Cantu, Histoire universelle, liv. VUI, chap. xi
10 LA FRANC-UAÇONMERIB
eux je n'ai que de la commisération. Que ne m'est-il donné de briser les liens qui dégradent leur noble nature » de les rendre à la liberté des enfants de Dieu, de verser dans leur cœur les* joies de la bonne conscience, et de chanter avec eux le cantique de la délivrance ! Il y a dans la Franc-Maçonnerie des âmes nobles, qui, moins encore que tant d'autres, étaient faites pour porter les chaînes d'une telle société : je le constate avec bonheur et avec une profonde tristesse en même temps. Je le constate avec bonheur, parce que ces âmes résisteront davantage à Faction du mal ; la Franc-Maçonnerie ne parviendra peut-être pas à les rendre tout à fait perverses. Mais je le constate aussi avec une profonde tristesse; car comment n'être pas souverainement attristé, quand on voit dans l'armée du mal et sous le joug de fer de Satan, ceux qui devaient être au premier rang dans l'armée du bien et porter le joug suave du Sauveur?
Mais les francs-maçons, fussent-ils tous des natures perverses et des âmes viles, que je n'aurais encore pour eux que des sentiments de commisération. A l'exemple de notre Père qui est au ciel, je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu*il vive. Le franc-maçon n'est-il pas, aussi bien que les autres pécheurs,, figuré par cette brebis égarée que le bon pasteur va chercher dans le désert, qu'il charge sur ses épaulés et rapporte au bercail avec tous les trans-
ET LES MOYENS POUR ARRÊTER SES RAVAGES. ' i^
ports de la joie? Le franc-maçon n'est-il pas cet* enfant prodigue qui abandonne le meilleur des pères, va dissiper sa substance dans une régionlointaine, se fait le serviteur d'un étranger^' descend à Thumilianle condition de gardien de pourceaux, et pour qui cependant le père de* famille conserve tout son amour et toute sa ten« dresse? Je déteste le péché, mais je suis Tamidu pécheur; j'exècre la Franc-Maçonnerie, maia.
j'aime ses malheureuses victimes : et un évèque serait grandement coupable, s'il avait d'autres: sentiments dans le cœur. Les francs-maçons, tout en devenant membres de Satan, ne cessent pas d'être les créatures de Dieu, que Jésus-Christ a rachetées par l'effusion de son sang, et, pendant qu'ils ont un souffle de vie, ils peuvent, prévenu» et aidés de la grâce, redevenir les fils de Dieu, en se jetant dans ses bras, par un acte du libre arbitre.
Le jour de sa consécration, l'évêque promet solennellement d'être affable et miséricordieux pour tous les malheureux, sans exception. Avec la grâce de Dieu, je le serai pour tous les pécheurs, qui sont bien les malheureux par excellence; je le serai plus encore pour les pécheurs insignes^ pour ceux qui ont le très grand malheur d'être enlacés dans les chaînes de la Franc-Maçonnerie^ sans excepter les forcenés qui nourrissent dans le cœur la haine de Dieu et de son Christ, qui persécutent l'Égiise et travaillent avec une rage
infernale à sa destruction; sans excepter ceux qui frappent du poignard leurs victimes et voudraient faire couler à flots le sang chrétien. Ceux-là encore sont les créatures de Dieu, rachetées par le sang de Jésus-Christ. Saint Paul a été tout cela : il a présidé avec joie au massacre de saint Etienne; il a blasphémé Jésus; il a persécuté à outrance l'Église de Dieu et l'a ravagée comme un loup ravisseur; il pénétrait dans les maisons, entraînait les hommes et les femmes et les jetait en prison. Sa fureur allait croissant, à ce point que, quand la lumière du ciel le renversa sur la route de Damas, il ne respirait que les menaces et le meurtre contre les disciples du Seigneur. Et néanmoins la grâce de Dieu en fit un vase d'élection pour porter le nom de Jésus devant les gentils, les rois et les enfants d'Israël. Il est vrai que saint Paul a obtenu miséricorde de Dieu, parce qu'il a agi par ignorance, dans rincrédulité, tandis que beaucoup de francsmaçons n'ont pas l'ignorance pour excuse. Toutefois Judas Iscariote savait ce qu'il faisait en trahissant son Maître, et néanmoins, après son noir forfait, il ne cessa pas d'être l'objet de la miséricorde du Sauveur; et quand ce fils de perdition le livre par un infâme baiser à ses plus cruels ennemis, Jésus l'interpelle avec douceur et l'appelle encore son ami. Je serai donc miséricordieux pour les renégats et les iscariotes qui sont sortis du sein de l'Église et combattent contre
elle sous le drapeau de la Fraac-Maçonaerie, sans en excepter les pires, les hypocrites, qui se disent amis de la religion et sont les ardents promoteurs de toutes mesures prises pour la détruire. Au moment où j'écris ces lignes, l'Eglise met dans la bouche de ses ministres des paroles de saint Augustin, que je suis heureux de redire ici : « Plût à Dieu que ceux qui nous font passer par l'épreuve, se convertissent et s'éprouvent avec nous ! Néanmoins tant qu'ils continueront à nous éprouver, nous ne les haïrons pas, parce que nous ignorons s'ils persévéreront dans le mal jusqu'à la fin. Et la plupart du temps, vous croyez haïr un ennemi, et c'est un frère, et vous ne le savez pas. Les Écritures nous montrent clairement que le diable et ses anges sont condamnés au feu éternel. Il ne faut désespérer de la conversion que d'eux seuls*. »
Mais la Franc-Maçonnerie, je la déteste d'une haine parfaite : perfecto odio oderam illos^; je la déteste de toute mon âme, de tout mon cœur et de toutes mes forces. Le pontife de Jésus-Christ, avant de faire couler sur un évêque l'huile de la consécration, lui pose cette question : Anathématisez-vous toute hérésie qui se révolte contre la sainte Église catholique? J'ai répondu de grand cœur : Je tanathématise. L'évêque a été fait général d'armée, pour défendre la vérité et combattre