‹ La Franc-Maçonnerie Artésienne au XVIIIe SiècleChapitre 53 sur 71 · LUX EX TENEBRIS · texte numérisé non relu

LUX EX TENEBRIS

« À la gloire du G.. A. de l'univers, Au nom et sous les auspices de S. A..J.. le G.. Maitre Le G.. O.. de France en son chapitre général.

A tous nos FFF.. Ch.. De SEEN LE

Le G.. O.. dans son grand puissant et suprême Ch.. général ayant pris en considération la supplique à lui adressée par les TTT.. CCC.. FFF.. composant le Sou-. Ch... de la R..[.] de la FIDÉLITÉ à l'O. de la vallée d'Hesdin en datte du 20€ jour du 12e mois 5804 ayarit pour objet d'obtenir des chartes capitulaires sous la dénomination de Ch.. de la FIDÉLITÉ à l'O-. de la ditte ville afin de pouvoir se livrer à létude et à la pratique des plus hautes sciences mystiques, a ordonné qu'il leur sera délivré des chartes capitulaires, sous le titre distinctif désigné ci-dessus, avec plein pouvoir, garantie et autorité de tenir un Cha.. des hauts grades, de les conférer à ceux qu'ils jugeront dignes de cette haute faveur, aprés qu'il leur aura apparu que les aspirans auront été promus aux degrés précèdans dans les Cha.. régulièrement constitués par le G...O-. de France, dans son grand Cha.. Gé.. de tous les rites réunis dont ils se feront représenter les Brefs revétus de toutes les formalités voulues par les status et réglemens généraux du G.. O.. de France et à charge, en outre, de se conformer à ses status et réglemens généraux.

Les pouvoirs accordés aux dits ch.. étant concentrés dans les grades jusques et y compris le quatriéme ordre du rite primitif. Il lui est interdit de conférer le degré supérieur encore bien qu'aucuns membres du Chap.. eussent été pourvus régulièrement des plus hauts degrés.

En conséquence, le Supréme Grand Chap.. Gén.. ordonne à tous les illustres et vaillans ch.. princes libres acceptés et leurs Ch.. mét.. et à tous les parfaits macons de tous les degrés répandus sur les deux hémisphéres de reconnaître cedit chapitre et les brefs émanant de lui dans la circonscription de ses pouvoirs. :

Donné au G.. O.. de France sous la voûte céleste du Zénith, le sixième jour du mois appelé = + =| ~., anno lucis 5806 et de l'ère chrétienne le 6 octobre 1806. Registré sur le registre de l'expédition de la Gy. L~. SRE N° 5186. Etait signé Roettier de Montaleau R.. P.. du Ge M...

(Arch. mun. d’Hesdin, Livre d’or du Chapitre de la FDÉLITÉ).

Ses députés au G.. O.. de France furent, après la Révolution : Duboscq (1804-1806) ; L. Christ-Kieulin, négociant, officier honoraire du G.. O.. (1806- 1810) ; Forcade de la Roquette, juge de paix, à Paris (1814).

MESI Ee

imposante cérémonie. On y remarqua la présence des ff. de Vadicourt, Houzel, Vilvote, Gallet, Tavernier, Bocquet, Bonnet, Vivens, Hallette- Deneuville, de Wamin de la Carnoye, Bellevre, Claude de Blin et de la Porte de Vaulx.

La Fidélité d'Hesdin a repris ses travaux depuis un an à peine /1) quand, à son tour, la Réunion d'Aire sort de son sommeil. Dès 1804, elle fonctionne et compte vingt-trois membres, partai lesquels figurent un assez grand nombre d'étrangers, des fonctionnaires, des officiers en activité ou retraités (2).

Trois ans plus tard, nous la trouvons en instance pour établir un Souv-. Chap et, en 1808, elle reçoit cette autorisation. Le nombre de ses adhérents augmente, de facon continue, malgré le départ des fréres qui vont fonder les Amzs Réunis.

La Réunion triompha définitivement de ces épreuves et une ère de calme et de prospérité s'ouvrit-pour elle, puisque, vers 1811, elle fit procéder à la réparation de son temple, par des travaux qui se poursuivirent pendant plus de six mois (23)...

La résurrection de la loge d’Aire est suivie de celle de l'Azzzzzé d'Arras. Les mauvais Jours passés, les fréres se retrouvent dans le temple longtemps déserté ; les travaux reprennent d'une facon régulière en 1804. Plus de cinquante membres les suivent et, quelques mois plus tard, un chapitre est constitué par leurs soins (4).

Aprés plusieurs années de vie active, l'Azzi££ retombe en som-

(1) Inauguré sous d'heureux auspices, le SOUV.. CHAPITRE .D'HESDIN devait avoir une vie longue et brillante. Le nombre de ses membres, qui est de vingttrois en 1807, s'éléve à vingt-cinq en 1810, puis à trente-et-un en 1811. Le G.. O.. le désigne, en 1809, pour installer le SOUV.. CHAPITRE d'Abbeville, ce qui est un honneur envié. L'année suivante, il s’affilie au chapitre de la-TRINITÉ, de Paris, l'un des sept fondateurs du Chapitre métropolitain. Mais le sort du Souv.. CHAP... d'Hesdin est intimement lié à celui de la loge de la FIDÉLITÉ, dont il est l'émanation. Aprés avoir participé à sa splendeur, il partage son éternel sommeil...

(2) En 1895, quelques feuillets du livre d'architecture de la L.. de la RÉU- NION, aujourd'hui disparu, ont été mis, avant leur destruction, à la disposition de M. Léon Guillemin, qui a pu prendre des notes, publiées par lui en partie dans les « CHRONIQUES LOCALES DE 1790 A 1797.» (1895, Broch. de 148 pp., Aire, Guillemin, imp.) ; nous avons en communication des copies de ce document. Le tronc de la Veuve rapportait de 0 fr. 47 à 1 fr. 15 à chaque tenue ; en 1810, les recettes s'élevaient à 679 francs et les dépenses à 321 francs ; en 1813, le SOUV.. CHAP.. a en caisse 284 fr. 50 qu'il prête à la loge ; le 29 octobre 1817, il met à sa disposition 551 francs pour l'acquisition d'un nouveau local.

La RÉUNION compte : en 1813, 40 m. présents, 40 m. honoraires, 3 f.. servants, 47 membres absents, 16 m. affiliés absents.

En 1814 : 56 présents, 4 honoraires, 47 absents (membres nés et porteurs de diplómes de la loge), 16 affiliés absents.

(3) En 1819, elle fonctionnait encore.

(4) Voici, d’après les tableaux que nous pope dons, quel était le nombre des ff-. de l'AMITIÉ : 1779, 32 m. ; 1780, 27 m. ; 1782, 40 m. ; 1784, 54 m. ; 1804, 55 m. ; 1806, 80 m. ; les noms de tous ces macons sont publiés dans notre ouvrage : LIVRES D'ARCHITECTURE DE LA L.. DE LA FIDÉLITÉ, IVe Partie. Son dernier député au G.'.O.. fut le f.. Tribalet, officier expert du G.. O.., jurisconsulte, 32, rue de l'Odéon, à Paris, RAGE : SON Cin e M EN

meil et ses derniers fidéles vont grossir les rangs de la Constance; un poéte anonyme nous fait pressentir cet heureux événement :

Hélas ! par un destin contraire, Chez ces aimables Déités,

Pour une cause assez légère, Naquirent des rivalités.

Mais bientôt, j'en ai l'espérance, Chez elles renaitra la paix ;

Et nous verrons à la CONSTANCE L’AMITIE S'unir à jamais.

De nos jours, l'on a perdu jusqu'au souvenir de la loge de PAmiitzé... Elle avait eu cependant ses heures de succès.

L'année 1804 voit encore la reprise des travaux de la Parfaite Union de Montreuil, dont les fréres se groupent a nouveau autour de François de la Pasture de Verchocq ; Benoit du Blaisel et de Bergemont l’assistent dans son œuvre de réorganisation, ainsi qu’Oudart de Dixmude de Montbrun (1).

A Montreuil, la noblesse est revenue moins nombreuse dans les temples, au seuil desquels se presse la jeune bourgeoisie : au noble de la Pasture de Verchocq, va succéder, comme vénérable, Tellier, greffier du Tribunal civil (2). Les modestes fonctionnaires remplacent les brillants officiers d’autrefois. Le régime n’aura pas de plus zélés défenseurs que ces bourgeois enrichis par la Révolution et qui, s’apercevant que, pour édifier leur fortune, elle a porté le trouble dans celle des autres, réclameront le vote de lois qui affermissent et défendent leurs droits de propriété.

La Parfaite Union compte, parmi ses membres, François-Martin Poultier, l'homme le plus original qui ait jamais été (3). Peu d'existences furent plus aventureuses que la sienne.

Un sang bouillant coulait dans ses veines : à peine âgé de dixneuf ans, il enléve une jeune femme de la maison paternelle et, avec elle, ils PIRS à Londres.

