ODE SUR LA PROCHAINE CÉLÉBRATION
DU
CONCILE CECUMÉNIQUE
Depuis que la Vérité sainte, fille du Ciel, est des-^ cendue sur la terre, l'enfer lui a livré des combats sans trêve; mais toujours victorieuse, elle montre du doigt les tombeaux où s'amasse la poussière de ses ennemis.
0 ma muse; oseras-tu chanter tant de gloire ? Va, si tes sœurs du Tibre approuvent tes accords, tes ondes seront plus sacrées aux poètes que celles même duPermesse.
Des sommets sacrés de l'antique Solyme, la Vérité prenant son essor est venue se reposer sur le mont Vatican. Elle y règne glorieuse et forte. Du pied de son trône rayonne une lumière sereine jusqu'aux limites du monde.
Là s'est arrêté le chœur paisible des vertus. Du laite de cette sainte Colline sort une voix éternelle qui, jamais étouffée par les bruits ennemis, va retentissant sur tous les rivages du monde.
Entre tous les dons, héritage du Christ, ô sainte Liberté, tu es l'un des plus beaux ! Ah ! si notre siècle infortuné voulait t'unir à la vertu dans une indissoluble alliance, l'âge d'or reviendrait ici-bas !
Sa voix intrépide dénonce à la face du monde les fureurs des tyrans : elle ñétrit sans crainte les lois iniques. Et seule sur la terre, quand les rois complices, esclaves d'un silence pusillanime, voient périr la Justice, cette . sainte Liberté réveille le monde par ses audacieuses protestations.
0 Rome, foyer de la vérité, que médites-tu pour sauver ce malheureux siècle ? 0 féconde et vénérable mère, il faut que nous nous réchauffions sur ton sein, et ce vieux monde aux abois n'a plus d'espoir qu'en toi !
Il n'y a que la vertu qui maintienne l'humanité à son rang : elle nous arrache aux vulgaires et terrestres préoccupations. Prêtons-lui donc une oreille docile et nous nous élèverons à notre divine destinée.
0 lamentable état de notre société ! elle ressemble à un moribond en proie aux affres du trépas ; et toi, Europe, quelles crises tourmentent donc tes peuples et quelle fièvre dévorante torture leurs entrailles ?
0 peuple chrétien, vois- tu jusqu'où les orages t'emportent? Et pourtant si tu veux l'invoquer, il est un Dieu qui te sauvera. Car quelque courroucés que soient les flots, il n'a qu'à vouloir, et ils redeviendront paisibles à sa voix.
Ah, je le vois, ton navire court droit aux abîmes : déjà j'entends gronder au loin le gouffre, et bientôt, hélas ! ô téméraire, si tu ne t'arrêtes, le tourbillon t'emportera au fond des mers.
Renonce, je t'en conjure, à tes orgueilleux desseins. Mille fois la tempête a fondu sur toi ; ton esquif est délabré et menace de s'entrouvrir au sein des flots.
Ah, malheur à toi ! tu t'aventures sur l'Océan sans boussole. Quels sont ces rivages où tu poursuis la félicité ! Je n'en vois pas où reluise un phare qui t'arrache à ta route ténébreuse.
Je ne vois que la mort qui te menace et ta ruine qui commence : et pourtant, sans ce pacte maudit avec le mensonge, ta destinée aurait été incomparable.
Rome est le seul phare qui te guidera dans les hasards, hâle-toi donc d'y attacher ton regard. Et guidé par ses feux salutaires, tu toucheras bientôt des plages heureuses.
Rome est le séjour de la seule et vraie religion. Dieu ne souffre pas impunément qu'on lui préfère Terreur. La rébellion attire sur sa tête les foudres ■vengeresses.
La jactance humaine prépare au Ciel de faciles triomphes. Dieu seul est puissant ici-bas. Il n'a qu'à se montrer pour que tout ce vain appareil de l'orgueil passe comme une fumée.
n regarde l'humble avec complaisance, mais le superbe irrite sa colère. Déjà, si l'impie ne se convertit, la vengeance divine s'apprête à tomber sur sa tête.
0 peuples, soyez attentifs, le Grand-Prêtre vous tend les bras. Il appelle autour de lui le sénat de l'Éghse et bientôt la sainte assemblée se tiendra rangée au pied du trône apostolique.
Les questions du plus haut intérêt seront traitées dans le Conseil sacré des Pères ; non, jamais les Pères Conscrits n'ont délibéré sur des sujets plus grands et plus augustes dans l'enceinte du Forum antique.
Les nations verront bientôt que les triomphes ne sont que de brillantes folies : elles se demanderont où est pour elles le fruit des victoires : elles comprendront enfin que les formidables bataillons gardent mal un empire.
0 Rois, les épées ne protègent pas bien vos sceptres : que les boucliers, que les cohortes sous les armes ne vous inspirent pas une fatale sécurité. Un trône est caduc, Dieu seul le garde bien.
Vos phalanges, vos lois qui tiennent les peuples sous le joug d'une discipline sévère, vos légions toujours prêtes, vos palais pareils à des forteresses, tout est faible et débile. Les seuls rois, les seuls peuples heureux et sûrs du lendemain sont ceux qui pratiquent la vertu et ternissent le vice.
Il n'est pas de peuple qui survive aux vertus de ses pères. Quels que soient au contraire les orages qui agitent les colonnes de la société, si la vertu est respectée, il ne faut pas désespérer, et la prospérité rentrera tôt ou tard au foyer de ce peuple.
0 Rome, tu es encore la mère et la maîtresse du monde. Les peuples qui t'aiment trouveront dans cette affection une puissance plus sûre que dans leurs armes : car lorsque la Justice règne au milieu d'une nation, elle en est le rempart inexpugnable.
AcH. ANGER, prêtre,
Ancien professeur de Rhétorique, membre de la Société Asiatique de Paris ^ commandant de l'Ordre du St-Sépulcre.
(diocèse de coutances)