CHAPITRE VII
La Franc-Maçonnerie veut, avant tout, détruire I^Église Catholique, pour pouvoir détruire toute religion.
L'ennemi de la Franc-Maçonnerie, celui auquel elle a principalement juré une guerre d'extennînation, c'est FÉglise catholique. La formule : Le cléricalisme y voilà F ennemi! a été inventée pour tromper les simples; car sous le ûomde Cléricalisme^ c'est bien l'Église catholique qu'on voue à la haine et à la fureur de la Révolution. En 1880, à Lille, dans la Loge VÉtoile, an franc-maçon, professeur à la Faculté de Douai, disait : n La distinction entre le catholicisme et le cléricalisme est purement officielle, subtile pour les besoins de la tribune; mais ici, en Loge, disons-le hautement pour la vérité, le catholicisme et le cléricalisme ne font qu'un. » La Maçonnerie sait parfaitement que si elle parvenait à détruire l'Église catholique, le christianisme ne lui survivrait pas longtemps, et que le christianisme une fois disparu, à son tour la croyance en Dieu ne tarderait pas à disparaître. Mirabeau
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disait à ses complices : « Pour révolutionner la France, il faut commencer par la décatholiciser. » Dans le congrès maçonnique tenu à Gand, le 9 septembre 1877, un sectaire vomissait ces blasphèmes : « Dieu est Tennemi, Dieu est le mensonge, Dieu est la pierre de voûte du charlatanisme, de la mythologie religieuse inventée par les monstrueux vampires qu'on appelle prêtres. » Un autre orateur, tirant la conclusion pratique de cette doctrine impie et exécrable, s'écria : » Les libéraux, nous les vaincrons ou nous les plierons; mais ce qui ne pliera jamais, c'est le prêtre, c'est l'Église, ce sont les catholiques. Il faut donc que nous les abattions, que nous continuions à leur égard la tradition de 93, dont nous sommes les fils, etde la Commune, dont nous sommes les frères, et qui,quoiqu'elle n'ait pu mettre en pratique qu'une faible partie de nos idées, est notre modèle. »
On ne veut pas de l'Église, parce qu'on ne veut pas de Jésus-Christ ; on ne veutpas de Jésus-Christ, parce qu'on ne veut pas de Dieu, on ne veut pas de Dieu, parce qu'on ne veut pas de sa morale et de sa terrible sanction, l'enfer éternel. La Bête et tous ceux qui la suivent, s'écrient : « Laissenous! Faudra-t-il donc éternellement trevibler devant les prêtres, et recevoir d'eux l'instruction qu'il leur plaira de nous donner? La vérité, dans toute l'Europe, est cachée par les fumées de l'en-
1. Dixerunt Deo : Recède à nobist Scientiam viarum iuartm nolumus, Jobfixif 14.
censoir; il est temps qu'elle sorte da ce nuage fatal. Nous ne parlerons plus de toi à nos enfants ; c'est à eux, lorsqu'ils seront hommes, à savoir si tu es, et ce que tu es, et ce que tu demandes d'eux. ' Tout ce qui existe nous déplaît, parce que ton nom est écrit sur tout ce qui existe. Nous voulons tout détruire, et tout refaire sans toi. Sors de nos académies; sors de nos maisons; nous saurons bien agir seuls, la raison nous suffit. Laissenous I ^ » Voilà comment Joseph de Maistre résumait les aspirations des francs-maçons, qui couvrirent la France de ruines. On dirait qu'il a écrit ces paroles pour notre époque. Oui, tout le conflit est là : le catholicisme veut que F homme vive en homme, et la prétendue civilisation moderne patronnée par la Franc-Maçonnerie veut qu'il vive en brute. Pour que l'homme vive en brute, il faut repousser l'homme nouveau, Thomme de la justice et de la sainteté, Jésus- Christ, le chef de l'humanité ; pour repousser Jésus-Christ, il faut abattre l'Église catholique, la gardienne de l'Évangile et des droits de Dieu. Gela exqlique pourquoi la Franc-Maçonnerie, qui poursuit l'Église catholique de toute sa haine, laisse tranquille le protestantisme et lui est si sympathique. Joseph de Maistre écrivait, le l"mai 1819 : « La Révolution n'a été qu'une conclusion visible et inévitable des principes posés