Pendant quelques semaines, les amants connurent un bonheur sans nuage ; hélas ! la maîtresse était volage et Poultier en fit la triste expérience : « Bientôt, écrit-il, indifférence, le dégoût, le mépris, la haine, la fureur firent place à l'amour le plus violent, à la passion la plus exaltée ; je me trouvai seul, sans connaissance, sans appui, sur une terre étrangére, dont je balbutiais à peine l'idiome » (4). :

(1) De Dixmude de Montbrun sera député sous la Restauration.

(2) Aux élections du 15 février 1809, Tellier est nommé vénérable, Poultier orateur, et Jérôme Delhomel 2° surv.. Le député au G.. O.. est Davril, 22, rue Saint-Sauveur, puis rue Quicampoix, à Paris. (Archives du G.. O.., tableau de 1809).

(3) D'Elmotte est le pseudonyme littéraire de Poultier, qui l’emploie, soit seul, soit joint à son nom. Il naquit à Montreuil, le 31 décembre 1753, de Charles Poultier, procureur, et de Francoise Lambert.

(4) Lettre de Poultier à Thomas, datée de Londres, 10 avril 1773.

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Il fallait songer à vivre. De tendres vers, quelque bien tournés qu'ils fussent, ne procuraient pas de situation sociale, à Londres comme a Paris. Poultier chercha. donc un protecteur et Milord B" se l'attacha comme professeur de déclamation francaise.

Or, un jour qu'en un plantureux festin le champagne avait coulé à flots, ce personnage, à qui le jeune homme avait voué une profonde reconnaissance, émit de vives critiques sur le Grand Frédéric et Voltaire (1).

Poultier subit son influence et, dans une piéce dédiée à Thomas, de l'Académie Frangaise (2), il glissa quelque cent vers qui contenaient une vigoureuse satire contre les dits personnages : le prince y ‘est qualifié de « brigand de Berlin », d’ « indigne tyran », de « bourreau qu'aucun devoir ne touche », enfin il est simplement comparé à Néron, .

« Qui pincait de la lyre, en égorgeant les hommes. » (3)

Voltaire n'est guére mieux traité et l'auteur réserve ses louanges pour Thomas qui, « déployant son génie », fait le plus grand honneur aux lettres françaises.

En recevant, le 24 mars 1773, l'hommage de cet ouvrage, le’ docte académicien ne put retenir son indignation. Il ne reconnaissait plus le poème dont la lecture l’avait charmé, un an plus tôt, et qui lui avait permis d'écrire à l’auteur : « Vous ressemblez assez au Machaon du vieil- Homère qui, tout à la fois médecin et guerrier, tuait dans une armée et guérissait dans l’autre » (4).

Le poète avait abominablement abusé de sa confiance, en modifiant le manuscrit primitif, qu'il lui avait soumis : « Vous avez ajouté, écrit Thomas, un trés grand nombre de vers et de satires plus qu'indécentes tant contre un Roi, célébre en Europe, par ses talents et par son régne, que contre le plus grand homme de notre littérature (5).

Poultier s'excusa en prétendant que Milord B^" avait surpris sa bonne foi en livrant à l'impression la piéce avec ses additions et en y joignant la première lettre de Thomas.

Celui-ci publia des protestations dans « le Mercure de France » et « la Gazette Littéraire ». ; il n'en fut pas moins en but à toutes sortes de tracasseries (6).

L'ambassade de Prusse, à Londres, s'était émue, en effet. Son secrétaire, M. d'Esca, prit vivement Poultier à à partie et lui fit pubhquement grief de son inconduite ; celui-ci lui répondit d'une façon

(1) Lettre de Poultier à Thomas, datée &e Londres, 10 avril 1773.

(2) Ant. Léonard Thomas (1732-1785). Son éloge de Marc-Aurèle (1770) passe pour son œuvre la plus remarquable.

- (3) Epitre à M. Thomas, de l'Académie Française, par "Poule d'Elmotte,

ci-devant gendarme du roi, à Londres 1773.

(4) Lettre de Thomas à d'Elmotte, datée de Paris, 17 goût 1772.

(5) Lettre de Thomas à d'Elmotte, datée de Paris, 24 mars 1773.

(6) MERCURE DE FRANCE, i?" volume d'avril 1773.

tout aussi discourtoise : « Pour l'autre reproche qu'il m'a fait d'avoir eu des maitresses, J'avoue que c'est un grand mal et la nature l'a favorisé en lui accordant un cœur froid et un visage horrible. Il doit à cette forme hideuse le stoicisme qu'il affecte. Sexe aimable et sensible, seriez-vous flatté des caresses d'un monstre ?... » (1).

Le résultat de cette polémique ne se fit pas attendre ; Poultier dut quitter l'Angleterre.

Il rentre à Montreuil, s'engage dans le régiment de Flandre et passe successivement à Calais, à Saint-Omer, et enfin à Landau, ot il arrive dans le courant d' cona TATAE

Malgré ses pérégrinations, Poultier caresse toujours P espoir de publier une nouvelle version, revue et diminuée, de son épitre à Thomas ; mais celui-ci le supplie de n’en rien faite (2), et cela dans son propre intérét, car il lui apprend qu'il « a été en danger pendant quelque temps ».

Poultier lui répond par des insolences et lui reproche d’avoir écouté les insinuations malveillantes de d’Esca : « Fallait-il me précher la douceur et la haine de la satire, pour y méler plus de fiel et moins de vérité que moi ? » (3).

Mais notre poète, las d'une vie si ardente et si tourmentée, renonce à l'état militaire et vient se fixer à Paris (4). Là, il entre dans les bureaux de l'intendance, où, bientôt, il perd son emploi, aprés s'étre servi du sceau de cette administration, pour faire circuler des nouvelles à la main...

Il se lie alors d'amitié avec Goupil, inspecteur de police, l'un des limiers du lieutenant Lenoir qui l'emploie, non pour rechercher les criminels, mais plutót pour écrire des pamphlets contre ceux que ses chefs veulent perdre de réputation. Enfin, par un reste de pudeur, il écrit à Thomas qu'il renonce aux lettres (5) ; il eut été plus exact de dire qu'il changeait de littérature.

Mais le métier a ses dangers : Goupil est arrété avec sa femme et ses enfants et l'infortuné Poultier va les rejoindre à la Bastille. Sa moralité semble avoir souffert de certaines promiscuités, car, pour - obtenir sa liberté, il ne trouve rien de mieux que de dénoncer ses anciens amis ; le lieutenant de police le place chez le libraire Saugrain, mais il n'y reste pas et entre chez Pariseau, directeur du Théátre des éléves de l'Opéra.

Voilà donc Poultier jouant le rôle de Jeannot et composant méme,

(1) Lettre de d’Elmotte à Thomas, datée de Montreuil-sur-Mer, 10 oct. 1774. (2) Lettre de Thomas à d'Elmotfe, datée de Paris, 6 septembre 1774.

(3) Lettre de d'Elmotte à Thomas, datée de Montreuil, 10 octobre 1774.

(4) Il obtient son congé de grâce, le 23 février 1775. -

(5) Lettre de l'EImotte à Thomas, datée de Paris, 10 février 1776 : « ...Fatigué de mon inconstance, je suis venu me fixer à Paris... 'abandonne entièrement les lettres ; elles ont fait ma consolation et mon tourment ; ni l'une ni l’autre ne me seront plus rien... » Thomas le félicite de cette décision, dans une lettre du 11 février 1776.

Saag Wier

seul ou en collaboration avec son nouvel ami, la Veuve de Cancale, parodie de la Veuve de Malabar, le Fanatisme, Amour, Prométhée et quelques autres piéces en vers.

Cette retraite au milieu des demoiselles de l'Opéra lui parut sans doute la meilleure préparation a la vie religieuse ; le voici qui entre chez les Bénédictins et ses parents font déposer douze cents livres pour sa dot ; mais ils ont soin de stipuler que cette somme ne lui sera pas remise au cas où il voudrait se retirer, avant d’avoir prononcé ses voeux.

Cette cérémonie a lieu à Meaux, au mois d'avril va. Elle dut étre bien édifiante.

Poultier est envoyé successivement dans diverses maisons de l'ordre. A Compiégne, il enseigne les mathématiques au Collége Royal ; à l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois, prés de Laon, il a maille à partir avec son prieur, au sujet d'une polémique dans les journaux ; dans la correspondance qu'il échange avec ce dernier, il signe d'Elmotte, nom pris, dit-il, « pour éviter les persécutions de mon ' corps » (1) ; il est en BUE épistolaires avec le pére Aubry, prieur et principal du collége de Breuil, à Commercy (2), et avec M. Dorez, inspecteur des archives de la Compagnie des Indes, qui ne lui ménage pas ses bons conseils.

Ceux-ci ne sont pas superflus, car ce singulier religieux ne semble pas avoir pris au sérieux ses vœux monastiques et spécialement celui de chasteté. Le 15 décembre 1787, il écrit, en effet, au digne archiviste, pour lui narrer qu'il a été passer deux mois dans son pays et qu'il y a « revu sans trouble celle qui lui avait fait tourner la téte ; s'il conserve pour elle un sentiment bien tendre, ce n'est plus cette rage, cette frénésie qui aliénaient sa raison et le rendaient comme fou... ». Du reste, sa réserve se comprend : « il a, à Laon, une amourette qui lui suffit : il s'occupe sagement toute la matinée, remplit ses devoirs religieux, et, sur le soir, va se délasser dans les bras de sa nouvelle maitresse... » (3).

