‹ La France a RomeChapitre 5 sur 177 · DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE FRANCE

» 1° Aucun de nos tres-chrestiens Roys de France n'a assisté ny favorisé pas un des autheurs et nourrissiers des 23 schismes eslevez en l'Eglise contre les légitimes papes ; ains les ont maintenus, soustenus, et défendus, et les ont rendus victorieux de tous les antipapes, schismatiques, et de leurs adherans.

» 2^ Aucun de nos tres-chrestiens Roys de France n'a assisté n'y favorisé aucun Empereur, Roy ou prince ennemy, ou persécuteur de l'Eglise catholicque et des Papes , ains les ont receuz en leur adversité, et garenty de tous leurs ennemis, et ont prins leur faict et cause le tort qui leur estoit faict.

» 3° Aucun de nos Roys de France tres-chrestiens n'a esté qui n'ait receu les conciles orthodoxes, œcuméniques, et y ait obey , et leurs subjects.

» 4» Aucun de nos FiOys de France tres-chrestiens n'a esté qui ait aimé, soustenu, ou favorisé aucune hérésie : ains y ont résisté et poursuivy tous hérétiques par conversion , les obstinez par punition, obeyssans aux saincts décrets des papes et canons de l'Eglise catholicque, apostolicque et romaine.

» C'est la couronne de gloire sans pareille qui attourne les chefs héroïques de nos Roys de France depuis douze cens ans , gloire qui surpasse de beaucoup celles de tous Empereurs, Roys et princes chrestiens et payens qui aient oncques esté au monde. »

Dès que saint Pierre commmença la régénération du mondO; ii dota la France des apôtres les plus zélés et des évêques les plus saints (1). Ses successeurs l'imitèrent, et l'on vit toujours l'Eglise romaine , à partir de son origine même, considérer la France comme sa fille aînée, et l'aimer, la favoriser par-dessus toutes les autres nations de la terre. Il était juste qu'en retour la monarchie française , dès le premier moment de sa fondation, se constituât comme la protectrice née de la papauté.

Dieu réserva à Anastase II le bonheur de recevoir le premier roi chrétien dans le sein de l'Eglise romaine, et avec lui la grande nation soumise à son sceptre. Le Pape monta sur la chaire de saint Pierre le 14 décembre de Tannée 496 , et Clovis fut baptisé le 24 du même mois. Ce monarque était le seul souverain du monde qui eût le bonheur d'appartenir à la foi catholique ; les autres nations chrétiennes avaient des hérétiques pour chefs. Théodoric, roi des Ostrogoths, en Italie, était arien, ainsi que le roi des Visigoths et celui des Bourguignons , tandis que l'empereur Anastase était eutychien. Le Pape voyait donc dans le roi franc le plus puissant protecteur de la chrétienté et du siège de Rome. Il lui donnait le titre de fils, et le roi l'appelait son père. Les Francs se portaient garants du maintien du patrimoine de saint Pierre et des Pontifes romains, qui traitèrent désormais nos rois comme les ñls aînés de l'Eglise. Les Papes se portaient garants do la foi de la nation franque. Dès lors la France et le Saint-Siège devenaient solidaires l'un de l'autre. Dieu a resserré cette alliance de siècle en siècle. Il permettra qu'à la fin des temps, sous le règne d'un nouveau Charlemagne , elle soit encore plus forte que jamais.

