‹ La franc-maçonnerie dans la province de Québec en 1883 [microforme]Chapitre 42 sur 85 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LA MAÇONNERIE CANADIENNE EST-ELLE DIFFÉRENTE DE LA MAÇONNERIE CONTINENTALE.

Impossible de nier aujourd’hui le caractère antireligieux et anti-social de la maçonnerie continentale. Aussi ne l’essaie-t-on plus. Mais si l’on cherche à appliquer aux maçons canadiens les anathèmes qui frappent leurs frères d'Europe, oh ! alors, c’est une autre affaire. Vite une foule de personnages officieux se lèvent pour protéger les loges et se porter garants de la parfaite honnêteté des maçons canadiens.

“ La maçonnerie anglaise, disent-ils, diffère du tout au tout de la maçonnerie continentale. Elle n’a ni la fureur anti-religieuse, ni l’esprit révolutionnaire des loges italiennes et françaises. C’est une 80ciété de bienfaisance, une association de secours mutuel ; elle donne à ses membres une protection légitime et les aide à réussir dans les diverses situations de la vie. Aussi voyons-nous un nombre considérable d'hommes honnêtes et intelligents se glorifier d’être maçons.”

‘ Si la maçonnerie canadienne était, par ses doctrines ou son esprit, hostile à l’ordre religieux et civil, ces hommes lui prêteraient-ils l’appui de leur nom et de leur présence ? Les laisserait-on occuper des positions où ils peuvent exercer une fînfluence considérable et presqu'irrésistible ? ”

“ Bien plus, nous voyons des Révérends de diverses dénominations assister aux cérémonies des loges, surtout aux banquets maçonniques. Bon nombre d’entre eux même, se fort gloire de porter le tablier de l’ordre. Cette conduite de ministres de l'Evangile serait inexcusable si notre maçonnerie canadienne était impie et révolutionnaire comme celle d’Europe.”

Ces arguments sont spécieux, je l'avoue. Ils peuvent en imposer à ceux qui ne connaissent ni les doctrines ni les tendances de la franc-maçonnerie. Ils sont de nature à calmer les scrupules des bonnes âmes, toujours disposées à croire de leur prochain, plutôt le bien que le mal. Surtout, ils servent de réponse facile, sinon concluante, à ceux qui, par tempéramment, cherchent toujours à tergiverser, quand il s’agit de proclamer des vérités dures à entendre mais nécessaires à dire, et qui, plus flattés d'être appelés des esprits conciliants, des hommes aux idées larges et libérales, que des défenseurs inflexibles du droit et des principes chrétiens. (a)

Mais ces arguments ne valent absolument rien pour quiconque connait un tant soit peu l’histoire de la franc-maçonnerie et des doctrines qu’elle professe.

L’Angleterre n’a-t-elle pas été la mère de la maçonnerie universelle? Ne lui a-t-elle pas donné l’unité d'organisation, de moyens et de but? Les maçons ne sont-ils pas les premiers à se vanter de cette universalité maçonnique ? Ne se considèrent-ils pas comme frères d’un bout du monde à l’autre ?

(a) Battent lâchement en retraite quand il faudrait résolument faire face à l'ennemi.

Les Grandes Loges ne sont-elles pas unies ensemble par une correspondance active et par Leurs Grands Représentants? Notre Grande Loge de Québec n'est-elle pas, en union intime avec les Grandes Loges de Belgique, du Portugal, de l’frlande de la Hongrie et du Pérou ?

Que l’on cesse donc de nous parler de cette prétendue distinction entre la Maçonnerie Anglaise et la Maçonnerie Continentale, pour maudire celle-ci et innocenter celle-là. Cette distinction est purement arbitraire. Elle ne peut tromper que des ignorants ou des niaiïs.

La maçonnerie est une dans l’univers entier. C’est ce que n’ont cessé de redire au catholiques, les hommes qui ont le mieux connu l’esprit détestable de cette société. Le Souverain Pontife Pie IX le proclamait encore le 25 septembre 1865, lors qu’il ordonnait ‘ à tous les chrétiens de toute condition, de tout “rang de toute dignité, de tout pays, de tenir ces “mêmes sociétés comme proscrites el réprouvées.”

D'ailleurs, outre ces témoignages extérieurs, il suffit pour prouver l'identité parfaite de la maçonnerie canadienne et de la maçonnerie continentale, d'examiner son organisation, son rituel, ses doctrines et ses tendances. Après cette étude la vérité de cette assertion apparaîtra, je pense, au lecteur dans toute sa triste réalité.

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