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LES CATACOMBES

Püst tenebras, lucem.

Job. XVII, 12.

Ceux qui contemplent les révolutions du genre humain, peuvent observer que c'est sur le Vatican, sur le terrain même où étaient les jardins et les cirques de Néron^ si souvent arrosés du sangr des chrétiens, que les papes ont élevé un temple qui surpasse de beaucoup la gloire du Capitole.

(Gibbon).

Les destins sont remplis I La cité souveraine, Kome sur les sept monts dresse sont front de reine. Le Tibre do ses flots baigne et ceint ses remparts, Les temples de ses dieux, les palais des Césars. Sous les feux du soleil, l'éternel Capitole Fait rayonner au loin son ardente coupole, Et sous ses voûtes d'or, debout et radieux, Règne, la foudre en main, le souverain des Dieux ; Tout le jour l'autel fume, et pour les sacrifices Le Clitumne nourrit les bœufs et les génisses ; Et désertant Memphis, Tlièbe et le Parthénon, Tous les dieux de l'Olympe ont place au Panthéon.

Là-bas, pareille aux flots que soulève la houle, Dans le Forum, la plèbe en grondant se déroule ; Dans leurs litières d'or passent les sénateurs ; Voici le fier consul qu'entourent ses hcteurs;

Sur des coussins de pourpre, Agrippine ou Livie Court aux bains, demi-nue et d'esclaves suivie ; Dans le Cirque, plus loin^ Néron conduit ses chars. Et l'orgie est maîtresse aux palais des Césars. La foule, ivre de sang, s'entasse au Colysée ; De l'auguste empereur la tente est pavoisée ; Ecoutez ! Le lion dans son antre rugit , Et du sang des chrétiens l'arène se rougit. Ainsi Rome toujours est la ville éternelle, Et la nuit et le jour, pour la nourrir, ruisselle Le flot grossi du sang, de l'or des nations. Et pour garder ses murs veillent cent légions.

Tout dort dans la cité ; des flammes de l'orgie La vitre des palais n'est déjà plus rougie ;

Plus d'astres dans les cieux ; Errant d'un pas furtif et chuchotant dans l'ombre, Des femmes, des enfants, à travers la nuit sombre,

GHssent silencieux.

Puis, sous leurs longs manteaux, à pas lents, quelques hommes S'en vont, le front baissé, pareils à des fantômes

Que le remords poursuit; Et fuyant les clartés de la voie Appienne, Cette foule au hasard semble errer incertaine Et se perd dans la nuit.

Dans d'obscurs souterrains la voilà descendue. Une lampe vacille, aux voûtes suspendue,

Et de ses pâles feux Projetant les lueurs aux murs des catacombes. De deux rangs de martyrs elle éclaire les tombes Et les os glorieux.

Tout à coup ébranlant les voûtes souterraines, Gomme un de ces concerts que des brises lointaines

Soupirent dans les flots, Des cantiques sacrés la céleste harmonie Eclate, et des vieux murs de l'enceinte bénie

Réveille les échos.

L'autel brille, l'encens fume avec les prières. Le pontife, un vieillard, offre des purs mystères

Le calice et le pain, Puis, dans les rangs pressés, sa main tremblante et sainte, Où le fer des bourreaux a laissé son empreinte,

Sert le banquet divin.

Ainsi, quand des Césars dort la Rome infidèle. Aux tombeaux des martyrs une Rome nouvelle

Vient apprendre à mourir; Et la foi de ses feux illuminant les âmes, On verra, pleins d'ardeur, ces enfants et ces femmes

Aux supplices courir.

Et quand, vaincue un jour, menant ses funérailles, Rome aux coups d'Alaric ouvrira ses murailles,

Calme et le front serein, L'Eglise alors puissante et dans le sang grandie, Pour arracher ses fils au glaive, à l'incendie,

Leur ouvrira son sein.

C'en est fait : des tombeaux secouant la poussière, Rome sort de la nuit, le front ceint de lumière, Et de la croix du Christ adorant les clartés, Les peuples dans son sein viennent de tous côtés. Du dieu capitolin la statue est brisée ; La croix triomphe et monte au front du Colysée. Aux lieux où rugissaient les cirques de Néron, Michel-Ange a dans Fair jeté le Panthéon, Et caché sous ce dôme, étonnant mausolée, Les cendres du Pêcheur des lacs de Galilée. Des temps et des erreurs défiant l'ouragan. Le Pontife immortel domine au Vatican, Et l'œil serein, du haut de ce roc immobile, Comme un pilote assis sur sa barque tranquille, Le doigt levé, bravant le tumulte des mers, Le doux vieillard bénit la ville et l'univers.

L'Abbé FAYET,

Juieur des Beautés de la poésie ancienne et moderne, des poëmes de la Foi, de l' Espérance, de. lu Ch::rifé, etc.

(diocèse de moulins)

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