Quand Clovis eut été lavé dans les eaux du baptême, toute l'Eglise

(4) Rappelons, dans la riclie série des fondateurs de nos églises et des apôtres des Gaules, saint Lazare, premier évêque de Marseille; saint Gliélidoine , l'aveugle-né de l'Evangile, preiuier évêque de Nîmes et de Samt-Paul-Trois-Cliâteaux ; saint Paul, le Sergius Paulus des Actes des apôtres , premier évêque de Narbonne ; saint Martial, premier évêque de Limoges ; saint Eutrope, d'Orange ; saint Trophime, d'Arles; saint Denys l'Aréopagite, de Paris, etc., etc. Parmi les saintes, la France revendique, comme lui ayant apporté l'Evangile, sainte Madeleine, sainte Marthe, les saintes Marie Jacobé et Salomé, sainte Véronique, etc., etc. On n'ignore pas le voyage de saint Paul à travers les Gaules. Plus tard, nous eûmes saint Pothin, saint îrénée, etc. On le sait par le témoignage rie tous les pères anciens, il n'est aucun évèché qui n'ait été fondé ou canoniquement validé par saint Pierre ou ses successeurs. C'est donc à la papauté que nous sommes redevables de tous nos pères dans la foi et de tous les fondateurs de nos églises.

se réjouit de cette conversion signalée , et la plupart des évêques lui écrivirent des lettres de félicitation sur un événement si avantageux pour ce monarque et pour la cause qu'il embrassait. Au-dessus de toutes ces épîtres, il faut placer celle du Pape, qui termine en souhaitant à Glovis de triompher des Visigoths et des Bourguignons, également ariens. Ces deux nations, désignées sous le nom collectif d'ennemis, renfermaient beaucoup de catholiques , qui regardaient Glovis comme leur espérance et leur soutien. La lettre d'Anastase II est conçue en ces termes :

« Ânastase , Evêque , à son glorieux et illustre fils Clovis.

» Nous nous félicitons que votre entrée dans le Christianisme ait eu lieu à la même époque que le commencement de notre pontificat. Le Siège apostolique ne peut que se réjouir d'un aussi grand événement, en voyant une si puissante nation se réunir à lui. Je vous ai envoyé le prêtre Euménius, pour vous témoigner toute la joie de votre père en Jésus-Christ : je ne doute pas que vous ne remplissiez nos espérances, et que vous ne deveniez le plus ferme appui de notre Siège, et la plus grande consolation de l'Eglise, qui vient de vous mettre dans la voie de Dieu. Notre cher , notre glorieux fils , continuez à donner des sujets de joie à votre Mère : soyez pour elle un soutien aussi solide qu'une colonne de fer , afin que ses prières obtiennent du Ciel que vous marchiez toujours dans la voie du salut , et qu'il fasse tomber à vos pieds les ennemis qui sont autour de vous. » (Viallon, chanoine et bibliothécaire de Sainte-Geneviève : Clovis-le-Grand , premier roi chrétien.... Varis, 1788, p. 271.)

Le protectorat exercé par la France sur Rome était généralement reconnu, même par les empereurs de Byzance , qui trahissaient systématiquement l'Italie, n'osant pas inquiéter les barbares de ce côté-là, parce qu'ils avaient des traités avec ceux qui les menaçaient autour de Constantinople (1). C'est ainsi que l'empereur Tibère , successeur de Justin, répondait aux plaintes des patriciens , envoyés de Rome en ambassade , l'an 568 , en les engageant lui-même à acheter par des présents la paix avec les rois lombards , ou à implorer les secours des Francs (2). En présence de ce lâche abandon, les papes étaient de plus en plus obligés de diriger les choses temporelles. L'Italie entière

(1) J. de Maistre. ou Pape, liv. n, chap. 6.

(2) Gibbon. Décline and Fait of the Roman Empire, voL v. — Muratori , Aunali d'italia, ann. 5C8, t. v.

avait les yeux tournés vers le successeur de saint Pierre ? et tous les peuples , Français , Italiens , Hérules , Lombards , étaient d'accord sur ce point, que le chef de l'Eglise était vraiment roi, quoiqu'il ne le fût pas encore nominalement.

