‹ La fortune des d'Orléans: origine et accroissementChapitre 28 sur 51 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'iiiLfrnlitudo, la félonie et les inqualifiables procédés do Lr)viis-Philii)pc avaient soulevé dans le cù'ur d(^ tous les royalistes, une indignation profonde <{ui se manifesta sous toutes les formes, et (lui. i)t'ndant les dix-huit ans du règne, ne cessa de s'exlialer en dialrilx's violenles et en mordantes épitrra mines. La presse du parti le cribla, sans trêve ni men-i, de tant de traits ironic{ues et de critiques si rrnrJIcmiMit a^MMvi's. ([m* sa magistrature fut constamment maintriiur sur le pi<^d de guerre contre ces altacpn's incessantes (ît épuis.i vainement dans cette lutte Taisenal des amendes et des pénalités.

« Sous mon règne, - - avait proclamé le roi-citoyen. — il n'y aura pas de procès de presse ». Jamais j>eut-ètre on n*en vit autant que sous le régime de JuilhM.

Ouant à la famille exilée elle-même, son attitude, sauf quehjues manifestations, assez rares et à peu près plalonicpies, fut plutôt celle de la résignation. El l'on ne saurait, contie ce qui est dit ici, tirer argument de la tentative faite par la duchesse de Berry pour soulever la Vendée, car il est bien certain que pour celle enlrei)rise, la vaillante mère du duc de Bordeaux n'avait pris conseil que d'elle-même et ne reçut, à aucun moment, ni aide, ni encouragement de quelqu'un des siens (1).

{V< Un ancien député aux Étnts de Provence, qui fut Tauxi-

Ceci pourrait n'être considéré que comme l'effet d'un certain découragement. Mais de toute une série de faits, jusqu'à ce jour trop négligemment observés, résulte la preuve incontestable que cette résignation procédait d'une autre cause, et que, ni les trahisons, ni les spoliations, ni les outrages publics n'avaient libéré les Bourbons dépossédés vis à vis du d'Orléans usurpateur.

Le pacte avait été odieusement violé contre eux : ils en avaient perdu le bénéfice, mais ne pouvaient en rejeter les charges, et restaient sous le coup de sanctions toujours aussi redoutables.

Les faits qui accusent le caractère non-rachetable de cette sujétion, révèlent en même temps et démontrent quelle compromission en était le principe.

Un malheureux qui vivait en Prusse, y exerçant le métier d'horloger, sous le nom supposé de Naundorff, et qui, depuis près de quinze ans, poursuivait Louis XVIII, Charles X, le duc de Berry, la duchesse d'Anjjfoulême et toutes les chancelleries de l'Europe de ses revendications comme fils et héritier do Louis XVI, avait fini par rompre le ban auquel l'avait soumis un abominable concert politique, et était arrivé à Paris pour essayer de se faire reconnaître par les survivants de la génération qui l'avait vu élever.

Qui sait même si ce ne fut pas à une combinaison de liante rouerie, favorisée par la connivence des sociétés secrètes complices du coup de Juillet, que

liaire et l'anii de M. de Montciel, ministre de l'Intérieur, qui jouit do la confiance particulière du roi Louis XVI, qui pendant toute rémigration, fut compté comme l'un des hommes les plus sûrs pour les informations et les conseils, M. Brémond, écrivait, en 1837, qu'un des familiers de la duchesse de Rerr.v, l'avait « assuré que la duchesse d'Angouléme n'avait pas contribué d'une pièce de 5 francs à la campagne de la duchesse de Berry. »

?,M I A lORTlNF DES o'oRÎ.ÉWS.

cet infortuné dut 10'=^ facilil*^? d'échapper à la tutelle -♦'•vi'to. mais peul-ètro c«nnlilinrniollo de la Prusse. pour venir inconscioinnienl so mettre ù la discrétion do rimnime entre les mains duquel il devenait, comme olacre. d*nn prix inestimable ?

Onoi (juMl en soit, d(>s l'apparition de ce personiiaLM» à Paris, la conduite du Lrouvernement de Juillet H son ceard est réirlf^e tl'ainès un plan très compl«'xemcnt combiné.

