Louis le Débonnaire... Louis le Débonnaire
MARTHE
Eh bien? Qu'est-ce qu'il a fait, Louis le Débonnaire ?
LE PETIT JACQUES
Je ne sais pas.
MARTHE
Partage l'empire...
LE PETIT JACQUES
Partage l'empire entre ses trois fils...
MARTHE
Après ?... Comment s'appelaient-ils) ses trois fils?
LE PETIT JACQUES
Me rappelle plus...
MARTHE
Et tu crois que je vais te raconter une histoire...
LE PETIT JACQUES
Attends... Je cherche...
GENEVIÈVE, soufflant.
Lothaire.
LE PETIT JACQUES
Lothaire...
GENEVIÈVE, de même.
Pépin.
LE PETIT JACQUES
Pépin etLouis.. .Entre sestiois fils... Lothaire... Pépin et Louis le Germianique... Ça y est ! Ça y est! J'ai su!
MARTHE
Geneviève ne t'a pas soufflé?...
LE PETIT JACQUES
Si, mais je ne le lui avais pas demandé... Mon histoire... Il était une fois...
MARTHE
Tu n'as pas bien su ta leçon...
LE PETIT JACQUES
Si... va... Il était une fois... [Il monte sur les genoux de sa mère.) Il était une fois... [Il l'embrasse.)
MARTHE
Tyran ! (Elle Vembrasse.) Il était une fois, au Jardin des Plantes, un gros boa.
PIERRE
Tu sais ce que c'est?...
LE PETIT JACQUES
Oui, c'est un serpent, gros... gros comme toi.
MARTHE
Chaque matin, on lui apportait à mangei" un petit chevreau.
LE PETIT JACQUES
Tout vivant ?
MARTHE
Tout vivant... Habituellement, ïe petit chevreau, épouvanté, allait se blottir dans un coin de la cage et se laissait manger sans se défendre... L'autre jour, ce fut le t ur d'un petit chevreau tout noir. Au lieu de se laisser faire comme les autres, il se mit à Cl urir sur le boa et à le frapper à coups de pieds et à coups de tête.
LE PETIT JACQUES, riant aux éclats.
C'est bien fait! C'est bien fait I
Remarque bien que cela pouvait passer pour de la pure folie, car le serpent est tellement plus gros que le chevreau, tellement plus fort, i|u'il paraissait bien certain que le petit chevreau tout noir serait mangé Mais il fit tant, le petit chevreau tout noir, il se démena si bien, il f .^t si courageux, qu'un gardien dit: « Cet animal-là va éborgner notre boa, retirons-le. On le redonnera demain au serpent. » On le retira et on en apporta ua autre qui fut croqué.
LE PETIT JACQUES
Et le petit courageux?
MAUTHE
Attends. On le fît entrer dans la cage le lendemain matin.
LE PETIT JACQUES
Et alors ?
MARTHE
Il recommença ce qu'il avait fait la veille...
LE PETIT JACQUES
A donner des grands coups de pieds et des grands coups de tête au grand boa '
MARTHE
Oui.
Alors ?
LE PETIT JACQUES
MARTHE
Alors, le directeur du Jardin des Plantes vint à passer, il se fit raconter l'aventure et, pour récompenser le pelit chevreau tout noir de son intrépidité, pour le récompenser d'avoir ainsi lutté malgré sa faiblesse, il donna l'ordre de lépar-» gner... ce qui fut fait...
LE PETIT JACQUES, ruvL
Ah I {Après un temps.) Dis donc, petite mère?
MARTHE
Mon chéri?
LE PETIT JACQUES, grave.
C'est sa maman qui a dû être contente, au pelit chevreau tout noir.
MARTHE
Tu peux le dire. Mais il y a une morale à mon histoire.
LE PETIT JACQUES
Quelle morale?
MARTHE
Celle-ci: Il ne faut jamais consentir à être mangé.
LE PETIT JACQUES
Tu me la ra'onteras encore, dis? {La femme de chambre apporte des imprimés et sort.)
GENEVIÈVE, à Marthe qui prend nn journal. Marraine, tu me prends mon journal I
MARTHE
Je te le renirai.
GENEVIÈVE
L'abonnement est à mon nom. [Elle va vers sa mère, Marthe s'éloigne. Petite course joyeuse dans le salon.)
MARTHE
Prends garde à ton petit frère.
GENEVIÈVE
Par là, Jacques, tu vas empêcher maman de sortir. [Pendant que Geneviève était penchée., Marthe a pris sur une table un ancien numéro du même journal et elle le rend ensuite à Gen viève à la place de celui quelle tenait, et qu'elle reposera sur la table sans être vue.)
8 LA FKANÇAISE
MARTHE
Je me rends. Tiens, le voilai
GENEVIÈVE
Ah! [Elle saute de joie.)
PIERRE
Qu'est-ce que vous vous disputiez avec une telle rage?
GENEVIÈVE
V Illustration. Enfin, est-ce juste... père? Le journal est à moi.
MARTHE, gaie.
Tu pouvais bien me le prêter...
GENEVIÈVE
L'abonnement est à mon nom. Est-ce vrai ?
PIERRE
C'est vrai.
GENEVIÈVE, à sa mère.
Même, tu n'avais pas le droit de déchirer la bande. [Imi-ant les enfants.) Kss ! Kss! Bisque, bisque, rage!... Qui est-ce qui lira son journal avant sa marraine ..
MARTHE
C'est bon, c'est bon.
GENEVIÈVE
Au revoir.
MARTHE
Où vas-tu ?
GENEVIEVB
Lire mon journal.
Je pense bien, mais oîi?
GENEVIÈVE
Dans la cabine.
MARTHE
Emmène Jacques avec toi.
GENEVIÈVE
Je sais qu'une jeune fille ne doit pas sortir .seule... [A Jacques), Mon cavalier est prêt? LE PETIT JACQUES, excité^ Sautant, Oui, oui, oui!
GENEVIÈVE
Viens, mon porte-respect... [Elle le prend dans ses bras.) Venez, monsieur, protéger votre sœur. Dites un peu ce 'iue vous feriez s'il venait un séducteur ?
LE PETIT JACQUiîs, ne Se rappelant plus la leçon apprise.
Je lui enverrais... je...
GENEVIÈVE, soufflant.
Des té...
LE PETIT JACQUES
Je lui enverrais des témoins.
A la bonne heure!... Viens, amour! Filons, [Elle sort en embrassant le bambin et en chantant.)
Par derrièr' chez mon père,
Vole, mon cœur, vole, Par derrièr' chez mon père, Lui y a-t'-un pommier doux...
Etc.