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CHAPITRE III L'EXPÉDITION ROHAIH DESFOSSÉS

1845. Ud cdit de RanavaloDa. — Prolestatioas des vasas.— RODiaia Dc«rogfics comroaDdaDt de la staliou navale de la mer des Iodes. — Il esl envoyé 1 Tamainve parle gouTcrnement de Bourbon. — Le Berceau, la Zélée. — Le Conivay et le capitaine Kelly. — Vaines tentatives di' coaciliation. — Le bombardement de Tamatave. — La

Le 13 mai 1845, à deux heures de l'après-midi, tous les vasas ' habitant Tnmatave et les environs étaient convoqués chez le grand juge Philibert. Là se trouvaient niîissécs des troupes hovas.

Au milieu de l'indignatioD générale provoquée par ces mesures inattendues, on donna lecture d'un ordre ainsi conçu :

(( A partir de ce jour, tous les habitants et traitants seront tenus de prendre la loi malgache faite en ce jour concernant les étrangers, c'esl-à-

e de faire toutes les corvi'cs de la moe, d'élre BQJettis h lous les Iravaus publics, même eeax te font les esclaves; de prendre le tangaùt ', laque In loî les y oblige ; — dVtre Tendus et (aKs «laves, s'ils ont des dettes; — d*obéir a tous S oIGciers et niême au dernier des Huvas, ne leur ccordant aucune des prérogalîves que I.i loi mal- Jpche accorde à ses sujets; — de dc sortir de BBniatave sous aucun prétexte et de Dc faire aucun ïommerce avec l'intérieur dc t'Ile. — Quinze jours réflexion sont accordés aux traitants et commerçants. Si à ce terme ils n'ont pas accédé, leurs rlùturcs seront brisées, leurs marchandises livrtl'rs iiu vol et au pillage, eux-mêmes seront embarqués '!<> furcc sur le premier navire qui se trouvera en ladc. „

Cette loi de spoliation et d'expulsion atteignait '"US les Européens, aussi bien les Français que ' 'S Anglais. Yoilh quel était le plus clair résultat '^'Ia politique de Farquhar.

Ceci se passait sous le règne de Ranavalona (Ranavalo Manjaka I") dite « la Cruelle ».

En vain les résidents européens protestèrent-ils ériergiquement contre cette loi inique, a Les Hovas sont maîtres chez eux de changer du jour au lendemain n, leur fut-ïl répondu au nom de la reine

Dés que ces nouvelles parviDrent nourboa, M. Romain Dcsfossés, commandant de la station navale de la mer des Indes, dirigea sur Tamatnve le bâtiment de guerre la Zélée. Le liculenant Fîéreck, qui commandait cette corvette, avait ordre d'abriter sous notre pavillon tous les Europtiens, de quelque nationalité qu'ils lussent, qui lui demanderaient protection.

En même temps un navire anglais le Co/iway, capitaine William Kelly, avait été expédié de Maurice.

Lorsque le commandant Romain DcsroEsés arriva il son tour, montant la corvette lo Berceau, il trouva les deux vaisseaux en rade de Tamatave, La Zélée était arrivée la première. M. Fiércck avait eu avec le chef de Tamatave une conférence qui n'avait pas abouti. Le capitaine Kelly avait eu, lui aussi, dès son arrivée, une entrevue avec le gouverneur hova. Il n'avait pas été plus heureux que son collègue français.

M, Romain Desfossés pensa qu'il était de bs dignité de ne pas faire de nouvelles ouverture» aux Hovas.

De concert avec le capitaine anglais, dont les griefs étaient les mêmes que les nôtres, îl envoya un ultimatum au gouverneur de la place. C'était le 15 juin 1S45. A midi, toutes les dispositions étaient prises pour le cas où les Ilovas refuseraient ' de se soumettre a l'ultimatum

Lie Berceau occupait le centre; à driHte s« trouvait le Conway, et la Zélée à gauche.

A deux heures, le général hova Razakurédy reodit In réponse suivante, qui fut portée à ttnrd du Berceau :

« Nous avons reçu votre lettre et noua vous déclarons que nous ne pouvons changer la proclamation que nous avons donnée comme toi de Madagascar. Je vous salue.

« Signé : Razakaféi>t, a Commandant eX pyavtmtaT de TsiDstsTf. ■

Aussitôt le branle-bas de combat est ordonné. A r dpux heures et demie, on onvre le feu. Après deux heures de bombardement, on se prépare â opérer Ua débarquement ; 3CH) Anglais et Français se jettent dans les chaloupes et en quelques instants, '' force de rames, ils atteignent le rivage.