\u point de vue p«»!itique. les revendications n';dlai<'nt pas directement contre le principe du crouvcrnement (jui |»roc«'dait d'une oritrine élective. Il est «Hidrnt cependant tjuVn fait, la reconnaissance publique fie riir^ritier léijfitimo, auréolé d'un prestige nouveau par riiil«*r'*t d'aventures romanesques et de m;i]b»'uis iitim<*rif*'-, n" ])r»uvait que faire ijrand tort h nin' rov.Mut/' de si Ir.tîflH' fabrication et de si peu biillaiito min«\

1! s'Miibb^ don<* <|m»' pour un b«unme aussi scepliqiienit'nt praticpie que l.oui^-Pbilippe, le meilleur, et b' SL'ul ]»arti à prendre. fOt « l'arrêter, dès les premi''is pas, les flémarcbes de ce pn'tendant misérable, sans ressources, sans jMvdJt et <ans [irotecteurs, treiiiprclier tout ce qui pouiTait flonner quelque a|»parence à .->cs réelamations. apporter quelque t'orce aux i)reu\es ({u'il annuneail. tout ce qui pourrait lui procurer quelque api»ui et queb}ue secours.

Mais, d'autre part, ces intimes revendications ('étaient inie menace terrible pour les intérêts et Thonneur de la famille détrônée, (jui se trouvait accusée devant la France cl devant le monde, d'avoir usurpé l'héritaijie dynastique ol de détenir encore l'héritage civil de rorj)lielin criminellement supprimé.

Le calcul de Louis-Pbilippe fut donc de faire sentir duromenl sa force ù crux (pi'il a\ait supplantés, en lais<ianl ce nouvel ad\ersaire développer ses

moyens presque jusqu'au point décisif, et de les lier par de nouvelles et plus rigoureuses obligations, en leur assurant, au dernier moment, la délivrance du péril anxieusement redouté. Quel triomphe pour sa scélératesse sournoise de voir les victimes de sa haine réduites à l'humiliation de réclamer son assistance et de lui devoir un service !

Que cette assistance eût été réclamée en effet, ce n'est point une simple et gratuite supposition. La preuve en résulte du rapprochement de faits nombreux dont il n'est possible de présenter ici qu'un résumé succinct, mais suffisamment probant (1).

Un gentilhomme hautement respecté, M. de Saint- Didier, qui s'était voué au service du prétendu Naundorff, reconnu par lui comme le dauphin sauvé du Temple, obtint, comme son mandataire, en 1834, deux audiences de la duchesse d'Angoulême ; il en a dressé des procès-verbaux qu'il remit au prince, son mandant et qui furent presque aussitôt après, publiés. Dans une de ces entrevues, il fît à la duchesse d'Anî?oulême elle-même cette déclaration :

« Que le prince sait que Monseigneur le duc d'Aneoulême entretient, depuis son exil, une correspondance secrùtc avec M. Decazes, que cette correspondance relative au prince et répulsive de ses droits, lui est entièrement hostile. »

La duchesse d'Angoulême, il est vrai, nia le fait, mais c'est qu'aussi il rentrait dans la catégorie de ceux qui ne se peuvent guère avouer (2). Quant à ce qu'on en doit croire, c'est une autre affaire.

(1) Pour la complote connaissance de tous ces faits, voir î.o}i}<i XVII et le secret de la Révolution. — Dujarric et Cie, (''di tours, Paris.

(2^ I.e duc d'Angoulême en correspondance particulière îivor. Decazes, transfuge de la cause des Bourbons et allié avec éclat au régime de Juillet ; avec Decazes, dénoncé par sa femme et son père comme responsable de l'assÉUSsinat de son frère !

302 I.A niHT» NE DFS o'oRI.ÉAXS.

L-ii autre serviteur du prince méconnu, qui avait embrassé sa cause après avoir donné la mesure de son (lésintéressemonl et de sa loyauté dynastique, en (»nv<»yant sa démission do maiiistrat, le jour même où le duo d'Orléans prit le titre de lieutenant-général du ri)\aunu', M. (iruau de la Barre, a publié et écrit au comte de (.'liambonl en persoimc, avoir eu connaissance ccrlaiiie do démarches faites par la L'cMU" d«î Prairue pniir ol)t«Miir do Louis-Philippe qu'on mît ompOohrmorit nu procès m réclamation d'état dont lo préUMidant monaçait la duchesse d'Angoulémo et les siens.

