‹ La franc-maçonnerie est-elle juive ou anglaise?Chapitre 19 sur 24 · V. le Globe, 12 mai · texte numérisé non relu

V. le Globe, 12 mai

donnèrent naissance chez elle à un prodigieux essor du commerce et de l'industrie. L'industrie de TAllemag-ne n'était d'ailleurs pas une industrie de luxe et aurait eu quelque peine à lutter complètement et victorieusement sur le marché européen ; ses débouchés principaux furent l'Amérique du Sud et rOcéanie, d'où un développement extrême de sa marine marchande. Mais cet essor commercial et ce développement de sa marine marchande la rendaient essentiellement vulnérable sur mer. Fatalement elle devait être amenée à développer sa marine de guerre, pour protéger et sauvegarder sa situation économique. L'Angleterre voyait avec inquiétude cette transformation s'accomplir. Pour détourner l'activité de PAllemagne,pour l'occuper ailleurs, pour amener un conflit où, même victorieuse sur terre, elle devrait être gravement atteinte sur mer, le parti maçonnique, en Allemagne comme en France, travailla sans relâche à amener une nouvelle guerre franco-allemande. La triple alliance permit à la franc-maçonnerie de faire concourir à cette action les francs-maçons d'Italie. Ce furent, de la part du parti militaire allemand, de la part du [)arti maçonnique italien, d'incessantes provocations ; en France, la franc-

maçonnerie, qui devait plus tard devenir internationaliste, pacifiste, antimilitariste, se fit pour lors chauvine : elle inventa le général Boulanger et répandit l'idée de la revanche.

Peut-être en raison de facultés exceptionnelles, peut-être simplement parce qu'il a du sang anglais dans les veines, l'empereur Guillaume II devait concevoir la politique de la Prusse d'une façon toute nouvelle, comprendre que ce qui lui était nécessaire pour réaliser cette souveraineté universelle qu'il rêve, c'était la puissance maritime, et tout subordonner à la création de cette puissance. Dès lors pour lui l'écrasement de la France ne présentait qu'un intérêt secondaire, peut-être même un désavantage; son adversaire, c'étaitl'Angleterre. C'est là qu'est l'origine de son désaccord et de sa rupture avec Bismarck. Cet aspect nouveau de la politique européenne, que Jules Ferry, le premier, avait découvert et nettement accusé, se précisait de plus en plus.

Les terres s'épuisent ; c'est une des causes des migrations des peuples, en quête de terrains neufs qui les nourrissent et les enrichissent. L'Afrique, l'Amérique, l'Océanie doivent remplacer pour les hommes nos vieilles terres usées. A Paris, cerveau

du monde, g^râce à l'instruction maçonnique que nous avons reçue, nous ne nous en doutons g-uère et cela nous importe peu; nous savons bien que rien n'a d'importance. hors ce qui se passe entre le Palais Bourbon et le boulevard des Italiens; et, dans les salons de la société distinguée, les gens d'esprit n'ont jamais eu assez de plaisanteries pour les événements qui affectent de porter des noms baroques et vont se nicher autour du lac Tchad ou dans l'Ouganda. Mais les peuples qui ont la sève vitale guettent ces terres vierges, l'Afrique surtout, et s'y constituent leur patrimoine de demain. La nature, qui se renouvelle constamment, prépare un avenir encore plus éloigné, et, pour le jour où ces terres neuves seront usées à leur tour, les madrépores édifient silencieusement sous la mer les continents des temps futurs.

L'Angleterre convoite l'Afrique et depuis plus d'un siècle s'y taille sa part : c'est la part du lion. Les terres fertiles, celles qui renferment des mines, lui appartiennent de droit; ce qui revient à la France,cesontles sables, ce sont, suivant son expression, a ces terres légères dont le coq gaulois a besoin pour faire ses ergots ». L'Afrique anglaise du Cap au Caire, tel est son programme ; la con-

quête de l'Egypte est sa préoccupation constante, depuis la fin duxviii® siècle ^ ; elle y travaille méthodiquement durant tout le xix*" siècle, progressant lentement d'abord, puis précipitant sa marche, à mesure qu'elle gagne du terrain. A partir de 1878, la France est continuellement agitée par les luttes religieuses, par les querelles de partis, et tout ministre qui ose regarder du coté de l'Egypte est aussitôt renversé par le parti maçonnique que dirige M. Clemenceau. En Italie, la franc-maçonnerie porte au pouvoir Depretis et Grispi, qui lancent leur pays dans la guerre contre l'Abyssinie. Cette action simultanée donne à l'Angleterre son entière liberté d'action et lui permet d'avancer sa conquête.

