‹ La France a RomeChapitre 23 sur 177 · E. BOURGOUIN · texte numérisé non relu

E. BOURGOUIN

(diocèse de POITIERS)

NON PR/EVALEBUNT!

L'homme d'en bas, assis au festin de colère, Dans sa fureur voudrait effacer de la terre

Le nom du seul Pontife-Roi.

Il voudrait que saint Pierre encor aux Catacombes S'en allât dans la nuit et la poudre des tombes,

Pour mieux opprimer notre foi !

« Que fait-il, ce vieillard endormi sur son trône, » Avec sa Chape d'or et sa lourde couronne,

)) Et son sceptre à demi brisé?

)) Il a comblé ses jours; réveillez-le, le prêtre )) Dont le temps ne veut plus, le prince sans ancêtre

» Seul au fond de son Elysé.

» Assez il a vécu ; la tombe le réclame.

» Assez, par ses lenteurs, il a glacé la flamme

)) De la divine Liberté.

)) Qu'il aille sans regrets, sans larmes et sans gloire, » Embrasser dans la mort les Benoît, les Grégoire,

» Vrais tyrans de l'humanité !

» Qu'il meure ! Mais qu'aussi son Église et son culte )) S'exilent à jamais de l'héritage inculte

» Du peuple et du sénat romain.

» Qu'on jette aux vents du Ciel de ses chartes la poudre, Et que dans Rome encor on entende la foudre )) De Jupiter Gapitolin !

» Il est un droit nouveau que tu n'ignores, Prêtre, » C'est le vouloir du peuple ; or, le peuple, seul maître,

» Le peuple ne veut plus de toi.

» Depuis quatre-vingts ans il déterge le monde : » Et sur les flots pressés quand sa voix roule et gronde,

» C'est pour faire ou défaire un roi.

» Vas, tu comptes en vain les prières des femmes, » Des pâles tonsurés les odieuses trames,

» Et tous tes sectaires en deuil; » Voici d'en haut venir la déesse immortelle, » La sainte Liberté ! ! venger la loi nouvelle,

» Et te clouer en ton cercueil ! » '

0 Pape, Ò Roi notre Saint-Père, 0 Pontife unique et sacré, Ainsi l'impie en sa colère Souille votre nom vénéré.

Mais nous baisons vos mains royales ; Mais, sur le blanc pavé des dalles, Nous cherchons le pas imprimé Par la poudre de vos sandales, 0 Pape, ô Père bien-aimé !

Que l'antique serpent dans la fange se roule, Et, de sa lèvre impure, au courroux de la foule,

Désigne l'immortel nocher.

Pierre, ce grand vainqueur, s'en rit et le méprise : Il parle à l'Univers ; il commande à l'Église,

Toujours debout sur son rocher.

Ah ! c'est qu'en son grand cœur, le Pontife de Rome Sait qu'il porte le bien et la foi de tout homme

Au nom du Christ purifié.

C'est que malgré la nuit et malgré sa détresse, Il croit en la parole, il croit en la promesse

De Jésus-Christ crucifié.

Or, le Sauveur a dit au fils de la Colombe, A ce Galiléen dont la royale tombe

Est faite l'autel du Seigneur.

« Simon, te voilà Pierre, et l'Église immortelle » Sur toi reposera son assise éternelle,

» Malgré l'Enfer et sa fureur. »

Depuis, l'Éghse a vu s'accomplir tous les crimes : Dans la fleur de leurs ans, des milliers de victimes

Tomber et mourir sans combats, Ses papes dans les fers, ses prêtres en alarmes, Les chrétiens outragés, arrosant de leurs larmes

Le pain de leur pauvre repas.

Elle a vu dans son sein les nations avides ' Chasser de leur moustier les phalanges timides,

Son cher et son plus doux trésor ; Brûler les temples saints, profaner les images, Et, sur l'autel muet, souiller de leurs outrages

La croix et les calices d'or.

Mais l'orage a passé. Les vieihes basiliques Un jour ont tressailli sur leurs bases antiques.

Au chant de l'Hosanna nouveau.