(.'o n'est ohconî (pfuno affirmation sans preuves, |)Ourrait-on dire. Mai< il faut voir si cela mérite ciéanco.

Or, voici comment les choses se passèrent :

Il y avait .'i Paiis. t-w m«'«m«* temps, deux personii.'iLfi's (|iii |>r«''tcndaioul mu titi»' de duc de Normandie (»t do fils de Louis W'i : Tim qui avait eu toutes 5<»rtcs d'a\eiituies sous des noms divers et qui se faisait appeh'r alors l>aroii tie liichemond ; l'autre (pii avait vécu en Prusse sons le nom do Xaundorff.

Lo premier fui poursuivi j»;ir la magistrature du Roi des Français et traduit, a\ec grand fracas, en cour d'assises. Il fut condamnr» comme imposteur à plusieurs années do i>i-isoii, (ju'il fut d'ailleurs dispensé de <5ul>ir.

Le second adressait au juiy môme qui jugeait le premier, une déclaration réclamant hautement pour lui-mAmo les titres et (jualité's qui faisaient l'objet de la poursuite.

La magistrat ure ne relevait jias ce défi bien caractérisé, marquant nettement ainsi la différence entre les deux prétendants (1).

(1] Lo vicomte de. La Hochefoiicauld. le mandataire de la

Quelque temps après, le Parquet se décidait pourtant à ouvrir une procédure contre « le nommé Naundorff » ; mais afin d'éviter la cour d'assises, le délit d'escroquerie était seulement visé. De plus il fut bien apparent que cette procédure n'était qu'un expédient de basoche pour tenir en échec devant les tribunaux toutes les actions du nommé Naundorff et (le ses adhérents, car elle fut gardée en réserve indéfiniment et se termina par un arrêt de non-lieu, lorsque les intéressés eux-mêmes réclamèrent qu'elle fût mise î\ fin.

C'était une situation étrange et rare : un prétendu imposteur faisant tous ses efforts pour comparaître devant la justice, et la justice mettant tous ses soins à lui fermer l'accès de ses prétoires.

Mais le moment vint, où, dans la collection, pourpourtant riche et variée, des engins, pièges et chaussetrapes judiciaires, on ne trouva plus rien pour barrer la route à cet homme qui cherchait des juges.

Tl fallut recourir à ce que, par un charmant euphémisme, on appelle les mesures administratives.

Kt c'est ici pnrticulièrement que se manifeste, de la façon la moins équivoque, l'entente entre les vaincus et le vainqueur de Juillet.

Après avoir épuisé tous les moyens amiables auprès de la famille qu'il prétendait la sienne, le nommé Naundorff s'était résolu à s'adresser aux tribunaux pour établir ses droits.

r.a duchesse d'Angoulême, qui se faisait tenir exactement au courant de tous les agissements du ]KM'^oiiiinno, avait été informée de celte résolution ])ar le in.'indntaire spécial, qu'elle avait chargé de se

durlirss.' (rAn^oiilôriiti, n'a pu s'empôcher de remarquer cj'Mc (liff«rriH(' sijTniiicative de trailemcnfc ii Véganl do Naundorff, d'inic purt, et des autres prétendus dauphins. d'autrv jtart.

30 1 IV nmTiNr Mrs d'orî.éaxs.

iinMiie <Mi lîipport avoc lui. le vicomte Soslhèiie de I.n Urtrhofouoanlfl.

\.o< lornio^ fie col nvi? flonnont bien la note des juvocnipntiniis et ïIp< inquiétuHos que causait à la inmille «l»^ Tliarlos X la porsi»cclivo d'un débat judir-iairo avoc ce prôtoiifhi iiiiposlour. Voici ce qu'écri- \ait. lo 11 f^vrior ]X\\. \ï. rle I.a Rochefoucauld à "».» rnvalo mandant»* :

