LA FRANCE A F^OUE. XXVÍÎ
exact continuateur de la piété de ses ancêtres envers le Vicaire de Jésus-Christ. Aussi mérita-t-il que le pape Grégoire IX lui écrivît les sublimes paroles qu'on va lire. Ce texte donne la clef de plusieurs prophéties. C'est , pour la France, un des plus glorieux témoignages de ses prérogatives providentielles. Rendu au plus parfait de nos rois par un des plus grands papes qui aient gouverné la Chrétienté , cet hommage fait pressentir tout ce que l'Eglise nous réserve de splendeur en récompense de notre dévouement :
« Le Fils de Dieu, dont le monde entier exécute les lois, et aux désirs duquel les armées célestes s'empressent d'obéir , a établi sur la terre divers royaumes et divers gouvernements pour l'accomplissement des célestes conseils. Mais , comme autrefois , entre les tribus d'Israël, la tribu de Juda reçut des privilèges tout particuliers : ainsi le royaume de France a été distingué entre tous les peuples de la terre , par une prérogative d'honneur et de grâce.
» De môme que cette tribu n'imita jamais les autres dans leur apostasie, mais vainquit au contraire en maints combats les infidèles, ainsi le royaume de France ne put jamais être ébranlé dans son dévouement à Dieu et à l'Eglise ; jamais il n'a laissé périr dans son sein la liberté ecclésiastique ; jamais il n'a souffert que la foi chrétienne perdît son énergie propre ; bien plus , pour la conservation de ces biens , rois et peuples n'ont pas hésité à s'exposer à toutes sortes de dangers et à verser leur sang.
» Il est donc manifeste que ce royaume béni de Dieu a été choisi par notre Rédempteur pour être l'exécuteur spécial de ses divines volontés. Jésus-Christ l'a pris en sa possession comme un carquois d'où il tire fréquemment des flèches choisies, qu'il lance avec la force irrésistible de son bras, pour la protection de la liberté et de la foi de l'Eglise , le châtiment des impies et la défense de la justice. » (Labbe, Collect. Concil., t. xi, p. 366.)
Sous la tyrannie usurpatrice de Frédéric II, se voyant entouré d'ennemis au dedans et au dehors de Rome , le successeur du courageux Grégoire ÎX, Innocent IV, vint en France. Il y convoqua à Lyon, l'an 1245, un concile général qui excommunia l'empereur. Dès qu'il apprit la mort de Frédéric II . Innocent ÍV , qui était à Lyon , quitta cette ville pour retourner en Italie. Ce grand pontife eut la gloire d'abattre ce despotisme antichrétien , qui voulait oppresser l'Italie et engloutir le pouvoir du Pape , en se couvrant astucieusement de la gloire de Charlemagne. Lorsqu'ensuite les discordes civiles et l'insolence des barons romains eurent forcé les papes à se retirer en
France, l'Italie , envahie par les empereurs de la maison de Bavière, perdit pour jamais cette indépendance qu'elle n'avait pas su conserver, et dont elle n'avait que trop abusé.
Pendant le siège odieux de Viterbe , fait par les Romains sous le règne de Grégoire VÎI , mais malgré les efforts de ce pontife , les auxiliaires du Pape étaient commandés par un comte de Toulouse et un évêque de Wincliester. (Gibbon, Op. citât., vol. viii, cliap. 69.)
L'an 1273, Grégoire X présida dans Lyon un concile œcuménique, où les Grecs se réconcilièrent avec l'Eglise romaine.
Plus d'une fois , pour échapper aux persécutions suscitées par les Hohenstauifen , les papes avaient cherché un refuge au-delà des Alpes. Mais , au commencement du quatorzième siècle , Avignon devint le séjour de la papauté fugitive , et les Romains , en voyant le trône du Pape s'établir sur les rives du Rhône , crurent pendant longtemps que les bords du Tibre ne le reverraient plus , car la papauté resta à Avignon au-delà de trois quarts de siècle.
Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, élu pape sous le nom de Clément V, fixa son séjour à Avignon.
« A l'ombre de la monarchie française , et au milieu d'une population obéissante , les papes jouirent d'un honorable et doux repos auquel ils avaient été trop longtemps étrangers. » (Gibbon, Op. citât. ^ vol. VIII, chap. 69.)
« Les calamités de l'Italie, en l'absence des papes, surpassèrent tout ce qu'elle avait pu endurer anciennement de l'envahissement des hordes les plus barbares. » (Ughelli , Italia sacra, t. i.)
Au mois de septembre 1370, Urbain V s'en retourna tout à coup en France, où il mourut en arrivant. Mais un nouveau pape français, élu à Avignon, Grégoire Xî, ramena le Saint-Siège à Rome, en 1376.
