy.

Ho ]h jn«îqirnii 1? juillet, uns machines en bon état r\ jniiaiil an parfait. M..11S n'crtmos qu'à entretenir rotto «lialonr «lu ponpl»» ^\^w nous R\ion9 fomentée ; r't fVaillonrs vous vniis rappelez que. dans le moment nù M M 10 (]o Bnffnii l;ii^sait À votre corps et à votre esprit (piolqiu' n»p«is. j'oiis riionnour de vous faire part •11» inos (it''iiiarrlM's r\ «li* Ifurs effets. Quoique vous r I 11 ippi usassiez souvent, sans d^^tonr, votre lâcheté et \nlr«' priltron literie, je rn>yais que Taspect d'une cou- F 1)1 me snspi 'Heine sur \i»(re Irte vous ferait sortir enfin de Cl» r:ii',-H-|i'î'»' [Misillanime.

M. Neeker, M. de Montiiiorin étaient aimés du penj>le. Mu .j \:\ maladresse de les renvoyer dans un m«»meiit de f«'niientatioîî et de plaeer à la tête du iroMveiiit'iiit'hl di's induM-iles mi des monstres qui devairiil s'atii'iidr»' ;'i rire lapi<1«''s. Notre partie est aussUmI t'< 'm !•'''•. N"^ «l'éalnr'rs, dans votre pnlais même, .iriii'tii'eiil ;in [u'iipl»» «|ii«» \«ins pouvez gouverner d^une manii'-re ilii/rn» de iiniis. \<is «jeFis sold<^s font leur de- \«tii' M i'n\ir. Xoti'e ar«:ent fait autant de héros (j'en puis piiTlei' s;i\;immeiif. cnr diM'rière la toile, je conduisais t'Milr 1m m.MrliineV Kiiini une vinfîtaine de louis jetés l)ien à prn]»ns, je fais ])rendre chez Curtius votre liiisle ([lie j'y avais fait plar-er Iniil exprès, je le fais ]»romerier par Imit Paris : et eoirmie Neeker, puisqu'il ('■tait abseiil. iiT-hiil plus à eraiiidre, je permis aussi que, polir la roî'me, il filf fait menticm de lui.

Tout allait an mi'^nx. Nos bi-i<^aiids de Montmartre faisaient nierxeillr ; ils brûlaient les barrières, ils pillaient, et dans ims rnM\iMiti<iMs, r'élail là-dessus que leur paiement «'tait j)rim-ipalemeiit fondé. Je vous envoie, Monsei^nienr, daignez vous le rappeler, je vous envoie T.atonelie à ^^M•sailles, où vous étiez caché, pour vous ^Ml^^•l^'er à \enir à Paris.

Je lie pnnviiis ci-ciire «ine tout burné qu'il est, il ne fut pas ass(v, r-lnfjiient pour vous persuader, dans un moment si important : enfin, ne vous voyant pas,

je dépêchai Limon, qui, malgré toute sa jactance, ne réussit pas mieux que l'autre. Je ne vous retrace ces circonstances, Monseigneur, que pour me disculper auprès de vous des accusations intentées contre moi. Cette occasion qui ne se retrouvera jamais, dans laquelle, sans tirer l'épée, vous eussiez conquis Paris et par lui la France entière, cette occasion enfin échappa, et je mis mon esprit à la torture pour en faire renaître une autre de laquelle nous pussions mieux profiter.

Pour cela, je lAchai encore les brigands que nous avions rassemblés à Montmartre. Bertier et FouUon fiireni les premières victimes (|ue je sacrifiai, tant pour assouvir la soif de mes agents que pour accoutumer le peuple de Paris à un spectacle que je prétendais lui (lonnor souvent, jusqu'à ce que tous ceux qui nous gênaient, ou (jui eussent pu trop jaser, eussent subi le mémo sort.

(l'est malheureusement à cette maudite époque (pie les bons citoyens, du moins ceux qui se vantent (Vrlre eneore fidèle à la Loi et au Roi, nommèrent ce I.afayette pour conunandant de la Garde Nationale. .Frlndiai notre lirunuic et je m'apereus du premier roiip (Td'il (jiio. (]r tous eeux (|u'on pouvait porter là, il était positivement eelui que j'en eusse écarté avec le plus ^l'and empressement.

