CHAPITRE X
Les collaborateurs de Sylvain Roux. — Les officiers de la Bacchante et de la Normande. — Le capitaine Dubeau.
— Le capitaine Blévec — Le greffier Débonnaire. — Le médecin en chef Marquis. — Comptabilité de rétablissement. — Affaire de traite. — Frappas. — Arnoux.
— Jacques Glond, régent de Tanibée. — Nouvel appel à M. de Freycinet. — Titre et pouvoirs illusoires.
Lorsqu'un homme est à la tête d'une entreprise aussi considérable que celle qui était confiée à Sylvain Roux, il faut qu'il puisse s'appuyer sur des collaborateurs actifs, intelligents et dévoués.
Or, de ceux qui étaient arrivés à Sainte-Marie en novembre 1821 pour occuper les divers postes civils, plusieurs étaient morts et la plupart des autres étaient malades.
Les officiers de la Normande et ceux de la Bacchante n'obéissaient pas volontiers h un chel qui avait le grand tort, à leurs yeux, d'être un civil et d'avoir été, quoique civil, nommé — après la mort de M. Vergoz — commandant de la Normande. Ce qui n'était pendant le voyage
qu'insubariliDution, devenait de jour en jour plo grave. Ou s'insurgeait contre l'autorité du com mandaut à seule fin d*èlrc remis a la dispositio: du gouverneur de Buurboti et de quitter Saiutt
arie. Si, dans les premiers jours, Sylvain Rou avait pu se montrer satisfail du service de ce: olïicicrs et l'écrire, les choses avaient bien changi de face depuis quelque temps et le commundaa avait chaque jour à réprimer quelque Douvel acli d'indiscipline.
Des deux officiers d'arliilerie, l'un, le capitaini Dubeau, serait après sa mort accusé et maté ricllcment convaincu de malversation ; l'autre le lieutenant Dorneau, serait mêlé à une trisU histoire de traite, qui allait couvrir de hooU plusieurs oiTH-iers de la Bacchante et de la NoH mande.
Le capitaine du génie Blévec était en congé H malade de la poitrine ».
Le greffier en chef Débonnaire trempait dani toutes sortes d'alTaires louches — et le commandant le savait sans pouvoir en obtenir la preuve.
Enfin le médecin en chef. Marquis, l'ami dt Sylvain Roux, celui qui devait le suppléer pendani sa maladie, serait arrêté et conduit à Bourbuil sous l'inculpation de vol d'une caisse d'argent.
Et c'est avec de tels hommes que le commaU'
ant dev lent dei
it assurer l'organisation et le fuuctionnfij services!
Ah ! il avait eu raison d'écrire qu'il était « a tout tt partout ». Malade, il lui fallait néanmoins faire ki-même toute sa correspondance avec Bourbon et nos diverses résidences de Madagascar, tenir me comptabilité minutieuse , établir d'énormes statistiques constamment réclamées par le gouverneur de Bourbon et par le ministère; il lui fallait i se préoccuper des approvisionnements néces- I saires à l'expédition, prendre soin des malades, I faire édifier des maisons, protéger les naturels engagés, lever des plans de fortifications, préparer une organisation judiciaire, entretenir des relations avec les chefs indigènes. « Il me faut, écrit-il, me considérer comme dans une place assiégée, chargé de tous les pouvoirs et de toutes les fonctions. »
Et pourtant, de Bourbon, on ne cessait de lui
adresser des réclamations et même de lui faire des
reproches.
Tantôt c'est la comptabilité qui est en retard.