En 741 , le pape Grégoire IÍI envoya à Charles-Martel une ambassade solennelle , pour le supplier de prendre la défense de Rome contre les incursions incessantes des Lombards. Les ambassadeurs pontificaux étaient chargés d'oifrir au duc de France les clés du tombeau de saint Pierre, avec l'étendard de la ville de Rome et la dignité de patrice romain. Charles-Martel envoya à son tour des présents magnifiques , comme un hommage au Vicaire de Jésus-Christ. Le pape Zacharie , qui succéda la même année à Grégoire IIÍ , recueillit un peu plus tard les fruits des démarches de son prédécesseur , car Luitprand fit par écrit la restitution à Saint-Pierre de toutes les villes enlevées au duché de Rome et de divers patrimoines pontificaux.

Le pape Zacharie assura le titre et la dignité de roi de France à Pépin , qui avait succédé à la puissance de son père , Charles-Martel.

Le misérable Constantin-Copronyme ne faisait rien pour l'Italie, tandis qu'Astolphe, roi des Lombards, après avoir pris Ravenne, soumis tout l'Exarchat et les autres provinces du nord de l'Italie, menaçait de réduire entièrement par ses armes le duché de Rome, sur les terres duquel il était entré. Dans sa détresse , Etienne il en écrivit à Pépin, le conjurant de venir au secours de Rome. Les ambassadeurs du roi des Francs ne tardèrent pas à paraître en Italie. Alors le Pape , au milieu des pleurs et des gémissements de son peuple, résolut d'aller apaiser par des présents les injustes prétentions d'Astolphe, ou de se rendre, en cas de refus, à la cour de France, pour implorer la commisération de Pépin. Il fit ce voyage accompagné des envoyés du roi franc. Le roi des Lombards fut inexorable; mais ses menaces ne purent rien sur le Pape , qui se hâta d'aller trouver le roi des Francs , dont la protection ne lui fit jamais défaut.

Etienne fut reçu comme le chef de l'Eglise universelle. Pépin vint à sa rencontre avec sa famille, et, en présence de toute sa cour, lui rendit les honneurs souverains. Les fils du roi se prosternèrent devant le Pape, et lui baisèrent les pieds avec respect. Dans l'assemblée du Champ-de-Mai , qui eut lieu quelque temps après , le Pape exposa avec émotion , en présence de la valeureuse nation des Francs , les griefs dont il avait à se plaindre. Bientôt après il repassait les Alpes, mais en véritable triomphateur, escorté de toute l'armée française, que Pépin commandait en personne.

Après line faible résistance , les Lombards demandèrent la paix, qu'ils n'obtinrent qu'à des conditions honteuses pour eux , et jurèrent de restituer à l'Eglise romaine toutes ses possessions usurpées. Mais l'armée française n'eut pas plus tôt repassé les monts , qu'Astolphe reprit de nouveau FoiFensive, et Rome fut très-étroitement assiégée, tandis que son territoire était cruellement ravagé.

Etienne eut de nouveau recours à Pépin. Dans une lettre touchante, il mettait dans la bouche de saint Pierre les supplications les plus ardentes au royal protecteur de son patrimoine.

Pépin ne tarda pas à revenir en Italie , avec une armée aussi nombreuse qu'aguerrie. Cette seconde expédition fut encore plus rapide et plus heureuse que la première. Rome fut délivrée. La restitution de l'exarchat de Ravenne au Pape fut le premier fruit de ces nouvelles conquêtes. Les clés des principales villes furent livrées avec des otages entre les mains de l'ambassadeur franc, qui alla solennellement les déposer sur le tombeau de saint Pierre. Pépin ne songeait qu'à rendre ce qui appartenait au patrimoine de saint Pierre. Avant d'attaquer Astolphe , il lui avait envoyé plusieurs fois des ambassadeurs , pour l'engager à rétablir la paix et à restituer les propriétés de la sainte Eglise de Dieu et de la république romaine , tant la souveraineté pontificale était reconnue , antérieurement aux donations carlovingiennes (1). La magnifique restitution du roi des Francs fut octroyée avec le domaine souverain des provinces impériales , que le Pape posséda dès-lors de plein droit , en vertu de la concession que Pépin lui fit de ses conquêtes. Mosheim (Institut. Hist. Ecoles., p. 263) pèse cette donation avec autant de sang-froid que de prudence. L'original n'en a jamais été produit ; mais le Codex Carolinus suppose cette vaste donation , et le Liber Pontificalis la donne (p. 171). De ces deux témoignages contemporains , le dernier est d'une authenticité qu'un incrédule même ne peut contester , puisqu'il a été conservé dans les archives de l'Empire. Gibbon, qu'on n'accusera pas de partialité envers le Siège de Rome, s'exprime en ces termes sur la conduite du roi et celle du Pape : «.... Suivant l'interprétation la plus rigoureuse de la loi, chacun peut accepter sans crime tout ce qu'un bienfaiteur peut lui octroyer avec justice.... Ce n'était pas pour prendre en main la cause de l'iconoclaste que Pépin avait deux fois exposé sa personne et son armée dans une expédition au-delà des Alpes, il possédait donc et pouvait

