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furent emprisonnés sous la Terreur, à Arras, à Doullens, à Hesdin, à Montreuil, à Aire et à Béthune, avaient estimé que la Révolution, qui avait brisé leur situation, dispersé leurs biens, qui les avait conduits sur les marches de l'échafaud, avait été élaborée dans les ateliers, s'ils avaient pu penser qu'elle fát née de l'esprit d'égalité régnant dans les temples, auraient-ils été les premiers à aider à la réouverture des loges de l'Az:, de la Fidélité, et de la Constance ?
Si les officiers, si les émigrés avaient cru que les ateliers, qu'ils avaient fréquentés jadis, avaient été les creusets dans lesquels s'était fondue cette Révolution, qui avait ruiné toutes leurs espérances, auraient-ils commis l'impardonnable sottise de franchir à nouveau ces seuils maudits ? (1). r
Assurément non. La franc-maçonnerie artésienne n'avait eu aucune influence directe sur les événements. L'union des suffrages des fréres n'avait point porté Vaillant aux Etats Généraux ou Deusy à la Législative. Ce ne fut pas parce que leurs collégues d'ateliers, chassés des temples, étaient entrés en nombre à la Société des Amis de la Constituion d'Arras, que Pierron et Spitallier avaient été élus présidents de cette assemblée. Mais Vaillant comme Deusy, Pierron comme Spitallier, étaient estimés, tant à cause de leur civisme éprouvé que de la générosité de leur cœur. Le peuple leur a fait confiance ; on ne peut douter que les vertus sociales qu'ils pratiquaient se soient développées pendant leur séjour dans les loges. Mais ils n'y défendent aucun programme arrété, concerté au sein des ateliers, pas plus qu'ils n'ont d'idéal commun. Ils ne travaillent pas, dans un méme esprit, à servir la méme cause. L’incertitude qui régne partout n'épargne pas les macons. Tandis que le f-- Deusy siège à la Législative, le f^ de Siougeat passe la frontière; les uris combattent dans les rangs de l'armée de Coblentz,
(1) La lettre suivante démontre que les francs-macons n'ont jamais été regardés comme ayant un civisme éprouvé, par le seul fait qu'ils appartenaient à une loge : Paris, le 3 fructidor an VII.
Le Ministre de la police générale de la République au commissaire prés le département de la Marne, à Châlons. ;
« Le citoyen Gienauth, négociant à Reims, m'invite, citoyen. à Jui faire savoir si la société des francs-maçons, existant dans cette commune depuis plus de cinquante ans, et dont les assemblées n'ont cessé que par suite des événements de la Révolution, peut se réunir de nouveau.
Avant de répondre à cette demande, il est essentiel que je connaisse les principes politiques des individus qui composent cet atelier et les causes qui ont amené sa dissolution ; il importe également que je sache si. par quelque acte de dévouement à la cause de la Liberté, cette société a donné des gages à la Révolution. et si la moralité de ses membres peut offrir au gouvernement une garantie suffisante. Vous prendrez des renseienemens à ce sujef et m'en ferez passer le résultat, avec votre avis et celui de l'administration centrale.
Salut et npor Foye;
Areh. dép. de la Marne. Cité par Albert Mathiez, La FRANC: BEC FN L'AN VII ET EN L'AN IX. LA REVOLUTION FRANCAISE, T. 40, janvier-inin 1901. p. 29. L'auteur rappelle (p. 31) ce jugement de Charles Nodier : « I] faut étre tout-àfait étranger à la maconnerie pour penser, comme Barruel et auelques autres réveurs, qu'elle ait jamais influé le moins du monde sur une grande révolution politique. » Ch. Nodier, SOUVENIRS SUR LA RÉVOLUTION, tome TI, Notes sur. r'Histoire des Sociétés Secrètes,
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les autres s'enrólent sous les drapeaux de Dumouriez, d'autres enfin sont au milieu des Chouans de Bretagne. Comment ces frères dispersés pourraient-ils collaborer à une œuvre commune ? Et surtout, quelle serait cette entreprise ?
Le rôle de la franc-maçonnerie artésienne fut tout autre : on ne peut prétendre que, dans les ateliers, s'élaborérent les idées nouvelles. L'égalité qu'on y professait n'avait guere de rayonnement au dehors des temples ; si nos loges avaient largement contribué soit à la préparation, soit à l'exécution du grand œuvre révolutionnaire, elles se seraient maintenues quand méme, à cette époque. Le conspirateur s'endort-il au moment précis où son complot commence à prendre corps ? Est-ce en disparaissant qu'il compte entraîner les foules et obtenir le succès définitif ?
On ne saurait prétendre davantage que la franc-maconnerie rendit -l'opinion publique plus éclairée, plus sage et plus forte. Sa seule influence se manifesta lors de la rédaction des cahiers de doléances. Si ses membres y participent, c'est à titre purement individuel et ils se bornent à rééditer, sans grande audace, sans vive impatience, ce que l'ón dit partout ailleurs. Parfois cependant, les loges sont, comme à Montreuil, le trait d’union entre les trois ordres; ce n'est là qu'un fait en: : d'un complot en vue du renversement de la monarchie, nous n'avons trouvé aucune trace; il n'en fut pas, il n'en ) pouvait étre question.