Les événements allaient lui permettre de rentrer dans le nionde et de reprendre le métier militaire pour lequel il avait assurément plus de vocation que pour la vie monastique. Le 2r juillet 1789, il est nommé lieutenant de la Garde Nationale de Montreuil. Au club de Boulogne-sur-Mer, il pose la question du mariage des prétres. On devine aisément qu'il la résout par l’affirmative (4). Elu capitaine de

(1) Lettre de d’Elmotte au prieur de l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois, du 21 avril 1783. (Arch. dép. du P.-de-C., coll. Barbier, liasse 292).

(2) Cette lettre est revétue d'un cachet représentant un lion; elle est signée d'Elmotte, religieux à l'Abbaye.

(3) Lettre de d'Elmotte à M. Dorez, datée de Laon, 15 décembre 1787. (Arch. dép. du P.-de-C., coll. Barbier, liasse 292).

(4) Séance du 23 décembre 1791, J.-B. Hollingue, « LES PROMOTEURS DE LA RÉVOLUTION EN BOULONNAIS ».

volontaires au deuxième bataillon du Pas-de-Calais (1),1l fait en cette qualité — et quoique jeune marié (2) — la campagne de 1792, a l’armée du Nord, et passe avec son grade au 14° régiment de chasseurs à cheval (3). Il va ensuite rejoindre l’armée du Midi commandée par Carteaux.

Le département du Nord l’envoie siéger à la Convention Nationale, car sa ville natale lui est inhospitaliére : il s'est brouillé avec tous ses parents et n'aurait certainement pas été élu dans le Pas-de- Calais. Poultier acquiert une certaine compétence dans les choses militaires ; 1l prend souvent la parole sur les opérations de guerre. Comme il n'y met pas toute la discrétion voulue, Pétion fait censurer, à la séance du 10 avril 1793, celui qu'il qualifie assez justement de « moine jaseur ».

De ce jour, Poultier entre en lutte avec les Girondins, vote la mort de Louis XVI et son exécution dans les vingt-quatre heures. Nous le retrouvons ensuite chargé de fréquentes missions, à Marseille, oà il se lie d'amitié avec Bonaparte, qu'aux mauvais jours il invite à sa table, à Avignon, puis dans le Cantal, l'Ardéche et la Haute-Loire.

Au 9 thermidor, Poultier prend parti contre Robespierre. Il attaque les Jacobins avec d'autant plus de véhémence qu'il fut l'un des leurs. Dans ses missions dans le Midi, il sévit alternativement contre les anciens terroristes et contre les royalistes, donnant une nouvelle preuve de son humeur inconstante.

Il passe alors au Conseil des Anciens et défend le Directoire dans son journal l'Azz des lois; il se montre, suivant ses caprices, partisan ou adversaire des théophilanthropes (4). il attaque les prêtres, les parents d'émigrés et combat le modérantisme.

Son mandat terminé, il est nommé, par le Directoire, chef de brigade de la légion de police, puis commande la vingt-cinquiéme division de la Gendarmerie Nationale.

Entre temps, il est accusé de bigamie, mais c'est là un simple incident dans sa vie aventureuse (5).

Le 15 germinal an XII, nous le retrouvons commandant d'armes de la place de Montreuil, sa ville natale ; il restera à ce poste jusqu'à la Restauration. Pendant cette premiére partie de son existence, Poultier n'avait pas eu les loisirs de s'occuper de l'Art Royal, pour lequel il se sentait une véritable vocation. I] profita des quelques années de vie calme qu'il connut alors, pour se faire recevoir à la loge de la Parfaite Union, à l'Or-- de Montreuil. Les fonctions d'orateur lui furent dévolues, à trois reprises différentes, en 1808, 1810 et

(1) 26 septembre 1791.

(2) Il épousa, en 1792, Marie-Thérése Looten, qui le précéda dans la tombe. (3) Le 9 mai 1793.

. (4) A. Mathiez; LA THÉOPHILANTHROPIE ET LE CULTE DÉCADAIRE, p. 626. (5) Arch. dép. du P.-de-C., série M. Lettre de Lucien Bonaparte.

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1812 : « le moine jaseur », dont parlait Pétion, tenait un rôle digne de lui.

Mais survinrent les persécutions : l’ancien conventionnel fut exilé comme régicide et vint habiter, à Tournai, une petite maison, au n° 17 de la rue des Fossés. Il y publia un livre intitulé Conjecture sur l'origine et la nature des choses. Depuis son passage à la loge, il était devenu philosophe. C'est là qu'il devait mourir, quinze ans plus tard, triste et oublié de tous (1):

Sur la tombe de ce maçon épicurien, l'on aurait pu graver ce quatrain qu'un jour on lui décocha :

Moitié plumet, moitié rabat,

Ne portant bien ni l'un ni l'autre, Il priait Dieu comme un soldat Et se battait comme un apótre.

La Parfazte Union de Montreuil, dont Pouitier était l'une. des illustrations, fonctionnait depuis deux ans, quand, l’Aurore de la Liberté de Béthune, sortit de sommeil.

Ses progrés s'accusent rapidement ; l'effectif de la loge est, dés la premiére année, de soixante-treize adhérents ; il passe à quatrevingt-onze, en 1807. Les séances d'obligation ont lieu les 1° et 15 de chaque mois, à cinq heures du soir, et sont trés suivies.

La correspondance est reprise avec les ateliers amis (2), et le G-- O-- ayant donné à la loge sa consécration habituelle, le T:: V~. F~. Fouquier, receveur de l'enregistrement, est choisi pour la représenter à Paris, en quahté de député (3).

(1) Arch. communales de Tournai (Belgique), 1827, 16 février.

Poultier est l'auteur de « L'ANTI-PYGMALION » ; de « GALATHÉE », scene lyrique, de quelques épitres en vers, dont une est dédiée à J.-J. ROUSSEAU ; l'auteur raconte son entrée au monastère ; s'adressant aux bénédictins, il dit :

Je fuyais, comme vous, les vanités du monde ; Comme vous, je crovais, dans une paix profonde, Couler, loin des cités, des jours sereins et purs...

C'est là une illusion qu'il ne dut jamais avoir... Il composa des pièces fugitives, parmi lesquelles on peut citer un COMPLIMENT A LA REINE MARIE-ANTOINETTE, LES SOUPIRS D'UN SOLITAIRE, différents morceaux sur LA MÉTAPHYSIQUE, LA LOGI- QUE ET LA LITTÉRATURE, enfin plusieurs MÉMOIRES SUR LES MINES, sur LE DESSE- CHEMENT DES MARAIS DE LA SOMME, etc. ; il publia méme, sous le titre de : VIC- TOIRE, ou LES CONFESSIONS D'UN BENEDICTIN, un roman dans lequel on prétend qu'il a raconté ses propres aventures ; dans le JOURNAL ENCYCLOPÉDIQUE de 1787 à 1879, Barbier lui attribue le RECUEIL D'APOLLON OU LA GALERIE LITTÉRAIRE, 1796, 2 vol. in-12.

(2) Voici la liste des loges affiliées :

En 1804 : la MODESTIE et les AMIS RÉUNIS, de Lille; la PARFAITE UNION, de Douai; les AMIS FIDELES, de Bruxelles; la CONSTANCE, d'Arras ; l'AMITIÉ ET LA FRATERNITÉ, de Dunkerque ; DOUBLE V, de Toulon ; la PARFAITE UNION, de Paris ; la CONSTANTE AMITIÉ, de Caen ; l'AMITIÉ, de Courtrai; l'ESPÉRANCE, de Paris; la RÉUNION, d'Aire ; la FIDÉLITÉ, d'Hesdin. En 1807 : les mêmes loges ef. en plus, TAMITIÉ, d'Arras; l'HEUREUSE REUNION, de Saint-Omer; la FRANCHE AMITIÉ, de Verdun. j ." (3) Le T..V-.F.. Fouquier est trésorier de la G.. L.. D'ADMINISTRATION et habite 28, rue du Cherche-Midi, L'atelier entre en sommeil à une date indéter-

A côté de ces anciennes loges artésiennes qui, l’une après l’autre, sortent de sommeil, voici qu'un nouvel atelier, Heureuse Réunion, vient de se constituer à Saint-Omer, sur l'initiative d'Hippolyte Jacquemont. Pendant que Venceslas, son frére, revenait à Montreuil, ot il faisait partie du Jury d'instruction publique, Hippolyte, apres avoir été, à Hesdin, agent national de la commune, avait quitté le barreau de cette ville, où l'attachaient tant de souvenirs, pour remplir, à Saint- Omer, les fonctions de juge à la Cour criminelle.

Pendant plusieurs années, il avait été vénérable de la Fzdélité ; son premier soin, aprés avoir gagné son poste, fut de s'enquérir de quelques fréres qui, avec lui, accepteraient de créer un nouvekatelier.

Il fut aidé dans sa táche par Laserre, greffier du Tribunal, Prévost Saint-Hilaire, imprimeur, et par Gonsse d'Atbies, les premiers originaires d' Hesdin, le dernier d'Arras.