Cependant, vous le savez, Monseigneur, mon eoura^^e n'en fut point abattu : je n'en acquis au contraire (pi(^ plus (le force en trouvant un adversaire digne de moi.

Le peuple commeneait à obéir à son général. Une ruse (pM» le diable seul pouvait rendre vaine fut empl(i\(''e. Le pniu niaiHjua. Tout à coup j'empêchai les iimulins de |r)iirner, les boulangers de cuire, et je fia jrfei' (l.ins la rivière le peu de pain qui se fabriquait. Si j.iiiinis on peut s\v prendre mieux, Mon.seigneur, je HP suis plus digne (le votre confiance. Vous le savez, cl xniis-nH'^me, en me consolant du chagrin que me faisait ressfMitir le peu de réussite de mon projet, daignc'\tes nu» donner des noms et des consolations bien

:i*J«» r\ ii»nn m: di.s d*orkkan8.

laift's [MHir «ItMiinniiui^'or et oncouruger un lionime teJ • {lie iii"i.

An iimis «laoût. r;irjiont nous Ht défaut, et dans ce? iii<'niiMil>-ln. piiiiit il'iir'^'iMif, jMiinl d assassins.

MMfll*' lijinlirss*'. Mnrisri^MOiir, no montrai-je pas .ili»is. |)Miii- iiu'ttri' «'li VMS iii.iiiis r-p fninonx portefeuinp ■ •Il iih p;irlii'iilirr li*ii;iit riilVriinS"* la fortune de tant de iJiinillN's rnrisi«l.''r;il»l«'s : i\ ipu'ls pôrils ne nrexposai-jn [lits «Lins rrfto <liMn."M-i-lii' ipii, lionrcusernent pour moi, îii'^t p.is ♦•II'-'»!»' I»i«'ii cniinn»'.

<■•' 'iMi- jrn «lis n'»'st plis, Mnnsoifiiieur, pour vous iMpp»'|i'r U'< .-rr\ i«i'^ «pir j«- Mnis ni n.Midns, mais pour rliM»»'!- «l«* \ntir «'spi'il l«'s s(»np«;«iMs «pj'on v a SBmÔH >\\v in^n iMnipfi'.

lùitin, (M' (]ni «h'v.'iil vous inollro sur le Irône et m'y pl.niM', «'MF lin n' nmus difcs, à cùlù de vous (î), cette farnt'U-»' j«.MrrM''i« «In 7) M<-lubrc arrive. Quels mou venu 'ul s ! MM«'llf> iniph'lndos n'ni-je pas eues à dévorer pi. III- «'x.'-.Mifrr un pl:ni «l«»iil ririvcntion n'est due qu'à inoi !

.!•' r.tis in-.'nii' ilc inini N' pj'iiph» il«'s faubourgs, je 1A«Im? mes «''iiiiss,iii«'s, jr F'«'«lonl)le les appointements (\r n«is (''«•i'iv;nns, i<» fnis l'iti-^oi' dos pi(]iies ; je les dis- Irihno ; j»» st> Ir nos bi-i^';in«ls nnx rnlcs qu'ils devaient JMn«'r : mes xidimcs rt<ii<Mil ni;n'<piée.s ot désignées : l.'i Rrinr d«'\.'iil r\n' nssassinrt» d.'uis sa cliambre. F.^8 ^^•l^d^'s du «-«.rps m» d<'\,Mi«'nt ^nri'c nio g<^ner : je 'es fnisjiis fnsillcr : r\ nn r«inp bi<Mi préparé devait au niilien do la nnins«pi«'|jM'io, J)OT'cot' le /?o/, comme s'il n'oilt sncrnnd)/' <pi«» suns \r «-onp dn basard. Lui mort, nous onssi«ins ('«inninMicé pai* ])l<'nrer, par chercher l'assassin ot le faii-o «M*;uMobM". Non. non, je me trompe, nons vous faisi«ins d«iini(»T', M«»nsoignour, la tutelle du Daupbin. Moiisinir, n(tus 1(^ faisions passer pour incapable, ot d'ailleurs, une attaque d'apoplexie nous en oOt d('d)arrasso. ^T. dWrtois. nous l'avions chassé de

(1) 0\s iiin!?; sont, pannt-il, tirôs de la lettre du duc d'Orléans A laquelle T.aolos est cens<^ répondre.

