‹ La Franc-maconnerie et la RevolutionChapitre 36 sur 36 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Dans ce résumé du grand ouvrage du P. Deschamps^ nous avons retracé l'action malfaisante de la Francmaçonnerie à travers le monde. Nous nous sommes efforcé de mettre en lumière les ténébreuses intrigues, le but sacrilège et criminel de cette secte, qui a été la pépinière de toutes les sociétés secrètes.

On peut dire de la Franc-maçonnerie qu'elle est la synthèse des sociétés secrètes, de même qu'on a pu prétendre, avec raison, que la Révolution était l'hérésie totale.

La Maçonnerie est la Révolution à l'état actif et vivant ; on doit donc lui appliquer le mot de l'illustre J . de Maistre : La Révolution est satanique !

Oui, la Franc-maçonnerie est satanique, et si son règne venait jamais à se réahser pleinement, ce serait celui de l'Antéchrist, annoncé comme l'essai de revanche passager et impuissant de l'antique ennemi vaincu par la croix du Calvaire. Mais sous les apparences de sa force momentanée, un œil perspicace distingue les symptômes et les causes d'une irrémédiable faiblesse.

Elle porte en elle le germe de sa défaite. Elle a réussi, [k l'aide de son organisation occulte, et en faisant appel aux passions mauvaises, à recruter des adhérents ; mais la logique du mal pousse ces adhérents au delà des limites que la prudence de la bourgeoisie révolutionnaire croit avoir tracées, et c'est ainsi que les sectes, sorties des loges, s'unissent à elle dans la lutte impie contre l'Église, mais les taxent de modérantisme et les combattent, dès qu'une victoire de quelques jours met aux prises les appétits de domination qui sont au fond de ces prétendues revendications de la liberté des peuples. Les sectes sont vouées à une impuissance absolue comme résultat final ; à travers leurs contradictions, leurs dissensions intestines, elles sont condamnées à une uniformité qui n'est que l'enchaînement fatal de l'erreur et qui les force à tourner dans le même cercle. Elles sont marquées des sig7ies de la bête, et portent le déshonorant stigmate de Vidée satanique, transmise dans tous les âges avec une caractéristique ténacité.

Les doctrines de la Franc-maçonnerie et des sectes sorties de son sein, ou qui se sont rattachées à elle, ne renferment aucun principe capable de permettre à une société de vivre. Elles oscillent sans cesse entre l'anarchie, la liberté et l'égalité des bétes dans la forêt, et le plus monstrueux despostisme de l'État ou de la collectivité. Ces idées ont été cent fois mises à l'épreuve ; elles ont toujours échoué devant la réprobation de Thumanité outragée dans ses plus nobles instincts, ses intérêts les plus élevés et ses besoins les plus essentiels ; devant les réactions

salutaires et spontanées de l'ordre naturel des sociétés, dont les lois ont été établies par le Créateur lui-même. Un homme politique éminent, M. Fresneau, exprimait heureusement cette pensée en ce qui touche l'ordre politique :

« La secte pousse en avant, il faut suivre. Ainsi le veut la hiérarchie par la constitution même de la loge, l'antichristianisrae habite au sommet. Plus on est avancé en grade, plus on est haut placé, plus on devient apte à devenir ministre. La force de la logique fait que les plus intolérants et les plus fanatiques mènent les autres, et l'organisation même de la secte exige qu'il en soit ainsi. L'obéissance serait volontiers débonnaire. Le commandement est nécessairement impie.

« Et c'est là ce qui, malgré toutes les hypocrisies, tous les mensonges, toutes les pasquinades, tous les escamotages de nos gouvernants, les obligera tôt ou tard à descendre du pouvoir, — et Dieu veuille que ce soit plus tôt que plus tard, — et les perdra. La cohésion de la faction et sa prospérité momentanée tiennent uniquement à l'absence de toute idée. On aurait du malheur si l'on ne heurtait contre quoi que ce soit dans le vide.

« De l'ordre temporel, dont elle ne sait rien, où elle ne peut rien, n'a de connaissances sur rien, elle s'est réfugiée dans l'ordre spirituel, où, en luttant à qui jettera le plus loin la pierre à Dieu, elle se trouve tout naturellement dispensée de faire ses preuves dans l'art de rendre l'État heureux et prospère. Là, dans la nécessité de s'abstenir de trop grosses vio-

lences contre lesquelles les frères eux-mêmes de bas étage murmureraient, et devant lesquelles l'opinion se révolterait, on choisit quelque mesure bien infectée de venin maçonnique, quoique anodine en apparence, et on en fait le critérium de la docilité jurée. Puis on apporte ce chef-d'œuvre politique au parti tout entier, et on groupe autour de cet objet d'art, deux fois, trois fois, dix fois, toujours par le même procédé, une majorité suffisante ; après quoi, l'on recommence, sans s'apercevoir que le public a éventé le secret de cette monotone comédie et s'en fatigue.

