‹ La franc-maçonnerie en FranceChapitre 269 sur 277 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

Discours de l Orateur.

Après que l'instruction est finie, le F*. Orat.\ lit le discours suivant, dans lequel se trouve expliqué parfaitement tout l'objet de ce grade :

Vous avez passé par tous les grades, on vous a fait parcourir jusqu'à aujourd'hui, les uns après les autres, tous les mystères redoutables au vulgaire, parce qu'il ne les connaît pas et que le sage voit pour la plupart d un œil méprisant et dédaigneux.

Nous savons rendre justice à la vertu et à la vérité, elles nous sont chères. Ce que vous allez entendre vous en convaincra de plus en plus.

L'analyse de ces grades va vous être dévoilée, vous allez en pénétrer les replis les plus cachés.

En vous découvrant les moindres circonstances, vous en reconnaîtrez les explications et vous sentirez enfin ce qu'ils méritaient de votre approbation et de votre mépris.

Les connaissances que vous avez dû acquérir après avoir été reçu Apprenti. Comp.'.et M.', dans les grades de l'Elu Ecossais, Parfait M.*. Anglais, Elu suprême, Souv.'. Com. ., Chev '. d'Or \ et d'Occ.-., Prince de R '. C.*., Grand Elu, Chev.-. de l'Aigle Noir, Chev.-. du Soleil et des adept.., Subi.*. Philosophe et Chev.*. du Phénix sont les seuls sur lesquels nous nous étendrons. Les autres, qui sont en quantité et qui ne sont que des répétitions sèches et stériles de ceux dont il vient d'être fait mention, resteront dans l'oubli et ne nous laisseront d'autres impressions que le dédain le plus parfait pour ceux qui ont pu employer leur temps à des ouvrages aussi futiles, de peur d'être obligé de les haïr comme des gens infâmes, que la cupidité seule a conduits dans un travail aussi pitoyable.

Apprenti et compagnon. — Les deux premiers grades nous apprennent l'entreprise que fit Salomon de bâtir un Temple à l'Eternel ; les pré cautions qu'il prit pour le rendre magnifique ; la demande qu'il fit d'Hiram Abif à Hiram, roi de Tyr, pour lui confier en chef la conduite de cette sainte entreprise ; le partage que fit Hir.\ Ab.'. des ouvriers en trois classes ; les signes, mots et attouch.'. dont il convint avec eux pour les reconnaître les uns d'avec les autres ; les proportions du Temple et des deux fameuses colonnes.

Jusqu'ici il n'y a rien de mystérieux ; ouvrez la Bible, vous y trou-

verez les mêmes choses expliquées peut-être plus clairement. Maifl n'importe, reconnaissons la prévoyance de notre instituteur.

Pour parvenir à son but, qui était de rendre les hommes égaux et «le les Paire vivre ensemble dans l'union la plus étroite et la plus intime, il sut s'accommodera leurs mœurs et de plus à la faiblesse de leur âme. 11 reconnaissait combien le merveilleux a de pouvoir sur le cœur humain. Il descendit à des considérations, rendit 1 entrée de Tordre difficile, imagina de rendre les réceptions terribles et formidables et sut les rendre respectables par l'appareil mystérieux qu'il répandit sur tout ce qui nous environnait.

Il sentit d'ailleurs la dure nécessité de ces formalités ; il vit qu'en trompant le vulgaire, il éprouverait l'âme de ceux qu'il voulait admettre, qu'il sondait par là leur cœur et leur façon de penser, et qu'il pourrait par ce moyen distinguer la bonté du caractère et de l'esprit de candeur. D'ailleurs l'établissement de notre M.*, est louable; il tendait par son application à faire vivre les hommes dans légalité et à n'admettre entre eux de prééminence que celle que donne la vertu.

Maîtrise. — Si nous avançons, la M.*, nous offre le massacre d'Hir.*. par 3 malheureux consp.*. jaloux de la gloire et de la faveur qu'il recevait en vivant familièrement avec le roi Salomon, l'assemblée que tinrent les maîtres pour délibérer sur ce qu ils avaient à faire, afin de prouver leur innocence à Salomon, la recherche du corps du R.\ M.'. Hir.\ qu'ils retrouvèrent et l'exhumation qu'ils en firent.

Déjà dans ce grade le crime se glisse parmi les constructeurs du Temp.\, mais on sut le tourner à profit pour en montrer l'horreur et le faire di'tester de ceux qui étaient membres de l'ordre naissant.

