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La Franc-Maçonnerie Artésienne au XVIIIe Siècle

La plupart des historiens s’accordent à reconnaître que la francmaçonnerie a exercé sur la Révolution Française une influence prépondérante.

Les membres des loges en tirent vanité. Lisez, entre autres, les ouvrages et les discours de MM. Amiable et Colfavru (1) ; leur idée se fait Jour à chaque page ; ils répètent, sans se lasser, que la Révolution, ce sont leurs précurseurs qui l’ont conçue et réalisée ; elle est bien l’œuvre de la franc- -maçonnerie et lui doit tout, jusqu’à sa devise et ses symboles.

M. Bernardin partage leur opinion : « Oui, sue tit ce sont les francs-magons qui ont fait la Révolution ! » (2). Et, pour étayer son système, voici les preuves qu'il fournit : toutes les loges, selon lui, « préchérent l'Egalité, la Fraternité, la Liberté ; toutes condamnérent le fandtisme et la superstition dans lesquels le clergé entretenait les peuples ; toutes demandérent la suppression des priviléges ; toutes vouèrent au mépris public les institutions aristocratiques et absolutistes et toutes réclamérent l'émancipation de l'homme et la fraternité universelle » (3).

Certes, un tel accent eût pu nous convaincre, si nous n° avions eu la curiosité d'étudier les documents publiés par cet auteur. Ils sont : la condamnation formelle de sa thèse.

Les adversaires des loges ne professent pas une opinion différente : « C'est bien là, écrit M. G. Bord, qu'il faut chercher les véritables causes et l'explication logique de la Révolution : identité des formules et des dogmes de la maconnerie avec les principes de 1789 ; les macons et les jacobins emploient les mémes manceuvres et livrent les mémes combats.

« L'esprit maconnique enfanta l'esprit révolutionnaire ». (4).

Cet auteur voit l'ancien régime sapé par trois vagues successi-

(1) L. Amiable, UNE LOGE MACONNIQUE D'AVANT 1789, LA R.. L.. LES. NEUF SŒURS, (Paris, in-89, 1897) ; LA FRANC-MACONNERIE EN FRANCE DEPUIS 1725 (Exposé historique et doctrinal), discours prononcés le 16 juillet 1889, en séance du Congrés maçonnique international, par les ff^. Louis Amiable et J.-C. Colfavru, membres du G.. O.. de France ; Secrétariat du G.. O.. de France, 1890 ; broch. de tps, in-89.

(2) Charles Bernardin, NOTES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA FRANC-MACON- NERIE A NANCY, jusqu'en 1805, t. I, p. 47.

(3): Ibid.,-t. Ty p.424.

(4) G. Bord, LA. FRANC- MACONNERIE I EN FRANCE, DES ORIGINES A 1815 ; Paris, Librairie Nationale, 1908, p. IX. Nous négligeons l'opinion des écrivains anti-macons, à qui un parti-pris évident n'a dicté que de vulgaires pamphlets.

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ves : l’une est écossaise jacobite, l’autre émane du Grand Orient, la dernière est parlementaire.

S'il part du même principe que M. Bernardin, M. G. Bord ne conclut pas de la même façon : la secte qui pratique le dogme égalitaire ne doit pas, selon lui, se montrer aussi fière de sa collaboration à l’œuvre révolutionnaire. Elle a ébranlé le respect de la tradition et de l'autorité. Si l'idée de révolution a pris corps et s'est étendue d'un petit groupe à toute une génération, c'est son fait. Il faut donc combattre, par tous les moyens, cette puissance destructrice de la reh- .gion et de l'autorité.

MM. Copin-Albancelli, Louis Dasté, Bertrand, Louis Bournand, l'abbé Tourmentin et tous les anti-magons partagent cette opinion : ils voient l'origine de la Révolution dans un complot fomenté, à l'ombre des loges, contre le gouvernement et la vie du ro1 Louis XVI.

Ils représentent la franc-maçonnerie comme un corps obéissant passivement à une direction unique et secrète.

La premiére question qui se pose est de savoir s'il en est ainsi en Artois. D’ot la nécessité de suivre chronologiquement nos loges dés leur création. :

Recoivent-elles la lumiére d'un centre d'administration extérieur et supérieur à elles ? Sont-elles sorties de l'initiative du comte de Pembrocke ou de Charles Edouard ? Leurs fondateurs se proposent-ils, dés l'origine, des buts politiques ou philosophiques ?