«Principe et mécanisme ne soutiennent pas le premier regard de la raison et sont en contradiction manifeste avec les besoins et les aspirations de la nation française. Regardez comment on naît, comment l'on meurt, de quoi l'on vit en France et en Europe, et vous verrez que, plus encore que l'Europe, la France, non par ses lois, mais par ses mœurs, sa littérature, ses actes, toute sa civilisation, est une nation chrétienne. Soutenir que dans une société qui a une reUgion, l'État n'en doit point avoir, ou bien encore que la France actuelle a une grande propension à brûler les gens pour les retenir dans le culte dominant ou les y faire rentrer ; ce sont là des thèses de fantaisie entièrement distinctes de ce point de fait, à savoir, que sur cent Français , quatre-vingt-dix-neuf naissent , meurent chrétiens et vivent de Christianisme sciemment, ou à leur insu, depuis leur berceau jusqu'à leur tombe (1). »

(1) La Revue trimestrielle ^ année 1880.

Il est frappant de constater qu'un mouvement de répulsion pour la Franc-maçonnerie se produit aussi dans les pays protestants, même dans ceux où les loges n'ont pas le caractère avancé qu'elles ont en France ou en Belgique.

Aux États-Unis, une association destinée à combattre la Franc-maçonnerie existe depuis longtemps et gagne aujourd'hui visiblement du terrain dans l'opinion. Sous le nom de Christian national party, elle multiplie les conférences, répand des publications populaires et s'adresse au grand public en présentant des candidats aux élections. Elle est composée exclusivement de protestants et est même animée de préjugés contre le Catholicisme, qui tiennent à une ignorance absolue chez ses membres des dogmes et des principes de morale enseignés par l'Église, car leur bonne foi et la sincérité de leurs sentiments chrétiens sont incontestables.

Le Christian national party attaque d'abord la Franc-maçonnerie comme détruisant dans le pays le Christianisme pratique et positif, en lui substituant un déisme vague, en sorte que « le plus mauvais chrétien peut être le meilleur maçon ».

Mais il la combat aussi comme corrompant et viciant le jeu normal des institutions républicaines. Dans une grande convention, tenue à Washington le 19 décembre 1883, le généralJ. W. Phelps a développé cet ordre d'idées en termes d'une remarquable élévation :

• Le contrôle que les loges exercent sur le vote populaire et l'éducation qu'elles répandent dans le peuple ne sont en accord ni avec la constitution des Etats-Unis, ni avec la

religion sur laquelle la constitution est fondée. Ce secret contrôle est en réalité le gouvernement du pays, il dispose des emplois publics et dirige les destinées nationales. Mais il manque du premier élément d'un gouvernement républicain, à savoir la responsabilité des gens en place. Quand le pouvoir gouvernant opère dans le secret et le mystère, il ne peut pas y avoir de vraie responsabilité. La loge est une oligarchie du plus mauvais caractère : elle fait arriver aux pouvoir les pires individus choisis dans un cercle restreint

de dépravation politique

« Sous l'administration que la Franc-maçonnerie a donnée au pays, les institutions, la pensée, le sentiment américain ont dégénéré. Il n'y a rien dans la Franc-maçonnerie qui puisse neutraliser l'esprit de parti : elle le développe plutôt. Là où elle domine, comme chez nous actuellement, il ne peut pas se produire de véritables hommes d'Etat. Car ici comme en Amérique, derrière les partis, règne l'organisation secrète des loges, qui n'est qu'un sarcasme impie jeté sur la dignité de la nature humaine, un pouvoir occulte, ténébreux, sans scrupules, qui, loin d'appuyerdes hommes publics, dignes de ce nom, aboutit à faire commettre dans la vie politique les plus viles et les plus ruineuses infamies. »

Un état de choses semblable existe en Suisse. Tout se fait dans les assemblées publiques par la direction secrète de la Franc-maçonnerie. C'est un fait tellement connu qu'en 1883, dans le conseil national, quelques membres indépendants ont hautement protesté contre ces influences occultes, qui réduisent les corps constitués de l'Etat à être de pures marionnettes.

La même année, il s'est fondé dans le canton prolestant de Schaffouse une ligue du bien pubhc, qui se propose d'ouvrir les yeux au peuple sur la domination secrète des loges et qui poursuit l'exclusion des francs-maçons de toutes les fonctions publiques.