Elu. — Dans l'élu, la vengeance tirée des meurtriers est une leçon qu nous prouve que le crime ne reste jamais impuni, que l'auteur de la nature est infiniment bon, juste et implacable pour les méchants.

On découvre dans ce grade Abir.*.,un des auteurs de ce meurtre ; mais d'où vient qu'on fit des recherches contre Cebal et Méphiboseth ? pourquoi multiplier les êtres ? Ne pouvons-nous pas dire que déjà le vice se glissait dans la Mac.*, et que cette multiplication était un présage des désordres qui allaient s'ensuivre ? Le crime puni et le corps retrouvé, il fallut inhumer notre R.\ M.*, avec la pompe qu'exigeait le service qu'il avait rendu, et il aurait sans doute mérité une autre récompense.

C'est le sujet de l'Ecossisme, où l'on glisse des cérémonies judaïques qui ne peuvent faire qu'un très mauvais effet, surtout dans un temps où les personnes qui sont à la tête des LL.\ sont souvent peu instruites et ont d'ailleurs des dépenses à faire, pour les rendre avec dignité, motifs qui peuvent les faire regarder comme contraires aux règles de l'ordre, par celui qui possède au fond du cœur les vrais principes de la nature qui est de saisir les occasions de se rendre utile à l'humanité souffrante. Parf.-. M.'. Angl.- — De là on passe à la M.', du Parf.\ M.'. Angl.\ qui est une répétition générale de ce qu'on a vu et qui aurait dû être le seul grade, si notre législateur n'eût eu crainte de communiquer trop vile l'intelligence de notre ordre, et de donner lieu à l'indiscrétion en communiquant tout d'un coup ce qu'il y avait de mystérieux à uu homme nouvellement reçu.

Voilà ce qui a fait longtemps le secret de notre ordre respectable. Elu de l'inconnu et des quinze. — Tout était bon jusqu'alors. Rien,

excepté les élus de l'inconnu et des quinze, n'était de trop. Tout tendait au bien et au maintien de l'ordre ; mais il n'est rien de stable. Les hommes aussi changeants que l'ombre et aussi légers que le vent pouvaient-ils rester longtemps dans l'état heureux où notre législateur s'était efforcé de les mettre ? Pleurons leurs faiblesses et leur aveuglement, mais sachons réparer leurs torts et donner un nouveau centre à l'Art Royal en rétablissant les premières LL.\, en rendant un culte pur à l'Etre suprême, en déchirant impitoyablement le bandeau qui nous a privés jusqu'à ce jour de la vraie lumière.

Ecossais. — On fît ensuite du Parf . M.*. Angl.\, le grade d'Ecoss.'., qui renferme la cérémonie de la dédicace du Temple. Il était, suivant les apparences, naturel de terminer 1 histoire.

Souv.'. Commandeur du Temple. — Mais où cela nous conduit-il ? Au Souv.'. Com. '. du Temp.'., grade où l'indécence la plus outrée et linsolence la plus criante sont permises à celui qui en est décoré, par la seule raison qu'il sait que c'était au com. qui en gardait la clef et qui avait l'honneur d'être admis à la cour du roi Salomon

Elu suprême. — On sentit ensuite qu'on pourrait ajouter à celui qui vient d'être dit la chute du roi Salomon, son impiété et les sacrifices abominables qu'il faisait aux faux dieux, dans ce même temps qu'il avait fait construire pour le seul et véritable Maître de la nature et le comble de la folie en faisant substituer à l'arche d'alliance les simulacres des divinités que lui apportaient ses femmes et ses concubines. On imagina donc l'EL*. Sup.-. où l'on jure une haine implacable à cet ennemi déclaxé de celui qui l'avait comblé de ses bienfaits.

