‹ La Française; comédie en trois actesChapitre 4 sur 35 · Louis le Débonnaire... Louis le Débonnaire · texte numérisé non relu

Louis le Débonnaire... Louis le Débonnaire

MARTHE

Eh bien? Qu'est-ce qu'il a fait, Louis le Débonnaire ?

LE PETIT JACQUES

Je ne sais pas.

MARTHE

Partage l'empire...

LE PETIT JACQUES

Partage l'empire entre ses trois fils...

MARTHE

Après ?... Comment s'appelaient-ils) ses trois fils?

LE PETIT JACQUES

Me rappelle plus...

MARTHE

Et tu crois que je vais te raconter une histoire...

LE PETIT JACQUES

Attends... Je cherche...

GENEVIÈVE, soufflant.

Lothaire.

LE PETIT JACQUES

Lothaire...

GENEVIÈVE, de même.

Pépin.

LE PETIT JACQUES

Pépin etLouis.. .Entre sestiois fils... Lothaire... Pépin et Louis le Germianique... Ça y est ! Ça y est! J'ai su!

MARTHE

Geneviève ne t'a pas soufflé?...

LE PETIT JACQUES

Si, mais je ne le lui avais pas demandé... Mon histoire... Il était une fois...

MARTHE

Tu n'as pas bien su ta leçon...

LE PETIT JACQUES

Si... va... Il était une fois... [Il monte sur les genoux de sa mère.) Il était une fois... [Il l'embrasse.)

MARTHE

Tyran ! (Elle Vembrasse.) Il était une fois, au Jardin des Plantes, un gros boa.

PIERRE

Tu sais ce que c'est?...

LE PETIT JACQUES

Oui, c'est un serpent, gros... gros comme toi.

MARTHE

Chaque matin, on lui apportait à mangei" un petit chevreau.

LE PETIT JACQUES

Tout vivant ?

MARTHE

Tout vivant... Habituellement, ïe petit chevreau, épouvanté, allait se blottir dans un coin de la cage et se laissait manger sans se défendre... L'autre jour, ce fut le t ur d'un petit chevreau tout noir. Au lieu de se laisser faire comme les autres, il se mit à Cl urir sur le boa et à le frapper à coups de pieds et à coups de tête.

LE PETIT JACQUES, riant aux éclats.

C'est bien fait! C'est bien fait I

Remarque bien que cela pouvait passer pour de la pure folie, car le serpent est tellement plus gros que le chevreau, tellement plus fort, i|u'il paraissait bien certain que le petit chevreau tout noir serait mangé Mais il fit tant, le petit chevreau tout noir, il se démena si bien, il f .^t si courageux, qu'un gardien dit: « Cet animal-là va éborgner notre boa, retirons-le. On le redonnera demain au serpent. » On le retira et on en apporta ua autre qui fut croqué.

LE PETIT JACQUES

Et le petit courageux?

MAUTHE

Attends. On le fît entrer dans la cage le lendemain matin.

LE PETIT JACQUES

Et alors ?

MARTHE

Il recommença ce qu'il avait fait la veille...

LE PETIT JACQUES

A donner des grands coups de pieds et des grands coups de tête au grand boa '

MARTHE

Oui.

Alors ?

LE PETIT JACQUES

MARTHE

Alors, le directeur du Jardin des Plantes vint à passer, il se fit raconter l'aventure et, pour récompenser le pelit chevreau tout noir de son intrépidité, pour le récompenser d'avoir ainsi lutté malgré sa faiblesse, il donna l'ordre de lépar-» gner... ce qui fut fait...

LE PETIT JACQUES, ruvL

Ah I {Après un temps.) Dis donc, petite mère?

MARTHE

Mon chéri?

LE PETIT JACQUES, grave.

C'est sa maman qui a dû être contente, au pelit chevreau tout noir.

MARTHE

Tu peux le dire. Mais il y a une morale à mon histoire.

LE PETIT JACQUES

Quelle morale?

MARTHE

Celle-ci: Il ne faut jamais consentir à être mangé.

LE PETIT JACQUES

Tu me la ra'onteras encore, dis? {La femme de chambre apporte des imprimés et sort.)

GENEVIÈVE, à Marthe qui prend nn journal. Marraine, tu me prends mon journal I

MARTHE

Je te le renirai.

GENEVIÈVE

L'abonnement est à mon nom. [Elle va vers sa mère, Marthe s'éloigne. Petite course joyeuse dans le salon.)

MARTHE

Prends garde à ton petit frère.

GENEVIÈVE

Par là, Jacques, tu vas empêcher maman de sortir. [Pendant que Geneviève était penchée., Marthe a pris sur une table un ancien numéro du même journal et elle le rend ensuite à Gen viève à la place de celui quelle tenait, et qu'elle reposera sur la table sans être vue.)

8 LA FKANÇAISE

MARTHE

Je me rends. Tiens, le voilai

GENEVIÈVE

Ah! [Elle saute de joie.)

PIERRE

Qu'est-ce que vous vous disputiez avec une telle rage?

GENEVIÈVE

V Illustration. Enfin, est-ce juste... père? Le journal est à moi.

MARTHE, gaie.

Tu pouvais bien me le prêter...

GENEVIÈVE

L'abonnement est à mon nom. Est-ce vrai ?

PIERRE

C'est vrai.

GENEVIÈVE, à sa mère.

Même, tu n'avais pas le droit de déchirer la bande. [Imi-ant les enfants.) Kss ! Kss! Bisque, bisque, rage!... Qui est-ce qui lira son journal avant sa marraine ..

MARTHE

C'est bon, c'est bon.

GENEVIÈVE

Au revoir.

MARTHE

Où vas-tu ?

GENEVIEVB

Lire mon journal.

Je pense bien, mais oîi?

GENEVIÈVE

Dans la cabine.

MARTHE

Emmène Jacques avec toi.

GENEVIÈVE

Je sais qu'une jeune fille ne doit pas sortir .seule... [A Jacques), Mon cavalier est prêt? LE PETIT JACQUES, excité^ Sautant, Oui, oui, oui!

GENEVIÈVE

Viens, mon porte-respect... [Elle le prend dans ses bras.) Venez, monsieur, protéger votre sœur. Dites un peu ce 'iue vous feriez s'il venait un séducteur ?

LE PETIT JACQUiîs, ne Se rappelant plus la leçon apprise.

Je lui enverrais... je...

GENEVIÈVE, soufflant.

Des té...

LE PETIT JACQUES

Je lui enverrais des témoins.

A la bonne heure!... Viens, amour! Filons, [Elle sort en embrassant le bambin et en chantant.)

Par derrièr' chez mon père,

Vole, mon cœur, vole, Par derrièr' chez mon père, Lui y a-t'-un pommier doux...

Etc.

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