Le concile de Constance, qui ne fut rien moins qu'oecuménique, doit être considéré comme l'origine du gallicanisme. On trouve , dans ce conciliabule , les racines des quatre maximes de la Déclaration du clergé de France , que Bossuet s'est laissé entraîner à défendre, sans trop savoir ce qu'il faisait et sans y tenir beaucoup , car son Sermon sur l'Unité de V Eglise est une véritable réfutation du gallicanisme. Des maximes complètement subversives de l'ordre, des idées éminemment socialistes , des principes anarchiques qui ne seraient pas seulement la ruine de l'Eglise, mais celle de tous les pouvoirs civils, furent applaudis dans les discussions de Constance. Le Dauphin de France le comprit , cela est évident , vu la manière dont il reçut les docteurs de l'Université , à leur retour de Constance: « Qui vous a faits si
hardis, leur dit-il, que d'avoir osé attaquer notre seigneur le Pape et lui enlever la tiare ? 11 ne vous reste plus , après cela , que de disposer de la couronne du Roi , mon maître , et de l'état des princes de son sang ! » M. l'abbé J. Gorblet dit à ce propos (4) : « Le duc de Guyenne avait le coup-d'œil juste , et il se disait sans doute que l'on ne peut point briser la clé de voûte de l'édifice social , sans que tous les arceaux ne soient bientôt emportés dans leur chute. La négation de l'infainibilité religieuse conduit à la négation de la souveraineté dans l'ordre temporel. Tout pouvoir qui est discuté perd sa force et son prestige. Si l'on peut soumettre à l'appel d'un Concile les décrets du Pape, dont la puissance est essentiellement monarchique, à combien plus forte raison pourra-t-on discuter l'autorité du roi qui gouverne, du ministre qui exécute , de la loi qui condamne , du juge qui prononce ! »
Sixte IV fixa le nombre des auditeurs de la Rote à douze , dont un Français, nommé par le Roi Très-Chrétien.
Avant de reprendre par les armes les villes du patrimoine de saint Pierre, dont les Vénitiens s'étaient emparés , Jules lî , après les avoir inutilement réclamées par son ambassadeur, avait employé à la même fin les bons offices du roi de France et de l'empereur. Le règne de ce pape fut admirable. « Toute cette belle contrée , de Plaisance à Terracine, reconnut son autorité. Il avait cherché partout à se présenter avec le caractère d'un libérateur. Gouvernant ses sujets avec une sage douceur, il s'assura leur attachement et leur dévoûment. Les princes temporels n'étaient pas sans alarmes à la vue de tant de populations courageuses unies au Pape. » (Ranke, Hist. de la Papauté au XF/^ siècle. ) Le temps était passé , disait Machiavel , où le baron le plus insignifiant pouvait braver le pouvoir papal , regardé maintenant avec respect même par le roi de France.
Quand Clément VII s'échappa du château Saint- Ange , au bout de sept mois de captivité , il avait reçu quelque espérance d'être secouru par les Français.
A qui Bossuet crut-il devoir exposer le plan de l'éducation du Dauphin ? Au Pape. Il fallait bien que le père sût comment on élevait son fils aîné.
Louis XÍV, type du gouvernement personnel, soutint le gallicanisme , parce que cette doctrine était devenue un corollaire de l'ab-
(1) Le concile de Constance et les origines du gallicanisme. 1869. în-s,p. 24, (Extrait de la Revue des sciences ecclésiastiques.)
solutisme royal. Il ne comprenait pas qu'en diminuant l'obéissance due au Pape , il détruisait en principe la soumission de son peuple. Cependant le roi-soleil ne transigea pas avec le jansénisme, et se montra digne du titre de très- chrétien en Fétouifant. Cette hérésie, si bien enveloppée d'austérité , n'était , au fond , qu'un gallicanisme individuel, tandis que le gallicanisme était lui-même un protestantisme à l'usage des rois et de certains groupes d'évêques , qui voulaient, tout en évitant le schisme, se rendre indépendants du Siège de saint Pierre. Mais si la France a eu des princes et des réunions cléricales pour soutenir le gallicanisme , hâtons-nous d'ajouter que le peuple français , trop vif d'ailleurs pour s'inquiéter d'arguties théoiogiques, n'a jamais séparé la foi cathoHque de l'obéissance due au Pape. Nos populations ont toujours suivi en cela l'invincible courant de la tradition évangélique , qui fait du Pape la pierre sur laquelle est établie l'Eglise
Quand l'infortuné Pie YI fut amené dans notre pays , il eut du moins la consolation d'être environné des pieux hommages de toutes les populations du midi de la France. Grâce à Dieu, ce n'étaient point des Français qui avaient envahi le patrimoine de saint Pierre et enlevé le Pape ; c'étaient des révolutionnaires , êtres déclassés qui n'ont aucune nationalité et ne sauraient représenter un peuple. Ceux qui représentaient la France alors, c'étaient les âmes généreuses qui se faisaient bénir par le Pontife ou qui jetaient des fleurs dans sa voiture. Au moment où Pie Vî mourait, la défaite et des désastres sans nombre poursuivaient les armées du Directoire dans leur fuite à travers l'Italie. La victoire ne devait favoriser nos soldats que lorsque celui qui allait les commander relèverait les autels du Très- Haut.
