‹ La Franc-maçonnerie et les moyens pour arreter ses ravagesChapitre 50 sur 78 · Constit. Quo gravioroy · texte numérisé non relu

Constit. Quo gravioroy

206 LA FRANOMAÇONNEKIE

contre le roi Humbert; le 14 avril 1879, à Saint- Pétersbourg, attentat de Solowief contre Alexandre II, empereur de Russie; dans la nuit du l"*' au 2 septembre 1879, attentat contre le même; dans la nuit du 1 au 2 décembre 1879, à Moscou, attentat de Hartmann contre le même ; le 30 décembre 1879, attentat d'Oters Gonzalès contre le poi et la reine d'Espagne; le 17 février 1880, attentat contre le Gzar dans son palais d'Hiver; le 13 mars 1880, à Saiutr-Pétersbourg, assassinat du czar Alexandre IL Quant aux attentats contre la vie d'Alexandre III, successeur de l'empereur assassiné, on peut dire qu ils sont permanents; les routes qui aboutissent à ses palais sont minées, et l'autocrate de toutes les Russies en est réduit à s'isoler de la société, à renoncer à se faire sacrer, à se faire garder nuit et jour dans son palais de Gatchina par des régiments de soldats. Le 9 mars 1882, septième attentat contre la reine d'Angleterre; le S mai 1882, assassinat, en plein jour, au milieu du Phœnix-Parc de Dublin, de lord Gavendish et de M. Burke, secrétaire et soussecrétaire d'État pour l'Irlande. Et ces attentats, la Maçonnerie les organise, les loue comme des actes de vertu héroïque, qui font de leurs auteurs de vrais martyrs de la sainte cause. Et maintenant, 6 Rois, comprenez; instruisez-vous, arbitres de la terre! Et nunc, Reges intelligite ; erudimini quijudicatisterram!

Aussitôt qu'il a été as^s sur la chaire de saint

Pierre, le pape Léon XIII a tendu sa main aux Souverains, avec la bienveillance la plus paternelle, et leur a offert le secours de sa suprême puissance pour affermir leur autorité ^ ; mais, au lieu d'accepter ce secours et de serrer, avec la plfi^ filiale reconnaissance, la main du Pape, les Souverains, soit aveuglement, sdit terreur, n'ont guère répondu jusqu'ici aux condescendantes avances du Vicaire de Jésus-Christ. Dans son encyclique Diutumtim illud, en date du 1 4 juin 1881 , Léon XIII disait encore : « Dans les temps plus récents, quand la peste des doctrines perverses se répandait de plus en plus, et que l'audace des Sectes allait croissant, avec quelle souveraine prévoyance et quelle force Nos prédécesseurs, surtout Clément XII, Benoît XIV et Léon XII, se sont efforcés de leur opposer la barrière de leur autorité! Nous-même, Nous avons déclaré quels graves dangers menacent la société, et en même temps Nous avons indiqué le meilleur moyen do. les écarter. Aux princes et à tous les chefs des Etats Nous avons offert le secours de la religion» et Nous avons exhorté les peuples à user de Tabondance des biens souverains que fournit l^Église. Maintenant, Nous Nous efforçons de faire comprendre aux princes qu'il leur est offert de nouveau, ce secours au-dessus duquel il n'y a

1> «lisdemque (viria principibus) paterna cum beoevolentia ^eluti dexteram primi porrigimus, oblato bupremœ potestatis îîottrjB auxilio, etc. » Encycl. Arcanum divinxy 10 févr. 1880.

208 U FRANC-MAÇONNERIE

rien de plus fort : et nous les exhortons vivement dans le Seigneur de protéger la religion^ et, dans rintérèt même de TEtat, de laisser l'Église jouir de sa liberté, qu'on ne peut lui ôter qu'en violant la justice et en préparant la ruine universelle. »

Cet appel si pressant sera-t-il entendu? Je l'ignore. Ce qui est malheureusement trop certain, c'est que la Maçonnerie a marché à pas de géant ; aujourd'hui, ses progrès sont tels, que la société serait irrémédiablement perdue, si l'Eglise catholique n'était là pour la sauver* Revêtue de la force de l'Esprit-Saint, elle brisera les efforts de l'enfer; vivant de la vie de Jésus-Christ, son époux glorieux, elle a la vertu de guérir les peuples et même de ressusciter ceux qui sont déjà dans la putréfaction du tombeau.

