LA SCALA SANTA
(idylle)
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Touriste et pèlerin, et de plus chrétien, comme
Je visitais l'antique et la moderne Rome,
J'arrive où fut jadis le palais de Latran,
Près de la basilique érigée à saint Jean.
Là, je vois, au levant d'une vaste esplanade,
Un portique percé d'une quintuple arcade.
De dévots au-dessous un concours journalier
Se rend, pour vénérer et gravir l'escalier
Que le Sauveur monta, pour entrer au prétoire
Sous Pilate subir un interrogatoire.
Je pénètre au parvis. Sans y porter ses pas.
Des saints degrés la foule est arrêtée au bas.
De les fouler aux pieds hésitante, incertaine.
Et parlant une langue inconnue à la mienne.
Rien n'annonçant qu'ils sont profanes ou sacrés,
La chaussure à mes pieds, je m'élance aux degrés,
Pour aller au-dessus visiter la chapelle.
Par le nom de Signore un moine me rappelle.
Et me dit, tout ému, sur un ton aigre-doux.
Qu'on monte par respect cette rampe à genoux.
De quelques marches, donc^ docile, je recule. Et me voilà marchant sur ma double rotule. Mais cheminer ainsi, sans l'appui de la main. Après l'avoir tenté, m'a paru surhumain. J'atteins, en me traînant plutôt que je ne marche, Les tibias tout meurtris, la vingt-huitième marche. De la montée auguste et dernier échelon. Retourné, des gradins j'aperçois tout le long De nombreux pénitents qu'entraîne mon exemple A monter de la sorte au seuil du petit temple. Ce qu'on voit faire, bon ou mauvais, par les yeux, Est pour le cœur, l'esprit, l'âme, contagieux. La Scala Santa mène au sanctuaire auguste Où, peinte par saint Luc, est l'image du Juste, Interdite au regard des profanes mortels, Si ce n'est au public, en des jours solennels. Pour redescendre à pied, aux regards se déploie, A droite, comme à gauche, une pareille voie, Dont l'édifice n'est qu'une imitation De celui que la mer apporta de Sion.
Docteur ANDREVETAN.
(diocèse D'ANNECY)
Haute-Savoie, 1«» juin i869.