En protégeant la papauté , Napoléon 1«'' fonda un empire ; il le perdit quand il osa toucher à la tiare. Quatre ans après qu'il eut fait de Rome une préfecture de l'empire français et emmené le Pape en captivité , la plus grande armée qui eût existé en Europe, depuis l'origine de la civilisation, était ensevelie dans un linceul de neige. Quand l'Empire eut cessé , Pie Víí quitta son exil , en donnant sa bénédiction à ce peuple français , dont les homm.ages en avaient si souvent adouci l'amertume. Il regagna l'Italie au milieu des bénédictions et des cris d'allégresse des populations accourues sur son passage.
On connaît le triomphe momentané du mazzinismc à Rome, en 1849, et l'exil de notre Saint-Père Fie ÎX à Gaëte. Il nous était réservé
de mettre un terme aux horreurs opérées à Rome par les révolutionnaires, et de rétablir le Pape sur son trône. Quoique républicaine alors , la France se souvint qu'elle était toujours la fille aînée de l'Eglise. Un autre Napoléon allait préparer un nouvel empire , en restaurant la souveraineté du successeur de Pie YIL L'expédition de Rome fut résolue. La Yille éternelle fut assiégée. Moins de deux mois après, l'armée française y entrait, le 5 juillet 1849. Lorsque la nouvelle en arriva dans Paris , les démagogues furent furieux de la victoire de nos soldats : preuve évidente que l'esprit révolutionnaire détruit tout patriotisme ! Ils tentèrent , pour réparer leur défaite, d'obtenir de l'Assemblée nationale un vote contre la puissance pontificale. Le comte de Montalembert prit la parole et décida la question romaine. îl dit, en concluant :
« L'histoire annoncera que, mille ans après que Ciiarlemagne eut gagné une gloire immortelle en consolidant la puissance papale , et cinquante ans après que Napoléon , au somm.et de la toute-puissance, avait succombé dans l'essai de détruire l'œuvre de son immortel prédécesseur ; l'histoire annoncera que la France est demeurée fidèle à ses traditions , et sourde à d'odieuses provocations. Elle parlera de ces trente mille hommes commandés par le digne fils d'un des géants de notre grande époque impériale , qui laissèrent la patrie pour aller rétablir à Rome, dans la personne du Pape, le droit, l'équité, les intérêts français et européens ; elle redira les paroles de Pie IX, dans sa lettre de félicitation au général Oudinot : « Les armes françaises ont triomphé des ennemis de la société Immaine. » Oui , l'histoire le proclamera ainsi, et ce sera une des plus belles gloires recueillies par la France dans le dix-neuvième siècle. Sans doute , vous ne voudriez pas amoindrir , ternir cette gloire par un tissu de contradictions et d'inconsistances Inextricables. Savez-vous ce qui souillerait à jamais le drapeau français? Ce serait si vous deveniez les adversaires de l'étendard de la croix , si des soldais français , au lieu d'être les protecteurs du Pape, s'en faisaient les persécuteurs ! Ce serait échanger le glorieux rôle de Charlemagne contre la pitoyable contrefaçon de Garibaldi. »
La victoire qui fut annoncée bientôt après ce discours est digne d'être rangée parmi les plus hauts faits d'armes que les Français aient jamais accomplis, en combattant pour l'Eglise ou, ce qui est tout un, en défendant le Siège de saint Pierre contre ses ennemis. Ce fut un grand jour pour la Papauté, un jour glorieux pour la France, qui rendit au Pape son trône, en rendant Rome au monde catholique,
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Les courageux efforts de nos soldats triomphèrent d'un vii ramas de
spoliateurs. Le vote de l'Assemblée nationale rouvrit les portes de la
Ville éternelle aux cardinaux envoyés par le Souverain-Pontife pour
y rétablir son autorité.