Aujourd'hui, la Franc-Maçonnerie compte un nombre prodigieux de membres : les uns disent quatre millions, d'autres, dix millions, etc. Ce qui est indubitable, c'est qu'elle est répandue sur toute la surface du globe et qu'elle tient en quelque sorte la société entière enlacée dans le réseau de ses filets, et glace d'épouvante ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Quand on voit ce qui se passe dans la société et que l'on considère les épouvantables progrès de l'impiété, les heureux succès de l'iniquité, le développement formidable et l'influence de plus en plus désastreuse de la Franc-Maçonnerie ; quand on voit de nombreux catholiques se désintéresser

dans la cause sacrée de la religion, se faire même les instruments aveugles de la Secte dans la guerre déclarée à Dieu et à TÉglise, et appuyer de leurs sympathies et de leurs suffrages ceux qui travaillent avec une condescendance criminelle ou avec une rage infernale à déchristianiser la société ; quand on voit ces lâches apostasies, cette conjuration universelle contre Dieu et ses serviteurs, ces attentats audacieux contre la liberté et les droits les plus inviolables, cet effondrement des principes de la justice et des notions du bien et du mal, de la vertu et du vice, de Thonneur et de l'infamie, en un mot, de tous les principes de la morale et de la raison, Ton est à se demander si le monde ne touche pas à l'un de ces cataclysmes annoncés et décrits dans l'Apocalypse. L'apôtre Saint-Jean vit une bête montant de la mer^ ayant sept têtes et dix cornes^ et sur ces têtes des noms de blasphème. Cette bête était semblable à un léopard : ses pieds étaient comme les pieds dun ours^ et sa bouche comme la gueule d'un lion. Et le dragon lui donna sa force et sa grande puissance. Les hommes adorèrent le dragon ^t la bête, disant : Qui est semblable à la bête, et qui pourra combattre contre elle? Et il lui fut donné une bouche gui proférait des paroles dor-gueil et des blasphèmes. Elle ouvrit sa bouche ® des blasphèmes contre Dieu^ pour blasphémer son nom et son tabernacle et ceux gui habitent le ciel. Il lui fu donné de faire la guerre

210 U FRANOIIAÇONNBRIK

aux saviis et de les vaincre; et il lui fut dontié puissance sur toute tribu, sur tout peuple, sur toute langue et sur toute nation; et ils r adoréretit, tous ceux qui habitent la terre, dont les noms ne sont pas écrits dans le livre de vie de r Agneau, qui a été immolé dès l'origine du monde. Si quelqu'un a des oreilles^ qu'il entende \ Cette bète monstrueuse qui sort de la mer est le symbole de la Franc-Maçonnerie, qui sortmainiencmt de ses Loges ténébreuses. Ne peut-on pas voir dans ces tètes et ces cornes si nombreuses les manifestations et la force de la Franc-MaQonnerie ? Et toutes ces cornes, sjonboles de la puissance, qui portent chacune un diadème, ne figurent-elles pas la Franc-Maçonnerie qui accapare les places et les honneurs? N'a-t-elle pas la cruauté du léopard, la force terrible de la griffe de Tours, et ne broie«t-elle pas toutes les institutions chrétiennes comme le lion écrase sa proie sous sa dent meurtrière ? Et ce dragon roux qui lui a donné sa force et sa puissance, qu'est-il, sinon le Diable ou Satan, qui s'est incarné dans la Franc-Maçonnerie, ranime et la dirige comme son organe? Ne sontils pas nombreux aujourd'hui ceux qui, frappés de la puissance et de la force de la Franc-Maçonnerie , se livrent à elle , se font ses instruments et vont jusqu'à ladorer? Et cette bouche spéciale donnée à la bète, par laquelle elle profère des pa-

! . Apocalypse, ch. III.