... I.f jH-r-. nn-ii!-'. •nrfhfju^ qu'on bii rclusàt une enfrevue

'lU'U ri'iinv'h' cutnini* rho.s'- fnrf simple, voulait se livrer ft

' i]!-t:ii:i ri-"-r!!.- aip triliiiîMi'v fr.-incais et leur demander vn

!"rn fpi'fti h'' ]irnf hii rr(iis,'r. SI. 001111116 il raffirme. il a

• ri sa p. .s-..--i..i: ili-s jinnv.-s invcusaM^^s. Dans mon opi-

!:!i>n. 'V fit* mit niir il nnnrhi' f.^ri.r^ntp o\ qu'il serait à désirer

'jti'nii .■>'//,;/. .i:,i i.i.t.-!:ii ."/ •frnthî' jip'nie qu'un mois, mais pas

iiî j''»iir 'If ;■'.:>. -'ri il ■•îi-'.in- nrrnrfi'^ nprès le départ de

.-If.-» i.»ti-.- ■\':r .»". ' i-.-.-.v.i'- l.M ivpi.n>«». Le terme expiré,

•r- n'V.-'-i'-- I ! I-. iri".i-i-î< ;i-->'ir''\ avrr un ton qui trompe dif-

î ■l'^rrv r *. ('• ^ ■/.'•/ h.m.v /,.i/^ ,i,iiin .«/r»"* nf fendu sans dan-

^'^uand Mil \<iit riinnniio honoré de la confiance de , la duohos<«» «r \nî:r<Mi]r*nic ei nf^cessairemenl bien pént'^tré Ho sr^ Mio? rolativomonl fi cette affaire, en vonir à snl!irit<T do oolni qu'on repousse comme iniposloiir. un df^lai d'assicrnation et se féliciter de l'avoir ohtoim a à t:rand poino » pour ajourner « les flancrers ». ••oiinn«"»nt li»^sitorait-on h croire ce qu'afflî'ino M. Oninii Ho la Rarro :

« ...Afin rromp^chop une roconnaissance judiciaire. Mine la dnchosso d'Ancrouléme. avec Tassistanoe du crouvomoniont autrichion, s'était fait pronioUre un dôni de justice contre son frère par le souvornemont do Louis-Philippe. Aux scandaleuses sollicilation«î venues de \h, les ministres français avait répondu : « Of/'on soit tranquille, le procès n*nuva j'unais Jiru (1). »

,1; Si de telles oomprûrniasions paraissent incroyables, il

Et en effet, par les soins des ministres de Louis- Philippe, le procès n'eut pas lieu.

Par suite de circonstances diverses et de difficultés suscitées, il s'écoula bien plus d'un mois, mais près de deux ans et demi, avant que le réclamant fût en mesure de saisir les tribunaux.

Ce fut lo 13 juin 1836 que « Charles-Guillaume Naundorff fit assigner devant la première chambre du tribunal civil de la Seine Mme la duchesse d'Angoulême, M. le duc d'Angoulême et le comte d'Artois (ChvTrles X), pour qu'il fût, contradicloirement avec eux, déclaré être fils du roi Louis XVI et de la reine \farie- Antoinette ».

Cet acte fut signifié le 13 juin, dans la journée : le 15 juin, dès le lever du soleil, cinq commissaires de police faisaient irruption dans la maison où logeait cet homme assez téméraire pour demander des juges, saisissaient tous ses papiers, le mettaient luimême en état d'arrestation, lui signifiant l'ordre donné do le faire partir de Paris dans les vingtquatre heures.

Par suite de ses protestations et grâce à l'énergique intervention de ses amis, l'ordre d'expulsion ne fut pas exécuté sur le champ. Un pourvoi fut formé devant le Conseil d'État, qui se fit un devoir de déclaier ([ue les actes soumis à son examen X appât tenaient à la haute police du royaume ».

Cet arrêt complaisant est du 14 juillet : le 16, avant môme qu'il fût rendu légalement exécutoire par la signature royale, le nommé Naundorff, qui

y en eut de plus incroyables encore. D'après une relation aiithc^nliquc, qui sera sahs doute publiée prochainement, des ('oniiiiiinicaUons directes à propos du même personnage, s'éta])lirenl. A ertte même époque, entre la duchesse d'Angoulême personnellement et un chargé d'affaires officiel de Louis-Philippe.

.^00 Î.A FORTUNE DES d'oRLÉANS.