Il répond : « Je suis en retard sans doute pour
vous transmettre la comptabilité trimestrielle (on
b n'était qu'au 12 avril), mais qu'il me soit permis
de vous représenter que j'ai par devers moi toutes
; les pièces originales de cette comptabilité, qu'il
[ n'est pas prudent de les confier a la mer, sans
;. qu'il en reste traces inscrites sur les registres
i ouverts à cet effet. J'ai vainement demandé à
M. Hugotun agent trésorier en remplacement de
M. Vignaux : il n'a pu en trouver un à Bourbon, Ici nous sonimts ussez pauvres en sujets capable» et mai-iuème, monsieur, je n'ai ni les connais sances, ni la triture convenable pour rédiger cett comptabilité. »
Un autre jour, on reproche au commandant !< congé accordé a M. Blévec. Obligé de se justiGei il explique que cet officier est extrêmement maladl de la poitrine et que MM. Marquis et Duval l'on invité à renvoyer M. Blévec à l'ïle de France, so pays natal, ainsi qu'il résulte du certiScat di médecins, produit à l'appui de cette justification
Puis c'est le projet d'organisation de la justiC qu'il n'a pas fourni. Mais, dit-il, c'est là un obj& trop essentiel et qui demande le concours et li connaissances de plusieurs administr.iteurs i légistes. « En effet, ajoute Sylvain Roux, quan on s'occupe du sort et des intérêts des colons de leurs engagés, on a besoin de beaucoup médil ce que l'on doit faire, même au provisoire. Il s'aj^ dans ce que vous me demandez de poser les basi sur les obligations des engagés, les avantaj dont ils doivent jouir, leur discipline, leur régii dans toutes les situations oii ils peuvent se trouvf enfin les droits des colons. Tout cela nécessite concours de connaissances que ji pour lesquelles il faut des observati
de M. le
procureur encore d'autres personnes expertes d:
;énéral et peul-ètfi
le matières. » Néanmoins il fournit son plan l'organisation judiciaire, un rapport complet sur le port de Sainte-Marie (Port-Louis), un projet très sage de colonisation, tous documents que Ton peut, encore aujourd'hui, consulter avec l'ruit.
Mais toutes ces réclamations du gouvernement, tous ces reproches, bien faits pour irriter un homme aussi dévoué à son œuvre et sur qui pèsent tant de responsabilités, tout cela n'est rien. Une rtroce calomnie circule h Bourbon et le gouverneur »'est empressé de la lui faire connaître. On parle de traite de nègres à laquelle le commandant n'aurait pas été étranger. Des officiers de marine ont dit au gouverneur, sans rien préciser, que des offres leur avaient été faites pour organiser la traite au moyen des navires de l'Etat.
Le commandant fut irrité et il écrivit ah irato au gouverneur : « Quoique très affaibli et privé du secours de mes écrivains qui sont sur leurs lits, je ne résiste pas au désir de repousser la calomnie dont je puis paraître le sujet, ainsi que vous voulez bien m'informer vous-même.
« Je ne sais s'il est vrai qu'on ait fait des propositions à quelques officiers de la marine de coopérer à la traite des nègres : mais si ce fait est exact, ces officiers, au lieu de vous en porter plainte t Bourbon, auraient bien dû, ce me semble, m'en tnser ici et me nommer les auteurs de semblables fropositions.
« Je vous dois compte des bruits qui ont court ici, je les crois plus vrais et plus exacts que ceu^" que l'un il d'^bités à Bourbon, quoique ccpendao) je ne puis rien affirmer îi cet égard, surtout en cc qui concerne la Bacchante.
u M. Paris nous a dit ici, en présence de MM. Prévost, Arnoux et Marquis, qu'à l'arrivée de la Bacchante à Saint-Paul le 22 janvier dernier, le bruit courait qu'elle y avait fait ui» versement de noirs nouveaux; que cependant ce n'était qu'un bruit.
