SCENE II
PIERRE, MARTHE. Pierre est retourné à la longue-vue» MARTHE
Et ce transatlantique ?
PIERRE
Toujours rien.
MARTHE
Tu es certain que c'est aujourd'hui qu'il doil arriver ?
PIERRE
Il est parti de New-York jeudi.
MARTHE
Le neveu inconnu sera peut-être en retard pour dîner. [Elle s^assied.) Ouf!
piF.nnE Tu es encore essoufflée. Vous aviez l'air de deux gosses, ma fille et toi.
MA«THE
Eh bien, et toi, quand tu t'y mets! On a bien le temps de vieillir, va! Tu m'aimes toujours?
PIERUE
Oui, ma grande chérie! [Baiser d'amoureux.)
MARTHE
Fais attention, on va nous voir de la plage. On ne croirait jamais que c'est ta femme que tu embrasses aussi bien.
PIERRE
Qui donc pourrais-je embrasser d'autre?
MARTHE
Regarde ta fille avec son journal... [Elle rit.) Dieu, que je m'amuse!
PIERRE
De quoi ris-tu ?
MARTHE
C'est le numéro de la semaine dernière qu'elle emporte, je l'ai substitué au sien.
PIERRE
Elle ne s'en apercevra peut-être pas.
MARTHE
Si c'étai; un journal politique, peut-être... {Regardant par la baie en riant.) Elle me nargue... C'est bon, c'esi bon! Elle est gentille.
PIERRE, avec un soupir. Oui, elle est gentille. Et M. Gobret vient dîner ce soir avec son fils.
Eh bien?
PIERRE
Il va falloir nous décider.
MARTHE
Nous décider.,, à quoi?
PIERRE
A lui donner une réponse... Oh!... Il demande simplement à ce que son fils soit autorisé à faire
Je pense bien. [Après un silence.) Il te plaît, ce jeune homme?
PIERRE
Ce n'est pas à moi qu'il doit plaire. Geneviève l'a déjà vu trois ou quatre fois, elle ne t'a rien dit?
MAUTHE
Rien... Je sais bien qu'à sa place je n'en voudrais pas.
PIERRE
Prenons a^arde.
A quoi?
PIEHRE
A la disposition d'esprit où nous sommes et qui nous porte à trouver déplorables tous les jeunes
gens qu'on nous présentera comme des fiancés possibles. Prenons garde d'être des égoïstes,
* MARTHE
C'est vrai. Alors, il faut que j'en parle à Geneviève...
PIERRE
Demande-lui son impression.
MARTHE
Tu as causé avec M. Gobret au sujet de la dot?
PIERRE
Je lui ai dit que toute notre fortune était représentée par ma fonderie de la Neuville, et que nous ne pouvions pas donner plus de cent mille francs.
MARTHE
D'autant plus qu'il te faudra des capitaux si tu montes ta grande affaire...
PIERRE
Mon brevet. Le jour où je voudrai le mettre en exploitation, tout ce que nous possédons ne me suffira pas.
M An THE
Tu comptes t'en occuper bientôt?
PIERRE
Dès que j'aurai ti'ouvé un commanditaire.
MARTHE
M. Gobret accepte le chiffre de la dot?
PIERRE
Il attendait plus, m'a-t-il dit. Mais il accepte.
tl4 LA. Fr.ANÇAI-6E
MAHTHE
Et le jeune homme, qu'est-ce que tu en penses?
PIERRE
Il est comme les autres.
MARTHE
Au peu que je l'ai entendu, il m'a paru sceptique.
PIERRE
C'est la mode. Les derniers vrais jeunes gens étaient ceux de ma génération.
MARTHE
Mon père me disait la même chos^
PIERRE
Avant de me connaître.
La voilà qui revient... Ahl elle laisse le petit Jacques à sa bonne.
PIERRE
Allons, décide-toi I (Longue-çue.)
GENEVIÈVE
Il faut réclamer! Figure-toi qu'ils nous ont envoyé le numéro de la semaine dernière.
MARTHE
Pas possible !
GENEVIÈVE
Mais oui,.. J'arrive toute fière avec mon journal... Je m'installe. J'ouvre... et voilà.
LA FiîANÇAISE 45
MARTHE
C'est une erreur. Ils nous ont peut être envoyé dimanche dernier le numéro d'aujourd'hui. Regarde sur la table.
GENEVIÈVE, après'Uvoir regardé.
Oh!... Tu en as de l'astucel..,
PIERRE
Moi, j'ai idée que le bateau est arrivé cette nuit, tout simplement. Je vais jusqu'au casino voir s'il y a des nouvelles. A tout à d'heure.