France, nous le tenions en Italie, et s'il eût voulu re muer, trente coupe-jarrets l'eussent bientôt envoyé rejoindre ses aïeux. 11 ne nous restait plus que le Dauphin ; mais un enfant est sujet à tant d'accidents, qu^ cet obstacle n'aurait bientôt plus été pour nous un obstacle vivant.

Erifm, Monseigneur, vous arriviez au trône, sans plus craindre de concurrent, et c'est à moi seul alors que vous en eussiez été redevable. Mais non, l'enfer, dans toute sa fureur, n'a jamais vomi un monstre plus intrépide que ce maudit Lafayette ; il ne nous soupçonnait pas encore, tant notre jeu était- bien cacbé ; mais il sait que nous sommes partis pour exécuter nos projets ; il arrive avec une armée bien complète, bieh endoctrinée par lui, et ne nous laisse pas même le temps de nous reconnaître. Il dissipe nos agents et nous chasse, accablés de la honte d'avoir tenté vaineme it de ces crimes dont la réussite même ne peut diminuer l'atrocité (1).

Rappelez-vous, Monseigneur, que le courage ne me manqua jamais, que je ne désespérai pas encore. Ma'S cserai-je bien vous le répéter ? Oui, je l'oserai, parce que ma justification en dépend : vous ne montrâtes pas le courage de Cromwell, quoique vous fussiez bien, comme lui, rongé par l'envie de régner. Vous fîtes alors des démarches auxquelles, comme vous ne l'ignorez pas, je m'opposai de toutes mes forces ; vous fûtes jouer devant I.afayette le rôle de Thersite, et à force do bassesse et de lâcheté, après avoir allumé contre vous tout le courroux de son âme héroïque, vous parvîntes â ne plus lui inspirer que le plus profond mépris.

Vous partîtes alors, abandonnant à la vengeance d'un Roi h qui vous aviez voulu ravir le trône et la

fl) Par les élo^^es donnés à r.afayette. dont la conduite fut loin d'ôtre héroïque et même d'être loyale, l'auteur de la Icttro. laisse trop voir au'en faisant le procès de la faction d'Orléans, il cherchait à acquérir des mérites auprès d'une autre faction ; mais cela n'enlève pas toute la valeur à ses révélations sur les mêmes orléanistes, dont, très évldemmerl, il ronnai.^sait à fond les secrets.

32? !..\ FonrrxF dks d'orlé^ans.

\io. lin ponple que vous nviez voulu faire passer poar ré^ir^idfî aux youx do TF-nropo, nno femme, des enfants iniinfonts et «los amis (jn avaient tout sacrifié pour vous.

Ouant h nif>i. Mf»nsoi^rioiir, jo tins ferme comme un rnr : ma ronsrionre est accoutumée depuis longtemps à ne plus mo faire souffrir, et je voulu» encore vous porter sur un trAne que vous sembliez fuir, parce que I.af.iyftte «'tait au j)iptî pour vous empAeher d'y mont<'r. .!<' pris al'»rs d'autres mesures : je cabalai, je pi'i\;ii «'f ]o lis <-l«f»ix dans l'Assemblée nationale de r«'ii\ i|iii> ]r rrus di^iios de devenir mMres.

h AitT'ulInfi îiAait fait preuve de courage dans Taffaire du r, n«-t.t])ro : jo lo ydarai h la tête. 11 est homme à fniit. ù l'rp/'p, à la hnurso : o'est un homme qui a peu d'i'i/HMx. mais m;>liiourousomont il n*a point de tôle.

J,ps (Ir'iiv i,n molli avaient dans le commencement pl'is (!<• iHilitiquo : mais depuis ils se sont trop découvoils. .To ((invions (juo d'apr»\s la promesse que vous avpz f.'iilo à y-.nur dr» lui donner la pince de Lafayette, il uc pMiiv.-ut ^nî'Vf' fairo moins, sans mériter le rej>r«'rlio d'iii^ratitudo.

