Barruel, Mémoires
identiques à celles de l'emprisonnement. Car jamais, contrairement encore à tout ce qu'on nous a toujours appris, jamais la Convention elle-même n'a volé la mort de Louis XVI ! Dans un article publié par la Revue de la Révolution, et resté malheureusement trop peu répandu, comme tout ce que les partisans de l'ordre devraient, au contraire, répandre à profusion, un homme dont les travaux et les recherches sur la question sont considérables depuis déjà vingt ans, M. Gustave Bord, relève, un à un, tous les votes des membres de l'Assemblée, et le vote de la mort par la majorité, d'après les chiffres mêmes du Moniteur^ n'a jamais été qu'un mensonge ^ ! Le roi de France, en réalité, n'a jamais été condamné qu'à Francfort. Jamais, si stupéfiant que cela semble, ce vote de mort n'a réellement existé! Jamais il n'a été qu'un vote inventé, fabriqué, et en voici la preuve, telle qu'on ne peut pas la contester ! Pour
1. Bord et d'Héricault, Revue de la Révolution, t. III, 1885. La Vérité sur la condamnation de Louis XVI (article de Gustave Bord).
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siéger et voter à la Convention, pour faire partie du tribunal qu'elle prétendait constituer, il fallait trois conditions : être âgé de vingt-cinq ans, français, et avoir été inscrit comme représentant. Or, parmi les votants qui votent la mort, on en trouve un qui n'a pas vingt-cinq ans, un autre qui n^est pas français, cinq autres qui ne sont pas inscrits. Saint-Just est né le 25 août 1769, et n'a que vingt-trois ans et demi. Le journaliste Robert est belge, non naturalisé, et les votants Hourrier-Eloy et Dufestel, de la Somme, Bertrand de l'Hosdiesnière, de l'Orne, et Lequinio, du Morbihan, ne sont pas inscrits comme députés. En outre, et la fraude devient encore ici plus grossière, les départements, à cette époque, en même temps que des députés, nommaient des suppléants destinés à les remplacer, mais qui ne pouvaient et ne devaient voter, bien entendu, que dans le cas où les députés ne votaient pas. Or, le député Lanthenas, élu par la Haute-Loire, vote comme représentant de Rhône-et-Loire. Et pourquoi ? Uniquement afin de permettre à
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son suppléant de voter à sa place comme suppléant delà Haute-Loire, etde pouvoir s'attribuer ainsi, pour voter la mort, deux voix, au lieu d'une, sans aucun droit, sans aucune espèce de motif! De même. Barras vote la mort comme suppléant de Dubois-Grancé, porté député du Var. Or, Dubois-Grancé n'était pas encore député du Var à cette époque, et Barras, par conséquent, vote comme suppléant d'un député qui n'existe pas! Et il n'est pas le seul suppléant qui agit ainsi. Le suppléant Pinet, de la Dordogne, et le suppléant Monod, du Doubs, votent de la même façon. Ils votent de leur chef, en ne suppléant personne ! Enfin, trois conventionnels, Ducos, Salicetti et Garnier s'étaient récusés d'eux-mêmes comme juges au début du procès. Mais rheure du vote arrive, le vote s'annonce comme douteux, et ils viennent alors voter quand même, ils viennent voter la mort! Gombien donc, en négligeant d'ailleursquantité d'autres forfaitures, constatonsnous de voix qui sont simplement de fausses voix? Nous en constatons quatorze ! Etàcom-
bien de voix la mort élait-elle officiellement votée? A une voix de majorité! La majorité absolue était de trois cent soixante et une voix, et le vote pour la mort réunissait trois cent soixante et une voix!... La Convention, en réalité, l'avait donc bien elle-même repoussée, et par treize voix de majorité, mais n'osait pas plus protester contre une condamnation non prononcée que la Législative n'avait osé réclamer contre un emprisonnement non voté.. Et ainsi, de même que l'ordre de cesser le feu est apporté sans avoir jamais été donné, de même que Temprisonnement est décidé par un pouvoir qui n'a jamais été la Législative, et contrairement au vote de la Législative, la mort est également décidée par un pouvoir qui n'a jamais été la Convention, et contrairement au vote de la Convention ! Et quel est ce pouvoir? Un membre de la Commune insurrectionnelle elle-même va nous le dire, le municipal Goret, qui déclare en toutes lettres dans une relation écrite : « Qui avait fait « prendre toutes ces précautions ? Je l'ignore,
« je ne les ai pas entendu délibérer dans le (c Conseil, et j'ai toujours pensé qu'un parti « occulte et puissant mettait la main à tout « cela, à rinsu de ce Conseil, et même du (( maire qui le présidait ^. » Et nous arrivons ainsi à ce 21 janvier 1793, où, au milieu d'un déploiement de force armée comme on n'en avait encore jamais vu, dans une ville où, sur quatre-vingt mille citoyens réguliers, il n'y en a pas deux mille voulant la mort du Roi, on fait cependant tomber la tête du Roi, comme on exécutait déjà symboliquement, depuis plus de trente ans, dans les Loges, le mannequin de Philippe le Bel !
Eh! l)ien, Mesdames et Messieurs, est-ce qu'une conclusion ne s'impose pas après ces faits?... Si la Révolution, que personne ne confond avec l'évolution, n'est pas le grand mouvementhumain auquel beaucoup d'honnêtes gens ont cru et croient encore, si elle n'est pas ce grand fait social provenant naturellement d'intérêts et de besoins profonds, et si,
1. G. Lenôtre, Marie-Antoinette. Relation du municipal Goret. Paris, Perrin.
au contraire, elle n'a jamais été qu'un hlaf immense, dirigé et lancé contre le Christianisme universel, tous nos malaises moraux, toutes nos perturbations, se comprennent et s'expliquent. Sinon, ils ne se comprennent pas, et ne peuvent sérieusement se déduire de rien. Ou la Révolution est un mouvement naturel, providentiel, et le trouble ne peut pas être toujours d'autant plus grand que les progrès des idées révolutionnaires sont plus grands eux-mêmes ! Ou la Révolution n'est bien que l'artifice et la machination de voleurs qui « percent la maison », et le trouble, alors, se comprend. Tout s'explique et tout s'éclaire... Enfin, et ce sera notre dernier mot, nous voyons peut-être aussi maintenant que l'histoire de la Révolution est à faire, et que nous ne la savons pas, que nous n'en savons rien. Nous avons donc un devoir tout indiqué, c'est de l'apprendre, d'abord pour la savoir, et pour pouvoir ensuite l'enseigner à la France !