« Quelques semaines après, dit M. l'abbé Brasseur de Bourbourg (1), Pie IX , rentrant dans sa capitale , voyait à genoux son peuple , implorant, avec sa bénédiction, un pardon généreux (12 avril 1850). Ainsi le dix-huitième siècle , qui avait espéré une première fois anéantir la Papauté avec Pie VI , donnait au dix-neuvième d'être trois fois témoin de son triomphe le plus glorieux et le plus inattendu. Grand et précieux enseignement dont les princes et les peuples, éclairés surtout par la triste expérience de ces dernières années , sauront enfin profiter ; qui leur fera comprendre que rien n'est stable que ce qui est fondé sur la Religion et sur la pierre inébranlable de l'Eglise , et qu'on ne saurait toucher au Patrimoine de saint Pierre, sans ébranler la société et s'attirer inévitablement les châtiments que Dieu réserve à ceux qui osent étendre la main sur l'arche sainte. »
Nous n'en dirons pas davantage sur les événements accomplis sous le règne de notre Saint-Père Pie IX. Le denier de saint Pierre , les zouaves pontificaux , les noms de Lamoricière et de Pimodan , le combat de Gastelfidardo , les courageuses paroles de nos évoques , et tant d'autres grandes choses faites par des Français pour notre bienaimé pontife, sont des^^actes si récents, si publics, si particulièrement connus de tout le monde, que nous ne tracerions qu'une page dont la mémoire est vivante dans tous les esprits.
Il s'agit de faits accomplis sous les yeux de toute la chrétienté de nos jours. L'histoire de Pie IX est une de ces admirables biographies que la postérité seule peut recueillir en entier et évoquer dans toute leur splendeur. Gomment , quand on est au milieu de la tempête actuelle , résumer des actes si nombreux et si grands qu'ils tiennent en suspens le monde entier ?
Au moment où s'ouvre un Concile œcuménique destiné à régénérer le monde, nous ne chercherons pas à pénétrer l'avenir de la Papauté. Nous savons qu'elle durera autant que l'Eglise militante , c'est-à-dire autant que le monde , et cela suffit à la foi du chrétien.
Si la barque de Pierre est momentanément assaillie par la tourmente , si Rome est attaquée , si le Pape est menacé , que doit faire
(1) Histoire du Patrimoine de saint Pierre, depuis les, temps apostoliques jusqu'à nos jours. li<55, in 8», p. 574 à 375»
la France? Demandez-le à Pépin, à Gharlemagne , à Louis-le-Pieux, à nos plus grands rois. Toutes nos traditions nous obligent à défendre Rome et le Souverain-Pontife , depuis la lettre d'Anastase II à Clovis jusqu'au fameux « Jamais ! » de M. Roulier.
Le Prince Impérial est le filleul du Pape. Pourrait-il abandonner son parrain? Il est des titres dont la seule valeur morale oblige sous peine d'ignominie.
Quoi qu'il arrive , rappelons-nous toujours que la France est à Rome comme chez sa mère , et que les destinées de notre pays étant liées à celles de la Papauté , cette glorieuse alliance durera jusqu'à la consommation des siècles.
Nous avons à Rome des privilèges. Les ambassadeurs extraordinaires délégués par les puissances catholiques auprès du Sacré - Collège , pendant la vacance du Saint-Siège , se rendent en grande pompe à l'audience du conclave, pour remettre leurs lettres de créance et prononcer un discours , auquel le cardinal chef de l'ordre des éveques est chargé de répondre. Ces envoyés diplomatiques haranguent en latin , excepté le représentant de la France , qui seul a le privilège de parler au Sacré-Collège dans la langue de son pays.
Nos établissements nationaux de Rome sont : 1° Saint-Louis-des- Français , église et clergé de douze chapelains ; 2° Saint-Yves-des- Bretons , église et rectorat ; 3-^ Saint-Nicolas-des-Lorrains , église et rectorat; 4" Saint-Denis-aux-Quatre-Fontaines, église et religieuses de Notre-Dame; S** Saint-Sauveur-m-T/iermù', oratoire et chapeilenie ; 6°" la Vmiñcdiüon-ai-Banchi, église et chapeilenie; 7° la Trinitè-des- Monts , église et couvent de dames du Sacré-Cœur ; 8° Sainte-Claire, séminaire; 9° Saint-CIaude-des-Bourguignons , église et congrégation de prêtres polonais. Cette congrégation n'a que la desservance de l'église et la jouissance de la maison qui y est annexée, la propriété demeurant à la France. Il en est de même pour les dames du Sacré- Cœur , à la Trinité-des-Monts , et pour les religieuses de Notre-Dame, à Saint-Denis. Notre point de vue étant spécialement religieux, nous n'avons pas à parler des institutions artistiques que nous possédons à Rome.
Les arts ont toujours aimé à marier les lis français à la tiare et aux clefs romaines.
Trois prophéties, accompagnées de figures symboliques, ont été conservées dans un opuscule introuvable. Les voici :
Foràs timor : servi Dei sub umbrâ Ulii quiescent. Eloignez la crainte : les serviteurs de Dieu reposeront à l'ombre du lis.