était resté vingt-six jours écroué au dépôt de la préfecture de police, sans niônie avoir été interrogé, en fut tiré pour être conduit h Calais, à pied, de brigade en brigade. Ce fui un de ses amis qui paya sa place et celle de deux gendarmes pour l'aller et le retour, dans une diligence. On l'embarqua pour l'Angleterre.

Ainsi s'exerçait la justice du roi-citoyen.

Ainsi s'affirmait, du même coup, la prévoyance du politicien retors, iiabile à se nantir de nouvelles Li;n;inti<^s rontre IouIï's n»présailles de ses trahisons et h resserrer les liens de la compromission qui faisait sa force.

El celte prévoyance n'était pas vaine. Malgré tout ce qui s'était passé, la fortune des d'Orléans restait bion, en réalité d/»p<Midanle de la combinaison qui en avait été la base.

Dos circonstances ne tard(>rent pas à se produire, où cela se vérifia (Time façon remarquable.

Après la chute dn ré^nme de Juillet, dès les premiers jours de rétablissement de la République, Jules Favre soumit à l'Assemblée constituante une proposition tendant à faire rentrer au domaine les biens de la famille d'Orléans. Ce fut Berryer, l'illustre champion de la légitimité, qui se chargea de formuler, au nom du comité des finances, les motifs concluant au refus de prise en considération ; et ce fut par l'appoint de la droite légitimiste que se forma la majorité contre la proposition (1).

A partir de ce moment, on vit, soit dans la Cons-

(1) n est intéressant de suivre, dans le rapport de Berryer, la trace évidente de l'embarras qu'éîjrouve le défenseur attitré des principes monarchiques à combattre \m projet si réellement conforme à la tradition, et à justifier, par des considérations de sentiment, une intervention si manifestement incompatible avec les sentiments qui devaient être les siens.

TA FORTUNE DES d'oRLÉANS. 307

tiluante, soit dans la Législative, qui lui succéda, ce spectacle étrange, d'une entente habituelle entre les députés légitimistes et les députés orléanistes ; on vil M. de Vatimesnil, l'un des ministres de Charles X, faire le plus souvent cause commune avec M. Dupin, et Berryer, le conseiller public du comte de Chambord, siéger amicalement à côté de Thiers, l'acheteur de la duchesse de Berry (1).

Chose véritablement stupéfiante, c'est surtout lorsqu'il s'agit de sauver les biens des d'Orléans, que cette espèce de coalition hybride se manifeste, empressée, active et prête aux efforta les plus énergiques.

On la retrouve sur la brèche, pour protester contre les décrets du 22 janvier 1852.

Le Prince-Président préparait, dès lors, le rétablissement de l'Empire ; et ne s'en cachait guère. Se réclamant d'un autre principe que celui de la légitimité, il n'avait pas à compter avec le secret dynastique qui était le talisman des d'Orléans ; il n'avait donc pas hésité à leur faire application de mesures conformes à celles dont tous les gouvernements successifs, y compris le leur, avaient usé à l'égard des régimes déchus, ni à leur reprendre les biens dont leur père avait frustré le domaine par sa donation frauduleuse.

Le premier des deux décrets rendus, portant interdiction à la famille d'Orléans, de posséder des biens meubles et immeubles en France, et obligation de vendre ceux qu'elle y possédait, était calqué, presque mot pour mot, sur la loi portée par Louis-Philippe contre la famille de Charles X.

(1) Quand, dans une séance mémorable, Victor Hugo, répondant k M. de Montalembert, qui l'avait pris à peirtie personnellement, s'écria :« Que me reproche-t-on î Est-ce d'avoir célébré la duchesse de Berry, dont j'ai flétri le vendeur et

F.i» second. 1res fort«*niont motivé au point de vue <los principes îicnéraiix du droit et des règles invari;il»l»*s do In trnditinn mounrchiquc, prononçait ^a n'imioii nu dc»niîniio d<^ rKlnl, des biens qui, de pl« in droit. lui roviMiaiciil dopuis le 7 août 1830 (1).

