REPONSE A QUELQUES ARGUMENTS
En regard de ces faits, voyons maintenant les raisons qui ont permis d'attribuer aux Juifs la création de la franc-maçonnerie. On pourrait les appeler des raisons de sentiment; elles ne résistent guère à un examen attentif.
La franc-maçonnerie, gouvernement occulte et pouvoir politique, s'est introduite dans le cadre des anciennes corporations de métiers; elle en a pris le nom et en a gardé certaines formules, certains symboles, certaines traditions de forme. Le meurtre d'Hiram était l'une de ces légendes, comme celle du juif errant, populaire au moyenâge : elle a passé des rites de l'ancien compagnonnage dans ceux de la franc-maçonnerie.
La franc-maçonnerie,attaquant le dogme catholique, niant les miracles et les mystères, était oblig-ée d'y substituer quelque chose d'analogue, pour donner satisfaction au besoin de merveilleux qui s'impose à beaucoup d'esprits. Cet « autre chose » fut l'occultisme; or,roccultisme, la magie viennent del'Orient et nous sont connus seulement par la Cabale des Juifs. Quant à la perpétuité de la race juive, elle s'explique par les conditions historiques où cette race s'est trouvée; ces conditions l'empêchaient de se fondre dans les autres peuples, et nous avons vu que les souverains avaient un intérêt puissant à l'empêcher d'être absorbée et de disparaître, qu'ils avaient même établi des lois en conséquence. Il s'est produit pour les Juifs ce qui se produit actuellement aux Etats-Unis pour les nègres, dont le nombre s'est accru dans des proportions qui inquiètent les Américains.
On prend des airs tragiques pour nous parler du « sionisme», nous dénoncer le mouvement sioniste et nous en signaler les progrès ; et on nous le montre comme l'aboutissement, le triomphe, l'apothéose de cette action secrète et mystérieuse menée dans l'ombre par les Juifs à travers les siècles.
Cela est enfantin. L'idée de quitter les peuples qu'ils exploitent, qu'ils font travailler pour eux, au milieu desquels ils s'enrichissent, et d'aller quelque part, dans une contrée sans doute stérile et délaissée, reconstituer le peuple de Dieu, arroser la terre de beaucoup de sueurs, en tirer peu de profit, et finalement reconstruire le temple de Jérusalem, — ce serait pour les Juifs ce que serait pour le gui l'idée de quitter le chêne et le peuplier sur lesquels il vit, et d'aller quelque part se planter en pleine terre pour devenir lui-même un g-rand arbre : ils en mourraient pareillement.
Il y a parmi les Juifs des esprits religieux; il se peut que ce rêve ait hanté quelques mystiques. Ils sont sûrement fort peu nombreux. Mais, d'ailleurs, quel que soit leur nombre, ce n'est pas la réalisation de leur rêve qui est à craindre et ce n'est pas par là que les Juifs sont dang-ereux.
Enfin, un des caractères les plus frappants de la franc-maçonnerie, et où l'on veut encore voir un argument en faveur de la thèse qui en fait un instrument des Juifs, c'est cette haine implacable dont elle a poursuivi constamment les Bourbons, Louis XVI en particulier, et la papauté.
Toute haine a toujours un fondement. Nous avons Yu qu'à partir du xvi^ siècle, en France on ne s'occupe plus des Juifs. «Le xvi^ siècle, dit Bédarride, marque le terme des persécutions contre les Juifs. » De sorte que c'est précisément depuis l'avènement des Bourbons que les Juifs n'ont plus de motifs de rancune contre la royauté. Louis XVI est le premier des Bourbons qui s'occupe d'eux, et c'est pour rendre en leur faveur une série d'ordonnances libérales qui les amènent progressivement à l'émancipation.
Pour l'Ang-leterrCjil en est autrement : les Bourbons représentent le pacte de famille, Louis XVI représente la guerre d'Amérique, la lutte pour l'empire des mers et, en Hollande comme partout ailleurs, la politique anti-anglaise.
Et la papauté ? Depuis le milieu du vr siècle, et aussi longtemps qu'ils ont été persécutés, les Juifs ont eu les papes comme constants et uniques protecteurs.
C'est Grégoire le Grand, le premier, qui prend leur défense ^ Au ix'' et au x^ siècle, on ignore ce qu'ils font en Italie, les témoignages manquent^;
1. E/jistot. Gregor. magn., 1. i.cpist. 4'); 1. 7,ind.2, epist. 5: 1, 3, cpisl. 8 ; I. 7, epist. i34, n5.