Les ateliers établis ont-ils réalisé les espérances des fondateurs ? De quel esprit sont-ils animés ? Celui-ci est-il immuable ou varie-t-il selon les temps ? Subissent-ils l'influence des orateurs successifs ?

Enfin, lorsque nos loges, aprés 1774, apparaissent groupées autour d'un centre unique, jusqu'à quel point lui obéissent-elles ou agissent-elles sur lui ?

La franc-maçonnerie artésienne devient-elle une association avec laquelle il faut compter ? Influe-t-elle sur les événements qui se déroulent au XVIII* siécle et dans quelle mesure ?

Tel est le probléme que nous avons entrepris de résoudre, pour une époque et une province déterminées : là se borne notre ambition.

Certes, méme ainsi limitée, la tache était difficile : notre route se trouvait parsemée d'écueils.

Le premier, le plus redoutable, consistait à s'abstraire de tout parti-pris, à éviter les courants contraires, dans une matiére ot l'impartiahté n'est pas la régle ordinaire ; la commune passion, le besoin instinctif d'abaisser ou de défendre la secte, font commettre bien des erreurs et aveuglent souvent. Aussi, avons-nous tenu, sur un sujet aussi délicat, à n'avancer que des faits, rien que des faits, dans l'ordre rigoureux ou ils se sont passés, à leur date, à leur jour, et, aprés les avoir mentionnés, nous avons indiqué le degré de certitude qu'il convenait de leur accorder. Comme, le plus souvent, les événements étaient par eux-mêmes d'une éloquence suffisante, nous leur avons laissé la parole, en abandonnant au lecteur le soin de conclure.

Mais si nous avons visé à écrire une œuvre précise, exacte comme un livre d'histoire, nous eussions voulu, en méme temps, la rendre attrayante. Notre but étant d'étudier, non pas la franc-maçonnerie française au XVIII siècle, livre qui reste à écrire, mais l'histoire de nos loges artésiennes, à cette époque, il nous devenait possible de rechercher le détail qui intéresse, l’anecdote qui retient.

Aussi, avons-nous tenu à replacer les maçons dans leur milieu local ; nous les avons suivis dans les corps échevinaux, à l'Assemblée des Notables, au Conseil provincial d'Artois, puis sur les bancs des Etats- CO de l'Assemblée Législative et jusqu'à e barre du Tribunal Rév S Dame.

Nous avons étudié la psychologie de leur caractére, cherchant à nous familiariser avec eux et à entrer dans leur intimité : à leur suite, nous nous sommes mêlé au mouvement des esprits du XVIII: siecle. Voilà comment nous fümes amené, aprés nous étre muni d'une riche provision de matériaux, — éléments de l’œuvre entreprise, — à animer cette masse, à la viviher au souffle des passions qu’avaient connues nos personnages, dans l'atmosphére des événements qu'ils avaient vécus.

Les difficultés matérielles de documentation étaient considérables.

Les archives du G“: O--, des loges particulières et de quelquesunes de nos cités artésiennes ne sont pas complétement classées ; dés lors, les recherches sont EOM plus. laborieuses et l'on risque souvent ae regrettables omissions.

Nous avons paré a ces éventualités en suivant la chronologie des faits et en adoptant un plan méthodique, guide str, indispensable a une étude de ce genre.

Dans la premiére partie de cet ouvrage, nous étudierons la période légendaire, qui va de 1687, date de la prétendue fondation de la Constance d'Arras, à 1756, époque de la constitution de la Grande Loge de France. Le comte de Pembrocke vint-il à Arras ? Charles- Edouard entra-t-il en relation avec les maçons artésiens, pour la création d'un Souv-- Chap:: de Rose-Croix (1745) ? La Fidélité d'Hesdin remonte-t-elle à 1749, comme elle l’affirme ? Enfin, Etienne Morin fonde-t-il, l'année suivante, la Parfaite Harmonie d' Abbeville ?

Toutes ces questions sont posées et discutées d’après des documents — bulles et lettres-patentes, — dont l’authenticité nous paraît contestable.

Dans la deuxième partie, nous entrons enfin dans le domaine de l'histoire ; nous voyons les ateliers s'organiser ; nous passons en revue leurs premiers statuts et reglements, en suivant le développement des loges artésiennes ; mais la plupart d'entre-elles vivent en HAMS du mouvement maçonnique ; dans l'affaire des Jésuites, elles n'ont pas une influence collective ; ce n’est qu'à partir de 1774, après la réforme du G-. O-., qu’elles se groupent sous l'obédience d'un centre d'administration ament fort et respecté.