La loge de l'Zeureuse Réunion, appelée aussi l? Heureuse Rencontre, noms également bien donnés, puisqu'elle devait lexistence à ia présence, en ces lieux, de trois concitoyens, fut fondée le 11 novembre 1801.

Sous le maillet du f.. Jacquemont du Donjon, cet atelier ne va pas tarder à prospérer. Il s’affilie bientôt aux plus importantes loges de la région (1), leur envoie des députés qui assistent aux tenues extraordinaires et c’est naturellemerit Hesdin qu'il visite le plus volontiers (2). Il crée un Souverain Chapitre dans l'obédience du G-- O--.

En 1804, la loge compte quarante membres et deux frères servants. Cette même année, le f.. Boucret, général de division, est élu vénérable ; Jacquemont lur succède et conserve ses fonctions jusqu’en 1808. Le f-. Laserre, un autre fondateur, prend sa place à cette époque.

Un diplóme délivré, le 29 décembre 1811, à Damart Auguste, apothicaire, rue de Dunkerque, nous apprend qu'à cette époque, le f-. Baillart est vén-- de la loge et-nous donne les noms de tous les dignitaires de celle-ci (3). Parmi eux figurent les fréres Louis et Valentin Fiolet.

La loge étant tombée en sommeil vers la fin de l'Empire, ces derniers s'efforcérent de la reconstituer sous le nom de Chevaliers du Soleil.

minée et sa léthargie dure pendant plus d'un demi-siécle ; une loge lui succede, en 1902, dont le nom rappelle le sien : c'est l'AURORE ET LA LIBERTÉ, qui subsiste encore de nos jours ; son adresse est : 57, boulevard Victor-Hugo, à Béthune.

(1) En 1801, « L'HEUREUSE RÉUNION » est en correspondance avec « L'AMITIÉ ET FRATERNITÉ », de Dunkerque ; « LA FIDÉLITÉ », d'Hesdin ; « LA PARFAITE UNION », de Douai; « LA CONSTANCE », d'Arras ; « LA RÉUNION », d'Aire, et « “LA SAINT-NAPO- LÉON », de Sens.

(2) Une députation fut envoyée à Hesdin, en 1804; elle state composée de | Prévost-Saint-Hilaire et de Vaneckout.

(3) Delbende, Cléry, Baillard, H. Mila, L. Fiolet, Vaneude aîné, Walleux fils, Josserand, Lasserre, Minet, Brusle de Beaubert, Mine, Bonard, Denglart . Manoet, Duquesnoy-Vahdesmet, L. Bernard, P. Cauche et Fiolet, secrétaire. `

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Quelques années plus tard, un des trois frères Bédarrides vint, à cet effet, à Saint-Omer ; ces spéculateurs d’un genre spécial avaient créé le rite de Misraïm, qui ne comprenait pas moins de quatre-vingtdix grades, dont chacun n’enseignait point une vertu, mais comportait une rétribution pour les fondateurs (1).

Leur loge de Paris fut dissoute et le baron Siméon, préfet du Pasde-Calais, dévoila leurs trafics : « Il faut prendre garde, dit-il dans une circulaire, car l’un des frères, venant de Suisse et d'Allemagne, continue sa propagande et cherche des adeptes parmi les officiers de la garnison ; or, il importe de prévenir toute affiliation dans les corps d'officiers, en surveillant les démarches des propagandistes et, s’il y a lieu, en les poursuivant pour escroqueries et pour tenir des réunions non autorisées » (2).

Bientôt ce fonctionnaire reçut du ministre de l'intérieur, des instructions, pour saisir le mobilier qui se trouvait dans les loges du rite de Misraim existant dans le département et pour en déférer les chefs au procureur du Roi, en vertu des articles 291, 292 et suivants du Code pénal (3).

Or, ayant appris que les sieurs Gay et Chelle (4) se réunissaient à Saint-Omer, rue Saint-Bertin, n° 15, dans le local occupé par un nommé Rigault, tailleur, le baron Siméon ordonna au maire de la vllle, Fidéle Le Sergent, et à P. Delaage, sous-préfet, de faire opérer des perquisitions dans cet 1mmeuble.

La police se rend donc au local indiqué et y trouve des cartes, du combustible, un livre de comptes et un numéro du journal Le Constezutionnel

Elle apprend que LOREM. qui comprend deux piéces à l'étage et un coin de cave, est occupé, depuis deux ans, par les membres d'une société qui se réunissent tous les jours, de cinq à neuf heures du soir, pour jouer aux cartes et se distraire, et que leur cercle se compose de plus de vingt membres (5). Chelle, qui fut capitaine au 17° de ligne, a pu étre vénérable d'une loge, mais il a quitté le département et a cessé toutes relations avec Bédarrides ; Gay, que l'on donne comme vénérable, ne fait pas partie de la société ; aprés avoir servi dans l'armée, il tient, à Saint-Omer, l'auberge du «. Canon d'Or » ; Moullet, que l'on désigne comme le député de la loge à Paris, où il serait avocat à la Cour iu est inconnu dans la cité

audomaroise.

Il parait certain que les amis qui se réunissaient chez Rigault

(1) Le G.. O.. avait condamné cette innovation dangereuse, par sa circulaire du 10 octobre 1821 (Archives du G.. O..). C'est en juillet 1822 que Bédarrides vint à Saint-Omer.

(2) Saint-Omer, Arch. mun., S. I. Police générale.

(3) Ces articles visent et punissent les associations non autorisées de plus de 20 personnes. :

- (4) Ou Chèvre.

(5) Arch. mun. de Saint -Omer, S. T. Police ose

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étaient bien des frères cherchant à reconstituer leur atelier. Plusieurs d’entre eux sont des francs-macons notoires : Louis et Valentin Fiolet, Duquesnoy-Vandesmet, Bernard, Damart et Vaneckout, entre autres, faisaient, en effet, partie de l'Heureuse Réunion. Dans les actes publics que nous avons eus sous les yeux, quelques autres, Sire-Mila, par exemple, font suivre leur nom de trois ou quatre points; enfin, les termes mêmes de la lettre qu’ils adressent au maire de la ville de Saint-Omer, pour lui notifier que leur « société amicale et particulière » va se dissoudre et se reconstituer avec moins de vingt membres, pour éviter une demande d’autorisation, laisse bien des doutes sur leurs véritables intentions (1). Mais une question se pose : cette association continue-t-elle Heureuse Réurion, créée par Jacquemont du Donjon, ou la L~- des Chevaliers du Soleil, instituée par Bédarrides ? (2). Nous estimons que c'est à ce dernier atelier qu'elle devait se rattacher ; en cela nous nous basons sur les relations qu’avaient les frères Fiolet avec le créateur du rite de Misraim. L'Heureuse Réunion n'avait probablement pas survécu au départ où à la mort de Jacquemont, son fondateur. : #

Les anciennes loges de l'Artois ont à nouveau ouvert les portes de leurs temples; d'autres ateliers, exclusivement militaires, se constituent ici et là. Saint-Omer voit naître les Enfants de la Gloire (1804), la Réunion désirée (1807) ; Calais, les Amis Réunis sur les côtes de l'Océan (1804) et les Enfants de Thémis (1804); Boulogne, les Parfaits Amis (1806), la Constante Amitié (1806) et les Emules de d'Assas (1807).

Cette franc-maconnerie, dont la renaissance coincide avec la création du camp de Boulogne et que protége le « génie organisateur » qui l'a fait sortir de l'anarchie, se rapproche, par certains cótés, de celle qui l'a précédée et en différe par d'autres.

A. son exemple, elle est société de bienfaisance et de plaisirs; les questions de la philosophie lui sont d'autant plus étrangéres que l'Empereur ne tient pas en particuliere estime le monde des idéologues ; les fonctionnaires et les officiers, devenus la principale clientéle des temples maconniques, ne sont pas plus portés vers l'étude des grands problémes de la spéculation, que les bourgeois et les seigneurs épicuriens de l'ancien régime.

Les fréres poursuivent leur mission charitable.

En 1812, un don de deux cents francs est fait pour les soupes économiques que la municipalité d'Hesdin vient d'instituer pour les

(1) Arch. mun. de Saint-Omer, S. I. Police générale. On remarquera oue leur règlement joint à la lettre, est bien, en abrégé, celui d'une loge ; nous pouvons y lire, entre les lignes, tout ce qui a trait aux élections, par boules noires et blanches. aux cotisations, aux frais d'initiation, aux tenues, qui sont bi-mensuelles. et méme à Ja réception des ff. visiteurs.

(2) Le cachet de cette loge est de forme ronde et mesure quatre centimétres

de diamétre; toute sa superficie est occupée par un soleil flamboyant; sur le pourtour, on lit : [7] DES CHEVALIERS DU SOLEIL.

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pauvres, non admis à l’hôpital ; les sœurs de charité sont chargées de ce service et les frères de la Fidélité collaborent avec elles à cette bonne œuvre.