{!) De Maistre, Du Pape, 1. ii, ch. 5.

aliéner ìégiíimemeiit ses conquêtes; il répondit en conséquence anx importunités des Grecs, en leur disant qu'aucune considération ne saurait le faire résoudre à reprendre le don qu'il avait fait au Pontife romain pour le salut de son âme et la rémission de ses péchés. » (Op. citât. f vol. VI, ch. 49.)

Gharlemagne fut un de ces hommes prodigieux qui ne sont ni d'un siècle, ni d'un peuple, mais qui appartiennent à l'humanité, et projettent l'ombre de leur grandeur sur tout ce qui leur succède. Tellement grandiose par les lumières , le courage , le caractère , par toutes les supériorités , que la grandeur même est entrée dans son nom : on le voit à la fois législateur , fondateur d'empire , conquérant , et l'initiateur de son époque par le génie qui pressent et prépare l'avenir. Un jour ce grand homme fut amené dans la Notre-Dame d'alors par son héroïque père. Un pape, l'auguste protégé de la France, Etienne îï, attendait au pied de l'autel Pépin-le-Bref et son fils . Celui qui fut plus tard Gharlemagne s'agenouilla devant le Christ présent en son Vicaire, et reçut des mains qui bénissent le monde le présage de sa royauté Mure. Ainsi se rencontrèrent les deux plus sublimes puissances de l'histoire, la monarchie française et la papauté. Charlemagne fonda son empire sous la bénédiction de la papauté; ses successeurs le perdirent le jour où ils voulurent dominer les pontifes romains.

Gharlemagne ayant succédé à Pépin voulut s'assurer de laccomplissement dos volontés de son père , les princes Lombards étant des parjures. Après avoir envoyé deux ambassades en Italie , pour obtenir par les exhortations que Didier restituât les patrimoines octroyés par Pépin à saint Pierre, le grand Charles , voyant à découvert l'imposture du successeur d'Astolphe , ne pensa plus dès-lors qu'à passer lui-même en îtalie. L'avant-garde de l'armée française s'empara des passages des Alpes fortifiées par les Lombards. Dans cette position avantageuse, Charles eut encore la bonté d'essayer les moyens de conciliation* Mais tandis qu'il s'avançait vers Didier, dont il n'avait pu vaincre l'obstination , celui-ci prit la fuite, et alla s'enfermer dans Pavie, tandis que son ñls Adalgise se retirait dans Vérone. Gharlemagne, laissant à ses généraux le soin de bloquer ces deux places , traversa rapidement la Lombardie , qui se soumit presque entièrement à ses armes.