Jusqu’à quel point se poursuivra cette unification de la franc-maconnerie artésienne ? Quels en seront les résultats ? Quel rôle les frères joueront-ils dans l’application, en Artois, de la réforme municipale de Choiseul ? Ces questions seront examinées dans la troisième partie. 1

Puis, nous abordons, pour cette époque, l'étude de l'organisation administrative et matérielle de nos loges. Nous visitons un temple, ses salles, son mobilier ; nous assistons aux épreuves de tous le: grades, aux fétes et aux banquets ; nous recherchons les différents symboles en usage et nous les expliquons ; enfin, nous suivons le développement de l'esprit maconnique en Artois.

Avec la cinquiéme partie de cet ouvrage, nous abordons la période révolutionnaire. Le f-- Du Quesnoy est-il délégué à l'Assemblée des Notables ; les ff. Bouchez, Vaillant et Brassart siégent-ils aux Etats-Généraux ; les ff-- Hallette et Lion ont-ils à réprimer, à Hesdin, la révolte du Royal-Champagne ? Nous étudions successivement l’œuvre de chacun d'eux ; nous jugeons leur conduite, nous discutons leurs initiatives. Puis, dans l'épilogue, nous distinguons de sa devanciére la maconnerie impériale ; nous notons des différences de recrutement, d'esprit et de tendances, et ce paralléle améne notre conclusion.

Les sources auxquelles nous avons puisé sont trés variées et, pour la plupart, inédites. A une nomenclature séche et dénuée d'intérét, nous avons préféré une étude critique d'ensemble, renvoyant, pour les détails, aux notes placées au bas des pages.

A. SOURCES INÉDITES I? Archives Nationales

Ouelles étaient les relations des autorités administratives avec les membres de nos loges maconniques ? Pour les connaitre, nous avons consulté, aux Archives Nationales, la correspondance des Intendants avec les Secrétaires d'Etat de la Maison du Roi et de la Guerre, ainsi que les rapports de police.

Les lettres de Saint-Florentin à la Tour de Glené et à la Chataigneraie, de d'Agay, Intendant de Picardie et de Caumartin, qui remplit les mêmes fonctions pour la Flandre et l'Artois, ont surtout retenu notre attention (1).

Pour la période postérieure à la Révolution, nous avons parcouru . les Cartons F7 7455 et suivants ; les fréres ignorent la persécution. Dans une lettre adressée au Grand Juge, le 1* Pluvióse an XI, Poitevin-Maissemy, préfet du Pas-de-Calais, prend avec chaleur la erence des francs-maçons artésiens, accusés d'avoir fait partie du Tribunal Révolutionnaire ; il montre l'inanité de telles calomnies (2).

(1) Archives Nationales, O! 444 à 486, 536 à 554, E 9770 à 9789.

(2) Ibid., D. 6957. F7 6630. Cité par M. Grasilier, REVUE INTERNATIONALE DES SOCIÉTÉS SECRETES, 1er janvier.1914, t. VII. p. 66.

Aux Archives Nationales, nous avons encore dépouillé les papiers des émigrés et des condamnés (Série T. Séquestre). Nous avons trouvé et mis en œuvre quelques intéressants documents sur les familles de Courtarvel (42512). Cra d'Havré (1676, 1677, 317'3, 189), Delaville (1616, 11126), de Chabrillan (496), de Chambonas (704, 708, 1358, 1685, etc.), de Choiseul-Meuse (1685, 1115 tr), de Clermont- Tonnerre (5932), Van Robais (278'), de Coupigny (1037-8, 6831-35 1614), et surtout sur le frère de Pellan (T. 704).

Nous avons eu la bonne fortune de découvrir le journal de cet officier, qui ne se départit jamais de sa fidélité au roi et émigra; sont relatées, dans cet écrit, les dates de son affiliation 4 la franc-maconnerie (6 janvier 1776) et des événements dramatiques auxquels il fut mélé, au début de la Révolution, alors qu’en qualité de lieutenantcolonel, il commandait, à Laon, le régiment de Reine-Dragons (22 juin-16 juillet 1791).

Malheureusement, de nombreux feuillets ont été arrachés de ce manuscrit.