rôles d'orgueil et vomit des blasphèmes, n'est-ce pas cette presse impie et immonde qui, enflée de sa prétendue science, attaque toute vérité et s'efforce de plonger l'humanité dans le bourbier du vice? Est-ce qu'aujourd'hui, Dieu, son nom adorable, son tabernacle sacré, et tout ce qu'il y a de saint, n'est pas blasphémé? Est-ce que la guerre n'est pas déclarée à tous ceux qui veulent vivre de la foi? Et n'avons-nous pas la poignante douleur de voir les sociétés secrètes établies chez tous les peuples, envahir toutes les classes et parler toutes les langues? Leur influence se fait sentir jusque dans les hameaux les plus obscurs : le principe générateur de leur mouvement est dans les Loges, mais les véhicules qui le transmettent se trouvent partout. Quand se faisait le gigantesque travail du percement du Fréjus, le voyageur qui aurait passé à Modane sans connaître la merveilleuse invention qui faisait mouvoir les forets au fond de la galerie et perçait les roches les plus dures, n'aurait pas soupçonné, en contemplant, les cylindres immobiles et silencieux qui pénétraient dans la galerie, que, par ces cylindres, montait, avec l'air condensé au fond de la vallée, la force énorme qui déchirait les entrailles de la montagne. 11 en est ainsi de la Franc- Maçonnerie : le grand moteur, la machine infernale du mouvement destructeur du christianisme et de la société est dans les profondeurs des Loges; mais les véhicules qui transmettent l'in-

212 LA FRANG-MAÇONMBRIE

fluence occulte sont partout. Et on ne le soupçonne pas I

lia Franc-Maçonnerie a poussé ses ramiHcations jusque dans un terrain qui paraissait lui èlre très réfractaire ; elle a envahi la femme. Satan, qui a perdu le genre humain en se servant de la première femme, a bien vite compris que les filles d'Eve serviraient puissamment aux progrès de son œuvre ; et, à côté de la Franc-Maçonnerie des hommes, il a créé pour elles les Loges d'adoption, La Secte a dit que le meilleur poignard pour frapper TÉglise au cœur est la corruption de la femme, et, pour la corrompre, elle a, de concert avec Satan, organisé la Franc-Maçonnerie féminine. Les Loges des femmes dépendent tellement de celles des hommes, que, d'après les règles, rien ne s'y fait de valide, s'il n'intervient pas dans leurs conventicules au moins autant de maçons dignitaires des mêmes grades, qu'il y a de maçonnes dignitaires. Pour marquer sa fidélité et son entière sujétion à la Maçonnerie des hommes, la Maçonnerie des femmes a pris pour symbole le chienmtiselé, qui, en allemand, s'appelle mopse; de là le nom de Mopserie donné à cette nouvelle société secrète, et le nom de Mopses ou Chiennes donné aux femmes qui en font partie *.

Pendant le dernier siècle, les Loges d'adoption n'avaient que les trois grades d'Apprentie, de

i. Voyez Le secret des Mopses révélé^ Ainslerdam 1745. Civiltà CattoHca, 19 avril 1879, p«g. 227 et suiv.

ET LES MOYENS POUR AHRÊTER SES RAVAGES. 2 ta

Compagne et de Maîtresse ; on y introduisît de|)uis les deux grades de Maîtresse parfaite et d'Èluô sublime écossaise ou de Souveraine illustre écossaise. Ces cinq grades sont effectifs et donnent une juridiction ; ils ont chacun leur rituel, leur serment, leurs insignes et leurs instruments. Yoicî un échantillon de l'instruction qui trace sa règle de conduite à la Maîtresse parfaite : « Ma chère, les erreurs, les superstitions et les préjugés, que vous conservez peut-être encore dans quelque coin de votre cerveau, se sont dissipés, maintenant que nous vous avons initiée aux secrets symboliques de la Maçonnerie, et que la lumière de la vérité a rayonné sur vos pupilles. Une tâche ardue, mais sublime, vous est dorénavant imposée. La première de vos obligations sera d'aigrir les peuples contre les rois et contre les prêtres : au caféj au théâtre^ dans les soirées^ travaillez dans cette in* tention sacro-sainte. Il ne me reste plus qu'un secret à vous révéler, et nous en parlerons à voix basse, car l'heure n'est pas encore venue de le manifester au monde profane. L'autorité monar-* chique, dont nous affectons d'être engoués, doit Uû jour tomber sous nos coups, et ce jour n'est pas éloigné. En attendant, nous la carelssons pour arriver, sans entraves, au complément final do notre mission sacrée, qui est Tanéantissement de toute autorité religieuse et monarchique. Levezvous. »

