LA MAGONNERIE CANADIENNE N’EST PAS UNE SOCIÉTÉ DE BIENFAISANCE
Commençons d’abord par arracher le masque dont se couvre notre maçonnerie canadienne. Elle ge montre au public parée des emblêmes de la charité : “ C’est une société de bienfaisance, une association de secours mutuel. Elle veut du bien aux maçons d’abord, puis à tous ceux qui viennent réclamer son assistance.”
Tel est le caractère officiel qu’elle prend devant le public. Tels sont les titres qu’elle fait valoir à la bienveillance et à l’encouragement.
Or ce caractère officiel est mensonger, ces titres sont faux et apocryphes.
La maçonnerie canadienne n’est ni une société de bienfaisance, ni une association de secours mutuels, nous allons le prouver.
La maçonnerie canadienne n’est pas une société de bienfaisance.
Voilà bientôt un siècle et demi que la franc-maçonnerie Anglo-Canadienne est à l’œuvre dans notre pays. Elle compte aujourd’hui au moins cent mille
hommes qui, au jour de leur initiation prétèrent serment de travailler au but de l’ordre.
Si donc le but vérirable de l’ordre est de faire. du bien aux hommes, l’action maçonnique a dû se montrer ici dans toute sa splendeur. Les maçons appartenant pour la plupart, à la classe aisée, ont sans doute élevé en Canada de nombreux asiles pour l'indigence et la misère.
En est-il ainsi ?
Où sont les œuvres de charité de la maçonnerie ? Ou, les asiles fondés pour le pauvre, les hospices ouverts à la souffrance, les refuges offerts aux orphelins, aux abandonnés ? Je regarde de toutes parts. Je ne vois rien de pareil, ou plutôt, au sommet de presque toutes les maisons de bienfaisance, j’aperçois la croix catholique, tandis que le triangle de la maçonnerie ne brille qu’au sein des loges et sur le tablier des frères.
La franc-maçonnerie canadienne n’a donc pas pour but final la charité chrétienne, ou bien elle a singulièrement failli à sa mission.
Du reste, les statistiques officielles nous montrent clairement que la bienfaisance n’est pas du tout le but principal de l’ordre ; pas plus ici qu'ailleurs.
Voici un tableau que je trouve dans l’annuaire maçonnique pour 1881.
Etat des recettes et dépenses de la Grande Loge de Québec de 1870 à 1880,
Années, Aumônes reçues, Cotisations. Charités. BOOT ta 81092 1" à CARS ESS ORNE 1D88" EU BOF UNI TANS 1681 8 10 IT AE 1663 150 DAS 5 boss 1681, ;: 0% 1875 $4000 2358 270 1876 230 . 157 510 1877 260 2343 901 1878 126 1572 80 1879 237 2049 433 1880 240 1827 228
Total... 85,103 $19,275 $2,032
Voilà donc le bilan de la Grande Loge pour 10 ans.
Elle a reçu comme cotisation des membres. $19,275 D'’âmes charitables croyant naïyement à la bienfaisance maçonnique... 5,103
Total... 824,378
Sur ces 24,378 piastres, la Grande Loge a dépensé en impressions, régalias, salaires d'officiers, $14,577, et pour la charité la modeste somme de 2032 piastres !
2032 piastres d’aumônes en 10 ans!
Divisez cette somme entre les 68 loges qui ont été fondées dans la province de Québec ; vous aurez une moyenne de 28 piastres et quelques centins par loge, soit: deux piastres de charité par amnée ! Déci-
dement, la franc-maçonnerie canadienne n’est pas une société de St Vincent de Paul.
Cela ne l’empêchera cependant pas de redire aux candidats ses pompeux éloges de la charité, de se vanter devant les profanes d’être ‘une grande société de bienfaisance,” de lancer au sein de ses loges des phrases retentissantes comme celle-ci.
“# Par notre titre de maçons, nous sommes obligés d'assister l'humanité entière, si elle est en détresse, et plus particulièrement un frère maçon, s’il en est digne.” (a)
Si les profanes comptent sur la maçonnerie pour soulager leurs infortunes, ils seront amèrement déçus dans leurs espérances.
En voici un triste exemple :
Le 8 juin 1881, un grand feu réduisait à la plus profonde misère des milliers de familles à Québec.
