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LE CHRISTIANISME

SA. SAINTETÉ FIE

Religion sainte, sublime, Dicte-moi les divins accords Que tes poêles dans Solyme Ont modulé dans leurs transports.

J'entends, sur l'Océan des âges, Dans le calme, dans les orages, Ces voix instruisant les mortels.

Les générations s'écoulent.

Les vastes empires s'écroulent.

Mais debout restent les autels.

Le Fils de Dieu lègue, au Calvaire, Sa vie au monde chancelant.

Quand le soleil, dans sa carrière, Voile son disque étincelant.

Quand les murs du temple s'agitent, Que plusieurs justes ressuscitent, Que le monde est saisi d'effroi.

S'éclipse l'antique mystère; Et tandis que tremble la terre. Apparaît la nouvelle loi.

Un long soupir s'est fait entendre Du Golgotha sur l'univers ; Le rocher nu vient de se fendre ; L'ancien monde brise ses fers.

Vainement prodiguant l'outrage, Les tyrans, dans leur folle rage, Versent le sang de toutes parts; Les dieux s'affaissent dans leurs tombes. Et s' élançant des Catacombes, La croix monte au front des Césars.

Élevez-vous, voix du génie, Pures voix, montez jusqu'au cieux :

Retentissez, mâle harmonie De tant de Papes glorieux.

Le Roi, paré du diadème, Devant leur majesté suprême Vient courber un front vénéré.

Le dernier cri du paganisme S'éteint avec le despotisme.

Et le monde est régénéré.

Comme ce fleuve au cours rapide Qui descend de monts sourcilleux, Au sein d'une campagne avide Laissant un limon précieux ; Ainsi dans la plaine du monde Que l'erreur rendait inféconde, S'élance le culte proscrit ; Le genre humain se fertilise

Du ferment que répand l'Église, Rouge du sang de Jésus-Ghrist.

Attila, de l'immense empire, De son glaive lait des lambeaux, Et sur la terre qu'il déchire. Il creuse de vastes tombeaux.

De ce barbare la parole Épouvante le Capitole, Qui murmure un dernier adieu ; Il tombe le colosse antique !...

Mais voyez, un front angélique Arrête le fléau de Dieu.

Rome, élève ta tête altière.

Le genre humain est à genoux, Non devant ta force guerrière, Mais devant le céleste époux Qu'en tes murs la gloire couronne.

La vertu du Ciel t'environne, Et tu commandes par sa voix.

Tes Nérons n'efí'raient plus la terre, Leur aigle a perdu son tonnerre Qui s'est éteint devant la croix.

Qu'était cette morale austère Et de Socrate, et de Platon ; Qu'était cette morgue sévère De celui qu'on nomma Gaton ; Lucrèce, qu'était ce délire,

Qui, pour ce qu'un monde peut dire, Souffre l'outrage à son époux; Auprès de ces pures victimes, Et de ces chastetés sublimes Qu'inspire la foi parmi nous?

Yaillants de la philosophie, Vous qui passez sans lendemain, Votre raison qu'on déifie Qu inspira-t-elle au genre humain?

Ouvrez vos pompeuses annales, Vos célébrités patronales Ne nous offrent qu'obscurité.

Et nous ne trouvons la lumière Que dans cette barque de Pierre Où le Christ lui-même est monté.

C'est la foi qui brave la haine Et le fer de l'impiété ; La colère qui les déchaîne Meurt contre son éternité.

Qu'un Luther sorte de la poudre, Un Bossuet saisit la foudre, Et précipite le géant.

Toute ligue contre l'Église, Rencontre un vengeur qui la brise.

Et l'engloutit dans le néant.

E. BURGADE,

Professeur é mérite, Bibliothécaire-Archiviste de Libourne,

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