Aujourd'hui, aux cinq grades de juridiction

tl4 LA FRANC-MAÇONNERIE

sont ajoutés beaucoup de grades honorifiques, tels que Chevalière de la colombe, Chevalière de la joie, Souveraine rose-croix, Princesse de la couronne, etc. Aussi Ragon, dans son Rituel d adoption j blâme cette multiplicité de grades : (< La manie des grades n'a pas épargné la Maçonnerie d'adoption ; déjà on en compte dix, dont le dernier s'appelle pompeusement Princesse de la couronne. Le bon sens voudrait qu'on ne dépassât pas les trois premiers grades. » Cette Maçonnerie a déjà beaucoup de rites : les rites Cagliostro, Dames écossaises de la colline du Mont-Thabor, VOrdre du Palladium ou Souverain conseil de la Sagesse j Y Ordre de la Félicité^ Y Ordre des chevaliers et chevalières de t Ancre ^ Y Ordre de la Persévérance^ etc. D'où il est facile de conclure qu'elle est très répandue; elle existe dans presque toutes les grandes villes, et elle contribue singulièrement à établir le règne de l'impiété et de l'athéisme.

La femme croyante est une matière très refractaire pour la Maçonnerie, et il n'est guère possible d'en faire une maçonne avant de lui avoir ôté sa foi et d'en avoir fait une incrédule. Il faut donc, comme le disait naguère un franc-maçon célèbre, l'enlever à l'Église; pour l'enlever à l'Église, il faut aussi organiser pour elle l'enseignement athée. C'est pourquoi, en attendant que les circonstances permettent de fermer toutes les maisons religieuses d'éducation, il faut multiplier les

ET LES MOYENS POUR ARRÊTER SES RAVAGES. 2i5

lycées de ûlles et toutes les institutions où la Maçonnerie pourra remplacer la foi par la science orgueilleuse. Le franc-maçon qui, pour faire voter les lycées de filles, a dit en plein parlement : « La femme est à FÉglise, il faut qu'elle soit à la science », a été plus explicite dans la Loge ;là, il s'est écrié « qu'il faut à tout prix enlever la femme à l'Église et la conquérir à la libre-pensée, et que c'est là une question de vie ou de mort pour la démocratie ». Le 20 avril 1878, Hérédia, membre du Grand-Orient de^ Paris, disait : « La Franc-Maçonnerie résume toutes les aspirsitions de l'opinion républicaine... mais ce ce qu'elle veut conquérir avant tout, c'est la femme, parce qu'elle est la dernière forteresse que l'esprit d'obscurantisme oppose au progrès humain. »

La Mopserie compte-t-elle des affiliées dans les petites villes et dans les campagnes? Je l'ignore. Ce fléau est comme le phylloxéra; ce n'est que quand il a déjà fait des ravages qu'on le découvre. Mais ce que je sai;s bien, c'est que la Maçonnerie des hommes compte des affiliés dans presque tous les chefs-lieux de canton et dans un grand nombre de paroisses rurales. Ce que je sais, c'est qu'elle a dans toutes les communes des agents, qui lui sont voués et se font les complices de ses criminels projets, en attendant qu'elle se les incorpore et se les enchaîne par d'exécrables serments. La Maçonnerie, qui a toute la ruse du serpent antique, sait choisir dans chaque localité les hommes qui,

tl6 UL FRANC-MAQOMNBHIE

par leur profession ou leur position, sont plus à même de répandre ses doctrines et de faire de la propagande en faveur des siens. Elle entretient avec eux des relations suivies, elle les flatte, elle travaille à leur procurer des places et des dignités, elle leur fait passer les journaux voués à sa cause, et, au besoin, leur confie l'argent qu'il faut distribuer dans les élections, pour assurer la victoire à ses candidats. Elle use de son influence pour faire prospérer leur commerce et leurs affaires el régner le monopole en leur faveur. Dans certaines localités, les choses sont arrivées à ce point, que d'honnêtes ouvriers restent sans travail, et que des négociants d'une probité notoire voient la solitude se faire autour de leurs marchandises entassées, parce que ces ouvriers et ces négociants ne font pas partie de la Secte ténébreuse et ne travaillent pas pour elle. On dirait que, pour ces localités , est arrivée l'époque du plus abject servilisme prédite par saint Jean, où personne ne peut acheter ou vendre que celui qui a le caractère, ou le nom de la Bête, ou le nombre de son îiom ^ C'est ainsi que la Maçonnerie se façonne des instruments pour l'exécution de ses diBsseins.

Afin de tromper le public, elle a soin de déclarer et de crier bien haut qu'elle est une institution essentiellement philantropique; mais, au fond,

Page 1