1. Principe générateur des constitutions politiques ^ n* lxyi.
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XVI* et xvm' siècles, et maintenaiit Tétat de l'Europe en est tel qu'il laisse craiadre encore les plus violentes convulsions. » Tous les hommes qui savent lire Thistoire voient clair comme la lumière du soleil que Faiiéantisseinent du respect de l'autorité et les bouleversements modernes ont leur cause dans les principes de la réforme protestante. Naguère encore, le p£^e Léon XIII, dès le commencement de sa célèbre encyclique Diutumum illud^ faisait remonter à cette source empoisonnée les désolantes doctrines qui minent toutes les institutions et menacent la société d'un cataclysme. C'est à partir de la réforme protestante, que Dieu a commencé à être banni de la politique et des lois, et que la formule divinement inspirée : Non est potesias msi a Deo S a été remplacée par la formule satanique : Nwi est potestas nisi a populo.
Le protestantisme a donc du bon pour la Franc- Maçonnerie* Lui aussi est fils de l'orgueil et il a été conçu dans un acte de révolte ; lui aussi fait de rhomme une machine, un rouage, qui est mû fa-talement p^r une force supérieure, puisqu'il nie son libre arbitre. Parla plus flagrante des contradictions, il introduisit le libre examen, à l'aide duquel la Maçonnerie parvient facilement à détruire tous les dogmes et à faire rejeter le Christ luimême. En 1874, lefrère Conrard, vénérable .d'une
i. Épitre attx Romains, chap. xui, 1.
Log^e, écrivait dans la Banhûtte de Leipsick : « Quant au protestantisme, qui est resté lamentablement enfermé dans le marécage delà servitude à la lettre d'un livre, et qui, privé d'une discipline vivante poussant en avant par le travail de l'esprit, s'est brisé et morcelé en partis confessionnels sans force, il n'y a plus à en tenir compte que comme d'une rubrique statistique. Seule, l'organisation si fortement cohérente du catholicisme est encore un facteur actif, capable d'arrêter par une puissante barrière la formation des hommes en Tue d'une Humanité indépendante. »
Heureusement que les hommes ne tirent pas toujours les conclusions des principes qu'ils admettent; la rectitude naturelle recule devant certaines conséquences, stn-tout si le cœur n'est pas totalement perverti. Mais la Franc-Maçonnerie est en germe dans le principe fondamental du protestantisme, et, avec le protestantisme, tous ses enfants naturels, le sociailisme, le communisme et le nihilisme y plongent aussi leurs racines. Dans son encyclique QuodApostolici coniv^f ces trois m:onstres, le pape Léon XIII n'hésite pas à faire remonter leur origine à la prétendue réforme : « Cette audace d'hommes perfides, qui menace d'une Tuine de phis en plus grande la société civile et remplit d'inquiétude et d'effroi tous les esprits, prend son origine et sa cause dans ces doctrines empoisonnées qui, dans les tompg antérieurs, répandues -oonuae des ge];mes
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de corruption au milieu des peuples, ont produit en leur saison des fruits si délétères. Vous savez très bien, en effet, vénérables Frères, que la guerre acharnée que les novateurs soulevèrent, à partir du xvi"" siècle, contre la foi catholique, et qui n'a fait que grandir de plus en plus chaque jour jusqu'à notre époque, tend à ce but, que, toute révélation étant écartée et tout ordre surnaturel renversé, il n'y ait plus de place que pour les inventions ou plutôt les divagations de la seule raison, etc. » Gomme beaucoup de protestants, aveuglés par les préjugés de leur éducation, partagent les haines de Luther et de Calvin contre l'Église, ils donnent volontiers la main aux francsmaçons et travaillent de concert avec eux à abattre cet ennemi commun. Cette haine est surtout partagée par les protestants qui nient la divinité de Jésus-Christ et forment ce qu'on appelle la fraction libérale du protestantisme. Une revue maçonnique, la Latonia^ disait, il y a une trentaine d'années, que le protestantisme était la moitié de la Maçonnerie. Aussi le nombre des ministres protestants qui font partie des Loges est considérable en Allemagne, en Suisse, en Hollande et en France ^ Aux États-Unis, presque tous les ministres épiscopaliens et méthodistes font partie
1. « Dans ralmanach des loges aUemandes, publié à Leipsick pour 1880, on voit figurer deux pasteurs parmi les directeurs des grandes loges, et vingt-deux parmi les vénérables des loges locales. Le nombre des pasteurs, simples membres des loges, est bien plus considérable. En .1851, on en comptait
de la Franc-Maçonnerie. Cependant les différentes confessions qui tiennent fortement au dogme de la divinité de Jésus-Christ, interdisent rigoureusement à leurs membres de s'affilier à la Franc- Maçonnerie, et elles ont formé contre elle, sous le nom de parti national chrétien, une ligue qui combat énergiquement pour arrêter ses ravages. Toutefois la consanguinité du protestantisme et de laFranc-Maçdnnerie n'en est pas moins certaine, et nous le voyons bien par les sympathies réciproques des maçons et des protestants. Le gouvernement de la République française a fait construire à Paris un édifice, pour y installer la faculté protestante de théologie, qui s'est retirée de Strasbourg par suite de la perte de l'Alsace. Au commencement de novembre 1879, un francmaçon célèbre, en remettant l'édifice à la Faculté, aprononcé un discours, dans lequel, sans la nommer, il couvre ouvertement de mépris l'Église catholique et affirme la consanguinité du protestantisme et de la Maçonnerie : « Cet esprit sectaire, cet esprit exclusif et jaloux, qui est le rapetissement et, si j'ose le dire, le rachitisme de l'esprit religieux et la caricature de l'Évangile... Entre l'État et vous, où serait le désaccord? Le protestantisme a été dans l'histoire moderne la première forme, de la liberté.