Un peu plus tard, le f- Versial revient, après dix-huit mois d'absence, à la loge de Saint-Frédérick des Amis Choisis de Boulogne; il fait part aux membres de son atelier de l’emploi du denier de la veuve qui lui a été remis, avant son départ, pour le délivrer au premier maçon malheureux qu’il rencontrerait. « Ce fut sous le tropique que ce digne frére eut la satisfaction d’entendre bénir le Grand Architecte de l'Univers et la R“. L-. de Saint-Frédérick. Un capitaine anglais, dont le navire avait été brûlé par une frégate américaine, fut rendu à la liberté par le commodore de ce bâtiment. Le f-- Versial rencontra cette frégate, prit le capita/ne anglais à son bord pour le mettre à terre aussitót qu'il y arriverait et ce fut ce frére malheureux qui recut le gage de votre reconnaissance » (1).

Les cérémonies rituéliques en usage au XVIII”. siècle sont reprises sans changement notable ; les statuts et réglements de la Fidélité publiés en 1805, ne différent que par quelques détails de ceux qui étaient précédemment en usage (2) ; une tendance se fait jour cependant : le goüt des fétes somptueuses.

Sous le régime de la G-. L-- de France, nous avons vu que tout apparat était banni de nos ateliers ; les tenues, les banquets, les réceptions avaient lieu dans l'intimité ; après la réforme du G^ O~., se manifeste le souci des cérémonies pompeuses ; mais le nombre des adeptes est restreint ; les fonds manquent plus que la bonne volonté pour réaliser des projets grandioses. |

Avec l'Empire, avec la poussée des fonctionnaires et des officiers vers les temples maconniques, les loges vont connaitre une prospérité inconnue jusque-là ; rien ne s'opposera plus à ce que les fréres suivent leur penchant pour les fétes ordonnées, au cours desquelles une « harmonie éclatante » emplit le temple et « suspend tout sentiment » dans le cœur des maçons. ;

Les fêtes se multiplient ; la maçonnerie artésienne est reconnue, encouragée par les autorités ; elle est devenue une institution officielle ; pourquoi se cacherait-elle ? =

A Hesdin, les meilleurs rapports ne cessent d’exister entre les frères et les officiers du 72° de ligne ; ceux-ci vont même prêter à la loge un certain nombre-de sabres, appartenant à leur régiment.

Dans les cérémonies funèbres, on remarque le même goût de l’apparat; la Parfaite Union, à PO~. de Douai, ayant appris la mort au champ d'honneur du f- de Moncabrié, colonel d’artillerie, rend hom-

(1) Livres d'architecture de la L.. de SAINT FREDERICK DES-AMIS CHOISIS, tenue. du 14 septembre 1816.

(2) Arch. mun. d'Hesdin, Statuts et Réglemens de la R.. de la FIDÉLITÉ, à l'O. d'Hesdin, à Lille, H. Lemmens, imp. 5805.

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mage à sa mémoire, au cours d'une cérémonie particuliérement émouvante (1).

La salle de deuil est tendue de noir, parsemée de tétes de morts et de larmes blanches. Derriére l'autel, s'éléve une pyramide, décorée des attributs de vén-., de banniéres maconniques, de trophées militaires. On y ht cette inscription :

« Aux mánes du T^ R^ Fe. de Moncabrié, la Maç-- reconnatssante ». Au milieu de la loge est élevé un cénotaphe, en l'honneur du défunt. Il est orné des décorations maçonniques de tous les grades supérieurs que ses vertus lui ont méritées : on y distingue l'Ordre Royal de Rose-Croix, de Saint-André d'Ecosse. A la téte du, monument, on lit cet acrostiche que le vén- f-. Delalande a composé :

Mourir n'est rien ! c'est le but d'un voyage Où lhonnéte homme, où l'homme sage Ne craint pas d'étre malheureux :

C'est le moment où l’âme se dégage, Arrive au terme en se fixant aux cieux.

Bravoure, honneur, sagesse, gloire,

Rien ne pouvant étre épargné,

I] faut mourir... en laissant sa mémoire Ecrite dans les coeurs, et chére à l'amitié.

Sur les quatre faces du cénotaphe se détachent les inscriptions suivantes :

Il fut homme, Ami constant, Bon militaire, Macon parfait.

La salle est éclairée, aux points cardinaux, par des flammes sortant de vases antiques ; des trois grandes étoiles, deux sont allumées à l'occident ; celle de l'O-- ne brille pas, car elle symbolise la perte d'une des lumiéres de l'ordre. Tous les fréres sont en grand deuil, le glaive garni de crépe. Les travaux sont ouverts, dans la loge d'apprentis, par le T- R- F- Delalande, éclairant l'O-, et les TT: CC-- FF: Plouvain, premier surveillant, et Coyaux, second surveillant, éclairant l'Occid--. r Le f-- Demaizière, secrétaire, donne lecture des nouvelles affligeantes qui confirment la mort du T~. C.. F-- de Moncabrié.

- Le vénérable dit : :

« Mes fréres, un devoir religieux nous appelle aujourd’hui dans le Temple de la douleur. Nous avons des pleurs à répandre sur la tombe d’un ami, des guirlandes a placer sur une urne funébre, des regrets à donner à sa mémoire. Les emblémes funéraires de notre ami reposent dans une salle voisine ; nos fréres maitres des cérémonies entrent dans le Temple... ».

(1) POMPE FUNÈBRE du T.. ILL.. F.. Pierre-Joseph-Elisabeth Peyte de Moncabrié, membre de la; L.. de la PARFAITE UNION, à PO.. de Douai, le 1% jour du 10° mois de l'an de la V.. L.. 5806, 1 broch. de 22 pages. Arch. mun. d'Hesdin.

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Le f- Delagrange, premier maitre, porte l’urne recouverte d’un crêpe ; Je f^- Lebarbier, second maitre, tient à la main l'inscription, l’arme et les dépouilles du défunt. Ils prennent, dans une corbeille, des couronnes et des branches de laurier, de fleurs et d'acacia, qu'ils distribuent aux fréres.

Le vénérable dit :

« Mes frères, rendons-nous à la chambre de deuil, dans un silence religieux ».

Les maitres de cérémonies donnent l'ordre de la marche et le cortége s'ébranle aux sons d'une « harmonie plaintive » (1). Bientót s'ouvrent les portes de la salle de deuil ; le premier maitre des cérémonies dépose l'urne sur l'autel. Le second maitre place l'armure et l'inscription sur le cénotaphe que le vénérable décore d'une couronne et, l'harmonie ayant cessé de se faire entendre, celui-ci prend la parole et célèbre les vertus maçonniques et militaires du défunt.

Le f.. orateur se lève ensuite et dit :

« T-- vén“, je conclus à ce que nous allumions les réchauds sacrés, que nous v brülions des parfums, que l'urne soit couronnée, et que nous nous rendions en ordre au monument élevé, dans le jardin de ce local, aux mánes de nos fréres, pour y déposer l'urne, l'inscription et les palmes consacrées à la mémoire de notre ill ami, le f-- de Moncabrié ».

Le vénérable, accompagné des maitres des cérémonies, se dirige vers le cénotaphe ; il prend la couronne de laurier et d'acacia, et vient la placer sur l'urne. Il allume ensuite les réchauds et brüle des parfums, en prononçant ces mots :

« Puissent ces feux sacrés s'élever Jusqu'au tróne supréme, et y porter l'expression de nos regrets et de notre reconnaissance ».

Les officiers, puis tous les fréres suivent l'exemple du vénérable. Ils sont guidés par les ff-, maîtres des cérémonies.

Pendant ce défilé, l'harmonie exécute une marche funébre.

Chacun ayant repris sa place, le vénérable dit :

« Mes fréres, nous venons de rendre un premier devoir aux manes d'un frére chéri. Achevons de payer notre tribut à sa mémoire ;

(1) Voici cet ordre de marche :

Le fr.. terrible, portant une torche funébre.

Le 2° Me des cér. adj’. Le 1er Me des cér. adj. Le 2e Surv.. Le 1er Surv..

Les App.. Les Comp..

Les MM.. Les M..

Les chev.. de s E " Les chev.. de H. D. M.

Les chev.. de ARTS re Les chev.. de R. C.

Le Secrétaire. L'Orat Le 2e Me des cér., portant l'inscript. rateur. ; et l'armure. Le 1er Me des cér., portant l'urne. .L'ex-vénérable. Le Vénérable. DU Km UE

Le f.. Couvreur,

rendons-nous au monument érigé par l'amitié ; allons y déposer les rameaux sacrés et les lauriers de la gloire ».

Le cortège, dans le même ordre, se dirige vers le jardin, qui est iluminé par des réchauds de rempart, disposés aux quatre points cardinaux, de part et d'autre de la pyramide érigée à la mémoire des fréres décédés.

Tous les membres de la loge, rangés sur une hgne, forment l'équerre dans les deux grandes allées. L’harmonie fait entendre dessons funébres. Les maitres des cérémonies descendent dans le monument.et y déposent l'urne et l'inscription ; puis le vénérable et tous. les fréres viennent successivement couvrir de leurs rameaux' sacrés les restes inanimés du « meilleur des magons ».

Aprés cette cérémonie, le cortége se dirige vers le. Temple.

Chacun ayant repris sa place, le vénérable conclut :

« Mes frères, l'àme du juste repose en paix. La reconnaissance, l'amitié ont payé leur tribut. Retirons-nous, et bénissons la puissance et la volonté de l'Architecte supréme, qui est maitre de la destinée des mortels ».