2° Archives Historiques du Ministére de la Cuerre

Nous avons consulté les cartons des régiments de Royal-Roussillon-Cavalerie, Orléans-Dragons, Royal-Champagne, Vivarais, Flandre, Saintonge et Penthiévre-Dragons. Les notes d’inspection nous ont édifié sur la maniére de servir des officiers francs-macons ; de plus, nous avons pu contrôler les garnisons successives des différents régiments, ce qui nous a permis d’établir, en toute certitude, l’existence des ateliers militaires dans telle ou telle ville de notre province.

Sur la tenue de chaque troupe, sur son uniforme, sur le degré d'instruction des cadres et des hommes, nous avons recueilli, dans ces cartons, d’intéressants renseignements.

3° Archives Administratives du Ministère de la Guerre

« La Chronologie des Maréchaux de France, Lieutenants généraux et Maréchaux de camp », de l’ancienne monarchie, nous a renseigné sur les états de services des ff: duc d'Havré, de Moreton de Chabrillan, du marquis de Louvois, du comte de Choiseul-Meuse, du vicomte de Clermont-Tonnerre, etc... Nous avons également trouvé ceux d'autres officiers, moins élevés en grade, ainsi que de curieux détails sur les « grâces qu'ils sollicitaient du roi », sur leur caractère et leur situation de fortune.

4° Archives du Ministère des Affaires Etrangères

Le pape Clément XII lanca !’anathéme contre les francs-macons par la bulle « In eminenti », du 28 avril 1738. Non content de commenter ce texte, nous en avons discuté l’authenticité ; nous avons recherché si ce document avait été enregistré à Rome et Mgr Ugolini, sousarchiviste du Vatican, a bien voulu nous édifier sur ce point (lettre du 9 février 1914). N'ayant pas trouvé traces du refus d'enregistrement

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de cette bulle, soit par le Parlement de Paris, soit par le Conseil Provincial d'Artois, nous avons parcouru la correspondance diplomatique échangée dans les mois qui suivirent mai 1738 et nous avons découvert deux lettres inédites ayant trait aux condamnations pontificales, l'une signée d'Amelot, l'autre du duc de Saint-Aignan, notre ambassadeur à Rome (1).

5? Archives Départementales du Pas-de-Calais

Les documents ayant trait à la franc-magonnerie, assez rares d'ailleurs, font partie soit de la série E (Corporations), soit du fonds V. Barbier, soit de la Bibliothèque départementale.

a) Série E (Corporations). — La copie de la bulle de 1745, attribuée à Charles-Edouard, y figure ; c'est un parchemin, décoré d'une fine gravure sur cuivre et tracé d'une écriture du XVIII? siècle ; il est orné de deux sceaux brisés.

b) La collection V. Barbier, récemment acquise par le département et dont l'inventaire est en cours d'impression, est à consulter par tous ceux qui s'intéressent à l'histoire locale. Ses manuscrits notamment renferment quantité d'autographes précieux de personnages du pays, parmi lesquels ceux de Buissart et de Poultier. Avec le procès-verbal de l'installation de la L- de Sophie Magdeleine, reine de Suède, fondée à l'Orient d'Arras, le 10 juin 1783, nous avons une lettre intéressante du comte Charles de Scheffer, ancien Grand Maitre des loges de Suéde, ainsi que les patentes de cet atelier et différents discours prononcés à son inauguration. Dans ce fonds, nous avons encore rencontré la copie manuscrite du règlement du Souv-. Chap. d'Arras à PO~- de la vallée de Paris, chapitre d'Isis, qui diffère de celui qui fut publié en 1807. Enfin, les cartons 472, 474 et 477 nous ont procuré une partie de l'illustration de cet ouvrage.

c) Bibliothèque départementale. — Les tableaux de la Constance a 1'O-- d'Arras des années 1805, 1808, 1826, nous ont fourni la composition de cet atelier a ces différentes époques.

Des poésies maconniques, signées du f-- Burgand pour une féte de la L:. de l'Agaz£zé à l'O-- de Boulogne-sur-Mer, du f-- Hédouin, orateur de la L-. de Saznt-Frédértck, de cette méme ville, et du f-- Pigault- Montbaillacq, vén de Saznt-Louis de Calais, y sont conservées, avec quelques tableaux de loges du XIX* siècle. Nous avons reproduit le beau portrait du f-. Cuvelier de Trie, qui figure dans l'album départemental.

d) La séne C (Intendance) nous a permis d'établir les garnisons des régiments ou bataillons des milices provinciales et de mentionner les états de services de ses officiers.

