‹ La franc-maçonnerie et la question religieuseChapitre 21 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Je n'ai pas la prétention d'avoir tout dit sur la Franc-Maçonnerie. Tel n'était pas mon but. Je ne me serais même pas occupé de cette association, je l'aurais laissée à ses pratiques puériles et à ses catéchismes ridicules, si elle ne créait, par sa haine antireligieuse et par sa situation politique, un véritable péril social.

Dominé par la pensée de ce périls je me suis borné à parler de ce qui pouvait mettre en évidence les ap^issements que la Franc-Maçonnerie tient tant à cacher, l'incapacité dont elle est frappée, au point de vue intellectuel aussi bien qu'au point de vue moral, la fatale direction qu'elle donne à la politique du parti républicain et l'absence complète de titres actuels par lesquels pourraient être justifiés les privilèges démesurés dont elle jouit.

J'ai négligé tout ce qui ne se rapportait pas à cela.

Le fait qui domine notre politique intérieure

— et il n'est personne qui puisse le contester, — c'est la guerre religieuse. Or cette guerre est d'autant plus malheureuse qu'elle est le seul obstacle s'opposant désormais à l'union des Français.

Nous nous accordons en effet presque tous, conservateurs ou progressistes, pour reconnaître la légitimité de la République et pour nous rallier à cette forme de gouvernement. D'autre part, nous sommes également à peu près tous d'accord pour considérer l'étude des problèmes sociaux comme une nécessité, et la préparation de leur solution comme un devoir. L'unité morale de la Patrie cesser.'it donc d'être un rêve, si la paix religieuse pouvait exister.

Je sais bien que beaucoup de citoyens considèrent cette paix comme impossible, en raison de la contradiction radicale des doctrines en présence. Mais n'est-ce pas là une fausse opinion? En somme, les dissensions religieuses qui ont déchiré la France au seizième siècle ont été plus acharnées et plus terribles que celles dont nous souffrons actuellement. Elles n'en ont pas moins prisfm.

Les deux rehgions qui se faisaient alors la guerre n'étaient pas plus conciliables que le spirituahsme catholique et le rationalisme moderne ; etla preuve, c'est qu'elles ne se sont jamais conciliées. Elles ont simplement vécu côte à côte, parallèlement. Pourquoi un parallélisme analogue ne pourrait-il exister entre les doctrines qui se font opposition à notre époque?

On objecte à cela que les formules en présence au seizième siècle avaient au moins l'avantage

d'ôtre situées dans un môme plan, le plan religieux. Mais je réponds que la conception sociale catholique et la conception sociale révolutionnaire ont l'avantage d'être situées dans un autre même plan, celui de la fraternité humaine, lequel est aussi^ d'une certaine façon, un plan rehgieux. C'est par erreur qu'elles nous paraissent irréconciliablement ennemies, et parce que nous ne savons pas voir assez loin. Laissons-les se diriger librement, chacune vers son but. Si différent qu'il nous semble, ce doit être le même que celui dans lequel finissent par se confondre les parallèles géométriques, qui, elles non plus, ne peuvent jamais se joindre, — si ce n'est à l'infini.

Cet essai de parallélisme dans la liberté et dans le dévouement aux humbles mériterait du moins d'être tenté, surtout après l'encouragement que nous donne la pacification accomplie au quinzième siècle, grâce au vigoureux et conciliant génie de- Henri IV.

C'est pourquoi ceux qui s'opposent à la cessation» de la guerre rehgieuse actuelle sont d'autant plus • coupables et funestes au pays, plus haïssables par conséquent. Or, quels sont ceux-là?

Les radicaux prétendent que ce sont les catholiques. Mais ceux-ci ont, en ce moment, tout à perdre à cette guerre, dans laquelle ils sont les vaincus. D'ailleurs, le seul argument politiquequ'on pût leur opposer est désormais sans valeur puisque leur adhésion à la forme de gouvernement républicaine est de plus en plus générale, de. plus en plus complète.

11 est vrai, pourtant, qu'ils se livrent à des actes •d'hostilité contre les incroyants. La récente lettre de l'évèque de Mende.. par exemple, celle de l'archevêque d'Avig-non et de ses quatre suffragants sont certainement des actes de guerre, puisqu'elles exhortent les catholiques auxquels elles sont adressées à ne pas voter pour les candidats radi- -caux et athées.

Mais il est ici d'une importance capitale de distinguer— comme dirait M. de Douville-Maillefeu — si de tels actes présentent un caractère offensif ou défensif. Car, autant ils seraient blâmables dans ie premier cas, autant ils sont légitimes et logiques dans le second.