Chevalier d'Orient — Il fallut aller plus loin ; le rétablissement du Temple de Dieu sous Cyrus fut le sujet du Chev.\ d'Or.1. Vous y apprenez la manière dont Zorobabel va se présenter devant Cyrus. Il pousse dans son antichambre des soupirs qui sont entendus des gardes. On va voir quel est 1 homme revêtu d'un voile, couvert de cendres, qui pousse ces gémissements. On le fait prosterner aux pieds du roi qui gracieusement lui laisse voir son visage et qui ordonne à son ministre de lui donner des instructions qui consistent à lui dire qu'il faut avoir un mot de passe pour se reconnaître dans un besoin et qu'il faut être bien unis. On l'arme ensuile en Chev.-. d'Or.-, en lui mettant une écharpe sur laquelle est représentée un pont traversant une rivière, parsemée de têtes de mort et d'ossements. On y apprend le fameux combat du fleuve Starburzanaï ; la victoire que remporte Zorobabel sur les sujets du roi Cyrus qui l'avaient attaqué malgré le passeport qu'ils voulurent lui faire avoir, signé de leur roi.

Les noms des ouvriers du nouveau Temp.'., le nombre des hommes qui y furent emplo}rés, la résolution qu'ils prirent de travailler, mais avec l'épée au côté, le nombre d'années qu'ils furent à le construire qui fut de 40 ans : toute cette histoire se trouve encore dans la Bible, sauf la réception du Chev.'. par Cyrus dont il n'est fait aucune mention et qui d'ailleurs est par elle même fort peu nécessaire.

Chevalier d'Occident. — On trouve dans l'Apocalypse le sujet du Chev.*. d'Occ". où vous êtes ensuite transporté. La L.-. représente le ciel tel qu'il est décrit par saint Jean. Le M.', de la L.'. représente l'Alpha et l'Oméga ; il tient un livre fermé, sept sceaux qui s'ouvrent

cl dont il sort des traita ; une balance, une épéc, emblèmes que l'on

explique et qu'on fait rapportera la M.*.

Comme l'Apocalypse est indéchiffrable, ce grade l'est tout autant et n ■ peut être regardé comme admirable que par ceux auxquels les eboses auxquelles ils ne comprennent rien paraissent des mystères et des merveilles ; absurdité moins criminelle que celles dont on vient de parler, mais encore plus folle.

Sublime Philosophe. — L'or, ce métal source de tant de crimes et d'horreurs et dont nous devrions pouvoir nous passer, est l'idole que nous cherchons avec le plus grand empressement.

Le Subi '. Philos "., tilre sublime et qui ne convient qu'à celui qui l'est et non point à un homme dont l'occupation est absolument contraire ; titre qui ne doit être accordé tout au plus qu'à celui qui a la vertu pour principe, qui la pratique et qui par son moyen sait se rendre heureux, le Subi.-. Phil.*., disons-nous, fait son unique étude de la richesse de ce fantôme, et prétend par ses découvertes égaler la science du créateur et de l'auteur de tout être.

Chevaliers du Soleil et du Phénix — Ces grades sont un mélange de religion, de mercure, de soufre et d autres ingrédients qui entrent dans la composition de ce précieux métal qu'Hir.-. ainsi que Sal.\ possédaient, mais qui a été perdu et qui ne se trouve plus que chez quelques-uns des descendants de ces fameux alchimistes ou de leurs élèves. L'on cherchera dans ce grade la vertu et le repos après le travail immense qu'exige ce grand œuvre dont le secret n'est pas encore trouvé et ne se trouvera pas de sitôt. Ce grade donne des relâchements [sic) au moyen desquels on se flatte de pouvoir le trouver.

On pardonnerait à des hommes fous ou insensés de s'y appliquer. Mais que, sans la moindre notion de chimie et sans la moindre teinture physique des autres sciences nécessaires à un travail de cette espèce, on s'y adonne et Ion s'y livre dans ces grades où il en est question, il faut être absolument dépourvu de bon sens, et c'est se mettre dans le cas d'être enfermé aux petites maisons.

Souverain Prince Rose-Croix. — Comme l'Ancien Testament a fait place au Nouveau dont il n était que la figure, et que la loi de grâce a fait disparaître la loi judaïque, on a cru devoir consacrer cette heureuse révolution dans la M.*, par un grade particulier. Ce grade est celui de S.*. P.\R.\ C '.Autrement dit le Chev \ de l'Aigle ou du Pélican quia pris sa naissance à Hérodom II a pour objet les mystères de la mort et de la résurrection du Sauveur du monde.

L'objet de ce grade est sublime, puisqu'il nous rappelle le mystère de notre rédemption opéré par l'incarnation du Souv. M.-, de la nature qui pour l'amour de nous a fait le sacrifice volontaire de sa vie, sacrifice dont la mort d'Hir.-.. qui fait l'objet des premiers grades, n'est qu'une bien faible image, et le triomphe de la religion chrétienne par la résurrection du Verbe. Mais les honneurs et les privilèges extraordinaires qu'on attribue à ceux qui sont revêtus de ce grade sont entièrement contraires à l'esprit d'humilité qu'on enseigne et aux maximes de l'Evangile.