Les travaux sont fermés sur ces paroles, et chacun se retire, en bénissant le G-. A-- de l'Univers..

De telles cérémonies sont bien faites pour frapper les imaginations : pour certains fréres, elles continuent les traditions disparues, depuis peu, mais non encore oubliées, des théophilanthropes et des sectateurs du culte décadaire ; elles sont, pour d'autres, la constante imitation des rites de la religion catholique.

Les réceptions, les anniversaires, la visite d'un frére distingué par ses mérites et ses talents, l'inauguration d'un temple sont, à présent, autant d'occasions de grandioses manifestations.

La Constance s'installe, en 1807, dans son nouveau local ; les « colonnes d'harmonie » participent à à la féte ; on exécute de brillants « cantiques » et un frère ose même affirmer, dans un poème, que :

Jamais la discorde et l'envie N'y feront siffler leurs serpents... (1)

Pendant la concentration, à Boulogne, de la flottille et de l'armée de débarquement en Angleterre, à la loge de Saint-Frédérick les fêtes se succèdent sans interruption.

En 1809, les maçons organisent une manifestation de sympathie en l’honneur du général comte Rampon, sénateur, et ils y associent leurs frères de Calais, Saint-Omer, Montreuil et Dunkerque. Un bal entraînant termine la soirée.

Mais c’est le 23 novembre 1811 qu’eut lieu la plus brillante cérémonie ; ce jour-la, le maréchal Ney visita la loge, où il fut l’objet d’un accueil enthousiaste ; une musique militaire prêta son concours à la

(1) LSSAIS D'ARCHIIECIURE MAC..QUE, par le t.. Valentin Roty, à Arras, 1807.

féte ; un bal suivit et fréres et sceurs dansérent trés tard dans la nuit (1).

La franc-maçonnerie est devenue, en quelque sorte, une institution officielle ; un maréchal de France est accueilli en loge par les fréres ayant à leur téte un vénérable qui, lui aussi, appartient à l'armée ; de nombreux fonctionnaires assistent à la cérémonie ; la.musique d'un régiment pénétre dans le temple et y donne un concert l'atelier est un lieu de réunion; comme nos actuels cercles. d'officiers.

Le général baron Taviel, qui recut Ney à la L- de Saint- Frédérick, avait été le condisciple de Bonaparte à l'école de Brienne (2). Aprés avoir servi la République, il ne vit pas sans dépit son ancien camarade gravir les marches du tróne impérial et, contrairement à ses frères de Saint-Frédérick des Amis Choisis, il ne salua pas de ses applaudissements l'aurore qui se levait. On raconte que, dans un banquet offert par un nombreux état-major, à Calais, au nouvel Empereur, le doyen des généraux porta, au dessert, un toast au « successeur de Charlemagne » ; tous les convives se levérent à l’exception de Taviel ; Napoléon le remarqua et lui dit : « Eh bien, général, vous ne buvez pas ? ». Taviel répondit froidement qu'il n'avait pas soif. L'Empereur, qui appréciait ses qualités militaires et qui le savait l'un de ses meilleurs amis, ne lui garda pas rancune d'une telle franchise (3).

Cet officier, malgré son indépendance, fournit une brillante carriére : en 1802, 1l commandait, comme général de brigade, l'artillerie de Saint-Omer ; l'année suivante, il était chargé de l'armement des côtes, séjournait à Boulogne et entrait à la loge de Saznt-Frédérick. Là encore, il brüla les étapes, conquit ses grades comme sur le champ de bataille et, de 1808 à 1811, il tint le maillet de vénérable ; on laimait pour la générosité de son cceur ; on l'estimait pour la droiture de son jugement.

A ses cótés se trouvait, lors de la réception du maréchal Ney, le f-. Cuvelier de Trie, avocat et homme de lettres déjà célèbre (4) ; rentré à Paris, aprés une carriére militaire aventureuse, il venait de donner sur le Théâtre de la Gaité, ses premières pantomines; la Mort de Turenne et la Fille du Hussard avaient fait courir le tout Paris de l'époque. |

Les nécessités du service l’avaient rappelé aux armées et il se

(1) Voir, à ces dates, les Livres d'architecture de la L.. de SAINT FREDERICK DES AMIS CHOISIS, Arch. de la L.. de l'AMITIÉ, de Boulogne-sur-Mer.

(2) Taviel naquit à Saint-Omer, le 17 juin 1767, et mourut en 1831 ; son pere était général d'artillerie. :

(3) Quelques années plus tard, le rencontrant au cours de longues et pénibles manceuvres, couvert.de poussiére et de sueur, il se rappela l'incident et lui cria ; « Eh bien, général, avez-vous soif, aujourd'hui ? »

(4) Cuvelier de Trie (1706-1824). Ce nom est orthographié « de Tri », Sur le portrait que nous publions ci-contre ; sur les tableaux des loges, il est écrit « de Trie ». 1 wee

trouvait alors à Boulogne, à la tête du corps des Guides interprètes (1).

La loge de Saint-Frédérick, où l'on vénérait les héros de l'épopée napoléonienne et qui recevait des personnages officiels, devait bannir de son sein un conspirateur royaliste comme Claude du Wicquet, baron d'Odre (2). Celui-ci n'était pas le seul membre de la noblesse qui, macon avant 1789, cessa, par la suite, de fréquenter les temples.

D'aucuns avaient suivi son exemple, soit par désaffection pour les pratiques de l'Art Royal, soit parce qu'ils ne s'étaient pas ralliés au nouveau régime. Cependant, gardons-nous de généraliser ; dans certaines provinces, en Savole, par exemple, aucun noble ne se rencontre, aprés 1800, sur les tableaux des loges ; l'on en déduit le « triomphe de la bourgeoisie qui avait fait la Révolution*et l'avait presque exclusivement confisquée à son profit » (3),

(1) Rentré malade, à la suite des fatigues et des privations endurées pendant les campagnes de Prusse et de Pologne, Cuvelier de Trie reprend ses travaux littéraires, créant le mélodrame et rivalisant avec Guilbert et Pixéricourt dans ce genre nouveau; KLÉBER est représenté au Cirque Olympique par les fréres Franconi. Cuvelier de Trie se surpasse dans cette piece, que chacun veut connaitre : il met en effet une si grande vérité dans la composition de cet ouvrage, que les vieux soldats d'Egypte se croient revenus aux journées des Pyramides et du Mont-Thabor et pleurent d’attendrissement, en assistant à la représentation ; de Trie est surnommé le « CORNEILLE DES BOULEVARDS ».

Il composa plus de cent pieces de théátre, seul ou en collaboration ; on lui doit deux volumes de contes et de nouvelles, des romans et quelques poésies. Dans l'une de celles-ci, il rappelle les vieux remparts de Boulogne, à l'abri desquels se déroula sa jeunesse, et il ajoute en note : « J'ai chanté tant bien que malle feuillage qui ombrageait mes premiers essais ; c'est là que, plus d'une fois, j'ai soupiré mes vers et mes amours ; c'est là que j'attends le signal pour m'élancer, avec nos braves, sur le rivage de notre éternel ennemi... »

(2) Claude-Guillaume-Victor-Jean-Baptiste du Wicquet, baron d'Odre, ou d'Ordre, naquit, en 1752, d'un pére lieutenant des gardes du corps et de Juste de Balaincourt, fille du maréchal de ce nom.

En 1804, le f.. d'Odre s'était rendu, au péril de sa vie, auprès des princes

. pour leur exposer les détails et l'organisation secrète d'un vaste complot. A Londres, le lieutenant-général du Royaume approuva son initiative et le nomma successivement commandant général du Boulonnais, du Calaisis et de l'Ardrésis, gouverneur de la province d'Artois, et, enfin, maréchal de camp de régiments imaginaires.

Du Wicquet prit ces fonctions au sérieux. Pendant que les princes encou-. rageaient son zèle, dans la calme sécurité de l'exil, lui, stimulait l'ardeur de ceux qui, à sa suite, s'armaient pour la cause à laquelle il sacrifiait fortune et tranquillité.

Mais les déboires finirent par avoir raison de son courage ; rentré dans son chateau de Macquinghem, pres de Boulogne, il se contenta d'en ouvrir les portes aux royalistes que traquait la police et qui cherchaient à gagner l'Angleterre ; il cacha ainsi Georges Cadoudal, Giquet, Hyde de Neuville et Durrieu ; pendant plus d'un an, l'abbé d'Egrigny trouva refuge auprés de lui.

En 1803, il fut à la veille d'étre livré à une commission militaire. Le premier consul, qui ne le prenait sans doute pas au sérieux, se contenta de lui assigner pour résidence la ville d'Arras d'abord, celle d'Aire ensuite. -

C'est là qu'il mourut, le 8 décembre 1809, succombant moins au poids des — années qu'aux fatigues d'une vie agitée par les déceptions. Les freres de la RÉUNION d'Aire n'accompagnérent pas le baron d'Odre à sa dernière demeure. Ils n'avaient garde de se compromettre, en rendant un hommage public à ce fougueux conspirateur.

