‹ La franc-maçonnerie est-elle juive ou anglaise?Chapitre 24 sur 24 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

La franc-maçonnerie est une association internationale et un instrument de gouvernement. Elle a pour but de créer un lien entre des individus de races, de relig-ions, de nationalités différentes, et d'imposer à leur conscience d'autres idées, une autre morale, d'autres obligations que les idées, la morale et les obligations qui leur viennent de leur race, de leur religion et de leur nationalité. A l'obéissance qu'ils doivent à leurs lois et à leurs autorités nationales, elle substitue chez eux l'obéissance à une autorité secrète qui pour eux reste toujours secrète. Exploitant pour cela le sentiment de l'intérêt, elle leur impose cette obéissance en la récompensant d'avantages personnels et immédiats et en leur faisant craindre les vengeances d'un pouvoir qui leur reste toujours inconnu et que leur imagination peut grandir démesurément.

Lors donc que l'on étudie la franc-maçonnerie, il faudrait toujours la suivre sur le terrain international.

voir comment elle procède dans les différents pays, pour en déduire le but qu'elle poursuit.

Les Français ne sont guère capables de ce travail. Particularistes à l'excès, rendus plus particularistes •encore par leur éducation, ils pensent faire œuvre d'analystes sérieux et profonds seulement en se spécialisant. Dans chaque question, ils découpent un petit lambeau qu'ils fouillent leur vie durant, et peut-être bien qu'ils arrivent à en connaître à fond ce qu'on en peut connaître quand on l'étudié isolément; mais ils ne se rendent pas compte qu'ils arrivent à faire un tout de ce qui n'est qu'une partie et que, par conséquent, ils réduisent les connaissances qu'ils peuvent acquérir à la seule connaissance des détails secondaires. Ils dissèquent une main sans tenir compte du corps ; ils pourront découvrir ce qu'est la peau et ce que sont les ong-les ; ils ne comprendront jamais ni la circulation, ni le système nerveux.

A leur tournure d'esprit vient se joindre leur prodigieuse ignorance de tout ce qui est extérieur à leur pays, à leur ville, à leur petit cercle. Car le snobisme peut bien les rendre cosmopolites, en faire des ibséniens, des anglomanesou des japonisants, mais comme ils ne connaissent ni le pays, ni le milieu, ni le caractère, ni la langue des étrangers dont ce snobisme leur fait adopter les idées, ils ne peuvent non plus comprendre ces idées, et ils sont ibséniens à un point de vue tout différent de celui d'Ibsen, anglais à un point de vue tout différent de celui des Anglais et japonisants d'une façon toute différente de celle des Japonais.

C'est ainsi qu'ils ont procédé pour la franc-maçon-

APPENDIGK I 93

nerie: ils l'ont étudiée en France et l'ont limitée à la France. Ils se sont procuré à prix d'or le compte-rendu secret des convents annuels qui se tiennent à Paris; ils Y ont lu les divag^ations stupides des Homais des différents g'rades et sont arrivés à cette déconcertante constatation, que la France est au pouvoir de la franc-maçonnerie, que cette organisation est une merveille d'ingéniosité, qu'elle atteste chez ses chefs la plus prodigieuse connaissance des hommes, la science la plus approfondie de la politique et du gouvernement, et que ces chefs ce sont MM. Lafferre, Desmons et autres, sur lesquels plane encore la personnalité lamentablement verbeuse et vide de M. Brisson.

Sans doute, on devait s'attendre à se trouver en présence de mystères dans une religion qui repose tout entière sur le mystère.