déjà de trois à quatre cents; depuis ils sont devenus plus nombreux, malgré la défense que VAltlutheHsches conferenz a fait, en 1872, à ses membres d'y entrer. » Revue catholique des Institutions et du Droit , octobre 1881.
« Notre évangîle politique, il est aussi le vôtre; la révolution de 1789, dont notre République est le développement logique et la conclusion nécessaire, a été faite en partie par vous ; elle est pour vous la date de rafTranchissement définitif.
« Nous vous saluons donc comme une puis- -sance amie, comme une alliée nécessaire, qui ne fera défaut ni à la Républiq^ue, ni à la liberté. Yous pouvez compter sur nous comme nous comptons sur vous, assurés que vous êtes, messieurs, de trouver auprès de nous, en tout temps, non seulement justice mais profonde sympathie. »
Le protestantisme est donc bien un acheminement à la Franc-Maçonnerie, et le catholique devenu protestant est une matière très apte pour fabriquer un franc-maçon. De là les efforts de la Maçonnerie pour implanter le protestantisme dans les nations catholiques. Si elle rencontre dans une localité quelques protestants, elle leur donne son appui pour les faire arriver aux pJaces et aux honneurs. Il est tel chef-lieu de département, oti, depuis quelques années, le pasteur protestant fait toujours partie du Conseil départemental de rinstruction publique. Il n'a même pas le temps d'arriver à son poste, que déjà il est nommé membre de ce conseil. Et cependant, le Département ne compte pas trois écoles protestantes : ce pasteur a moins d'ouailles dans tout le Département que n'en a un curé catholique dans sa paroisse. Les protestants ne se montrent pas in-
grats, et ils payent bien de retour la Maçonnerie, par la protection qu'ils accordent à ses membres. Les francs-maçons savent qu'entre eux et les vrais catholiques il y a une opposition essentielle, qu'ils ne peuvent pas plus se concilier ensemble que les ténèbres et la lumière : ils s'efforcent donc d'inoculer aux catholiques le virus de l'hérésie et de les transformer en enfants de révolte. Telle est la tactique mise en jeu en Espagne, en France, en Italie et dans tous les pays catholiques. Dans une longue et magnifique encyclique écrite en 1849, de son exil à Gaète, Pie IX dénonçait ainsi à l'univers catholique cette manœuvre satanique des sectaires : « Ces hommes savent et voient par la longue expérience des siècles, qu'ils n'ont aucun espoir de voir l'Église catholique permettre qu'on retranche ou qu'on ajoute quoi que ce soit au dépôt de la foi confié à sa garde. C'est pourquoi îlsr ont formé le projet d'attirer les peuples italiens aux opinions et aux conventicules des protestants ; là, pour les tromper, ils leur répètent que le protestantisme n'est qu'une forme particulière de la vraie religion chrétienne, où l'on peut tout aussi bien plaire à Dieu que. dans l'Église catholique. Us savent très bien que rien ne peut être plus utile à leur cause impie que le premier principe des protestants, la libre interprétation des saintes Écritures par le jugement particulier d'un chacun. Car ils comptent qu'il leur sera plus facile d'abuser des saintes Ecritures mal interprétées, d'à-
bord, pour répandre leurs erreurs, et, ensuite, pour pousser des hommes enflés de la plus orgueilleuse licence de juger les choses divines à révoquer en doute même les principes universels de la justice et de l'honnêteté *. » Aussitôt que la Maçonnerie a eu arraché Rome au gouvernement du Pape, elle s'est mise à l'œuvre pour lui ravir encore raffection des Romains; et, pour cela, elle n'a rien trouvé de mieux que d'ériger des temples à l'hérésie et des écoles protestantes, sous les regards du Pape, sur cette terre qu'ont arrosée de leur sang des millions de martyrs, pour confesser la foi catholique!
