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II. — Nécessité de V organisation

Un corps vivant est nécessairement un corps organisé ; et son organisation est d'autant plus parfaite qu'il occupe un rang plus élevé dans l'échelle des êtres. Sans organisation, il n'y a ni Daouvement, ni vie. Le corps humain, bien qu'il ait plusieurs membres ayant chacun son organisation spéciale et son acte propre, n'est cependant qu'un corps, parce que tous les membres sont vivifiés par la même âme. Par suite, i|s sont dans un accord parfait, tendent au même but, et font un tout harmonieux : Consensus unus, conspi- ^atiounay tonsentientia omnia. Il est donc nécessaire de former des comités et des cercles catholiques qui soient comme les yeux et les oreilles du grand ^orps d'armée de la défense catholique, qui orgaïiisent les œuvres, les relient entre elles et les

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dirigent Ters le but commun. Il est aussi opportun de tenir les assises de la défense catholique, les congrès, qui concentrent comme dans un foyer les lumières et la chaleur des chefs, pour les faire rayonner sur toute l'armée et Tenflammer de courage. Oh ! si les forces catholiques de la France étaient toutes organisées et parfaitement disciplinées, la Maçonnerie serait vite terrassée. Pour connaître les effets de 'cette organisation, nous n'avons pas besoin^e remonter aux siècles des martyrs, il suffit de jeter les yeux sur ce qui vient de se passer en Prusse. Bismarck, qui avait fait subir à la France une série de défaites jusquelà inouïes dans l'histoire, pensait qu'il parviendrait facilement à exterminer le catholicisme dans les États de Sa Majesté le roi Guillaume; et il organisa la persécution connue sous le nom de Eulturkampf, à l'aide de lois tyranniques qu'il fit voter par la Chambre. Les évèques vivants, exilés ; les évéques morts, sans successeurs ; les curés, dispersés; les prêtres, persécutés jusque sur l'autel et dans le confessionnal ; l'exercice du culte catholique et du ministère pastoral, entravé de toutes façons; d'énormes amendes et* la prison infligées sans pitié aux évèques et aux prêtres : c'était bien la guerre à mort déclarée au catholicismepar le protestantisme devenu tout-puissant. Et néanmoins, aujourd'hui, les catholiques commencent à entrevoir la victoire. Les sièges épiscopaux qui étaient vacants sont déjà en partie

occupés; le culte* recouvre peu à peu sa liberté; le pouvoir législatif se déclare opposé au Kulturkampf ; le terrible Chancelier, du haut de la tribune politique, tend les mains aux catholiques, et déclare qu'il y a dans le Pape une puissance morale très importante pour la paix du monde, nullement étrangère à l'empire allemand, et il demande les fonds nécessaires pour envoyer un représentant de la Prusse auprès du Vatican.

Quel revirement inattendu! Voilà le succès de l'organisation, de la discipline et de la mâle constance des catholiques allemands en face de la persécution ! Les catholiques ne forment en Prusse que le tiers de la population, et ils forcent néanmoins leur ennemi à leur rendre justice : qu-e ne pourraient-ils donc pas en France, où ils sont la très grande majorité?

Le grand organisateur de la charbonnerie transformée en Jeune Italie y Mazzini, disait à ses adeptes : « Associer, associer, associer. Tout se résume dans cette parole. » C'est aussi le mot d'ordre de l'armée qui combat pour la vérité et la justice ; il vient d'être donné encore une fois, mais de la manière la plus explicite par le pape Léon XIII, dans le programme qu'il a tracé aux catholiques d'Italie : « Il est nécessaire de s'appliquer à prendre des moyens pour faire fleurir, croître en nombre, en harmonie et en fécondité, les assthdations, dont la fin principale sera de conserver et d'exciter le zèle de la foi chrétienne et des autres

suprême pour les chrétiens, que le F dans le gouvernement de TËglise,

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vertus. Telles sont les associations de jeunes gens, d'ouvriers; tels les comités organisés par les catholiques avec réunions périodiques ; telles les institutions destinées à soulager Findigence, à protéger la sanctification des jours de fête, à instruire les enfants du peuple et autres œuvres du même genre. — Et comme il est d'un intérêt

5 le Pontife Romain, soit et paraisse libre de tout danger, de toute vexation, de toute entrave, il faut mettre au service de sa cause tous les efforts possibles^ en agissant, en priant, en luttant, autant que la loi le permet, sans trêve jusqu'à ce que lui soit rendue, en réalité, et non en apparence, cette liberté à laquelle se rattache, par un lien nécessaire, non seulement le bien de TÉglise, mais la prospérité de l'Italie et la paix des nations.

« Ensuite il importe souverainement de publier et de répandre au long et au large des écrits salutaires. Ceux qu'une haine capitale sépare de l'Église ont coutume de combattre avec des écrits et de s'en faire une arme terrible pour le mal. De là, ce déluge de livres ; de là, ces journaux de désordre et d^iniquité, dont ni les lois, ni la pudeur ne peuvent refréner les ignobles attaques. Tout ce que ces dernières années ont vu de troubles et de séditions, ils le justifient; ils dissimulent ou corrompent la vérité ; ils poursuivent l'Église et le Souverain Pontife de malédictions