IJarnavo nous n /'té toui(nirs dévoué de cœur et par priiHJpo : il somhlo qu'il aime le sang pour le plaisir (]o l'aimoT' : car jo mo rappelle que quand nous faisions «''(\-ir(olor los HiTtior. 1rs l'oullon et qu'on en parlait devant lui. on ayant Tair do les plaindre, Barnave s'rrTÎait : « Kli ! r-*» sailli ost-il pur ?

D'aillours. vf»ns lo savez, Monseigneur, comme il a du talent ot qu'il fallait absolument l'avoir à nous, vous in'avoz f»orn[is do lui rtffrir la Mairie de Paris ; aussi, depuis colto riffi-o. il nous o servis chaudement.

Dupnrt ost un j)otit ambitieux qu'il faut flatter, parce qu'on pareil cas, il ost utile de ménager tout le monde : d'ailleurs, il a assez bien seoondé les Lameth et Bariia\o. on faisant pordro, i)ar ses motions incidentes et SOS plans imbôoilos, boaucoup de temps h l'Assemblée Xationalo.

Labordo nous a rendu do ces services d'autant plus s Ors que la finanoc on est le principe ; et je profite

LA FORTLNK DES d'oRLÉANS. 323

avec avantage de lu soif de l'or dont il est possédé, pour lui faire dissiper les monceaux d'or qu'il a volés, en lui faisant espérer l'impunité pour ceux qu'il volera si nous réussissons.

Robespierre est un petit personnage, j'en conviens, Monseigneur : mais cet honmie a voulu absolument être initié à mes secrets, et, comme il crie fort et souvent, je n'ai pu, en bonne politique, lui refuser quel- ({ues promesses que nous ne tiendrons qu'autant que ces arrangements vous conviendraient.

Mais il est une autre preuve de ma grande connaissance en fait d'intrigue ; c'est l'acquisition que j'ai faite de Linguet. C'est un Jionune, celui-là : on ne saurait trop le [)uycr ; d'abord parce que si un autre lui offrait une somme plus forte, il nous planterait là tout court, et nous enverruit à ses Annales, pour nous prouver qu'il peut, en conscience, réussir de deux côtés différents, et être réellement pour celui qui paie le mieux.

Ensuite, il a le grand talent de faire croire au bon peuple de Pnris toutes les rêveries qui lui passent par lii tète. .)c me suis moi-mcme engagé, Monseigneur, en \<>l]'e n<nii, de lui donner la gai'de des sceimx.

Il n'y a pîts de ré(;om[)ense trop considérable pour un houmKî qui fera brûler le Chàtelet quand il \oudra.

A proi)os de Chàtelet, (ju'il me soit permis de remettre sous \os yeux ce qui s'est passé ici depuis quelques s<Mijnines. Je connaissais vos intentions sur cet objet; jo sn\ais do (juel intéi'<>t il était pour vous d'anéantir cri te alïiensc procédure intentée contre vos amis qui ;i\<i.iont si bien liaxiiillc pour nous, les 5 et G octobre dernier.

D'Aiguillon était comme un diable. Il i)estait, il jur;iit, il crinit (jue, vialgrc ses juycs, le CliAtelet, le re- «•'innaîtrail, et, jusque d<uis ses rêves, celte maudite idre de potence le suivait partout.

D'un autre (•('ité, vos fraveurs et les miennes ne n<tus faisaient guère envisager d'autre perspective, de manière (jue j'ai lâché aux trousses du Châtelet, ei

•-^--'l l./V lOliTL'.Nt DKS D^OULÉANS.

1 ordurier Mural, et le licencieux Duutoii, et le fourbe Lingiiet. Jl faut (< m venir ({u'ils se sont conduits dans celte al'faiiv en gens du nie lier : ils uni ameuté, ils ont fait (lu bruit ; mais mallieuriMisemenl, le volcan a mugi trop lot, et le niaudil Lafayelle l'a empêché de vomir (lt>s llainm(*s, de nianirre i[uv. le (Ihùlelel subsiste encore, el «jui j»is esl, la j)rocédure aussi. J'ai pris alors d'autres disj>ositi»>ns.