Cependant, si l'on s'était donné la peine de regarder hors de France et de se renseigner, ces choses extraordinaires seraient peut-être devenues moins mystérieuses. On aurait appris qu'en Angleterre la franc- maçonnerie est l'école de la politique et du gouvernement ; que c'est de la que sortent par sélection les hommes d'Etat, que le grand-maître y était naguère encore le roi Edouard VII, alors prince de Galles; qu'aujourd'hui c'est son frère, le duc de Connaught; que les vrais convents se tiennent en Angleterre; qu'ils sont vraiment secrets; qu'on en ignore la tenue; qu'on ne sait pas ce qui s'y passe, précisément parce cjue ce sont les vrais convents, qu'ils sont tenus par les vrais chefs qui sont des hommes d'Etat et non par des cuistres faméliques quon peut facilement acheter. On aurait appris enfin que le vicomte Hayashi a été gagné à la maçon-

nerie et que par son entremise l'Angleterre travaille à organiser cette association au Japon. On aurait pu trouver matière à réfléchir, en voyant que, chez la nation qui est précisément la seule qui ait une politique mondiale, qui, dans le monde entier, a des établissements, des correspondants, des points d'appui, qui dispose de tous les moyens d'information et de tous les moyens de transport, la direction de cette association, qui est aussi mondiale, se trouve aux mains des hommes d'Etat.

Regardant alors en France, on aurait pu se demander quel a été le véritable rôle de ce prince de G ailes, grandmaître de la franc-maçonnerie, pourquoi il vivait constamment chez nous, et quelle besogne il y faisait, en réalité, à l'abri des excentricités de la « grande vie ». Et l'on aurait été amené à songer que si la franc-maçonnerie est anti-française, c'est que sa direction n'appartient pas à des Français ; que si cette direction s'enveloppe d'un si profond mystère, c'est qu'elle ne peut être avouée; on aurait songé que si la francmaçonnerie une et universelle est une admirable machine de gouvernement dirigée avec une incomparable habileté, s'il s'y trouve à la fois des chefs fournis par l'Angleterre qui sont les plus grands politiques du monde entier et d'autres fournis par la France qui ne sont que de ridicules fantoches, c'est donc que ceux-ci ne sont que des polichinelles dont les premiers tiennent les fils.

Non seulement les Français ignorent tout ce qui se passe hors de chez eux, mais en outre leur esprit tout d'une pièce leur rend très difficile la compréhension de Faction maçonnique. Voyant aujourd'hui que cette action est manifestement anti-relig-ieuse et anarchique, ils réduisent la franc-maçonnerie à n'être que l'irrélig-ion et la Révolution.

Cependant, il y a quelques années encore, il arrivait qu'on découvrît un franc-maçon dans un homme qui, par ses idées, sa situation, son g-enre de vie, aurait dû être un ennemi plutôt qu'un adepte de cette secte. Si on lui en faisait l'observation, il vous repondait: «J'appartiens à une loge très indépendante ; nous y bénéficions de l'assistance mutuelle que se prêtent tous les francsmaçons indistinctement et qui est particulièrement utile aux g-ens qui comme moi voyag-ent beaucoup, mais nous ne faisons pas de politique et nous restons étrangers

au mouvement sectaire qui entraîne actuellement la plupart des log'es. » Il était de bonne foi.

La franc-maçonnerie utilise tout le monde, les hommes de toutes les classes, de tous les mondes, de tous les caractères. Elle les emploie à un rôle qui reste dans leur caractère, mais qui lui est utile. Sectaire et révolutionnaire, elle a des loges pour réactionnaires. A ces réactionnaires elle ne demandera pas d'embrasser ses doctrines d'athéisme et d'anarchie, mais par eux elle connaîtra et elle pénétrera leur monde, elle y fera prévaloir telles idées, adopter telle attitude, d'ailleurs en harmonie avec les principes réactionnaires, mais qui lui permettront de combiner comme elle le désire son action g"énérale.

Tirant parti des uns, donnant des ordres aux autres, elle arrive à faire concourir à son propre but les éléments les plus opposés. Il lui suffit pour cela de choisir un terrain propice.