Au commencement de l'année suivante , il se mit en chemin pour aller voir le pape Adrien et honorer le tombeau des Apôtres. Il fut reçu avec des honneurs inouïs. Quand il fut monté sur le vestibule de Saint-Pierre , Adrien le reçut dans ses bras : le grand monarque

et le saint pontife se donnèrent publiquement le baiser de paix. Depuis des siècles, Rome n'avait pas contemplé une pompe comparable à celle qu'on déploya quand Gharlemagne fit son entrée triomphale dans la vieille capitale du monde. Le mercredi qui suivit la fête de Pâques, le monarque franc vint dans un grand appareil à Saint-Pierre , où il confirma solennellement toutes les donations de son père Pépin , en présence d'une nombreuse assemblée de seigneurs francs et de nobles Romains , et en déposa respectueusement le diplôme sur la Confession apostolique. Il y ajouta le don d'une partie des provinces de la Lombardie , de la Vénétie , de l'îstrie , de l'île de Corse , des duchés de Bénévent et de Spolette , avec un décret qui confirmait l'élection d'un duc que les Spolétains venaient de faire.

C'est ainsi que les rois francs donnèrent définitivement la cité des Césars et ses dépendances aux Papes. Charlemagne acheva de fonder la puissance pontificale. La charité , la munificence et le courage déployés par les successeurs de saint Pierre avaient mérité mille fois d'hériter de toutes les prérogatives des lâches monarques du Bas- Empire sur Rome et les provinces impériales. Grâce à Charlemagne, Adrien I*"^ fut réellement le roi de Rome. C'est le premier pape qui ait exercé d'une manière absolue la souveraineté temporelle , dont il pouvait désormais porter le titre uni à la possession de droit et de fait. Il suffirait, pour conserver sa mémoire, de l'amitié dont l'honora Charlemagne , et des larmes que ce grand monarque répandit sur sa mort.

Léon m succéda à Adrien. En donnant avis à Charlemagne de son exaltation, il lui envoya des ambassadeurs chargés de lui présenter l'étendard de la ville de Rome , avec les clés de la Confession de Saint-Pierre , afin de lui rappeler symboliquement, par cet hommage, qu'il s'en était constitué le défenseur.

■ Quelques années après, Léon ayant été audacieusement outragé par des officiers de son palais , révoltés contre son autorité , le roi franc , dont il était allé réclamer l'appui , le fit reconduire à Rome avec honneur , accompagné d'un grand nombre de prélats et de princes français , qui le ramenèrent en triomphe à l'église de Saint- Pierre.

Charlemagne retourna lui-même à Rome à la fin de l'année suivante , 800« de notre ère. Ce fut son quatrième et dernier voyage dans la cité pontificale. On le reçut avec tous les honneurs dus à sa double qualité de roi et de patrice. On sait comment , le jour de Noël , dans la basilique de Saint-Pierre , le Pape mit une couronne

d'or sur la tête de Charlemagne , aux acclamations de tout le peuple et du clergé qui criaient : « Yie et victoire à Charles Auguste , au grand et pacifique Empereur des Romains ! » Le Pontife lui fit ensuite l'onction de l'huile sainte , ainsi qu'à son fils Pépin. A leur tour, les deux princes jurèrent de maintenir la foi et de soutenir les privilèges de l'Eglise romaine.

La politique chrétienne fut organisée le jour où fut fondé un empire nouveau , créé pour l'honneur et le service du christianisme , et dont l'inaugurateur était un homme si sublime , que la grandeur a pénétré son nom. Les autres monarques ont des épithètes : le Grand, le Juste , le Sage ; l'empereur couronné par le pape Léon îll n'a point de surnom , car on l'appelle Charlemagne.

Quatorze ans après sa proclamation comme empereur d'Occident, cet homme immense descendait dans la tombe, en recommandant à ses fils, héritiers de ses vastes Etats, de demeurer les fidèles défenseurs des droits spirituels et temporels des papes, comme la chose la plus importante à considérer dans l'exercice du pouvoir souverain.