e) Les documents maçonniques proprement dits ne suffisant pas à nous faire connaitre, avant 1789, le róle civil et l'action sociale des principaux macons, nous avons consulté : sur l'affaire des Jésuites, les Archives du Conseil d'Artois (série B, 416 à 592), ainsi que diffé-

(1) Cor. dipl. Rome, T. 769, folios 173 et 255.

rentes correspondances, dont une lettre autographe du duc de Choiseul, du 31 août 1762 ; sur les corps échevinaux, la série C (Etats d'Artois, Municipalités) ; sur le rôle joué par le f Du Quesnoy à l'Assemblée des Notables, dans la même série, la correspondance des députés des Etats d’Artois à la Cour ; enfin, de nombreux renseignements inédits concernant la vie intime des sociétés populaires, les arrestations, les détentions et les mises en jugement des fréres nous ont été fournis par les documents de la série L (Comités de surveillance, sociétés populaires, émigrés et suspects).

6° Archives Municipales d’Hesdin

Les Levres d'architecture de la L- de la Fidélité forment la base de notre documentation ; ils nous renseignent, au jour la journée, sur les événements, même les plus futiles, de la vie maçonnique d’un atelier. Nous ne pouvions trouver guide plus sûr, plus complet, ni plus sincère.

Le Souv- Chap- d'Hesdin possédait également ses registres ; nous les avons consultés avec fruit, bien qu'ils présentassent un bien moindre intérét. Les piéces que nous avons retenues sont de trois sortes : rituels et tableaux, comptes et inventaires de la loge, enfin planches à tracer formant la correspondance de l'ateher.

a) Rituels et tableaux. — Les catéchismes des différents grades nous ont permis de rétablir, avec précision, les épreuves en usage à l'atelier ; ce sont de petits opuscules manuscrits, format m-12, sans date et d'une écriture du XVIIT* siècle ; nous en pouvons placer la rédaction entre 1774 et 1789.

Les tableaux de la loge et ceux de sa correspondance nous ont fourni de précieuses indications, tant sur le nombre que sur le recrutement des fréres dans les différentes classes sociales.

b) D'aprés les comptes, nous avons pu préciser les ressources ct l'état de la loge, le coüt des députations vers Arras, Aire, Abbeville, Eb.

Enfin, deux inventaires des objets appartenant aux fréres et dressés, l'un le g août 1805, l'autre le 15 octobre 1807, nous ont indiqué par le menu quelle était la composition du mobilier d'une loge; certains détails typiques, la mention de sabres appartenant au 72* régiment de ligne, par exemple, nous ont montré, une fois de plus, quelles relations cordiales existaient entre les macons de la bour- | geoisie Hesdinoise et del'armée. .

Malheureusement, il n'existe pas d'inventaire du XVIII’ siècle.

c) Parmi les nombreuses planches à tracer que nous avons citées, au cours de cette étude, celles qui nous ont surtout retenu sont la lettre adressée le 30 juillet 1775 au f^ Carbonnel de Canisy, pour protester contre le vol des tentures ; celle du f~- Delville, officier du G-- O-- sollicitant l'avis de la Fidélité, au sujet de la demande de

constitution de la Constance d’Arras (17 janvier 1785) ; enfin la correspondance relative à l'installation de la Parfaite Union du Royal- Roussillon, de l'Azzzzzé à l'Epreuve de l'Orléans-Dragons, de la loge des Cœurs Choisis, à l'O-- de Doullens, etc...

7° Archives Municipaies d’Aire

En 1791, plusieurs membres de la Réunion, apres la fermeture de leur temple, se firent inscrire à la Société des Amis de la Constituton ; parmi les documents que nous avons consultés à ce sujet, citons le discours prononcé, le g juillet de cette méme année, par Lazare Carnot, président de cette société.

8° Archives Municipales de Saint-Omer

Une loge établie dans cette ville, en 1822, suivait le rite de Misraim, qu’avaient créé les freres Bédarrides et qui ne comptait pas moins de quatre-vingt-dix grades. Elle fut vite en but aux vexations des autorités admimistratives, et le préfet du Pas-de-Calais fit opérer des perquisitions dans le local qu'elle occupait.

Elle rédigea et fit déposer, le 29 octobre 1822, des règlements qui sont ceux d’une société de maçons désireux de cacher son existence ; nous en avons donné des extraits, pour faire ressortir les différences existant entre la maçonnerie du XIX* et celle du XVIII.

