L'ANGE ET LES PERLES
(légende)
-Après avoir veillé durant toute une nuit,
Au Tout-Puissant, pour nous, adressé sa prière,
Au lever du jour, le Saint-Père,
La paix dans l'âme, s'endormit.
Auprès de ce Pontife à la fermelé rare
Resplendissait une tiare Dont un pieux chrétien naguère lui ñt don.
Et sur la couronne papale Une perle orientale Eblouissait les yeux de ses rayons.
Sur le marbre de la croisée Une fleurette au soleil exposée
S'inclinait perdant sa couleur.
Sur elle étincelait d'une douce lueur
Une humble goutte de rosée.
Celle-ci crut pouvoir donner le nom de sœur
A la noble perle irisée.
— (( Moi, ta sœur ! — dit la perle avec un ton hautain, )) — Moi qui luis constamment, moi dont l'éclat divin » Eblouit le regard et que chacun admire ! » Non, tu n'es pas ma sœur! Le soleil du matin, » S'il chauffe quelque peu, suffit pour te détruire, » Tandis que ma beauté ne verra pas de ñn. »
La fraîche goutte de rosée, De ce triste orgueil offensée.
Dit à la perle « A quoi sers-tu?
)) A faire applaudir dans ce monde » Les purs reflets dont je t'inonde. — » Car, resplendir, c'est ma vertu. )) — « Et toi, — dit la perle inhumaine, De son éclat, hélas 1 trop vaine, — » A quoi sers-tu ? Tu n'en sais rien. »
— - « Je sers à soulager la peine, » Et, sur cette terre incertaine, )) A mourir pour faire le bien. »
Après ces mots, la goutte de rosée Glissa sur la tige embrasée De la fleur qui courbait son front pâle et mourant ; La tige reverdit jusques en sa racine Et la fliur reprenant sa teinte purpurine,
Se balançait au doux souflle du vent.
De la voûte azurée
Un aDge descendit.
Dans sa main recueillit
La goutte de rosée.
Et le Maître divin.
Père de l'humble qu'il réclame.
En fit un diamant dont la ûamme Para le front d'un chérubin.
La perle un jour perdit son reflet rare(*), Et ne rehaussant plus l'or fin de la tiare
Fut mise à l'abandon.
Superbes, profitez tous de cette leçon.
J. B.^« FITERRE,
Lieutenant des Douanes et membre de l'Union des poètes.
Bayoone, 26 mai 1869.
Cl) Les admirables reflets dont la perle est parée se nomment orients. — Les perles sont sujettes à des maladies qui leur font perdre leur orient, tantôt pour quelque temps, tantôt pour toujours.
(Note de i'Auteur).