\.i\ situation qui. par ces décrets, était faite Huy d'< »rl»'»ans, r'tait siniplt»rnoiit idontirpie h celle que suhi«*»-ai«'iit, d«'puis ISIC, la l'ainille Bonaparte, et de pui- isn:j. la laïuilli' <!«' Cliarlos X.

riurorr y avait-il attrnuatioii de rigueur à leui piiilil. r.ir uin' roiitiî ^U^ iHnn.njM) francs était mainteiiiii' pj)ur 1»' douain* de la fiuciiosso d'Orléans.

( )u«\ so si'Mtant atteints dans ce qui leur est le pi 11*^ cher, leurs int«T(>ts matériels, les d'Orléans, lia]Mlu»!'s à jouir, toujours et partout, d'un traiteiiM'iit ])riviléi:ié, aii'iit bondi d*indiirnation et poussé d<'s cris d«i victimes ([u'on éeorclie vives, rien n'est j»lus naturel : c'est le eontrairo qui serait étonnant.

\I;ns (pirll<»s rou>id«'*iations de politique avouable. d\'M[uité raisoniiée ou de sentiment juste, pouvaient porter les chefs do la fraction létritimisle à prendre luuyammonl fait et cause au sujet de biens extor- ([in»s. poiu' le moins. i\ la faiblesse de leurs princes par les (TOrléans, idois rpTils ne souereaient même \ii\< à protester c<>nti'e la df^[)f)Ssession de ces mômes priiHTS, traîtreuseiuonl oi>éréc |»ar les juêmes d'Orléans ?

l ne raison mystérieuse et souverainement puissante influençait nécessairement, et faussait, à ce d«^L:i-é inconcevable, l'évolution normale du parti.

I-. .lii'ajini.'- r.-H''}iotoiir? )■ tous les yeux se portèrent vers le li.i!!0 nù l'jichotf'ur rlo l.'i rlnrhosse do Rorry et l'avocat du cu.'ii'" ili' r:!i.'uï!!'nr-.î. son 11-;. ('•laiont «issiscôte à côte. La S'-n^îi!i'-.n fii« prnf.-.T'.iP. « rouf h» monde, — dit un historien, — r''-iinir(f)ia /.- .^ih-iirc de \î. Thiers et Ja conlusion de M. Bermer et dp fir.< amU. »

(1 Voir Appond. n li' H et C.

Ce fut aussi, sans aucun doute, ce qui détermina la combinaison dont on commença à parler alors. et qu'on a appelée la lusion.

En définitive, il est bien apparent qu'elle était, dès lors, virtuellement faite. Ainsi que cela avait eu lieu pour les réconciliations, ou plutôt pour les airangements secrets de 1796 et de 1799, il ne s'agis sait plus que d'attendre le moment où Topinioi] paraîtrait suffisamment préparée à en entendre la proclamation sans trop de scandale.

Le temps n*est pas venu où l'histoire complète d€ ces intrigues pourra être écrite, car un certain éloi unement est nécessaire pour que, dans la masse touffue des faits qui remplissent une époque, chaque détail se précise et prenne sa valeur (1). Mais, poui éclaircir le point spécial dont il est question ici, il suffit de constater la correspondance singulière et (constante des actes marquant le rapprochement des deux branches ennemies avec les faits susceptibles (le réveiller les inquiétudes au sujet de l'héritier légi lime.

lin 1848, l'entourage inmiédiat du comte de Cham- Itord était encore sous le coup du défi qui, lors de son voyage à Londres, lui avait été publiquement porté par celui qui se disait son aîné ; et aussi de la reconnaissance virtuelle de cet aîné, clairement manifestée par la Hollande, qui avait admis, et maintenu, contre les représentations non publiques mais l)r(\ssanles du gouvernement de Louis-Philippe, et

il) A propos fie l'histoire du 16 mai, qui est, par tant de ])oints, connexe à celle de la fusion, le marquis de Costa disait, un jour, qu'il avait eu le projet, de l'écrire, et que les horîiiiios inrl(''s a cet événement avaient bien voulu lui donner l<^iiis souvenirs. « J'ai dû y renoncer, — ajoutait-il, — car il in'a été impossible de les mettre d'accord et de tirer l'affaire au clair. » Art. de M. Marcel Hutin, Gaulois du 16 mai

310 LA FORTLXE DKS l/ORLÉANS.

dans l'acte mortuaire, et sur la pierre tombale, les énonciations de « Charles-Louis de Bourbon^ duc de Normandie {Louis A'1'7/), ayant été connu sous le nom de ?iaundor[[j né à Versailles le 27 mars 1785^ (ils de Sa Maieslé Louis XVI, roi de France et de Son Allcssc Impériale cl Royale, Marie- Antoinette^ archiduchesse d\Aul riche, Heine de France ».