Le moine a regagné sa couche virginale. L'autel a revêtu sa chlamyde royale,

Et Pierre est sorti du tombeau.

Ainsi, Dieu, fécond en miracles, De son peuple a vengé les pleurs, La foi de ses sacrés oracles, Et nos revers et nos malheurs.

L'Église tout éblouissante.

Rajeunie et resplendissante.

Aujourd'hui répand ]a clarté De son auréole brillante De foi, d'espoir, de charité !

0 doux Roi des chrétiens, ô vivante relique, Des droits les plus sacrés défenseur héroïque,

Prêtre selon l'ordre éternel !

Oui, toujours vous vivrez. Malgré l'heure suprême;, Malgré Satan, toujours le triple diadème

Geindra votre front immortel.

L'abbé Alphonse-Marie GIRAUDEÏ.

(DIOCèSE DE LYON)

LE CONCILE

Stellse vocatse sunt et dixerunt : Adsumus,

D'où vient que, traversant et les monts et les ondes, Une parole a fait tressaillir nos deux mondes? Tout s'ébranle, là même où le grand cri jeté Ne devrait être, hélas! qu'aux tombeaux répété!... L'Eglise d'Orient, de la Ville éternelle Autrefois la compagne et l'émule fidèle, A la voix de Pie IX s'arrache à son sommeil Et lui fait espérer le jour dù grand réveil. L'Allemagne, au flambeau de sa vaste science, Prise depuis longtemps comme d'un doute immense, A l'appel du Pontife aujourd'hui se souvient Qu'à Rome existe encor le symbole chrétien. La superbe Albion, dans la droite des femmes Honteuse d'avoir mis le beau sceptre des âmes. Au spectacle étonnant que lui donne un Vieillard, Vers Rome a reporté son cœur et son regard. Mais surtout, à l'appel du Pontife suprême. L'univers catholique est digne de lui-même: Pas de cité sur terre et d'ile dans les flots Qui ne rende à sa voix les plus puissants échos!

Des plaines de Pologne aux plages de la France, L'Europe en ses pasteurs noble et fière s'avance ; Le Nouveau-Monde aussi, pour la première fois, Au monde ancien s'unit et vient dire : « Je crois! »

Lève-toi, lève-toi, Jérusalem nouvelle!

Et redressant ton front inondé de clartés, Regarde tes enfants venir de tous côtés

D'où viennent-ils ?... Qui les appelle?...

C'est Pie IX, leur Pontife-Roi

Ils viennent de partout, car partout est la foi !...

Voix du Nord, du Midi, du couchant, de l'aurore ! Voix de tout continent que notre soleil dore ! Voix sur terre et sur mer qui disent : « Nous voici! Nous voici du pays de saint Jean Ghrysostome,

De Bernard, d'Augustin, d'Anselme, de Jérôme

Et ce qu'ils croyaient tous, nous le croyons aussi ! » Écoutez ! comprenez enfin cette prière Qu'à Rome mille voix vous répètent : « Mon Père ! Qu'ils soient un comme nous ! »

Et toi, monde flétri, qui ne vois que la terre. Dont les bièns sont le culte, et l'or est le mystère ! Hors de là, sans amour, sans espoir et sans foi ! 0 triste champ de mort que voyait le Prophète,

Ecoute ! et relevant la tête.

Vrai peuple de croyants, sur tes pieds dresse-toi !

Ecoutons, nous aussi, catholiques fidèles. Tressaillons à l'écho de ces voix solennelles ; Et nous sentant soudain et plus grands et plus forts,. Qu'en ce cri de triomphe éclatent nos transports : <( Rome ! sainte cité î Si jamais je t'oublie. Que ma langue glacée à mon palais se lie! Si jamais en ma joie, ainsi qu'en ma douleur, Rome ! tu ne reviens la première en mon cœur ! »,

0 Pie IX! tu verras ces grands jours de victoire; Et tu pourras alors, chargé d'ans et de gloire, Dans le sein du Seigneur t' endormir radieux. Gomme un brillant soleil au bout de sa carrière, Qui, trouvant trop petit le monde qu'il éclaire. Dans l'immense Océan descend majestueux! ! !

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