Voy. Salom. Ben. Virga, p. i/jo
SOUS Boniface IX, ils élèvent à Bologne une magnifique synagogue. Ils seront soutenus encore par Paul III et par Sixte VK
Assurément il est humain queles bienfaits soient payés d'ingratitude; mais, tout de même, les bienfaits ne sont pas un motif suffisant à expliquer la haine de ceux qui les ont reçus contre ceux de qui ils les ont reçus. Pour admettre que les Juifs ont créé la franc-maçonnerie en haine des Bourbons et de la papauté, il faudrait par ailleurs vérifier et expliquer cette haine que les faits rendent incompréhensible.
Contrairement à l'avis de M. Gopin-Albancelli, la haine de l'Angleterre pour la papauté, de même que pour les Bourbons, nous paraît non seulement beaucoup plus probable, mais même bien établie. Les rapports de la papauté ont été de bonne heure beaucoup moins cordiaux avec l'Angleterre qu'avec les Juifs. Quand on nous enseigne l'histoire de la Réforme, on commence toujours à
I .A la fin du xv*^ siècle, Bernardin de Feltre prêche en Italie une véritable croisade contre eux. Se place-t-il sur le terrain religieux? Aucunement. C'est comme prêteurs publics qu'il les combat; et, pour leur faire échec, il invente les monts-de-piété. Dans la seule ville de Padoue, il arrive par ce procédé à faire fermer vingtdeux bureaux juifs de prêts sur gages qui leur rapportaient 20.000 écus d'or.
.8o LA FRANC -MAÇONNERIE EST-ELLE
Luther et à la vente des indulgences; on nous parle aussi d'Erasme et un peu d'Ulrich de Hutten; c'est tout. Et nous localisons la Réforme en Allemagne, nous la datons du xvi^ siècle et nous l'attribuons à Luther, en ajoutant simplement qu'(( Erasme avait couvé l'œuf d'où Luther est sorti ». De même dans nos cours d'histoire, qui sembleraient parfois avoir été rédigés par quelque moderne Scudéry, on nous apprend que toute l'Angleterre s'est faite protestante parce que Henry YIII, épris d'Anne Boleyn, voulait l'épouser, et qu'il lui fallait pour cela divorcer d'avec Catherine d'Aragon. Léon X, parlant des récriminations de Luther, disait : « Querelles de moines. » Il avait raison et ce n'eût peut-être été que cela, si Luther, froissé dans son amourpropre et cherchant une veng-eance, n'eût trouvé chez les Hussites une doctrine qui lui permit de combattre le pape en attaquant la papauté ellemême. Cette doctrine, les Hussites la tenaient de John WiclefLqui était anglais et vivait au xiv® siècle. Elle ne lui avait pas été dictée par une rancune personnelle à la suite de démêlés avec la cour de Rome. WiclefP n'était que le porte-parole de la nation anglaise, il ne faisait qu'en exprimer
JUIVE OU ANGLAISE? 8l
les sentiments ; aussi, tandis que la réforme de Luther devait être imposée par une sorte de conspiration des hauts barons allemands, et que Luther lui-même devait être obligé de se cacher pendant deux ans à la Wartbourg-, attendant l'issue de la propag-ande qui se faisait en faveur de ses idées, Wicleff avait librement prêché les siennes en Angleterre, il avait avec lui la nation et était couvert par la Chambre des Communes. Et quand Henry VIII prétexta de son divorce pour amener le divorce entre l'Angleterre et le catholicisme, il fut soutenu de toute l'Angleterre, à commencer par le clergé.
La haine du catholicisme est, dans la suite, en quelque sorte le signe de ralliement en Angleterre. Il faut, pour s'en rendre compte, lire les auteurs anglais, il faut voir la législation que Bacon édicta contre les catholiques, les procédés employés à leur égard. D. Hume, historien protestant, dit que^ quand on y songe, la conspiration des Poudres ne surprend plus. Au xvii'',au xviii® siècle, on dit papiste en Angleterre, comme on dit aujourd'hui clérical en France.
l'entrée des juifs dans la franc-maçonnerie est de date recente
Actuellement, la solidarité des Juifs et de la franc- maçonnerie est un fait incontestable, et nous ne songeons pas à le contester; mais il convient de rechercher à quelle date remonte cette solidarité. Ce que nous avons voulu montrer jusqu'ici, c'est qu'elle n'existait pas à l'origine et qu'on n'en trouve aucun indice jusqu'au premier Empire.