En 1852, on était sous l'impression toute récente du procès intenté par les héritiers de ce Louis XVII, Naundoriï, aux délenteurs de son héritage. C'est alors que se forme Tunion entre les représentants autorisés de la légitimité et de Torléanisme, ou du moins qu'elle s'affirme par la publication d'un « Mémoire à consulter et consultation » contre les décrets du 22 janvier 1852, portant les cinq signatures si hélôruclilcmcnl rapprochées : de Vatimesnil^ Berrycr, Odilon Barrot, Du[aure, PailleL Et presque aussitôt ai)rès, les projets de fusion prennent une forme plus accentuée.

En 1872, les deux partis en sont à faire presque complètement cause conunune, du moins en ce qui concerne les intérêts des d'Orléans.

Ce qui se passa alors mérite toute l'attention des observateurs.

Il faut noter d'abord qu'une nouvelle menace s'aniiontjail d<? la part d<'s héritiers Naundorff-Bourbon. Leurs avocats préparaient — et on ne l'ignorait pas, — une reprise en appel de l'action en revendication d'hénlfige et en réclamation d'Ëlat.

Or les d'Orléans, eux, préparaient une revendication d'un autre genre.

Les désastres du pays leur avaient inspiré une pensée, sinon patriotique, du moins éminemment pratique. A la France écrasée sous le poids d'un arriéré énorme et d'une formidable indemnité de guerre, ils venaient, en guise de contribution, demander une

nouvelle restitution, c'est-à-dire, en réalité, un nouveau don gratuit de ce qu'ils appelaient leurs biens.

Ils n'avaient même pas attendu que l'oppression de l'effort soutenu fût calmée. Suivant l'invariable tradition de leur famille, ils avaient trouvé moyen de contraindre le gouvernement nouveau à s'occuper, avant tout, de leur affaire. On en a la preuve par ce fait, bien établi dans la discussion parlementaire, que dès avant le 8 décembre 1871, date du dépôt du projet concernant cette affaire, tous les calculs avaient été faits, toutes les conditions avaient été étudiées entre eux et les administrations compétentes, pour arrêter les bases d'une sorte d'arrangement (1).

Car ils daignaient oUrir des concessions : le projet de loi le constate et rend hommage à leur désintéressement.

Ils consentaient à rie rentrer en possession que des biens non aliénés, ce qui ne représentait qu'une bagatelle d'environ 58 millions, et renonçaient généreusement de plus à toutes répétitions contre l'État, l'Etat renonçant, d'autre part, à toute réclamation contre eux.

(1) Le caractère assez «étrange de cet arrangement est très justement signalé dans le commentaire que donne le recueil de Duvergier : ~ « ... L'Assemblée s'est déterminée, par des considérations politiques, à statuer sur toutes ces questions : (^lle a fait plus, elle a rendu une sorte de sentence d'homologation do lii. transaction intervenue entre le domaine de h-^tat rendant les biens dont il était 'en possession et les princes d'Orléans renonçant h réclamer ceux qui avaient été aliénés, ce que n'auraient pas pu faire les tribunaux. En procédant ainsi, l'Assemblée a transigé aussi avec le principe formulé par Montesquieu : « 11 n'y a point de liberté si la puissance du juge n'est pas séparée de la puissance législative et de l'executive. » — La raison d'État, si vivement critiquée par tous les partis et si souvent mise en pratique par tous, a encore prévalu dans cette circonstance et, chose assez singulière, en vue de réparer les torts qu'on accusait la raison d'État d'avoir causés. » J. B. D.

:{!*J IV nnMiNr: m.^ d'ohléans.

Il est à parioi' que le résultat de ces renonciations rO(:ipn)(]u<.'S était, en définitive, plus à leur avan- (age qu'à celui tle Tl^tat. Cela n'en fut pas moins préj-eiité connue très méritoire de leur part.