Le député Grand Maître pour le district de Québec et Trois-Rivières disait dans son rapport à la Grande Loge : (page 79.)
“ Le 14 juin j'ai reçu du J. Melvin de St. Jean, New-Brunswick, une lettre m’informant qu’une somme d’argent avait été voté pour venir en aide aux
(a) Rapport lu par le F. Walker à l’assemblée de la Grande Loge de Québec en 1881.
je 1J | :
maçons, victimes du grand feu qui a dernièrement ravagé notre ville... Heureusement je pus le remercier de son offre bienveillant, et décliner l'assistance qu’il offrait car aucun membre de la maçonnerie n'en avait besoin ”.
Et des milliers de familles étaient alors réduites à la dernières des misères ! Partout on faisait des appels à la charité! Partout on tendait la main pour les pauvres incendiés !
Mais parcequ’aucun maçon ne se trouvait parmi les victimes, le fr. Ficht refuse l’aumône qu'’offraient les frères de St. Jean, et regarde froidement souffrir ces milliers de malheureux !
Peut-on être à ce point sans entrailles et sans cœur ?
; à] Les profanes, on le voit, n’ont rien à attendre de | la charité maçonnique.
Les frères seront-ils plus heureux ?
C’est pour eux peut-être que la société accumule dans ses coffres-forts les cotisations des membres et les aumônes des âmes naïves? L'ordre serait ainsi une caisse d'épargne en permanence, une sorte d’as-
.Sociation, de secours mutuels, empressée de venir en aide aux maçons malheureux.
Il n’en est pas ainsi.
Les conditious requises des eandidats à l’ordre uous forcent de repousser une pareille idée.
Ces candidats doivent être à l’aise, jouir d’une
‘“ honnête aisance, et enfin avoir du goût pour les sciences et les arts libéreaux.” (a)
Ces conditions, on le comprend, ferment évidemment l'entrée des loges canadiennes aux pauvres, en un mot, à tous ceux envers qui la charité trouve ordinairement à s'exercer,
Qu’à l’occasion cependant, la société accorde quelques secours à des misères inattendues, qu’elle fasse une aumône passagère à la veuve d’un maçon, tombée dans l’infortune, qu’elle vote une somme de 25 piastres pour lui venir en aide, je l'accorde, et la statistique citée plus haut en fait foi. Mais ces actes de charité arrivent rarement. Ils sont accidentels, et ne suffisent pas pour autoriser la franc-maçonnerie à se parer du titre de société de secours mutuels.
D'ailleurs les chefs de l’ordre eux-mêmes protestent avec indignation contre cette appellation qu’ils trouvent humiliante et fort au-dessous du noble but que se propose la maçonnerie.
“ La maçonnerie est l’école de la vraie civilisation, dit le fr. Hacquard,.. Elle ne peut se laisser abaisser au rang de simple société de secours mutuels.” (Monde Mag., fév. 1867, p. 604.)
A son tour le fr. Redon affirmait que ‘“ la bienfaisance n’est pas le but, mais seulement un des caractères, et des moins essentiels de la maçonnerie.” (St. André, p. 557.)
Les maçons du Canada et des Etats-Unis, professent exactement les mêmes doctrines :
(a) Constit de la Grande Loge de Québec des candidats: art ler.
“Souvenez-vous mes frères, disait en 1881, le Grand Maître de l'Illinois, que nous ne sommes pas une compagnie d’assurance mutuelle basée à perpétuité sur le QuiZ pro quo, maïs une société bienfaisante, comptant sur la virilité de ses membres pour maintenir sa position dans le monde et rester un centre charitable d'attraction offert aux meilleures aspirations de l'homme.”
La Grande Loge de Québec entendit ce rapport et l’'approuva. (Annuaire Mac. 1881, p. XVII.)
Concluons donc de ces faits et de ces témoignages que la maçonnerie canadienne, pas plus que la maçonnerie continentale, n’a pas pour but véritable, la charité. Afin d’en imposer au public, et de mieux voiler ses tendances réelles, elle peut, il est vrai, faire sonner bien haut ce titre philanthropique, mais en réalité, elle n’a aucun droit à s’appeler une société de bienfaisance.