MENTANA
Meìvtvna, s novembre 4S67.
Jetez des fleurs, Dames romaines, Du haut des balcons pavoisés;!
Pour les vaincus soyez humaines ; Pour les vainqueurs, fìls'des croisés, Gomme les Déboras antiques, Entonnez vos plus beaux cantiques; L'ennemi s'enfuit, plein d'efl'roi ; De Rome célébrez la gloire, Et dans vos hymnes de \ictoire, Chantez : Vive le Pape-Roi ! >»
Le camp des Philistins en fête Insultait au camp d'Israël ; Le vieux Goliath à leur tête Lançait des blasphèmes au Ciel.
Orgueilleux de sa haute taille, Il appelait à la bataille, De pied en cap couvert d'airain ; L'œil enflammé, le front farouche, Il marchait, l'injure à la bouche, Et plein d'un mépris souverain.
Tel à Turin, Genève et Berne, Dans les congrès des Fénians, On vit le Goliath moderne Se poser en fils des géans ; En brave révolutionnaire, Traiter David de mercenaire A la solde de l'étranger; « Mon bâton, disait son audace, » Suffira pour donner la chasse >• A ce petit chien de berger. «
Non moins vaillant, mais plus modeste, David, le vainqueur des lions, S'avançait d'un pas ferme et preste, Au milieu de vingt bataillons.
Il avise l'énergumène Qui comme un démon se démène, Mais prudemment à reculons...
Voyez, au premier coup de fronde, Le héros de Monte-Rotonde, Rapide, a tourné les talons.
Jadis, dans leur haine mortelle^ Trois frères Albains et Romains, Pour vider leur longue querelle, En champ clos en vinrent aux mains.
Ainsi, de nouveaux Guriaces, Avec force cris et menaces.
Provoquaient les fils de la Croix ; Mais de nouveau, pour sauver Rome, Parmi nous il ne faut qu'un lipmme, Un seul pour en combattre trois.
Mentana, splendide fait d'armes.
Beau jour de Monte-Rotondo !
Vous avez fait sécher les larmes
Des preux de Gastelñdardo !
Et toi, général matamore,
Qui, sous ton grand casque de Maure,
Ou ton sarreau de Philistin,
De Satan te montres compère,
Si tu veux faire à Dieu la guerre.
De Lucifer crains le destin.
Jeunesse, honneur de la patrie, Que Dieu convoque à maints exploits, Belle fleur de chevalerie.
Croisez-vous tous comme autrefois.
Vos pères, en partant de France, N'avaient qu'un but : la délivrance D'un glorieux et saint tombeau :
Mais vous, c'est le Christ en personne^. Dont vous défendez la couronne ; Votre but n'en est que plus beau !
Ce n'est plus une guerre d'homme.
Ce n'est plus un simple duel Entre les Pontifes de Rome Et les Victor-Emmanuel ; C'est sur une scène plus haute, Que les deux rivaux, côte à côte, Luttent pour ou contre Sion ; Dans une nouvelle entreprise, Satan veut renverser l'Église Avec la Révolution.
Jetez des fleurs, Dames romaines, Du haut des balcons pavoises, Pour les vaincus soyez humaines ; Pour les vainqueurs, fils des croisés, Comme les Déboras antiques, Entonnez vos plus beaux cantiques ; L'ennemi s'enfuit, plein d'effroi ; De Rome célébrez la gloire, Et dans vos hymnes de victoire, Chantez : « Vive le Pape-Roi ! »
Théobald NEVEUX, A. C. G.