Il faut (lire que le Président, Thiers, sans prendre parti publiquoiiHMit. se montrait peu favorable à celte combinaison (I).

(Juanl à r.\ssomhict', à laquelle il s'agissait de fain; avaler, j»ar juTsuasion, cette pilule plutôt am«>re, elle y ('tait, par l<Mnpérament, très mal dis-

pn>«M».

Sn us ri m pression hrùlanlo des cruelles déceptions suliies. le ]>ayv; avait donne sa confiance à des hommes rel«''ijfiiés, depuis longtemps à l'écart, comme (l(;bris d'une tradition surannée, et avait élu, sous un goiiverneiiKMit r«''pul)licain, une assemblée bi'Liilimi^te.

L»'s s ni' vivants de <'tMte époque pcïivent témoigner ilu tF(Mil)lo qui abrita, iMs«|u'au fond de leurs conscionces, ces braves élus du suffrage universel, arrachés soudainement, pour la plupart, à un milieu un peu provincial cl simpliste, et jetés, sans prépa-

1 In «lo ni "S :{\i\\<. -iiiant un snir de chez M. Thiers, i.iuu^ r.'ipi»(jrt;j ii." nmi ipii! vi-iiMit tfi'nttTKlrc. et qui est vrai- Tiioni aniii>.'inl. «lit pîii- 'Ihifis, Pr<'siilent de la République, à i»ri.>nns d'in «rnilc-in^. In .'uni A*- «■«•iti' f.-nnilio, combattant i-.'s di5]":^itiûns !iustil»'s du Ppr-^iili-nf. on «'lait venu à vanter 11- l'dri.tti^nie du pi-in.L* t.Ui .luinvill».'. Tliiiirs. alors, de sa [.l'Iifi' vtiix aigu»*, ripiKta : »' Patriote, je ne sais pas, mais xt'ulv'.-vuus (pi'.- j.' V'iiis di>..\ pourri d'idées républicaines, le i.'price de Ji.îjnvdle.

Ci> souvenir n«''i.s en rapi'olle un autre, qui prend peut-être !u.-i.|ii( v.di'iir p'ir Teffet du contrusto. et qui fournit, d*ail- J-'iT-i. un»' nul».' inl»'re>sanlo sur l'état d'esnrit dominant dans lo r],^n n\-V-i\\ii<\'- nu sujet de la fusion. Au'mument où la restaMF-.jfinM ni"i:ar-.l:iîue îKiraissait sur le point d'aboutir, un !niiiu»al)le d«''pulé. depuis sénateur inamovible, et assez récc/ninient f[f'cv6''. nous <lisait que. malheureusement, le ronde de ChamlK.rd avait laissé percer devant la commission des dis])Ositions d'un libéralisme inquiétant.

ration, dans le tourbillon du parlementarisme, quand on vint leur dire que, d'après les intentions formelles dv3 Monseigneur, et sous peine de manquer à la discipiine, ils devaient voter pour la restitution réclamée par les d'Orléans. Ils se soumirent à contrcco'ur el \olèrcnt sans comprendre (1).

Le triomphe des d'Orléans fut complet. A la joie d'avoir éprouvé une fois de plus, la vertu toujours eriîcacc de leur précieux talisman, s'ajoutait la joie d'avoir grossi leur cher trésor aux dépens de la France accablée et appauvrie.

L'heure n'est pas venue d'établir le bilan finanr.'wv de cette fortune. Il fallait d'abord en dresser lo bilan moral. Ouand cette démonstration sera failo aux yeux de tous, qu'elle n'est le produit que de crimes et de trahisons, et n'a jamais servi qu'à payer des crimes et des trahisons, un grand résultat sera acquis. Si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, de nouveaux désastres frappaient notre pays, il ne sera plus possible à cette famille de proie d'en saisir l'occasion pour s'enrichir encore. Et le jour sera hâte où la justice immanente, reprenant l'exercice de ses droits imprescriptibles, lui retirera des mains et rendra au domaine public la masse de biens abusivement distraits, dont elle a joui trop longtemps, au préjudice et pour le malheur de la France.

(1) Voir le texte de la loi du 29 décembre 1872. — Append. }V 12 D.

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