(3) F. Verrnale, LA FRANC-MACONNERIE SAVOISIENNE A L'ÉPOQUE RESO 1 broch. in-8°, Paris, Leroux éd. 1912, p. 50. ds

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La situation est différente en Artois ; nombre d'officiers, de nobles, d'émigrés reprennent, pendant le Consulat, le chemin des loges; à Hesdin, nous retrouvons, par exemple, le comte de Laizer de Siougeat ; Fromentin de Gommecourt et de Saint-Amour continuent de iéquenter ! A;zzzzé d' Arras ; enfin, à la Parfaite Union de Montreuil, vient s'inscrire à nouveau, au début de l'Empire, Charles du Blaisel de Belle-Isle, seigneur d'Estréelles, de Coupigny et du Pucelart.

Ces ci-devant regoivent bon accueil à la loge, car l'autorité administrative se montre bienveillante à l'égard des francs-macons ; Poitevin-Maissemy, nommé Préfet du Pas-de-Calais, le 2 mars 1800, est complimenté, à son arrivée à Arras, par le f~- Podevin, commissaire central, et par le f- L.-D. Gayant, qui loue en lui « l'ami de la Révolution, de la nature, des sciences et des arts ».

Trois ans plus tard, Poitevin-Maissemy est appelé à fournir un rapport au Grand Juge sur les francs-macons d'Arras, que l'on accuse d'étre d'anciens suppots de Joseph Le Bon ; il prend leur défense, avec d'autant plus de chaleur qu'il a été invité à leurs réunions, mais n'a pu s'y rendre « à raison de ses occupations » (1) ; il s'éléve avec force contre une pareille calomnie qu'il attribue au « mauvais esprit » d'une partie de la ville ; « tous les membres qui appartiennent à cette réunion sont patriotes, attachés au gouvernement et fonctionnaires publics » ; or, pour les mauvais citoyens, « ceux qui ont servi dans la guerre de la liberté, tous ceux, en un mot, qui ne sont pas dévoués aux prétres et qui ne regrettent pas la monarchie, sont des Jacobins, des révolutionnaires qu'on se plait à confondre avec ces hommes qui ont si scandaleusement souillé la Révolution ». Quant aux individus qui ont réellement fait partie du tribunal révolutionnaire, « ils sont ici en trés petit nombre ». Aucun d'eux n'est franc-magon et, en tous cas, « ils ne se réunissent pas à ce titre. Ils se conduisent sagement... » (2).

Le préfet Poitevin-Maissemy prenait d'autant plus volontiers la défense des francs-maçons d’Arras qu'il devait l'étre lui-même, comme son successeur, le baron de la Chaise (3).

Avec l'entrée en masse des fonctionnaires, des militaires et des pe-

(1) Lettre du 1% Pluvióse an XI ; Arch. Nationales, D. 6967, f. 7, 6330. Cité Tome VII, p. 66 de la Revue Internationale des Sociétés Secrétes (1° janv. 1914).

(2) La lettre et les différents documents adressés par Devoulx à Portalis (17 vendémiaire an XIII) n'ont pas modifié notre opinion sur la question ; Devoulx tient ces renseignements d'un « dépositaire défunt » et de « conversations particulieres » ; il appert que Portalis ne les a pas pris au sérieux. (Lettre de Portalis à Napoléon, 5 brumaire an XII). Revue Internationale Ces Sociétés Secrétes, tome III, pp. 1351 et suiv.

(3) Nous avons dépouillé en vain, aux Archives Nationales, les cartons de la police, F7 7455 à 7983; rien ne concerne les loges du Pas-de-Calais. Les rapports des préfets et les enquétes de police émanant des Gouvernements de Juillet, du Deux-Décembre et du Seize-Mai révélent une partie de l'histoire de la Franc-Maçonnerie au XIXe siècle : tour à tour, la sollicitude ou la simple tolérance des pouvoirs publics témoignent de la diversité des sentiments éprouvés vis-à-vis d'une institution souvent officieuse et « tolérée », parfois considérée comme révolutionnaire, « démagogique » et truquée.

— Arch. dép. du P.-de-C., S. M. Associations maconniques.

tits bourgeois, le recrutement des loges artésiennes s’est modifié. Le tableau suivant nous édifie à ce sujet :

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(1 Afin de délimiter, d'une facon parfaite, la composition des loges du XVIIIe et du XIXe siécle, nous n'avons plus pris les mémes ateliers, comme | termes de comparaison ; il eût été, du reste, fort difficile, sinon impossible, de ne pas faire état, dans une loge: donnée, de noms qui paraissent

Si nous comparons, aux XVIII” et XIX" siècles, la clientèle de Ja Constance et de l'Amitié, d'Arras, qui viennent de fusionner et celle

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au XVIIIe siècle et qui figurent encore, aprés 1800, sur les tableaux ; nous avons

préféré prendre d'autres loges de l'Artois et les comparer avec des ateliers de

Boulogne et de. Calais qui yiennent. d’être rattachés au nouveau département. D Ni close ma c eee s Se

de la Fidélité d'Hesdin, nous remarquons que le nombre des propriétaires et des rentiers augmente de 3 %, celui des negociants et des magistrats de 7 % ; l'élément noble rentre plus nombreux de 4 % dans les loges, mais nous devons remarquer qu'il s'agit, en général, de la noblesse impériale plutót que de celle de l'ancien régime ; enfin, la proportion des mil.taires est plus forte de 5 % :lecamp de Boulogne et les troupes, qui sont rassemblées dans ses environs, ne sont pas étrangers à ce résultat.

Si nous comparons, à présent, les loges de l'Artois fondées au début du XIX” siecle, à Saint-Omer, Aire et Béthune, avec les ateliers existant à la méme époque à Boulogne et à Calais, nous constatons que l'élément civil l'emporte dans toutes les loges, mais qu'à Aire et à Boulogne, la proportion de militaires est plus considérable (31 à 35 %) ; le commerce fait sentir son influence dans les ports, où se font de grands mouvements de troupes ; les médecins fréquentent plus volontiers les temples d'Aire, Saint-Omer et Béthune ;ilya sensiblement équilibre dans les autres catégories de maçons.

CONCLUSION. — Ce qui facilite singulièrement le ralliement de la franc-maçonnerie artésienne au nouveau régime, c'est qu'en réalité, ses membres.ont toujours la mentalité du milieu, de l'ambiance. Sous la Monarchie, ils sont royalistes et font chanter des services solennels d'actions de gráces, pour l'heureuse délivrance de la Reine ; sous l'Émpire, ils fétent avec enthousiasme la naissance du Roi de Rome ; à Boulogne-sur-Mer, les frères de Saznut-Frédérick des Amis Choisis célébrent les victoires de Napoléon et, nous l'avons vu, ils ornent son buste d'une couronne de chêne ; les membres du Souv-. Chap-. d'Arras à la vallée de Paris chantent, en pauvres vers, la gloire de ce nouveau Cyrus (1).

Les frères de la Parfaite Union de Calais débordent d'enthousiasme :

« Quand les lauriers de la victoire Immortalisaient ce héros,

I] a mis le comble à sa gloire En assurant notre repos. » (2)

Sous la Restauration, les fréres d'Hesdin manifesteront leur joie du « retour de l'ordre et de l'aurore d'une paix générale »; le f- Bertin,

(1) Exposé de ce qui s'est passé à la séance du SOUV.. CHAP... D'ARRAS, le 18e jour du 2e mois 5808, p. 31, à Paris, chez Caillot, édit. des ANNALES MAÇON- NIQUES, 9, quai des Augustins.

(2) Règlements de la Re. L.. Ecossaise de la PARFAITE UNION, 1805, tenue du 7 avril 1805. Arch. dép. du P.-de-C., bibliothèque départementale,

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ex-maitre de chapelle, mettra en musique les paroles du f“ de Beaumont-Bouillon

Un bon Francais aime son roi, Toujours on chérit un bon pére.

Chantons, chantons d’un cœur sincère, Vive le Roi! Vive le Roi!

Bien mieux, ils exécuteront le chant funèbre de Chénié, dédié aux mânes de Louis XVI et le G^ O~. les invitera à partager la joie du retour du monarque chéri, que le Grand Architecte de l'Univers vient de rendre à leurs voeux. Le 16 octobre 1830, au cours d'une « Féte Nationale et Maçonnique », les frères Re avec la même allégresse un refrain de circonstance en l'honneur du « Roi-Citoyen » (1)

Ceux qui, de nos jours, succèdent à ces ancêtres, sur le trône aux trois marches, ont une tendance à attribuer à leurs précurseurs tout le mérite de la Révolution de 1780. Leurs adversaires les poussent dans cette voie, pour mieux les combattre ensuite.

Il serait bon de remettre toutes choses au point. Le f-- Amiable va fureter dans les discours et les circulaires maconniques, glanant une phrase de ci, de là, prenant des lieux communs absolument inoffensifs pour des allusions hardiment précises, torturant les textes et leur attribuant une signification.qu'ils n'ont jamais eue (2) Sans doute, cet auteur admet que le G-- O~- ne soit point descendu dans l'arène politique. C'est l'évidence. Mais il affirme que l'influence de la franc-maçonnerie fut prépondérante dans les assemblées primaires et secondaires du Tiers-Etat, réunies pour la rédaction des cahiers et le choix des députés. Cette opinion est, en ce qui concerne l'Artois, absolument erronée. Nous avons vu que les fréres n’exercérent aucune influence collective sur les assemblées électorales ; dans la rédaction des cahiers, leur action fut toute individuelle : dans les bailliages, oü se trouvaient quelques maçons intelligents, aux idées libérales, au cœur généreux, ils étaient chargés de ce travail ; mais on ne les désignait nullement parce qu'ils appartenaient à une loge. Quant à ceux qui furent élus membres des différentes assemblées législatives, nous avons vu que leur nombre était assez restreint : trois siégérent aux Etats-Généraux, deux à la Législative, aucun à la Convention Nationale (3).

