LE PAPE
Là, ceint d'une triple couronne.
Règne un Pasteur, Pontife et Roi; L'éclat divin qui l'environne Au loin ne porte pas l'effroi.
A l'ombre d'un sceptre invisible, Il conduit son troupeau paisible Sur les rivages de la paix ; Et des plis de sa roche blanche Vers laquelle l'amour se penche Ne s'échappent que des bienfaits.
Trois fois pour lui pria son Maître, Afin qu'au doigt son lourd anneau A jamais le fit reconnaître De la brebis et de l'agneau ; Afin qu'en ses mains lutélaires, Sourd aux baisers comme aux colères^ Sans taches il gardât la loi ; Et que tranquille en sa vaillance Il n'eût jamais de défaillance Dans son amour ni dans sa foi.
C'est lui dont la voix paternelle, Depuis dix-huit siècles bénis, Plane , dans la Ville-Eternelle, Sur les pèlerins réunis.
C'est le premier de ces phalanges Qui sur terre font croire aux anges Et passent en chantant des chœurs.
C'est le plus fort de ces bras vierges Qui jettent la clarté des cierges Sur les justes et les pécheurs.
La bonté qui charme la terre, La grâce qui ravit les Gieux Entourent ce Vieillard austère D'un prestige mystérieux.
Pourtant il a connu les larmes...
Un ñls, sur lui levant ses armes^
D'un haillon sanglant s'est vêtu...
Mais tout l'effort de la tempête N'a pu faire incliner sa tête Et n'a prouvé que sa vertu.
LE CONCILE
Il a fait un signe à ses frères...
Gomme s'ils entendaient Jésus, Malgré des rois, des vents contraires, Tous viendront... fallût-il pieds nus.
Ils viendront des lointains rivages Où vivent ces hordes sauvages Dont les palmiers font la maison ; Ils viendront des cités superbes Où, des astres jusqu'aux brins d'herbes. Tout s'explique par la raison.
Ils viendront près de leur Monarque, Humble pêcheur dans un palais^ Qui du monde conduit la barque Et prend nos cœurs dans ses fìlets.
Archevêques et Patriarches, Ils viendront tous monter les marches De la chaire où Pierre est assis, Et, courbés sous le poids de l'âge, Se faire le touchant partage De l'espérance et des soucis.
Le voilà, cet Aréopage !
Il ose dire au genre humain :
« Nous allons écrire une page
(( Que Dieu signera de sa main.
<( Fils des palais, fils des chaumières,
« Nous possédons toutes lumières ,
« Des vastes ñots jusqu'au ciel bleu :
« Nos fronts qu'une flamme illumine
(( Nagent dans la clarté divine
« Gomme aux jours des langues de feu.
(( Que nous font les voix applaudies
(c Des mélodieux orateurs,
(( Les éclairs et les incendies
« Des célèbres réformateurs ?
« Loin de nous les sages antiques.. .
(( Et les disciples des portiques...
í( Et les législateurs profonds...
i( L'enfant d'Athènes et de Spartes « A genoux eut baisé nos chartes...
« L'Esprit-Saint pense sous nos fronts. »
Oui, Dieu vous montrera sa face ! !
Et forts de cette grande voix,
Exempts de faiblesse ou d'audace, %
Vous parlerez même à des rois.
Pour condamner ou pour absoudre,
Vous tonnerez comme la foudre,
Vous chanterez comme une sœur...
Gomme le maître qui commande,
Ou l'épouse qui tout demande
Et tout obtient avec son cœur.
Comme les cèdres et les roses
Que flétrissent quelques instants.
Vous direz si les saintes choses
Doivent subir la loi du temps,
Si la justice et la clémence
Sont les rêves de la démence, !
Si l'effroi seul fait le remords,
Si l'homme a brisé la balance
Où dans un suprême silence
Autrefois Dieu pesait les morts.
If
Vous nous direz si l'héroïsme Est le rêve des jours passés, Si le souffle de Fégoïsme Doit flétrir tous nos cœurs glacés.
S'il faut borner toute^espérance A vaincre, ici-bas la souffrance, Si la douleur n'a plus d'attraits.
Et si du couchant à l'aurore Il n'est un enfant qui n'adore Bientôt lejsoleil du progrès.
Vous direz si les philosophes Font l'enfant humble, chaste et fort, Si les poètes ont des strophes Dont legsouflle conduise au port; Si l'enfant que la foi délaisse Ne peut parfois de la faiblesse Tomber jusqu'au crime à pas lents, Et devenir ce monstre avide Qui, la nuit, sur la tombe vide, Frappe la mère et les enfants.
Ah ! proclamez le droit des âmes !
Si le corps doit tuer l'esprit.
Si lui seul a ces droits infâmes Dont Tenfant de douze ans sourit.
Si l'ombre égale la lumière, Si le doute vaut la prière,
S'il n'est ni bon, ni mauvais fruit. ... Si tous ces principes funèbres Ne sont que le~,|droit"aux ténèbres Des tristes oiseaux de la nuit.
Les vents jetteront vos paroles
Au frais vallon, sur le rescif,
Aux froids penseurs, aux cœurs frivoles^
Au grand navire, au frêle esquif.
Vous rallumerez dans les âmes
Le feu mourant des nobles flammes,
L'amour du bien, l'amour du beau.
Nous verrons^encor des merveilles :
Les sourds ouvriront les oreilles,
Les morts sortiront|dQ tombeau.
Oh ! dites à Tâme ravie,
Dites au cœur déshérité :
Quelle est la mort, quelle est la vie.
Et l'erreur et la vérité.
Quand vous descendrez la montagne,
Qu'une clarté vous accompagne,
De vos rayons éclairez-nous...
Parlez... Sur les antiques dalles
Des chapelles, des cathédrales,
La foi vous attend à genoux.