Le domaine des relations privées n'en est pas moins altéré. Au point de vue social, l'existence d'une association secrète, qui favorise exclusivement ses membres, indépendamment des relations de famille, de voisinage, dp lien professionnel, de nationalité, est contraire au bien général.

En Angleterre et en Amérique, il y a un rite maçonnique, appelé la Maçonnerie de marque, où l'on prête ce serment :

« Je jure que j'assisterai mon frère Secret Monitor de préférence à toute autre personne, en lui facilitant ses affaires, en lui envoyant des pratiques et de toutes les manières où je pourrai lui faire gagner jusqu'à un penny. Je jure d'avoir toujours ce serment présent à ma mémoire. Je m'engage solennellement à cela, sous peine d'avoir le cœur percé par le poignard d'un ennemi et de rester sans ami au jour du danger. Qu'ainsi Dieu me soit en aide ! »

Ce serment a une efficacité considérable, surtout quand il s'agit de permettre à un frère de profiter des deniers publics. Quoique dans les loges ordinaires on ne dise pas les choses si brutalement, la Maçonnerie n'en est pas moins essentiellement une société d'appui mutuel. Les vraies relations sociales sont ainsi troublées et corrompues.

De tels abus doivent provoquer une réaction inévitable.

Il en est de même dans le cercle de la vie de famille. La vie domestique, la fidélité conjugale, l'autorité paternelle, sont directement attaqués par les principes maçonniques. Mais si Jésus- Christ a élevé

le mariage à la diguité de sacrement, Tinstitutioû de la famille n'en répond pas moins à des nécessités de l'ordre naturel, telles qu'un bon nombre de frères seront toujours inconséquents avec les doctrines de la loge et réagiront contre leur application dans leur foyer domestique, là où elle touche directement à leurs intérêts.

C'est surtout dans la question ouvrière que l'impuissance radicale de la Maçonnerie éclate.

C'est elle qui par ses excitations a créé depuis un siècle le conflit social. Le Communisme et l'Anarchisme sont en puissance dans tous ses rites. Les chefs suprêmes des loges sont en étroite communauté de pensées et de but avec les directeurs du Nihilisme, de l'Internationale, de TAnarchisme, pour détruire à fond l'Église et bouleverser la société issue du Christianisme.

Mais sur le terrain pratique l'antagonisme s'accentue tous les jours davantage entre les deux armées, et cela malgré les chefs, par le fait même du principe de contradiction qui est à la base de la secte.

Les loges essaient vainement, les unes de propager le sociaUsme d'État, les autres de faire des conférences d'économie politique libérale ; mais les compagnons anarchistes se défient profondément des francs-maçons dans lesquels ils voient des bourgeois.

Écoutez plutôt ce qu'écrivait, le 8 décembre 1883, le journal V Émeute de Lyon :

« Sait- on que parmi ces hommes hors la loi, les voleurs enfin, sait-on qu'on peut compter plusieurs centaines de mille auxiliaires, qui ont comme nous la société en

horreur ? Eh bien ! puisque le bourgeoisisme a nettement déclaré la guerre aux anarchistes, puisqu'il nous a déjà fait des prisonniers, éclairci nos rangs, nous croyons qu'il est temps de renforcer nos bataillons avec tous les éléments qui épouseront nos haines. Du reste, les filles et lès escarpes ne sont que des individus en révolte contre la société ! Eh bien ! est-ce que nous sommes autre chose, nous ? Que les puritains se voilent la face s'ils le veulent ; mais voilà notre sentiment: oui, celte alliance nous paraît utile et profitable. Les voleurs sont des ennemis de la propriété; et nous donc ? Les filles seront de puissants auxiliaires ; elles iront chercher les fils de famille jusque dans le giron de leur mère pour les pousser au vice, au crime même ; elles se feront servantes des filles des bourgeois pour pouvoir leur inculquer les passions honteuses et être à même d'ouvrir leur chambre à des amants pleins de convoitises ; en un mot, elles feront des enfants des riches des êtres dignes du mépris, se roulant dans toutes les prostitutions, tombés plus bas même que celles que leurs pères auront perdues. Il est encore une autre besogne utile qui incombera à ces auxiliaires femmes, au milieu de ces familles ennemies; mais nous n'en dirons] rien, et pour cause. Telle pourra être l'œuvre des femmes attachées à la Révolution. »

Ainsi, par une terrible loi du talion, les anarchistes se préparent à employer contre les bourgeois francmaçons les armes empoisonnées que les illuminés, la Vente-Romaine et certaines loges d'adoption avaient, au siècle dernier et dans la première moitié de celuici, maniées dans l'ombre contre les hautes classes de la société !