9^ Archives Municipales d'Arras

Nous avons consulté la série AA (116 et suiv.), sur la correspondance échangée entre le f-- Du Quesnoy et le f-- Grimbert, pendant | que le premier siégeait à l'Assemblée des Notables (1787).

10° Archives privées

a) Archives du Grand Orient. — Il est regrettable que les francsmaçons n'aient pas davantage le culte de leur passé ; la plupart de nos loges de province n’ont pas d’archives ; elles ont laissé disperser les documents les plus utiles pour reconstituer leur histoire.

Au G^. O-., nul classement méthodique n’a encore été entrepris; un récent incendie a détruit des documents que l’on dit sans valeur. Est-ce bien vrai ? Cet accident ne dénote-t-il pas une regrettable insouciance ?

Dans cette mine si riche, nous avons pu largement puiser. Citons notamment : les Lettres de Constitution, délivrées, le 17 octobre 1750, sur la demande d’Etienne Morin, à la Grand et Mère Loge de Saint- Jean de Jérusalem, sous le titre distinctif de Parfaite Harmonie à

l'O-- d’ Abbeville.

at Cees

. Cette pièce établit que le célèbre rédacteur de la patente de 1761, base du rite écossais, ancien, accepté, ne se parait pas d'un titre imaginaire, lorsqu'il se qualifiait « Respectable Maitre de la Parfaite Harmonie ». Elle soulève bien des questions, dont, en premier lieu, celle de son authenticité.

La planche à tracer du 12 décembre 1784 contient la demande de Constitutions de la Constance d'Arras; elle est enregistrée au G~. O~le 10 janvier de l'année suivante ; une lettre du 24 mars 1785 nous apprend que le f-- Henry, prêtre dignitaire de l'église de Saint-raioy, à

Dunkerque, a. brülé, avant de mourir, les Constitutions au Chapitre

d'Amité et Fraternité, dont il était le Très Sage ; ses collègues s’adressent peu aprés au G` O~. de Bouillon, qu'a tondé le duc de ce rom et lui demandent de régulariser leurs travaux ; enhn, celle du 28 mai 1788 nous documente sur les relations existant, à 1’epoque, entre les loges de l'Artois et celles du Boulonnais.

Les querelles intestines, les rivalités de personnes ont leur écho dans la correspondance échangée entre nos ateliers et leur centre d'administration; nous avons eu entre les mains toutes ces piéces et pu nous faire une opinion sur la valeur morale de leurs signataires; c'est ainsi que nous avons suivi les dissentiments qui mettaient aux prises la /zdeizdé d'Hesdin et la Parfaite Union du Royal-Roussillon, ia Constance et l'Àzu2422 de Boulogne-sur-Mer, la Réunion et les Vrais Amis d'Aire, Sophre Magdeleine et les Amis Réunis d'Arras, etc...

b) Archives de la L-- de la Concorde à l'O-- de Mons. — La correspondance des fréres entre eux, ou avec les profanes, était une source de documentation que nous ne pouvions ignorer. En particulier, une planche à tracer du f~- Delecourt, vén- de la Constance, en date du 20 juin 1806, nous renseigne sur l'habitude qu'ont les maçons de se faire part des événements heureux ou non qui peuvent survenir dans leur existence.

c) Autres archives privées. — Quelques feuillets des livres d'architecture de la L-- de la Réunion, à PO~- d'Aire, subsistaient encore, qui furent détruits en 1895. Cette perte eut causé une regrettable lacune | dans cette étude si, avant cet autodafé, M. Guillemin n'avait pris quelques notes sur ces documents. Il a bien voulu nous communiquer son travail. Nous fûmes ainsi renseigné sur la situation morale et financiere de cet atelier.

A la bibliothèque de M. C. Vén-- de la L- de Ch., nous devons le discours du f-- marquis de Digoine, affilié à la Fidélité, en 1784; à celle de M. Arthur ce Rosny, le manuscrit du discours prononcé à Boulogne- J sur-Mer, en avril de la méme année, par Miss Collebrooke l'ainée, grandé maîtresse de la L-- d'adoption de la Parfaite Union du régiment de la Marck; à ceile de M. Georges Sens, l'Azzzorzzal d'Artozs, dictionnaire manuscrit inédit, en 11 volumes petit in-4°, par le prince de Béthune. Nous avons puisé dans cet ouvrage d'utiles renseignements sur les membres francs-macons des plus nobles familles de l'Artois.

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