M. Rouvier avait assez de sens politique pour chercher à éviter des difficultés avec l'AUemao-ne : la francmaçonnerie l'a culbuté. Pour cela, elle lui a imposé comme ministre de l'Intérieur M. Dubief, à qui elle a fait faire l'application de la loi de séparation, de façon à exaspérer les catholiques. Au lendemain d'une visite du roi d'Ang-leterre, une interpellation sur l'application de la loi a réuni contre le ministère tous les modérés; il a suffi de faire voter avec eux un certain nombre de F.*, pour le mettre en minorité. Il a été remplacé par un ministère dont le chef apparent n'est, suivant le système maçonnique, qu'un homme de paille, dont le chef véritable est M. Clemenceau, l'homme de l'Ang-leterre.

En Allemagne, le parti maçonnique a toujours été le

parti militaire. Son proo-ramme, c'est l'hég-émonie de l'Allemag-ne sur le continent et la guerre contre la France considérée comme l'ennemie naturelle. Depuis que Guillaume II a osé rêver d'une puissance maritime, le parti maçonnique allemand, d'exclusivement nationaliste et militaire qu'il était, s'est fractionné, et, à côté du parti militaire qui pousse toujours à la guerre contre la France, on sent couver l'action d'un parti anarchiste qui s'attaque spécialement à la personne de l'empereur.

En Italie, le parti maçonnique, composé de la bourgeoisie, a fait l'unité au bénéfice de la maison de Savoie contre les Bourbons et la papauté. Il a fait choisir Rome comme capitale du nouveau royaume pour en déloger le pape.

Mais celui-ci s'est obstiné à rester au Vatican et on n'a pas osé l'en expulser. Avec le temps, l'Italie a pris sa place parmi les grandes nations et son gouvernement a senti le parti qu'elle pourrait tirer d'un accord avec le chef du catholicisme. De plus en plus, cet accord est le but poursuivi par le Quirinal.

La franc-maçonnerie italienne, qui jusque-là était monarchiste, est alors devenue révolutionnaire et prépare l'avènement de la République.

Le voyage de M. Loubet à Rome a été le prétexte d'une active campagne menée dans ce sens. En l'honneur du président de la République Française, et, sous le couvert des fêtes qui lui étaient offertes, la propagande républicaine s'est donné libre cours en Italie. Le gouvernement n'a pas tardé à s'apercevoir qu'il y avait là un coup monté, et, pour couper court au mouvement, le roi a expédié son hôte, tambour battant, lui

faisant mettre les bouchées doubles et avaler en quatre jours les réjouissances qui devaient durer une semaine. Notre premier magistrat, qui avait l'estomac bon, s'est plié à tout. Averti, le dernier m.orceau dans la bouche et la dernière note de Idi Marseillaise dans l'oreille, que c'était fini et qu'il n'avait plus rien à faire à Rome, il a bouclé sa valise, docile et satisfait à l'étranger comme en France, et nous est revenu toujours souriant. Derrière lui, la lutte s'est poursuivie sourde, mais violente; elle a amené la crise ministérielle, elle vient de nous donner la réélection de Nasi (i).

(i)Nasi, grand-maître de la franc maçonnerie italienne, minisire des Travaux publics, convaincu de concussion, avait disparu. Suivant sa méthode, la franc-maçonnerie a enflé la voix pour le glorifier. L'Italie a été inondée de cartes postales illustrées représentant l 'ex-ministre, les bras croisés, dans une attitude héroïque. Une apologie rédigée dans la langue amphigourique des loges l'y saluait de (( Lion sublime )>, et flétrissait comme ils le méritaient « les Pharisiens » qui avaient osé lui jeter la pierre. Nasi vient d'être réélu. L'a-til été vraiment? Nul ne le saura jamais ; cela s'est passé en Sicile.