On y a aussi introduit une cérémonie de la religion protestante qu'on devrait supprimer. Test la Cène qu'on y fait A cela près, ce grade est réellement respecfab

Chev.'. de V Aigle Noir. — Le désir de se singulariser a fait imaginer à Marseille un grade qui n'a de commun avec celui-ci que le nom de R.\ C.'. qu'on lui a donné fort mal à propos. Ce grade, appelé autrement Chev.*. de l'Aig.\ Noir, n'a pour objet essentiel que le Grand Œuvre, comme tous les autres grades prétendus philosophiques dont il a été parlé ci-dessus, par conséquent il n'est ni moins extravagant ni moins ridicule que ces autres grades. La réception est contraire aux lois de la nature et fait horreur à toute âme délicate ; elle est plus propre à former un fanatique qu'un parf. \ mac.".

Grand Elu. — Le grade de Gr. ' . Elu * . est un mélange de l'Elu du Chev. Kad.\ et des grades philos.*. On ne voit pas qu'il ait d'autre objet que l'orgueil et l'esprit de domination dans les LL.\, vices qui sont également proscrits par les lois de la Mac.'. ; ce qui seul suffit pour prouver l'inutilité et l'indécence de ce grade qu'on devrait totalement anéantir.

Voilà les principaux grades analysés. Réfléchissons sur les derniers, qui ont pour objet le Grand Œuvre, et voyons quel bien il pourrait eu résulter quand même le moj'en de faire de l'or serait découvert.

L'homme qui le posséderait en serait il plus sage et plus vertueux ? Pourrait-il faire le bonheur de l'humanité et de ses semblables ? Point du tout.

Au contraire avec la facilité de satisfaire tous ses désirs, il s'abandonnerait beaucoup plus librement aux grands excès, et l'or devenant plus commun rendrait la subsistance et tous les besoins de la vie beaucoup plus chers et ferait périr de misère ceux qui n'auraient pas le bonheur d'en posséder.

Dégageons nous tous, mes ff. \, de la tyrannie de ces prétendus connaisseurs, et entrons pour n'en sortir jamais dans le vrai sentier du bonheur. Plus de préjugés ; ne soyons plus les enfants d'Hir.\ construc teurs du Temp.'. ni du prince de Juda qui reconstruisit le Temple de l'Eternel, ni de saint Jean l'Apocalyste transporté dans l'île de Pathmos, ni enfin les descendants de personne.

Soyons vertueux, adorons l'Etre suprême parce qu'il est notre bienfaiteur. Chérissons les mortels aveugles parce qu'ils sont nosff.\ ; aidonsles dans leurs besoins, parce que c'est soulager l'humanité. Donnons des conseils parce que par là nous pourrons tirer du joug de 1 erreur.

Aimons nous parce que l'Eternel nous fit pour nous rendre heureux Rendons-nous la vie douce par une conduite agréable et honnête. Sachons enfin passer dans le bonheur le peu de temps que nous avons à demeurer sur terre et restons vertueux au milieu des crimes et des désordres où l'univers est plongé. Amen.

section v.

Clôture de la Loge.

Après que le discours est fini, le vén.*. demande si les ff.*. ont quelques propositions à faire et, après que les propositions ont été faites et discutées, il fait la clôture de la L.\ par la demande suivante qu il adresse au f.\ 1er surv.\

D. — Quel est le terme de nos travaux ?

R. — Le moment où la nécessité nous oblige de nous rendre où nos affaires nous appellent ayant toujours la vertu pour guide.

Après cette réponse, le vén.*. dit :

Que ne pouvons-nous, o mes chers ft\\, rester perpétuellement ensemble et jouir des douceurs attachées à une amitié pure cl désintéressée.

Mais nos besoins, notre travail particulier, les devoirs de nos états, nous forcent à nous séparer. .Jurons nous tous, de nouveau, les mêmes sentiments ; promettons nous de nous rester inviolablemcnt attachés, et que le baiser fraternel que je vous invite à me faire parvenir soit le gagé et la marque assurée de la fidélité de nos engagements. Amen. Amen. Amen.

Page 1