Le fort était masqué par un rideau de manguiers. " En avant! n cria le lieutenant Fiéreck. Les soldats s'élancent à sa suite. Mais le lieutenant tombe, frappé à la tète.

La haie de manguiers franchie, le corps de débarquement se trouva en face du fort, au haut duquel flottait le haillon qu'encore aujourd'hui non diplomates décorent du nom de « drapeau hovM n. Ce fort, en partie fait de terre de brique, était i:nUi»rii d'un revêtement extérieur. Un talus d'une iinrtaini) épaisseur complétait les travaux de prutrdivn.

Les soldats esculaclèreut cette enceinte soub le feu des IIoviiB. Un Français put même se bisser jusqu'au a drapeau » hova, dont il s'empara qu'il voulut bien partager avec le capitaine aogli Les canons furent encloués. Encore quelques minutes, et le fort et la ville étaient a nous. Mai» il ce moment précis les munitions manquèrent, Celles qui restaient, mouillées lors du débarquement, ne pouvaient pas servir : en effet, les soldats avaient été obligés d'entrer dans l'eau jusqu'à mi-ceinlure, car iiTamatave il n'y a pas de débarcadère; ce sont les naturels qui viennent vous enlever du canot pour vous porter sur le terrain j sec'. Cette fois-ln, les porteurs avaient fait défaut et pour cause.

La retraite sonna. Comme h Foulpointe elle fut tellement précipitée qu'on ne releva même pas les morts. Leurs tètes allèrent orner les pique» malgaches; elles furent ensuite plantées sur des pieux, en pleine ville de Tamatave.

J'ai raconté ailleurs ce qu'il en advint '. Le lendemain de ce malbeureux échec, la division levait l'ancre et la reine pouvait insolemment proclamer qu'elle avait « vaincu ensemble les Français et les Anglais coalisés h.

Durant huit années Madagascar devait rester fermée au commerce européen.

1862-63 : Radania II. -- Laborile et LaMbm. — Ls mm*

if RaJaiKii : M- Dapré à TasMarin. — Vm mW 4e

— La compagaïe de Uad»g»3t»r. — IV'piii |

^K-fourla Fraucedu coiDtiiaiM]aBiDmpn,dxi«Lt b^^Eâi*

■MUifier le traité, — Ratifiolioa. — *— "-^— ■*- °-if-T-

^'{le trÔDC laissé vacant par la mon de ta rnae r fianavalona, celle c|a'oD a pu qaaiifierde ■ Cali- I ptla femelle m, échut à son BU, le j^ane pnii«« R;tkoto, qui pvit le nom de Radama [[.

Rakoto avait été en partie éieré par deax Français : Laborde et Lambert.

Établi depuis bien longtemps à Madagascar, Laborde avait réussi â cr^er â Mantasoua, près d« Tannnarive. d'immenses ateliers. Ver» 1855, il s'était adjoint un autre Français, Lambert.

Bien qu'après le bombardemenl de Tamatave ' s les étrangers eussent <5té obligés de fuir Mada-

pmar. Li faiii r «< LM i Wr t araic-fit ea la bonne fc«*i»« At •* bâgK fealénr par U sanguinaire RanaviMMK. B» ja^HOMal avMe à la cour d'un certiMk (Mal Ctt SB^ paIn<rtC9 ra avaient profilé |M- J i i tfa ff u r WMtma aatarH de l'héritier préamim^bS «4 ««sâcat •■ laï iaspu«r l'amour du pro- ^f» «t tm vtrinUe sUadkenent pnar la France.

Aimai la ■mmiBl Al rarcnoDCtit de Rakoto avait- «■c a* salséc Mtc joie par taas les Français, N f a fc aa 10 c fc wgM le coKmandant Dapré, cliet 4» la ita b ' i ■ manait Ae U naer des Indes, de le H fc iw ti r am sac>« da jeune roi.

L' cica Jb» &a>»caHe se rendit dans les eaux de

asscx — lirrute. s« fit (rsasporler à Tananarive.

De M* «4»*, et na^ré le depil qu'il éprouvait des pRiemwcs da ■— ve a a roi pour les Français, le çDBvn«ef»eat btiUnû^ue avait envové auprès de Radama. afin de refMvsenler la natiou ;iDglaUe à U cêrëmanie da eourooDemeut, une ambassade avant â sa tête le général Johnslone. Mais, quel qu'eàt êlé l'empressement de nos rivaux, il ce leur fut guère pittËlable, car, aux fète& du couronnemenl, ce fut au commaitdaot Duprê que fut réservée la place d'bonueur. Quant aux envoyés anglais, on les reçut avec politesse mais assez fraîchement.