Pour comprendre beaucoup de choses d'Italie, il faut connaître la Camorra du midi de la Péninsule et la Mafia sicilienne. Ce sont des associations secrètes, filles de la franc-maçonnerie et appropriées au caractère et aux besoins des gens du pays. Associations d'assistance mutuelle dans l'acception la j)lus étendue, leur objet est l'exploitation des non-affiliés par les affiliés, jusqu'au vol et au meurtre inclusivement. Elles sont remarquables par leur organisation, ainsi que par l'ordre et l'honnêteté qui y président aux comptes et à la répartition des bénéfices. Elles ont du reste une discipline sévère, et les membres de l'association qui se sont rendus coupables de quelque faute vis-à-vis d'elle, sont balafrés à coups de rasoir dans les caves ou les carrières abandonnées où se tiennent les réunions. La franc-maçonnerie, distincte en apparence de ces associations, en a la direction politique. Les jours d'élection, en Sicile, les Mafiosi tiennent les urnes : il en sort ce qu'a décidé la franc-maçonnerie. Personne ne se permettrait de protester, car les accidents sont fréquents en Sicile : il arrive que des récoltes ou des

La Russie, qui s'ouvrait lentement la route de la Perse et des Indes, s'est vue contrainte à la çuerre. Le czar allait donner satisfaction aux revendications du Japon; le g-uet-apens de Port-Arthur, survenu avant que sa réponse ne fût connue, a rendu le maintien de la paix impossible. C'est l'Angleterre quia tout combiné. La Russie, comme cela arrive aux puissances qui portent ombrage à l'Angleterre, devait être à la fois en butte à la guerre extérieure et à la Révolution. Après la guerre, les Japonais se sont vus privés des fruits de leur victoire, l'Angleterre voulant laisser les deux adversaires également affaiblis et ruinés. Aujourd'hui, afin d'éloigner la Russie de l'Allemagne, elle lui offre ses bons offices pour lui faciliter un emprunt qu'elle fera souscrire à la France. Dans un pays où la grande plaie est la corruptibilité des hautes classes, les procédés maçonniques ont beau jeu. Un mouvement très fort s'est dessiné en Russie en faveur d'une entente avec l'Angleterre. Le jour où cette entente sera faite et où la Russie se subordonnera à la politique anglaise, la Révolution s'apaisera comme par enchantement; les moujicks n'éprouveront plus aucun besoin de réformes et les intellectuels ne se plaindront plus de la tyrannie.

Récapitulant ces faits, on voit clairement la marche de la politique anglaise soutenue partout par la francmaçonnerie.

Le parti maçonnique, en France comme en Allemagne, travaille à procurer à l'Angleterre le conflit

maisons y prennent feu toutes seules et que tel ou tel y perde la vie en se heurtant malencontreusement contre un poignard qu'un Mafioso tenait sans songer à mal, ou en passant par malheur sur un chemin où des chasseurs essayaient leurs fusils.

franco-allemand qui lui donnera prétexte à détruire la marine allemande ; c'est d'ailleurs à cela que se bornera son intervention. Aux prises, en Europe, avec l'armée allemande, nous verrons nos colonies menacées et peutêtre envahies, car le Japon n'a pour l'Angleterre que de la rancune et Fentente cordiale ne nous donne aucune garantie en Asie. Mais s'il nous arrivait d'être écrasés sur terre et de perdre nos colonies, de Londres on nous enverrait des boîtes de conserves.

L'Italie restera en dehors de ce conflit, une autre besogne lui est réservée. La franc-maçonnerie y fera une révolution et y proclamera la République, République maçonnique qui chassera de Rome le petit-fils de Victor-Emmanuel pour pouvoir en chasser le successeur de Pie IX. Alors, suivant un projet établi de longue main et auquel on a déjà préparé les esprits, l'Angleterre, toujours généreuse, offrira au pape un asile dans l'île de Malte. Chassé d'Italie dans un moment où l'Allemagne, la France et la Russie seront en guerre, le pape n'aura pas le choix et ne pourra qu'accepter. Ce sera le triomphe final, le but de la francmaçonnerie sera atteint. Une fois le chef du catholicisme en terre anglaise, dans la main de TAngleterre, elle cessera d'être anti-calholique; elle demandera seulement au catholicisme de n'être qu'une forme cultuelle et de mettre l'influence qu'il aura toujours sur les consciences au service des intérêts anglais.

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