Peu de temps après son intronisation, le pape Etienne IV se transporta en France. Louis-le-Pieux , successeur de Charlemagne , était à Reims. A leur entrevue , le pontife pressa dans ses bras le monarque, et ils entrèrent ensemble dans l'église pour remercier Dieu de les avoir réunis. Le Pape reçut une ample confirmation de la donation de Pépin et de celle de Charlemagne. Cette fameuse charte, commençant par ces paroles : Ego LudovicuSy énonce d'une manière formelle que Pépin et Charlemagne avaient depuis longtemps, par un acte de donation de leurs conquêtes, restitué l'exarchat au bienheureux apôtre Pierre et aux papes. Un auteur du temps déclare qu'Etienne, avant de s'en retourner en Italie , obtint de Louis tout ce qu'il lui demanda. « Et quidquid postulavit ab eo accepit. » (Agnell. , Rerum Italie, pars prima ^ tom. ii.)

En 875 , Charles-le-Chauve vint se faire couronner empereur à Rome. Il y renouvela les diplômes donnés par Pépin , Charlemagne et Louis-le-Débonnaire ; et, par les paroles les plus précises , confirma la domination souveraine des pontifes romains : « Renovavit pactum cwn Romanis, perdonans illisjura regni et consuetudinis illiuSy etc. » (Marca, De Concord. Sacerd. et Imperii, lib. ni, cap. 2.) C'était alors un temps d'angoisse et de tribulation pour l'Eglise romaine. Cependant , les titres de saint Pierre à la possession de son patrimoine éclataient toujours, et les souverains français ne cessaient de s'honorer

XXVi LA FRAr\CE A ROME.

de porter ie titre de défenseurs du Saint-Siège. C'est ainsi que Cliarles-le-Chauve avait promis sur la tombe de saint Pierre d'être le défenseur du pontife romain et de ses domaines. Les empereurs d'Allemagne confirmaient solennellement, de temps à autre, la possession indépendante des biens et des Etats que les monarques francs avaient octroyés à lEglise romaine. Les empereurs d'Allemagne juraient tour à tour, en recevant leur couronne des mains du Pape, de se dévouer à la défense du Siège de saint Pierre , d'en être les avoués et les défenseurs , de maintenir les libertés de Rome et les privilèges du Pape. Mais de même que les rois francs avaient pris la défense de Home , quand les empereurs de Constantinople la laissaient sans secours ; ainsi , quand les empereurs allemands cessèrent de soutenir la papauté , les rois de France surent prendre ce noble rôle et en recueillir les prérogatives.

Mais que confirmaient- les empereurs d'Allemagne ? Les donations de nos monarques francs. C'est ainsi que Henri de Bavière , dans les premières années du onzième siècle , confirma les diplômes et les chartes accordés par Cliarlemagne et ses successeurs, ils ajoutaient à tous ces privilèges , mais ne faisaient jamais que continuer des fondations originairement françaises. Leur patronage se réduisait d'ailleurs à défendre les droits et les domaines de saint Pierre, sans toucher à la souveraineté dont nos rois avaient investi la papauté , bien qu'ils cherchassent souvent à asseoir leur suzeraineté sur Rome.

Un Français , Hildebrand , qui avait été prieur de Gluny , fat élu pape sous le nom de Grégoire Vil, après avoir été, pendant vingt ans, le bras droit et le défenseur le plus ardent des droits sacrés du Saint-Siège.

Nous ne faisons que rappeler le pape Urbain li , qui convoqua , en 1095, l'assemblée de Clermont, où fut résolue la première croisade^ une de nos plus belles gloires nationales.

La France est l'asile ordinaire des papes persécutés. Le pape Gélase, inquiété à Rome, se retira dans notre patrie. Alexandre IÍI s'y retira également , ne trouvant d'abri nulle part en Italie , persécuté qu'il était par Frédéric Barberousse et les schismatiques du parti de cet empereur. (Muratori, Op. citât., an. 1162.)

Quand Othon de Saxe, en 1210, se Jeta sur les terres de l'Eglise, il fut excommunié avec ses partisans par le grand Innocent I1Í. Le roi de France prit parti contre Othon, ainsi que tous les princes de l'Allemagne.

La critique historique a, de nos jours, démontré complètement que la Pragmatique sanction n'était qu'une fable. Saint Louis fut le plus

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