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quotidiennes et d'accusations calomnieuses ; et il n'y a pas d'opinions, si absurdes et si nuisibles soient-elles, qu'ils ne s'efforcent de propager. Il faut donc comprimer avec soin la violence d'un si grand ma], qui se répand chaque jour de plus en plus. Vous devez donc, par de graves et sévères avertissements, amener les fidèles à se tenir sur leurs gardes et à observer une religieuse prudence dans le choix de leurs lectures. De plus, aux écrits il faut opposer les écrits, afin que cet art, qui peut tant pour la perte des hommes, soit employé à leur salut et à leur bien, et qu'ainsi ils trouvent le remède là où ils cherchent le poison. Dans ce but, il est à désirer que l'on crée, au moins dans chaque province, quelque établissement qui démontre publiquement la nature et la grandeur des devoirs de chaque chrétien envers l'Église, parle moyen de publications fréquentes, et, s'il est possible, quotidiennes. Que l'on y mette surtout en lumière les grands mérites que la religion catholique s'est acquis auprès de tous les peuples; que l'on fasse voir son influence très heureuse et très salutaire sur les intérêts privés et publics; que Ton démontre combien il importe de rendre promptement à L'Eglise, dans la société, la place d'honneur que réclament tant sa divine grandeur et l'intéi'êt des nations. — Pour cela, il est nécessaire que ceux qui consacreront leur esprit à écrire observent plusieurs points : Que tous aient le même but devant les

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yeux ; qu'ils signalent et prennent les mesures les plus opportunes; qu'ils ne passent sous silence rien de ce qu'il peut être utile ou avantageux de connaître; qu'ils reprennent, avec un langage grave et modéré, les erreurs et les vices, mais sans aigreur dans le reproche, avec égard pour les personnes ; puis qu'ils emploient un langage facile et clair, à la portée de tout le monde.

« Mais, quant aux autres qui désirent vraiment et sincèrement voir fleurir les choses sacrées et les profanes, et les voir défendues par le génie et par la presse, qu'ils favorisent avec leurs libéralités les productions de la presse et du génie; e\ que chacun, à proportion qu'il est plus riche, les soutienne de ses avoirs et de sa fortune. Car, il faut absolument apporter ce genre de secours aux ouvriers de la presse, sans quoi leurs travaux ne produiront pas de fruits, ou n'en produiront que de douteux et de chétifs. Si quelques vexations arrivent aux hommes qui se consacrent à cette œu^TC, s'il leur faut soutenir quelque combat, qu'ils aillent néanmoins courageusement en avant, puisqu'un chrétien ne saurait avoir un plus juste motif d'affronter ces inconvénients et ces labeurs, que d'empêcher les méchants de déchirer la religion. D'ailleurs ce n'est pas pour qu'elle n'ait aucun secours à attendre d'eux, au moment du besoin, que l'Eglise a engendré et élevé des fils, mais pour que chacun mette le salut des âmes et les intérêts de la cause chrétienne au-

dessus de son repos et de ses intérêts particuliers. » Ces pressantes exhortations, le Pape les fait, non seulement aux laïques, mais encore, mais surtout au clergé, puisque son Encyclique est adressée aux évêques d'Italie. Le clergé doit donc donner ses sympathies aux associations et à toutes les œuvres organisées pour la défense catholique, et les favoriser de tout son pouvoir.

Quelques-uns, dit la CivUtà Cattolka * , craignent qu'yen se montrant ouvertement zélé partisan des associations catholiques, le clergé ne soit entraîné dans le tourbillon des passions politiques, et, par conséquent, qu'il n'encoure la haine des partis, si funeste à son ministère sacré. Les prêtres, diton, doivent être à tous, afin que tous puissent, dans leurs besoins spirituels, recourir à eux avec une entière liberté. Mais, ^i les prêtres prennent publiquement parti pour les associations des laïques catholiques, ils auront pour ennemis tous les laïques libéraux. Et alors ils se ferment toute entrée dans tant de cœurs qui ont souverainement besoin des secours de la foi, sutout dans la lutte suprême de l'agonie, alors qu'un quart d'heure peut décider de la des^née étemelle d'une âme immortelle.

Cette considération est sans doute très grave. Aussi, dans les questions d'intérêt purement temporel et dans celles qui ne regardent que de loin

i. 3 juin 1882.

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le bien spiriluel des âmes, la prudence et la charité font au prêtre une loi de ne pas intei*\ enir, s'il devait s'aliéner la confiance de ceux qu'il a mission de sauver. G*est le cas de dire : Donnezmoi les âmes rachetées par le sang de Jésus- Christ, et prenez pour vous tout le reste. Da mUii animas, caetera toile tibi ^ Mais, ici, la lutte est pour le christianisme, que la Franc-Maçonnerie veut étouffer dans la boue ; il s'agit précisément des âmes, qu'elle veut arracher à Dieu pour en faire les esclaves de Satan et de la chair.

D'ailleurs, comme le dit si judicieusement la Civiltà Cattolka, si la parti de la neutralité et de l'abstention avait raison, quelle conclusion logique devrait-on en tirer? Que les prêtres, parce qu'il sont prêtres, ne sont plus ni citoyens, ni hommes. Ils n'ont plus de patrie, plus de nationalité, plus de droits publics et sociaux. Ils doivent se croiser lesbras,etrester enfermés derrière les portes de leurs maisons, demeurer isolés au milieu du tourbillon du monde, et regarder à travers les vitres de leur cellule la patrie qui croule, la société qui tombe en ruines, l'ordre moral qui s'en va en lambeaux. Le prêtre ne peut prendre résolument parti pour personne, pas même pour les défenseurs de la vérité, de la justice, de l'Église, de la Papauté, afin de ne pas déplaire à ceux qui combattent la justice et la

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