Quelques jours après, Lambert était créé a duc d'Emyrne b et La borde était ngréé ofRcîellement par Raduma, comme « consul de France à Tananarive ».

LA MISSION OUPRÉ. 191

En échange , Napoléon reconnaissait Radama ;omme « roi de Madagascar, sous la réserve des Iroits de la France * » .

Laborde et Lambert, les deux amis du nouveau roi, devinrent ses conseillers. Sous leur inspiration, Radama rendit une série de décrets d'un libéralisme réel.

Après avoir renvoyé les ministres de sa mère pour s'entourer de jeunes gens imbus, comme lui, des idées nouvelles, Radama abolit les corvées dites du roi; les droits de douane et de péage, très préjudiciables au commerce et a l'industrie; la consultation des sorciers^ détenteurs du siguide^ et, en général, toutes les pratiques superstitieuses. Ensuite il proclama la liberté des cultes et autorisa le libre accès de l'île à tous les étrangers.

De plus il signait, avec le commandant Dupré, un traité « de commerce et d'amitié » aux termes duquel nos nationaux et nos produits devaient jouir à Madagascar d'une situation privilégiée. En revanche, la France devait prêter à Radama son appui pour qu'il pût réunir h sa couronne les provinces sakalaves et avoir la haute main sur les affaires de toute l'île. Singulière façon — il faut le dire en passant — de maintenir « les droits de la France ».

1. Il y avait là contradiction évidente. Mais ne falledt-il pas suivre les errements de la politique anglaise?

Le commandant Dupré se rendit en France pour faire ratifier ce triiité par l'empereur.

Entre teaips, Lambert proposiiit à Radama et faisait signer par ce prince une cliarle autorisant la formation d'une compagnie de Madagascar Cette compagnie, qui avait il sa tète M. Paul Desbassyns de Richcmont, sénateur, « avait pour bul l'exploitation des mines, des forêts, des terrains situés sur les cotes et dans l'intérieur. Ladile compagnie avait le droit do créer des routes, canaux, chantiers de construction, établissements d'utilité publique; de faire frapper des monnaies â l'eCGgie du roi n

Les réformes introduites dans l'administration et dans les mœurs n'étaient pas 'pour plaire auxconseilli-Ts de l'aucieune reine et à leurs partisans, tous fidèles aux anciennes traditions, norm plus qu'aux Anglais, dont la charte « Lambert u e*^ le traiti5 de commerce et d'amitié ruinaient le près — tige et l'inQuence à Madagascar. Le vieux partiadroitement excité par les intrigues des méthodistes — en particulier du Révérend EUis, — s£7 mit à travailler dans l'ombre, excitant les popuiatiens contre ce roi qui « livrait le pays aux vasaa ».

Cependant le commandant Dupré avait fait rati- i fier le traité par l'empereur et revenait à Mada- / gascar. Mais les méthodistes avaient continué ' leurs sourdes menées. M. EUis, qui soudoyait les mécontents, alla même jusqu'il fomenter la conspi-

rntioD, prêcher la révolte, pruvoquer IVoH-ote. l.e 12 mai 1S63, les partUan» de Radama rtaienl ^^orgés et lui-même périsMtit étranglé.

M. Ellîs ne cruignit même pa« d'oatragrr b mémoire de Radama. Il 6t imprimer dati» le Commercial Gazelle de l'ile Maurice que « Kadama avait nui au rovauine et que sa mort était profitable au pays ». Impossible d'avouer plae cvniquement aa participatioD à l'asBaflainat de Radanu et ' de ses amis.

l C'est seulement en arrivant à Tamatave qur le I <:onimandant Dupré, porteurdo traité ratifié, coa> > nut ces événements.

II apprit en même temps que la reine, à l'insti- -iliim du R. P. Ellis, refusait de reconnaître b '^i^rle (iLumbert ». Suivant b tradition, il envoya

iiii ultimatum —

un! -

auquel

1 il

suivant la tradition.

Tut nso-

Bien qu'il eût sous ses ordres one véritable pscadre [Vffermione, la Licorne, le Curieux, le Siircouf, VIndrej, le commandant s'abstint de tiiule démonstration contre Tamatave.

11 jugea sa mission terminée et alla reprendre son poste à la tète de la station navale, ii la Réunion. Il lui fallut un sang-froid extraordinaire pour ne pas céder au désir qu'il dut éprouver d'în- Ciger une exemplaire leçon aux assassins de notre « allié II d'un jour.

fi

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