En 1894, M. Carnot, au lendemain de la visite de l'amiral Avellane, avait chargé le colonel Monteil d'aller occuper un poste sur le haut Xil, mais M. Carnot avait été assassiné peu de temps après, etM. Delcassé, sous-secrétaire d'Etat aux colonies, avait immédiatement rappelé le colonel Monteil.

En France,, il y a deux personnes : la franc-

I. Voir, dans le Correspondanl des 20 septembre et 20 octobre igoo et 20 mars 1906, les études de tout premier ordre que M. Etienne Lamy a consacrées à cette question, sous le titre : Affaires d'Egypte et de France : ta Leçon d'un siècle.

maçonnerie et la nation, — la nation qui produit et la franc-maçonnerie qui l'exploite, la nation qui obéit et la franc-maçonnerie qui gouverne. La nation fournit les travailleurs, les soldats, les marins; la franc-maçonnerie fournit les politiciens. De la nation sort toute une pléiade de héros, explorateurs, marins, soldats. Ils portent triomphalement son drapeau sur toutes ces terres qui sont les empires futurs, ils explorent, découvrent, meurent, mais en mourant plantent leur drapeau et de son ombre couvrent des territoires immenses, que d'autres n'avaient pas soupçonnés, où d'autres ne s'étaient pas aventurés et qu'ils lèguent à la France. Sur leurs exploits, sur leurs conquêtes, sur leur vie, sur leur mort, la presse fait généralement le silence; les politiciens les désavouent et renoncent à leurs conquêtes, que l'Angleterre recueille; et la France pour ses héroï- (jues pionniers n'a que l'indifférence et l'oubli.

En i8()5, un officier d'infanterie de marine, l'un de ces extraordinaires conquistadores que dans l'armée on appelait les Africains, le capitaine Marchand, se présentait au ministère des Colonies. Sur le sol africain, Marchand avait nettement distingué les positions prises et la partie

qui se jouait, partie que la France allait perdre, après avoir eu tous les atouts en main. Reprenant le projet du président Garnot, le précisant et en détaillant les conditions pratiques d'exécution, il déterminait, en outre, le point qui commandait stratég-iquement la vallée du Haut Nil et qu'il fallait occuper, Fachoda.

Le ministère alors aux affaires était un ministère Ribot, un de ces ministères bigarrés comme la franc-maçonnerie nous en lègue quand, obligée de se retirer, elle semble céder la place; à côté de M. Trarieux, qui devait jouer dans l'Affaire Dreyfus le rôle que l'on sait, s'y trouvaient M. Cliautemps et M. Hanotaux. M. Chautemps était aux colonies, ce fut lui qui vit Marchand; il comprit aussitôt son projet, lui fut acquis et s'efforça d'y gagner ses collègues. M. Hanotaux était l'élève et l'admirateur de Jules Ferry; il avait repris sa politique, mais il la réduisait à la mesure de l'opportunisme. S'il avait la souplesse et l'habileté qui avaient fait défaut à son maître, il n'en avait pas la hardiesse, l'énergie, ni l'envergure. Aux difficultés que M. Chautemps devait rencontrer pour faire adopter par ce cabinet une politique coloniale positive, se joignaient les difficultés de la

situation où se trouvait le cabinet lui-même et qui ne lui laissaient guère le loisir de regarder au dehors. Après de nouvelles discussions sur l'affaire du Panama, le ministère s'était vu en butte aux violentes attaques des socialistes au sujet de la grève de Garmaux. Cependant il avait triomphé de tout et, le 2 5 octobre, un ordre du jour de confiance voté à une énorme majorité lui assurait une longue existence. Le 28, M. Chautemps avait obtenu gain de cause pour l'expédition Marchand et quittait la Chambre où aucune question de quelque importance ne devait être agitée, en compagnie du jeune capitaine auquel il annonçait que son ordre de départ serait signé le lendemain. Deux heures plus tard, sur une question insignifiante, le ministère était renversé.