Pour le f Amiable, Henrion de Pensey songeait déjà à la Révolution en marche lorsqu'il écrivait le 27 décembre 1773 (4) : « Tan-

(1) Cantique chanté à la Féte Nationale et Maconnique célébrée par le G..O-. de France, le 16 octobre 1830, à l’hôtel-de-ville de Paris. ;

(2) LA FRANC-MACONNERIE EN FRANCE DEPUIS 1725, exposé historique et doctrinal, par le f.. Louis Amiable, au secrétariat du G.. O.., Paris 1890. C. f. Gustave Gautherot : LES ORIGINES MACONNIQUES DE LA RÉVOLUTION FRANTAISE, Revue Inter. des Soc. Secrétes, T. I, p. 161. « Le jugement de Louis Amiable, écrit. cet auteur, est vrai aussi pour l'ensemble de l'époque révolutionnaire, et spécialement pour la période de gestation. » Le f.. Léonce Maitre est d'un avis contraire. (L’ACACIA, revue d'études maconniques, mai 1913, p. 39, et Léonce Maitre, LA FRANC-MACONNERIE A RENNES, AU XVIIIe SIÈCLE).

(3) Environ 10 % des membres des différentes assemblées révolutionnaires étaient francs-macons.

:(4) Etat du G.. O’. de France, tome I, 4 Partie, pp. 62 et 68. Ce diseours est daté à tort du 27. 10. 5777 ; c'est 5773 qu'il faut lire.

dis que les générations ne font que passer, gémir et disparaitre ; tandis que les siècles ne mettent sous nos yeux que des oppresseurs, des opprimés, des tyrans et des esclaves, qu’il est doux et consolant pour l’huinanité de voir une association d'hommes cimentée par les vertus... ». Henrion de Pensey ne voyait pas si loin et le f-. Amiable eût dû parcourir le T'élémaque de Fénelon, ou le Petit Caréme de Massillon, pour se convaincre qu'il s'y trouvait des passages autrement hardis f1). et que les bons conseils ne manquèrent point à Louis XV, dont il nous signale. sans ménagement, les hontes et les turpitudes, alors que ce monarque avait été le protecteur de la franc-magonnerie... (2).

Pour le f-- Amiable, le symbolisme révolutionnaire est emprunté à celui des loges (3). Le triangle radieux au milieu duquel rayonne l'oeil de la sagesse qui observe et prévoit, est un emblème de la maçonnerie ; rien ne le prouve, cependant, car bien avant la naissance des ateliers, l'église, dans ses cathédrales, avait adopté ce symbole pour exprimer la Trinité divine; l'oeil dans le Delta, c'est Dieu à la fois un et triple. Le frontispice qui décore la Déclaration des Droits de l'Homme, et qui est d'abord un ornement, signifierait que ces derniers dérivent du Créateur lui-méme, ce qu'explique du reste suffisamment le texte de l'Assemblée Nationale, qui se place sous les sp de l'Etre suprême (4).

Loin de nous la pensée de diminuer la part d'influence que les: maçons ont eue dans la préparation de la Révolution. Nous ne leur avons jamais marchandé le crédit qui leur est dû ; mais nous estimons que ce serait mal servir leur cause que de leur attribuer un róle prépondérant et exclusif, qu'ils ne pouvaient jouer sans méconnaitre les régles les plus fondamentales de leur ordre.

Du reste, de sages conseils leur étaient donnés, dans la circulaire du 27 septembre 1790 de la L“. du Contrat Social, et ils les ont suivis; ses termes méritent d’être retenus : « Qu'un maçon vive dans une république, sous une monarchie absolue, tempérée ou mixte, partout il est citoyen, partout il est soumis aux loix, partout il respecte ceux qui en sont les dépositaires et les organes : telle est la force de ses principes

(t) Massillon dit, en s'adressant à Louis XV : « Sire.., le premier devoir *des rois est de donner de saints exemples aux peuples. .Quel malheur quand le souverain, peu content de se livrer au désordre, semble le consacrer par les grâces dont il l'honore dans ceux qui en sont ou les imitateurs, ou les honteux. ministres... Heureux le peuple qui trouve ses modèles dans ses maîtres, qui peut imiter ceux qu'il est.obligé de respecter... et qui n'est pàs contraint de détourner ses regards de ceux à qui il doit des hommages... » On pourrait penser que l'orateur stigmatise l'amant de la Pompadour et de la du Barry ; or, . ces lignes sont extraites du 1e" sermon du Petit Carême de Massillon (pp. 3, 6, g de l'édition Lefranc), prononcé en 1718 ; le petit roi avait alors 8 ans. s:

(2) Amiable, LA FRANC-MACONNERIE EN FRANCE DEPUIS 1725, pp. 32 et 33: G. Bord, s - LA FRANC- MAÇONNERIE EN FRANCE, p. 236.

(3) Ibid., p. 41.

(4). M. Otto Karmin pousse à l'extréme les conclusions diii t- Amiable, dans : PU NU. DU SYMBOLISME UE SUR LE uU. -REVOLUTIONNATRE, Le uy, i csi -

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et de ses vertus qu'il est libre sous le joug du despotisme le plus arbitraire; tel est son caractère qu'il arracheroit le poignard de la main qui ene ‘enfoncer dans le flanc du despote et diroit au despote : Ap-

prends à chérir et à apprécier les hommes, puisqu'il en est d'assez généreux pour sauver tes jours malgré tous tes crimes; vis pour les réparer ».

Les maçons de cette époque songèrent-ils à Eroni leur participation à l’œuvre de libération ? Voulaient-ils attribuer à leurs précurseurs l'honneur insigne d'avoir été la cause première de la Révolution, ce f Martin, orateur de l’Awz/ié d'Arras, qui, dans son éloge funèbre du vén.. Courtalon, osait à peine rappeler « ces temps de deuil où le génie des ténébres, planant sur notre malheureuse patrie, secouait en tous lieux ses brandons de discorde » (1), ou ce Très Sage du Souv-- Chap: de Thémis, à PO~. de Caen, qui, à la séance du 11 mai 1814, se perdait en imprécations contre « les misérables déguenillés, sans nom, sans éducation, sans propriétés » qui s'étaient emparés du pouvoir pendant la Révolution; il ajoutait : « La: France avait besoin peut-être de ces diverses leçons. On ne révera plus un fantôme de liberté et d’égalité ridicule, qui transformait la lie du peuple en peuple souverain ». Il terminait son discours en exprimant la conviction que Louis XVIII ne permettrait pas aux vengeances de s'exercer et en commandant une triple batterie en l'honneur. du duc de Berry (2). Le f- Joseph Lejeune, orateur adjoint de la L-. de la Constante Amitié, au méme Orient, était-il d'un avis contraire quand il s'écriait : « Des pamphlétaires n'ont pas frémi de nous accuser d'étre les artisans et les fauteurs de la Révolution Française, nous qui en avons été les victimes ! D’abominables sicaires n'ont-ils pas sapé nos temples, brisé nos emblémes, dispersé nos outils ? » (3).

Les frères de la L-- de la Fidélité d'Hesdin avaient-ils une opinion différente, quand, en 1803, ils déclaraient reprendre leürs travaux interrompus, pendant plusieurs années, à cause « des circonstances fácheuses du temps » ? Lorsque, quatre ans plus tard, les maîtres de la Constance d'Arras inaugurèrent leur nouveau temple, le f^. Valentin, Roty ne critiqua-t-il pas vivement ces législateurs qui avaient « mo- ‘difié, changé, altéré ces lois et maximes qui sont pourtant la base et le.

garant de la société » ? (4).

Si les Le Ducq, les Térouanne, les Delecourt, si tous les frères qui

- (0 Eloge funébre de Jean- Baptiste-Nicolas Courtalon, chev.. d'O.., ancien vén.. de l'AMITIÉ, par le f.. Martin, 19 janvier 1820. Archives du Pas- de- Calais, bibliothèque départementale.

(e) Discours prononcé par le T.. S.. du Souv.. Chap.. de THEMIS, à l'Or-. de Caen, à sa séance du 11 mai 1814, imprimé par ordre du Souv-. Chap.., 6 p.

(3) Discours prononcé par le f-. Joseph Lejeune, or. adjoint dela Rv. Le. de la CONSTANTE AMITIÉ, à l'O... de Caen, le 1% j~. du 11e m.. de l'an de la V:.L.. 5820, à la célébration de la fête de la Saint- denn d'hiver. Caen, Le Roux, S: d., 21 p. :

(4) ESSAIS D'ARCHITECTURE MACÇ.., par le f., Valentin Roty, Arras, imp. du f.. Leclercq, 5807, p. 15. GE

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