Mais, vers la fin du premier Empire, un juif, banquier à Francfort, après avoir fait une grosse fortune, devient le financier de l'électeur de Hesse- Gassel, qui lui confie ses biens, en 1806, lors de l'invasion française. Or, ce banquier juif a eu cinq fils ; chacun d'eux devient chef d'une maison de banque à Londres, à Paris, à Vienne, à Naples,
outre celle de Francfort. Dans chacune de ces maisons ils réunissent des capitaux juifs. Le troisième de ces fils, Nathan, le plus remarquable, établi de bonne heure en Angleterre, devient l'ag-ent financier des Anglais dont les ressources d'argent font sur le continent les frais de la coalition contre Napoléon. La banque Rothschild fait un coup de bourse célèbre, le jour de Waterloo, et, après la chute de Napoléon, cette banque, g-râce aux cinq maisons dont elle dispose et qui se soutiennent mutuellement, grâce aux capitaux qui y sont déposés, grâce à l'appui politique qui lui est acquis, transforme le système des finances de l'Europe, les monopohse, obtient les emprunts d'Etat et constitue ce qu'on a appelé la haute banque. Avec la banque Rothschild, les Juifs ont ressaisi la puissance financière. Or, il se trouve que c'est précisément aussi à la fin du premier Empire que les loges maçonniques s'ouvrent pour les Juifs, (lu'on y voit des frères qui se nomment Abraham, et que les Bédarride apportent le rite de Misraïm. Jusque-là on avait noté seulement la présence dans la franc-maçonnerie de Martinez Pasqualis, riue l'on a supposé être un juif portugais, précisément en raison des termes employés dans le rite
maçonnique qu'il avait fondé. En fait, on ignore ce qu'il était et d'où il venait. On a prétendu aussi qu'au convent de Wilhelmsbad l'entrée des loges fut ouverte aux Juifs. On n'en sait rien. Le seul résultat précis du convent de Wilhelmsbad, et qui avait donné lieu à sa tenue, fut de relier ensemble les loges de l'Allemagne et de les centraliser sous l'obédience du grand-maître, le duc de Brunswiciv.
Ainsi, jusqu'à la fin de l'Empire, pour attribuer un rôle aux Juifs dans la franc-maçonnerie, on ne s'appuie que sur des suppositions. Eux-mêmes n'y paraissent pas. Leur entrée dans les loges, leur rôle dans l'association, leur solidarité avec elle datent du jour où ils ont eu partie liée avec l'Angleterre.
Cette innovation n'avait pas échappé à Joseph de Maistre, et il nous semble bien avoir donné la note juste quand il écrivait, en 1816, au czàr Alexandre : « La secte qui se sert de tout paraît en ce moment tirer un grand parti des Juifs, dont.:;| il faut beaucoup se méfier. » ^ ^
Sous prétexte de détruire la « superstition religieuse », nous l'avons remplacée par une autre, la superstition de la science, ou plus exactement la superstition de l'appareil scientifique. Cette nouvelle superstition est assurément moins poétique que l'autre ; elle est peut-être plus dangereuse, car, au bout du compte, si les malades qui se plongent dans la piscine de Lourdes ne sont pas tous guéris, cela ne peut toujours pas leur faire grand mal : on ne pourrait affirmer la même chose pour les malheureux à qui on ouvre le corps au nom de la science dès qu'ils ont mal au ventre. Cette superstition a ses pontifes, ses charlatans et ses dupes ; dupes d'autant plus crédules qu'au moins la religion ne changeait pas tous les six mois, et que, quand on avait adopté
une croyance, c'était généralement pour le reste de sa vie ; au lieu que les fervents de la science sont obligés de changer continuellement de credo et de croire chaque saison le contraire de ce qu'ils croyaient la saison précédente, et d'ailleurs avec une foi non moins absolue.
Pour ces nouveaux fanatiques, la foi prévaut contre les apparences, contre le bon sens, contre l'évidence. Qu'une digue cède à la poussée des eaux, qu'un pont s'écroule à peine construit, les ingénieurs ne conviendront pas qu'ils ont fait de leur mieux, mais qu'ils ne peuvent, dans leurs travaux, que se conformer aux données de l'expérience, qu'ils ne sont pas dans la matière et qu'elle ne leur a jamais dit comment elle entendait se comporter. Point. Ils répondront que les calculs étaient justes; et donc, c'est la digue qui est dans son tort, c'est le pont qui est dans son tort, car (( le calcul ne trompe pas et la science est infaillible ». De même aussi ils sont dans leur tort les malades qui ne supportent pas a le choc », et meurent d'une opération « qui avait admirablement réussi ».
En môme temps nous nous piquons d'être de fortes têtes et nous n'admettons que ce qui nous
est démontré scientifiquement. C'est le prétexte sans doute que plusieurs invoqueront pour refuser de s'inquiéter du danger que signale la présente étude. On nous reprochera de ne pas apporter une démonstration scientifique de notre thèse, encore que l'aveu contenu dans la lettre de lord Granville * vaille bien une démonstration, si scientifique soit-elle. A ceux qui nous feront ce reproche, nous pourrions demander qui leur a jamais expliqué scientifiquement la nature du sommeil. Cependant, chaque soir, ils se couchent, certains qu'ils vont s'endormir, pour se réveiller le lendemain.
Mais quoi? Les Troyens sans doute aussi étaient de fortes têtes et avaient reçu une belle éducation qui ne leur permettait d'admettre aucune vérité qui ne fût démontrée. Ils ont entendu résonner des armes dans les flancs du cheval d'Ulysse, et Laocoon leur a crié gare , mais il ne leur a pas démontré scientifiquement que les Grecs étaient cachés dedans. Ils s'y sont attelés et ont tenu à le faire entrer eux-mêmes dans leurs murs :
Qaos vult perdere Jupiter dementat prius.