Kii guerre, les ruses duivcnt ôtre permises. J'ai engagé Lanietii à tenter tout ])iiin' sup])iunler Lafayette : r'r-tMit lui pnipnseï- ce iju'il eonvuile depuis longtemps. .lai lait ]>arlcr tout l'aris de ce nouveau choix, et il n'en est résulte ijue dt:s adresses de plus à Lafayette. dans lesquelles la ganle naliunale lui promet plus de fi délité «Micnre «jue jamais ; el les grenadiers ne parlaient même déjn plus que de sabrer le Lameth, s'U ns;iit seiilmitMd [)eusei- à renverser leur général.

<!•' '-niip nian(]ué, j'ai fait pendre par nos brigands <juel«iu«*s mallieureux. snus le spécieux prétexte de punit' (les \uleui's : mais au fait, pour ramener ces beaux j«turs où Vnu faisait pendi-e et traîner dans les ruisseaux les gens dont on vouluit se débarrasser ; mais, o trïnpora ! o niorrs ! I.îifavi.'lfe est encore là, qui nous arrête l'jut cnui-t et s,-iuve de nos mains par le coup le plus Imrdi une victiuK» (pie n«»us allions juguler.

Non, non, nous n'îivez pns d'ennemi plus terrible que cet honune-là.

Louis X\'l soT'a voï, et Mme de Buffon n'aura jamais le plaisir d(î jouer le nMe de la Montespan.

Aujourd'hui, cependant, je rc(;ois une bonne nou- \(Mle. i> Mrumier (jue nous avons fait sauver à Grenoble, nous Ncnons de l'en chasser encore. C'était j)our nous le témoin le plus dangereux pour cette catastrophe du 5 oclobre. Il était assigné et s'apprêtait à répondre et à dire sur notre compte de ces vérités (jui menacent un homme de l'échafaud. Cinq ou S'X ('uiissaires que j'avais envoyés ont tant travaillé les habitants de Grenoble, qu'il a été obligé de prendre lo fuite et. du moins pour quelque temps, nous n'avons rien h craindre de celui-là.

lA FORTUNK DES d'oRLÉANS. 325

Je vous avouerai, Monseigneur, que mon courrier de Marseille ne m'a pas mpporté des nouvelles aussi satisfnisanles : vus huit cent mille livres avaient fait un bon effet. On démolissait déjà, mais ces malheureux ont eu pour d'un décret de l'Assemblée Nationale, et ont abandoimé l'ouvrage à moitié fait. C'est en vérité bioii dommage qu'une aussi forte somme soit perdue inulilement.

Je m'en console cependant. Monseigneur, parce qu'il faut se consoler de tout et (jue d'ailleurs un grand cœur trouve toujours des ressources en lui-môme. Je fais beugler Ma rat. Tous les jours, sa feuille (à la vérité, elle est bien payée) sa feuille, dis-je, annonce que le li juillet prochain sera l'époque d'un grande révolution dans le système actuel. Je vous avouerai cependant que je crains plus ce jour que je ne le souhaite. Au fait, votre cousin est si bon que ce jour-là sera pour lui le i)lus beau triomphe dont jamais aucun souverain ait joui, et tous les Français ne pourront, du moins je le redoute, s'empêcher de se faire tuer plutôt que de souffrir qu'on arrive jusqu'à lui.

Je fais crioi". ])arce qu'il ne faut pas rester en arrière, et un parti qui so tait est ordinnirement plus qu'à demi battu. N'oiln, Monseigneur, l'état actuel de vos affaires ; permottez-moi de vous recommander de veiller exactomnnt à ce (|ue les finances ne manquent pas, r-funmo je \ous jure de veiller avec le plus grand soin à la distribution.

Xn vous désespérez pas cependant. Monseigneur, je fais prorlamcr de temps on temps votre retour ici, .'illn (pi'rin s'accoutume à entendre prononcer votre nom et v<tir quelle impression il fait dans le public. Mnis au fait, je ne vous conseille pas d'oser paraître : '•■'ir- je no r«''p(mdrais pas que, sans égard pour votre (jiKilit/\ on no se crxU en droit d'établir votre domicile ri.'ins qnr'l(|uo prison.

r.' (!(»rni(M^ avis, Monseigneur, doit vous prouver ('onil)ipn jo v(»us suis attaohé, et ma justification dont In bnse no roule quo sur dos faits qui vous sont si biea cnnnus, que vous en avez vous-même recommandé

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