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L'ARCHE SAINTE

ALLÉGOEIE

Là-bas, la voyez-vous, si frêle en apparence, Cette barque avançant sur la vague en courroux? L'équipage, aux agrès, agit, plein d'assurance. Le pilote les guide, et son regard est doux.

Ce chef à cheveux blancs. gouverne sa carène Sans se troubler et sûr de la conduire au port ; A travers les écueils l'ouragan la promène. Et le Vieillard ne craint ni les ñots, ni la mort.

Il s'occupe pourtant des dangers où sa barque Risquerait de trouver quelque grave malheur ; D'un rocher menaçant s'il aperçoit la marque, 11 tient le gouvernail avec plus de vigueur.

Le vent souffle , mugit; tour à tour l'onde amère S'élance avec fureur, recule avec fracas ; Lui, d'un esprit toujours calme et que rien n'altère, A l'équipage ému redit : « Ne craignez pas l

« Au milieu des périls, tournons nos yeux vers Celle

« Qui fut et qui sera notre puissant soutien ;

« Toujours l'infortuné qui se confie en elle

« Fut sauvé, car elle est le secours du chrétien. »

Puis, regardant le Ciel : « Yierge, sois-nous propice, « Les frères de ton Fils t'implorent à genoux. « Que ta main nous retienne aux bords du précipice, « Nous sommes tes enfants, ô Mère, sauve-nous î »

Il dit, et tout à coup s'apaise la tempête. Sur la riante mer où s'étend le regard, L'équipage a repris soudain ses chants de fête, De son respect profond honorant le vieillard.

Mais que vois-je ? Que sont ces fiévreuses menaces? Regardez ces vaisseaux, ils portent à leur bord Des hommes furieux, qu'on a mis sur les traces Du vieillard, contre qui grondent des cris de mort.

Ecoutez, écoutez leur farouche délire :

« Fils de la liberté, du courage ! en avant ! « C'est l'heure de saisir cet abhorré vampire, « De le précipiter dans l'abîme mouvant !

« C'est trop longtemps l'avoir laissé vivre, ce maître « Qui rançonnait le peuple et soutenait les rois ! « Allons, point de quartier, qu'il périsse le traître, « Détruisons avec lui ses odieuses lois. »

Le Vieillard vers le Ciel dirigeant sa paupière, Avec l'ange de Dieu semblait s'entretenir, Son âme récitait une ardente prière, Et sa main se levait ainsi que pour bénir.

0 prodige ! où s'en vont ces menaçants navires ? Un ouragan soudain a soulevé les eaux ; L'épouvante remplace en eux d'infernaux rires, Les méchants dans la mer ont trouvé leurs tombeaux.

Chrétiens, de cette allégorie Vous comprendrez quel est le sens ; Vous bénirez Jésus et la vierge Marie, Dans des hymnes reconnaissants.

Puis vous allumerez, dans un pieux hommage,

A leurs autels mille flambeaux.

Et vous effeuillerez des fleurs sur le passage De ces hommes bénis dont les pieds sont si beaux (*) .

L'abbé FÉRAUD.

/ (diocèse de fréjus)

(1) Quàm speciosi pedes evangelizantium paceui bona ? {Rorn. X, ỳ. 15.)

PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE D'AUGH

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