C'est précisément cette distinction que le public «était jusqu'à présent dans l'impossibilité de faire, çarce que, tandis que les catholiques agissaient ■ouvertement et sous les yeux du public, les francsmaçons, au contraire, agissaient dans l'ombre et prenaient bien soin de cacher au peuple les ordres ■du jour fanatiques élucubrés dans leurs loges. Les premiers portaient ainsi la responsabilité d'actes qui n'étaient que des conséquences d'autres actes -commis sournoisement par leurs adversaires.

C'est particulièrement à la démolition d'une situation si inégale, si inique, que j'ai voulu donner mon coup de pioche en publiant cette étude.

J'espère avoir fait comprendre que ce ne sont pas les électeurs républicains, pris en bloc, qui doivent être rendus responsables de la guerre religieuse. C'est inconsciemment, en effet, qu'ils ont servi depuis quinze ans de moyen d'action, en

même temps que de champ d'exploitation, à la bande de politiciens qui marchent entourés des reîtres de la Franc-Maçonnerie.

Je pense avoir démontré que cette Franc-Maçonnerie ment lorsqu'elle afflrme, dans ses statuts, qu'elle est une société purement philosophique, philanthropique, progressive et respectueuse de toutes les convictions.

Elle n'est pas philosophique, puisqu'elle ne s'occupe que de politique et du développement de sa situation et de ses privilèges.

Elle n'est pas philantiiropique, puisque, si tant est qu'on puisse la dire bienfaisante, elle ne l'est que vis-à-vis d'elle-même.

Elle n'est pas progressive, puisqu'elle est composée d'ignorants, de bigots ridiculement attachés à des pratiques et à des formules ineptes, puisque par son fanatisme elle retarde de trois siècles.

Elle n'est pas respectueuse de toutes les convictions, puisque, comme je l'ai prouvé par les documents authentiques et les ordres du jour émanant des loges, que j'ai cités dans mon second chapitre, elle a juré la destruction du Catholicisme, et puisqu'elle y déclare poursuivfe la déchristianisation de la France.

Etant donné cet état d'esprit fanatique et furieux qui existe dans la Franc-Maçonnerie, et qui est porté dans la politique par les radicaux francs-maçons qui encombrent le Parlement, le Conseil des ministres et les administrations supérieures ; étant donnés les mépris, les injures, les sarcasmes, les insultes dont le Catholicisme a été poursuivi de-

puis quinze ans parles journaux radicaux, j'interroge le bon sens public, et je lui demande s'il n'est pas logique et naturel que les catholiques se défendent ? Je demande au peuple s'il se laisserait, lui, insulter, injurier et mépriser, s'il ne raidirait pas ses bras et s'il ne tendrait pas ses poings contre ceux qu'il sentirait acharnés à sa perte ?

Si encore cet acharnement maçonnique était molivé ! Si les pratiquants catholiques étaient inférieurs aux bénisseurs francs-maçons, les frères ignorantins des écoles chrétiennes aux frères ignorants de la rue Cadet, les congrégations religieuses de bienfaisance à la congrégation laïque du tablier ! Mais où donc voit-on cette infériorité ?

Ou bien encore si les catholiques jouissaient dans la République d'un pouvoir politique qui les rendît redoutables ! Mais le péril clérical, dontles francs-maçons nous rebattent les oreilles, est caractérisé par cette particularité tout à fait étonnante que, tandis qu'il n'y a qu'un député sur quarante mille prêtres, tandis qu'il n'y a également qu'un député sur vingt-deux mille laïques non francs-maçons, il y a un député sur cent soixante francs-maçons.

Eh bien ! le pubhc français n'est pas aussi dépourvu de bon sens qu'on se l'imagine au Grand- Orient. Maintenant qu'il a des documents entre les mains — ces documents que la Franc-Maçonnerie lui cachait avec tant de soin et qu'il fallait fournir pour elle, — il appréciera s'il est loyal de la part de cette Société d'esquiver les responsabilités comme elle le fait; s'il est légitime que, sous 1ère-

g-ime où nous vivons, elle exerce dans l'État une action occulte; s'il est logique que, sous couleur de fraternité, elle jette la haine et le mépris à la moitié de la nation ; s'il est démocratique que l'immense majorité des citoyens, petits ou grands, riches ou pauvres, qui ne sont pas francs-maçons soient dominés par ceux qui le sont; s'il est nécessaire enfin, pour se garder du « gouvernement des curés », d'étahlir celui d'une secte de cagots ornés de bijoux mystiques, d'une association de faux illuminés, « ni nus ni vêtus, » comme ils disent pour caractériser leur « état parfait d'innocence », et qui, considérant la nation comme « une pierre brute » parce qu'elle n'a pas reçu la lumière maçonnique, lui imposent, avec leur dictature chaque jour plus envahissante, l'asservissement de leur ignorance et le joug de leur fanatisme.

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