Mais la franc-maconnerie a formé des hommes qui furent mélés aux événements et dont l'action fut, sinon décisive, du moins prépondérante : Hippolyte Jacauemont du Donjon lui doit cette claire intelligence et cette éloquence diserte et fleurie, Vaillant cet esprit pénétrant et ce jugement dro't; c'est elle qui contribue à rendre Le Ducq si courageux, Brassart si équitable, Lefebvre du Prey si pondéré ; Spitallier de Seillans lui est redevable de cet admirable esprit d'organisation et de cette philosophie froide et rn veu hautaine, Delepouve de ce libéralisme indulgent, Le Gav et Gamot de cette sincérité qui les fait se plier aux exigences du moment, Morel de cette résignation souriante, Pierron de cette autorité pleine de bonhomie, Saint-Amour de ce scepticisme sans amertume, Ansart ct Toursel de cette indulgente bonté; Mury lui-même, tout vindicatif qu'il soit, ne pratique-t-1l pas un dévouement absolu aux lois, ne montre-t-il pas l'exemple de la persévérance dans l'effort ? Antoine Buissart n'est-il pas le prototype du vrai macon, lui qui sait allier à une précieuse expérience, une inépuisable générosité, le respect de l'ordre établi et une fidélité magnanime à la mémoire des amis tombés et méconnus ?
Tous ces fréres ont repris, la tourmente passée, le chemin de leur atelier : l'Empire a réouvert leurs temples. Si l'on juge de la prospérité d'une institution par le nombre de ses adhérents, il faut convenir que jamais la situation des loges artésiennes ne fut plus brillante (1), bour-
. (1) En 1810, il y avait.en France. 878 loges, dont 65 militaires, et, en 1814, 905 loges, dont 73 militaires.
geois, officiers et gentilshommes s'y retrouvent avec joie; tous manifestent leur satisfaction de renouer les anciennes relations; ils donnent leur adhésion sans réticence et sans arrière-pensée; seuls, s'abstiennent ceux qui ne reconnaissent pas le nouveau régime, car, suivant en cela le principe qu'elle s'est toujours donné, la franc-maçonnerie pousse jusqu'au « servilisme », le respect du pouvoir quel qu'il soit (1).
Cependant, avec l'Empire, un esprit nouveau pénètre dans les loges. Les prétres sont moins nombreux à les fréquenter. Bientót, l'on ne se souviendra méme plus du róle important qu'ils jouerent dans le sanctuaire magonnique. Hier encore, le chapitre de Dunkerque choisissait pour Très Sage le f Henry, l'un des dignitaires de l'église de Saint-Eloy; préfet des études du collège de l'Oratoire, Spitallier de Seilans présidait aux destinées de l’Amztzé d'Arras; les chanoines Ennuyer, à Hesdin, et Lochtenberg de la Mairie, à Aire, suivaient, avec intérêt, les travaux de leurs ateliers respectifs; plusieurs ecclésiastiques se trouvaient parmi les fondateurs de l Aurore de la Liberté à Béthune; mais ces prétres, dont les qualités sacerdotales étaient aussi appréciées que leurs vertus maçonniques, vont, à présent, se désintéresser de plus en plus des mystéres du Temple de Salomon. Au sein de nos loges, un germe nouveau se développera peu à peu : l'anticléricalisme.
Cette franc-maçonnerie artésienne, qui va se transformer progressivement, dans un sens que nous n'avons pas à apprécier, eut son heure de prospérité. Elle sut grouper une élite de gens distingués, à qui elle rendit familiére la pratique des vertus sociales. Elle a formé des hommes et, de ce résultat, elle peut se montrer justement fière. Sans doute, les opinions des premiers fréres étaient parfois contradictoires et leur horizon se trouvait borné par la haute ceinture des remparts de la petite ville qu'ils habitaient. Gardons-nous cependant de ridiculiser leurs travers et leurs innocentes manies; ces fils de la bourgeoisie, s'ils ne surent pas appliquer, avec sang-froid, le reméde au mal dont ils souffraient, eurent du moins le mérite de le découvrir; ils comprirent que l'entente fraternelle rend les hommes plus confiants, mieux armés et meilleurs : ils ont défr:ché le terrain sur lequel s'élévera l'édifice de l'avenir; ce sont des précurseurs, des ancêtres.
' (1, C'est l'expression méme dont se sert M. J. Colfavru, dans son discours du 16 juillet 1889, au G.. O.., p. 48.
INDEX ALPHABETIQUE
des Noms de Personnes et de Lieux (‘)
Abbeville, 13, 14, 56, 57, 63, 66, 70, 72. 100, 114, 118, 128, 130; 132, 158, 210, 244, 258, 259, 265, 266,:275, 312, 2014 Bae
Abot de Bazinghem, 278, 311, 318, 319. :
Abot de Bazinghem (Madame), 123.
Abraham, 197, 242.
Acher, 242.