‹ La franc-maçonnerie dans la province de Québec en 1883 [microforme]Chapitre 53 sur 85 · TROISIÈME DEGRÉ MAGONNIQUE—LE MAITRE MAÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME DEGRÉ MAGONNIQUE—LE MAITRE MAÇON

‘“ La loge de maître estdécorée en noir, Sur l’autel est un crâne humain et une lampe à esprit de vin allumé. Sur le tapis un cercueil... la loge est obscure. ‘1 us les frères, sont habillés en noir, et dans quelques loges on met un tablier noir sur lequel se trouve brodée une tête de mort.” (Eckert, Francmaçon t. I. p. 52).

Les préliminaires ressemblent à ceux des degrés précédents.

La toilette de rigueur, c’est d’avoir les deux bras, les deux seins et les deux genoux à découvert. les pieds sont chaussés de pantoufles acculées au talon.

Dans cet état l’on amène le candidat au Vénérable qui lui dit d’un ton grave. “ Il est juste, Monsieur de vous avertir qu'on vous prépare une épreuve très sérieuse pour votre courage, en même temps qu'on va vous demander un serment des plus solennels êtes vous prêt à accepter l’une et l’autre ?”

Un candidat voulant agir en homme libre et prudent répondrait alors au Vénérable.

Vénérable.— je suis courageux, pourtant j’aimerais à connaître d'avance l'épreuve dont il s’agit, Quelle est-elle ?

“ Vous me demandez un serment des plus solennels. Un homme prudent ne peut contracter pareille

obligation, sans en connaître les termes et sans en examiner les conséquences.

Quel est donc ce serment solennel ?

Voilà ce que dirait un homme libre et raisonnable, Mais la maçonnerie veut, non des hommes qui examinent et discutent, mais des esclaves.

Jure d’abord, obéis ensuite! Telle est la théorie de l’ordre, et telle est aussi sa pratique,

Le Candidat répond affirmativement ox deux propositions du Vénérable.

Alors on le fait agenouiller au picd de l’autel,

Il pose les deux mains sur la Bible et repète, après le Vénérable le serment du maître maçon.

Serment du maître maçon.

“Moi, X...en présence du Très Haut et de cette digne et vénérable loge, dûment constituée, régulièrement assemblée et ouverte selon les règles; de mon plein gré et consentement, je promets solennellement et je jure de toujours cèler, cacher et ne jamais révéler les secrets et mystères du degré de maître maçon, à personne au monde, si ce n’est à celui ou à ceux à qui légalement et justement je ‘puis le faire. Encore ne le ferai-je pour eux qu'après avoir par épreuves et strict examen, obtenu la conviction qu’ils en sont dignes et qu’ils appartiennent à une loge de maître maçon.”

“ De plus, je jure solennellement de ne pas révéler

les secrets du troisième degré à celui qui n’est que compagnon maçon, de même que le compagnon doit cacher les secrets de son degré à celui qui n’est encore qu’apprenti. Tous ces secrets, je ne les révèlerai à personne au monde, si ce n’est à de vrais et fidèles frères maçons.”

‘Je m'engage à obéir aux signes légaux et aux ordres que me donnera une loge de maîtres maçons, pourvu qu'ils soient compris dans mes obligations. Je n’apporterai aucune excuse, excepté la maladie ou l’urgence pressante de mes occupations privées ou publiques.”

“ Je jure solennellement de maintenir et d’observer en paroles et en actes, les cinq points du compagnon maçonnique.”

% Ma main donnée à un maçon sera un gage certain de fraternité.”

Mon pied traversera dangers et difficultés pour se mettre près du sien et former une colonne de défense mutuelle et de sûreté.”

‘ La position que je prendrai dans mes prières quotidiennes me rappellera ses besoins et disposera mon cœur à soulager ses infortunes, autant que je pourrai le faire, sans détriment pour moi et les miens.”

‘Ma poitrine gardera comme chose sacrée, les secrets qu’il me confiera. Toutefois le meurtre, la trahison et la félonie et autre offense contraire à la loi de Dieu, et aux règlements du royaume, font exception à cette règle en tous temps, ou à mon propre choix.”

Enfin, je défendrai le caractère d’un maçon en son absence aussi bien qu’en sa présence. Je ne le mépriserai pas moi-même et je ne le laisserai pas mépriser par d’autres, mais je repousserai hardiment toute calomnie contre son honneur, et je respecterai strictement la chasté de ceux qui lui sont chers, c’està-dire, la personne de sa femme, de sa sœur et de son enfant, Je n'aurai avec eux, le sachant bien, aucune relation charnelle illégitime.”

‘Je jure encore solennellement de ne jamais faire le moindre tort À un maçon et de ne pas souffrir qu'on lui en fasse, sans l’en avertir de suite. Je préférerai aussi toujours un maçon dans mes entreprises, et je le recommanderai aux autres selon mon pouvoir tant qu’il agira honnêtement, honorablement ct fidèlement vis-à-vis de moi et des autres.”