Les chefs auront beau faire : ils sont débordés. Ils ne pourront plus faire coopérer au but politique et antichrétien des loges les formidables passions sociales qu'ils ont déchaînées.

Étrange ironie des choses, ou plutôt providentiel jugement de Dieu !

C'est au F.-. Jules Ferry, et aux préfets et magistrats qui ont expulsé les congrégations religieuse qu'incombe la tâche de lutter contre l'anarchisme.

A l'un d'eux, qui devant la Cour d'assises reprochait à Cyvoct l'emploi de la dynamite, le jeune anarchiste répondait :

« Si vous aviez eu la dynamite en 1789, c'est avec ça que vous auriez détruit la Bastille ! »

Voilà la grande faiblesse de la Maçonnerie et de toutes les sociétés secrètes.

Après les grandes catastrophes sociales, où l'orgie du pouvoir maçonnique à laquelle nous assistons jettera la société, nous pouvons entrevoir le moment où la Maçonnerie se trouvera affaissée, désorganisée, sans force, comme elle l'a été en 1814, en 1815, en 1873 !

La discussion publique à laquelle sont soumises aujourd'hui ses menées, la lumière qui commence à être projetée abondamment sur elle, malgré les efforts qu'elle fait pour cacher certaines manœuvres, rendront encore plus irrésistible la réaction de l'opinion contre elle.

Puissent les gens de bien profiter des fautes commises et ne pas refaire la puissance maçonnique en laissant passer l'heure de Dieu par leurs rivalités, leurs indécisions et leurs mesquines préventions.

Les hommes de bien doivent défendre de toute leur énergie et avec confiance l'ordre social que Dieu luimême a étabh, et l'Église qu'il a fondée par son sang. La foi, le patriotisme, l'amour de la famille, le bon sens

le leur commandent. Que dans cette sainte mission ils ne se découragent point, et que, surtout dans notre France si tourmentée par la Révolution, les catholiques ne se laissent pas aller au désespoir, car la France n'a pas été remplacée dans sa tâche providentielle ; elle a souffert avec sa mère persécutée, elle connaîtra bien tôt avec elle les jours du triomphe.

Le Christ a promis d'assister son EgUse jusqu'à la consommation des siècles, et si Dieu est avec nous, qu'avons-nous à craindre des puissances mêmes de l'enfer ? Nous sommes les soldats de l'ordre et de la vérité, de cet ordre hors duquel aucune nation ne peut vivre, de cette indéfectible vérité qui relie la terre au ciel, et qui est le guide infaillible de la conscience humaine.

Mais ce n'est pas assez de combattre individuellement, il faut, dans la presse ou à la tribune, dans les actes de notre vie publique comme dans ceux de notre vie privée, chacun selon sa situation et ses forces, travailler à la restauration du règne pubHc de N. S. Jésus-Christ. A la parole impie : Le cléricaHsme voilà l'ennemi ! répondons par ce cri jeté à tous les échos du monde catholique: La Révolution, voilà l'ennemie!

La longue série des succès de la secte depuis un siècle ne doit pas nous déconcerter. Quand on étudie l'histoire au point de vue élevé où se place Mgr Gay dans sa magnifique lettre doctrinale sur l'ouvrage du P. Deschamps, on voit que l'Église a traversé des épreuves aussi redoutables et soutenu des luttes aussi longues.

En plein moyen-âge, au milieu des siècles chrétiens,

au XII® siècle, il se forma une redoutable coalition des sectes les plus diverses. L'antique manichéisme se réveilla dans la Lombardie et le sud de la France : il trouva des alliés dans le scepticisime que les riches bourgeois des villes du midi avaient puisé au contact des Arabes, dans la brutalité sensuelle des Templiers , (.ans la convoitise des biens de l'ÉgUse qui existait chez la noblesse, dans le faux zèle et l'austérité orgueilleuse des Vaudois. Une puissante société secrète répandit la contagion dans l'Allemagne, dans le nord de la France, et toucha même l'Angleterre, Le monde chrétien sembla sur le point de succomber. Les plus grands saints du XIP siècle, St Bernard, notamment, luttèrent contre le mal sans succès apparent. Mais après un siècle d'épreuves, quand tout semblait désespéré, un grand pape, Innocent III, et deux princes pieux, Louis VIII Cœur-de-Lion et Simon de Montfort, triomphèrent du mal, et leur victoire fut l'aurore du grand siècle chrétien où brille la radieuse figure de St Louis.

Page 1