‹ La France a RomeChapitre 34 sur 177 · DIOCÈSE DU PUY · texte numérisé non relu

DIOCÈSE DU PUY

ODE A PIE ÍX

Et novus renascitur ordo

D'un long frémissement la terre s'est émue. Lorsque le divin souffle a passé sur nos fronts. D'où vient donc cette voix qui soudain nous remue, Vibrant comme Tappel des sonores clairons ?

Forte comme le bronzç au milieu des batailles, Elle ébranle le monde ; — et ce vieil endormi. Ce Lazare, qui sent tressaillir ses entrailles, Dans son linceul glacé se soulève à demi !

Qui me parle, dit-il? quelle est cette merveille? De mes bras décharnés j'embrassais le néant; Je dormais pour toujours et voici qu'on m'éveille! N'ai-je point reconnu la voix du Dieu vivant?

Tu ne t'es point trompé, Lazare, c'était elle ! Tu ne t'es point méprise, ô pauvre humanité ! Dans la tombe où tu gis, c'est le Christ qui t'appelle Pour te rendre la vie et l'immortahté !

Hélas ! tu n'étais plus qu'un cadavre livide, Et déjà dans l'horreur de ton suaire étroit. De la destruction montait l'œuvre rapide... Mais le Maître a parlé : Lazare, lève-toi !

Marche vers le bonheur, marche vers la lumière ! Viens chercher la justice avec la liberté! Lève-toi ! dans l'azur dresse ta tête fiére, Et tout être avec toi sera ressuscité !

Car les temps sont venus, les siècles vont renaître ! Dans nos veines à tous palpite un sang nouveau ! Oui, le Christ a parlé par la voix de son prêtre, Et le Juste a paru, t'arrachant au tombeau !

C'était peu pour l'amour, c'était peu pour la gloire De cet autre Messie au doux front radieux. T'enlever au sépulcre, ô vulgaire victoire! Ce qu'il veut, ce qu'il faut, c'est te conduire aux Gieux I

C'est te mener au port après tant de tempêtes, Clore l'ère des pleurs et des gémissements! Et son œil tout remph du rayon des prophètes Voit Faube qui sera la fin de tes tourments !

0 vision céleste et si chère à nos âmes. Descendez jusqu'à nous, venez nous embraser! Ah î que l'humanité se ravive à vos flammes Et dans sa paix enfin vienne se reposer !

0 Père, tes enfants ont compris ta pensée : Ils viennent plus nombreux que les vagues des mers. Que les astres des nuits, foule ardente et pressée, Pour apprendre à tes pieds la loi de l'univers !

Ah ! si ton Sinaï, trop semblable au Calvaire, Yit tes affres sans nom, Pontife bien-aimé, Tu parlas face à face avec Dieu ! Sa colère Fut apaisée alors et son bras désarmé.

Et lorsque descendu des hauteurs extatiques, Où l'ombre du Très-Haut avait touché ton front, Tu reportas vers nous tes regards angéhques, Ton cœur tout lacéré ne jeta qu'un pardon.

Parle-nous maintenant, carton peuple t'écoute, De ton verbe sublime il attend le trésor, Dis-lui qu'il faut marcher, et montre-lui la route, Et donne-lui la vie, ô vainqueur de la mort!

Tu sais combien le mal a fait d'âpres morsures Sur ces membres glacés par le froid des tombeaux ; Ta vigilante main a sondé nos blessures; Lazare n'avait plus qu'une chair en lambeaux....

Il avait tout perdu, ce monde que tu presses Pour l'échauffer encor sur ton cœur paternel! Ah ! comme il a besoin de toutes tes tendresses ! Ah! comme il était mort, Père, cet immortel I

Où donc était la foi, ce flambeau de la vie ? Où donc était l'espoir? où donc était l'amour? L'honneur, la liberté, l'innocence ravie?... L'immense nuit régnait, tu ramènes le jour!

Ton peuple peut marcher : lumineuse colonne Prête à guider ses pas, il a sur son chemin Le nimbe de ton front, la splendeur de ton trône... S'il allait défaillir, tu lui tendrais la main !

Là-bas, à l'horizon du siècle qui commence, Est le pays de lait et de miel ! en avant ! Là-bas l'humanité laissera la souffrance, Dernier pli du hnceul qui couvrait son néant !

Là-bas elle entrera dans la terre promise

Que parfume la fleur de toute vérité î

Et tu l'y conduiras, — plus heureux que Moïse, — ■

Rayonnant dans la gloire et l'immortalité I

Auguste LESTOÜRGIE.

Ârgentat [Corrèze).

(diocèse de tulle)

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