“J’observerai tous ces points sans équivoque ni restriction mentale. Si je manque à l’un d’eux, je consens à avoir le corps coupé en deux, les entrailles arrachées et brûlées, et les cendres jetées aux quatre vents du ciel, en sorte qu’il ne reste de moi aucun souvenir parmi les hommes, et surtout parmi les maçons.”

‘Que Dieu me soit en aide, et me garde fidèle à cette grande et solennelle obligation de maître maçon.” (Carlile, Manuel, p. 65.)

Réflexions sur le serment du maître.

Voilà donc le serment du maître maçon.

Avant de passer outre, faisons quelques observations :

1°. Le maître jure de ne rien dire des secrets de son degré au compagnon maçon, et celui-ci fait le même serment vis-à-vis de lapprenti. Pourtant, apprenti, compagnon et maître s'appellent frères et se disent enfants de la même mère,

Singulière fraternité que celle-là |

2°. Le maître jure d’obéir aux signes léqaux et aux ordres d’une loge de maître maçon :

Voilà une obligation bien vague et bien risquée. Si par hasard, la loge vous commandait un jour quelque besogne compromettante, que feriez-vous ?

‘La maçonnerie est morale, me direz-vous, elle n’ordonne rien que d’honorable et de juste.”

En êtes-vous bien sûr ?

Vous avez prêté bien des serments Idepuis votre entrée en loge.

Serment de l'apprenti: “Que l’on me coupe la gorge si je trahis les secrets de la franc-maçonnerie.”

Serment du compagnon : “Que l’on m’arrache le sein gauche et le cœur.”

Serment du maître : “ Que l’on m'ouvre le venire, qu’on brûle mes entrailles, si je manque à mes engagements maçonniques.”

Sont-ce là des menaces puériles et sans portée ? ou faut-il les prendre au sérieux ?

La maçonnerie elle-même les prend-elle au sérieux ? Le maçon infidèle à ses serments, ne promet pas, il est vrai, de se suicider, mais il se résigne à gubir sa peine de la main d’un autre.

“ En jurant de garder les secrets de l’ordre, dit le

fr. Bazot dans son Manuel approuvé par le Grand Orient de France, l'apprenti se voue en cas d'infraction à l'exécution de ses frères.” (Manuel, p. 19, 21.)

Il en est de même du compagnon et du maître.

Voilà qui est clair.

Les loges anglaises et américaines sont elles plus indulgentes pour les maçons coupables ?

L’assassinat de William Morgan en 1829, semblerait prouver le contraire.

Sachez bien une chose: la franc-maçonnerie est sérieuse. Tout ce qu’elle promet à ses membres, elle le donne.

3°, Vous jurez encore d’observer les cinq points du compagnonnage maçonnique.

Libre à vous, Messieurs, de commencer votre œuvre sociale, en vous formant d’abord en compagnie d'assurance mutuelle. Maïs du moins ne vantez ni votre générosité, ni surtout votre chasteté maçonnique.

Vos lumières, vous les gardez dans vos loges. Les profanes en sont exclus.

Votre bienfaisance, vous la réservez aux frères, et encore. |

Votre chasteté, vous semblez la restreindre exclusivement à la famille du maçon. “ Vous respecterez sa femme et ses enfants,” mais votre serment ne vous oblige qu’à cela. La maçonnerie paraît vous laisser toute latitude d’aller chercher fortune chez les profanes, si bon vous semble.

L'Eglise catholique est plus austère. Elle ne fait d'exception pour personne.

4°, Vous promettez enfin d'aider, d'assister, de patroner les maçons, de leur prêter secours dans leurs entreprises commerciales, ou dans leurs efforts pour se hisser aux emplois publics et à quelque bonne position qui donne à la fois honneur et profit,

Tout cela, bien entendu, à l'exclusion des profanes.

Et vous voudriez voir ces profanes s’extasier sur l'excellence de votre association, et s’incliner respectueusement devant le triangle des loges et votre tablier maçonnique!

Allons donc!

Les papes connaissaient-ils bien la franc-maçonnerie quand ils la définissaient :

‘ Une société d'hommes qui se lient entre eux par un pact aussi étroit qu'impénétrable.. qui s'engagent par un serment solennel et rigoureux, sous les peines les plus terribles à tenir cachés par un silence inviolable, les pratiques secrètes de leur société.” (Bulle de Clément XII, 1738.)

Avaient-ils tort de conclure que :

‘ Si les francs-maçons ne faisaient pas le mal, ils n'auraient pas cette haine de la lumière.” (1d.)

N'’étaient-ils les défenseurs de la vraie liberté de conscience, les vengeurs de la morale divine quand ils prononçaient :

La nullité absolue du serment tout à la fois impie et criminel par lequel ceux qui sont agrégés à ces

sectes s’obligent à ne révéler à personne ce qui regarde leur société.”

“Enfin ne faisaient-ils pas acte de prudence et de fermeté lorsqu'ils obligeaient les catholiques à dénoncer les adhérents à ces sociétés secrètes.”

Ces condamnations et ces obligations subsistent ‘encore et subsisteront toujours, car toujours la francmaçonnerie sera par ses principes et ses doctrines,

l’ennemie de la religion catholique et de l’état chrétien,

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