Marchand partit seulement le 2 5 juin; le 23 juillet, il arriva à Loango et bientôt s'achemina vers son but avec les faibles ressources dont il disposait.

Dans le môme temps, la Belgique et l'Angleterre préparaient, elles aussi, chacune une expédition sur le Haut Nil. Ni pour l'une ni pour l'autre l'argent n'avait été ménagé. La première, formée dans le Congo belge, comptait 6.000 hommes et /|0 pièces

de canon, SOUS les ordres du baron Dahnis; elle disposait d'une cinquantaine de vapeurs de commerce.La seconde^ forte d'environ 3.ooo hommes, de plusieurs batteries et de trois vapeurs, et commandée par le colonel Mac Donald, partait du lac Nyassa, pour descendre le Nil et donner la main au général Kitchener.

Ni l'une ni l'autre de ces expéditions ne devait aboutir. La disette amena une révolte des porteurs du baron Dahnis, qui massacrèrent les officiers belges. Les troupes noires du colonel Mac Donald se mutinèrent également, et il dut s'arrêter pour lutter contre ses propres soldats. Tandis qu'il était ainsi enlisé au milieu de ses caisses, de ses canons et de ses éléphants. Marchand passait avec sa petite troupe; il allait réussir, lui, grâce à son indomptable énergie, à sa folle audace, et à son méthodique sang-froid. Pendant deux ans, silencieusement, il devait lutter contre le climat, contre le pays, contre les naturels ; mais au bout de ces deux ans, lord Kitchener devait trouver à Fachoda le drapeau tricolore.

En France, le public ignorait la mission Marchand, il ignorait jusqu'à l'existence de Marchand. En Angleterre, il n'en était pas de même. On con-

naissait cette mission, dont on ig-noraitle but précis. On s'en préoccupait, et n'est-ce pas par un effet de cette préoccupation qu'au printemps de 1897 lïiiss Chamberlain, la fille de l'homme d'Etat anglais, éprouvait un impérieux besoin de passer quelque temps au milieu de nous? Elle fit un séjour à Paris dans le monde qui allait être bientôt le monde dreyfusiste, mais ne put apprendre rien de précis ; c'est alors que les agences anglaises, plaidant le faux pour savoir le vrai, firent paraître, au mois de septembre, dans un journal belge, la nouvelle de la mort de Marchand. Dès que l'on sut la vérité sur le but de la mission^ la franc-maçonnerie lança l'Affaire Dreyfus.

Il n'était que temps pour l'Angleterre. Il était bien certain que Marchand, qui n'était pas mort, allait arriver à Fachoda; la France était alliée à la Russie^ l'Allemagne nous offrait officiellement de s'unir à nous et les Boërs allaient se soulever au Transvaal. L'Aflaire Dreyfus eut le double résultat d'amener M. Delcassé au ministère des Affaires étrangères et de nous mettre en opposition avec l'Allemagne, but précis auquel tendirent tous les efforts du parti dreyfusiste. Dreyfus, sachant qu'on avait besoin de lui^ tâchait de tirer de cette

JUIVE OU ANGLAISE : yl

situation le meilleur parti possible; mais il comptait peu pour les siens; ils lui en voulaient de son attitude, ils lui en voulurent de ruiner tout leur plan de manœuvres, en acceptant sa grâce; ce qu'ils voulaient, c'était obliger l'état-major, pour justifier la condamnation de Dreyfus, à publier la pièce secrète dont TAllemag-ne ne pouvait tolérer les révélations et qui eût infailliblement amené la guerre.

L'Affaire Dreyfus devait procurer à l'Angleterre un conflit franco-allemand; elle a échoué sur ce point, mais elle lui a valu l'Egypte et Terre-Neuve.

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