Reaucoup de personnes sont très surprises de voir les pays catholiques plus agités que les pays protestants et schismatiques ; et les libéraux imputeraient volontiers ces perturbations à la doctrine catholique. Les aveugles! ils ne comprennent pas que si la Révolution s'est déchaînée sur les nations catholiques avec une fureur non pareille, c'est qu'elle y est soufflée par toutes les bouches de la Franc-Maçonnerie. Le Pape ayant son siège en Italie, c'est là qu'elle sévit d'une manière exceptionnelle, sous le nom de Carbonarisme ou de Jeune Italie. Là elle revêt un caractère de cruauté qu'explique la fureur qu'allume dans son cœur la vue du Vicaire de Jésus-Christ. Après l'Italie, la France est le pays où la Franc- Maçonnerie fait le plus sentir son action; c-est
' 1. NoHU Nobiscum, 8 déc. 1849.
ET LES MOYENS POUR ARRÊTER SES RAVAGES. iOl
logique : la France est la Fille aînée de TÉglise, et le Christ Ta choisie, dans son amour, pour étendre son règne. A la chute du premier empire, la France et TEurope étaient épouvantées des désastres causés par la Révolution ; la Maçonnerie comprit qu'il eût été imprudent de se montrer et de braver rindignation publique. Elle s'enveloppa donc d*un double manteau d'hypocrisie et essaya de faire croire qu'elle était l'amie du christiatianisme : elle réussit si bien, qu'elle séduisit plusieurs personnages aux intentions droites. Gela explique, jusqu'à un certain point, la bonne foi avec laquelle ils donnèrent leur nom à la secte abominable qui avait juré la. destruction de tout ce qu'ils respectaient et aimaient. Je dis jusqu'à un certain point; car les papes avaient parlé, ils avaient lancé l'anathème contre quiconque s'affilierait à la Franc-Maçonnerie ; et les catholiques qui savaient tout cela, comment pouvaient-ils être pleinement de bonne foi? par quelle illusion pouvaient-ils croire qu'ils restaient bons catholiques en se faisant excommunier par le Vicaire de Jésus-Christ? Quoi qu'il en soit, la Franc-Maçonnerie cessa pour quelque temps d'attaquer ouvertement le christianisme, mais elle continua à le miner en secret ; car telle est la nécessité de sa nature.
On peut en croire un homme qui la connaissait le mieux, pour avoir l'un des premiers travaillé de concert avec Satan à lui donner sa puissante
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organisation : c'est Weîshaupt qui instruit un franc-maçon illuminé qu'il vient d'initier à la Maçonnerie secrète dans le grade de Mage :
« Souvenez-vous que dès les premières invitations que nous vous avons faîtes pour vous attirer parmi nous, nous avons commencé par vous dire que, dans les projets de notre ordre, il n'entrait aucune intention contre la religion. Souvenezvous que cette assurance vous a été donnée de nouveau quand vous avez été admis aux rangs de nos novices; qu'elle vous a été encore répétée lors de votre entrée à notre Académie universelle. Souvenez-vous aussi combien dans ces premiers grades nous vous avons parlé de morale et de vertu; mais combien les études que nous vous prescrivions et les leçons que nous vous donnions pendaient la vertu et la morale indépendantes de toute religion; combien, en vous faisant l'éloge de notre religion, nous avons su vous prévenir qu'elle n'était rien moins que ces mystères et ce culte dégénéré entre les mains des prêtres. Souvenez-vous avec quel art, avec quel respect simulé nous avons parlé du Christ et de son Évangile, dans nos grades à' Illuminé majeur, de Chevalier écossais et à'Épopte; comment nous avons su, de cet Evangile, faire celui de notre raison ; et de la morale, celle de la nature ; et de la religion, de la raison, de la morale, de la nature, faire la religion, la morale des droits de rhomme, de l'égalité, de la liberté. Souvenez-vous qu'en vous
insinaant toutes les diverses parties de ce système , nous les avons fait éclore de vous-même comme vos propres opinions. Nous vous avons mis sur la voie ; vous avez répondu à nos questions bien plus que nous aux vôtres. Quand nous vous demandions, par exemple, si les religions des peuples remplissaient le but pour lequel les hommes les ont adoptées ; si la religion pure et simple du Christ était celle que professent aujour^d'huî les différentes sectes, nous savions assez à quoi nous en tenir; mais il fallait savoir à quel point nous avions réussi à faire germer en vous nos sentiments. Nous avons eu bien des préjugés à vaincre chez vous, avant de vous persuader que cette prétendue religion du Christ n'était que Touvrage des prêtres, de Timposture et de la tyrannie. S'il en est ainsi de cet Évangile, tant proclamé, tant admiré, que devons-nous penser des autres religions? Apprenez donc qu'elles ont toutes les mêmes fictions pour origine ; qu'elles sont également toutes fondées sur le mensonge, l'erreur, la chimère et l'imposture : Voilà notre secret.