u Informé de cette conversation, je pris de suittfi l'airèté pour qu'immédiatement tous les officiers,! employés et autres personnes résidant à Sainte^ Marie fussent tenus de me fournir un recensement exact des engagés qu'ils s'i^taient procurés depui^ notre arrivée. » Il
Le commandant entrait ensuite dans des détaM tellement précis qu'il fallut bien ordonner l'enquâtfl réclamée par lui. Le résultat de cette enquête firfi que plusieurs officiers se trouvèrent compromis,. notamment M. Frappas, commandant de la Ba& chante, le lieutenant Dorneau et les enseigné Louvel et Querret, tous ennemis personnels i commandant Roux. Au premier on enleva so commandement et les deux derniers furent arrêta et conduits à Bourbon pour être jugés. Quant Dorneau, qui pouvait invoquer la circonstanJ atténuante de sa maladie très grave au moment
è cMXtmtt \e délil . (m le maintiol ■ Saiate- Kec Bim EH'itâr tir UnntMumt d'aitillrrir I Ftovx compldrincnt dîsrDl|Mf. oa «Vn cu}iiliÙB« Aniuui, «pi avnîl, prnlui». i>i vaiUnnuDriil second? Ir . Coi étuit trop! t* goawrnciir de [1 i» ivrf>oiie« suit^Dte, dans Uquello 1 ami de ces odieunet
« ItMomnir de roas rendre compte dn r dont j'ai é)« seconde par le capitnino :. L« «RiH m'a soutcuadaDS mcstribulHtiiiiii. L qoe des louanfrefi â donner à sn condnitr, jadapt tout le tcnips que son navire, iju'il n'a qaîttè un instant, est demeuré dans notre port, t-i-dire depuis le 20 d.^cenihn- 1821 juMiiriiu i-ril, époque où les vents du sud lui ont pumiin ipareiller pour Tamalave et Maiian/nry, il
1 effet d'v aller n
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equeji n'il n'est pas capnblc de Tiiir
L'ufiaire des officiers de la Bacchante était à peine terminée, qu'il fallut s'occuper do celle du capitaine Diibeau. Cet officier, en qui le commnndant avait la plus gr.inde coafiance, était chargé d'inveatorier les effets et les fouds dépendant des successions ouvertes. Il fut établi qu'il avait distrait une partie de ces effets et de cet urgent et
quen
e il avait brisé des scellés. Fort heureu-
sement pour lui la mort l'avait pris avant que tout ceci fût découvert ni même soupçonné ! L'on arriva même à prouver que ce capitaine du corps royal d'artillerie de la marine avait mis dans sa poche une partie des fonds destinés aux ouvriers employés sous ses ordres, et qu'il avait eu sa large part dans le fait de traite, par navire de l'Etat, révélé il la charge du capitaine Frappas et de ses officiers!
Si à Sainte-Marie même les choses se passaient ainsi, on peut se demander ce qui devait exister
A Tamatave, tout le monde se plaignait de ce M. Dayot, dont nous nous étions promis de ne plus parler. Lagardère écrivait à M. Roux : « Vous êtes bien mal représenté ici par votre agent. En conscience cela n'est pas supportable pour une nation comme la nôtre. » Et l'opinion de M. Lngnr' dère n'était pas celle du premier venu. Ce traitant, qui habitait Tamatave depuis de longues années, y était honoré et considéré. Quoique riche, il avait
refusé d'être Tagent commercial français, préférant, écrivait-il, « ne pas être dans les honneurs » ; c'est lui qui revendiquait avec tant d'énergie sa qualité de Français : « Vous n'ignorez pas, monsieur le commandant, écrivait-il à Sylvain Roux, qu'en 1811, lorsque vous fûtes pris à Tamatave, que le commandant anglais, M. Wilson, fit appeler tous les Français à la Batterie et leur fit prêter le serment d'allégeance. Vous savez très bien que je ne voulus point le faire. En conséquence, M. le commandant, je vous déclare, par la présente, que je n'ai jamais cessé d'être Français. »
Comme Lagardère, le commandant trouvait « humiliant pour la France » d'être représentée par le sieur Dayot : « dans le moment il a été obligé de prendre la fourniture de six cents bœufs que lui a donnée un Anglais du nom de Scorwelle et le sieur Hasty *, pour déprécier encore les Français auprès des Ovas, leur dit : « Voyez ce que sont les Français ici et en Europe, puisque leur chef à Tamatave est le « Marmitte * d'un Anglais. »
La conclusion du commandant était « qu'il valait mieux ne pas avoir d'agent à Tamatave plutôt que d'y avoir celui que nous avons ». Et cependant,
J. Le fomeux sergent anglais qui fut envoyé par Farquhar auprès de Radama et de Jean René et devint l'àme de la poli* tique anglaise à Madagascar. Il en a été question plus hauti