« Les tours et les détours qu'il a fallu prendre, ies promesses même qu'il a fallu vous faire, les éloges qu'il a fallu donner au Christ et à ses prétendues écoles secrètes, la fable des francs-ma- <}ons longtemps en possession de la véritable doctrine, et notre illuminisme aujourdr'hui seul héritier de ses mystères, ne vous étonnent plus «n ce moment. Si, pour détruire tout christia^
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nisme, toute religion, nous avons fait semblant d'avoir seuls la vraie religion, souvenez-vous que la fin légitime les moyens, que le sage doit prendre pour le bien, tous les moyens du méchant pour le mal. Ceux dont nous avons usé pour vous délivrer, ceux que nous prenons pour délivrer un jour le genre humain de toute religion, ne sont qu'une pieuse fraude que nous nous réservons de dévoiler dans ce grade de Mage ou de Philosophe illuminé. » C'est grâce à tous ces moyens et à cette tactique digne du père du mensonge, que la Franc- Maçonnerie a fait une multitude innombrable de dupes et de victimes, et qu'elle a quelquefois pénétré jusque dans les confréries catholiques, comme au Brésil, où il a fallu la vigilance et la rigueur de Pie IX et d'évèques ornés de la science de Jésus crucifié, pour guérir ces institutions du venin de la Secte.
Il ne peut donc y avoir aucun doute sur le caractère antireligieux et antisocial de la Franc- Maçonnerie, sur son but de renverser toute autorité, et son dessein d'anéantir, avant tout, rÉglise catholique, qui est l'appui de toute autorité légitime. Néanmoins, comme ce but est soigneusement caché à la plupart de ses membres, ceux qui liront mes accusations ne manqueront pas de crier à la calomnie, et cela peut-être avec la plus grande bonne foi. Ils affirmeront que la Franc-Maçonnerie n'en veut pas à la religion, et encore moins aux pouvoirs établis, et que jamais
ils n'ont rien vu, ni rien entendu dans les Loges qui puisse donner le moindre fondement à de pareilles accusations. C'est qu'ils sont indignement trompés et indignement exploités : les citalions que j'ai faites jusqu'ici le démontrent indubitablement; néanmoins je tiens à l'établir encore avec une telle évidence, que ceux-là mêmes qui ferment les yeux à la lumière soient forcés d'en convenir, à moins que leur intelligence ne soit en léthargie complète.
D'abord, pour les catholiques, lors même qu'ils n'auraient pas d'autres preuves que le témoignage de la sainte Église de Dieu, ils ne pourraient pas conserver le moindre doute à ce sujet. Depuis l'origine de la Franc-Maçonnerie, tous les papes ont affirmé que son but est de détruire le Christianisme et toute autorité, et, qu'avant tout et pardessus tout, elle fait la guerre à l'Église catholique. En 1738, Clément XII, dans sa constitution In eminenti^ affirme que les sociétés secrètes sont essentiellement opposées à l'ordre et à la tranquillité des États et qu'elles sont un très grand danger pour le salut des âmes. Il frappe d'excom-^ munication majeure les membres de la Franc- Maçonnerie et tous ceux qui la favorisent; il les compare à ces voleurs dont parle Notre-Seigneur, qui pénètrent dans les maisons sous la peau de brebis, et à ces bandes de renards qui dévastaient autrefois les vignes de la Palestine *. En 17S1,