LA CHAIRE ÉTERNELLE
J'ai soif de vérité, mon âme est immortelle ; 0 sages, répondez, d'où me viendront pour elle L'enseignement béni, la vivante clarté Respectés par le temps dans leur sublimité? Je ne rencontre rien dans les œuvres de l'homme Qui m'attache. C'est toi que j'interroge, ô Rome, A présent, et tu mets le comble à mon bonheur, Car ce que tu me dis satisfera mon cœur.
Le Seigneur dans tes murs mit la chaire éternelle, L'ange de son amour la couvre de son aile; Elle reste à jamais le Sinaï tonnant Sur toute créature et sur tout continent. Sur elle cependant ont hurlé bien des rages, Grondé bien des torrents, fondu bien des orages: Ce fut d'abord Néron et les autres tyrans Qui sur elle ont porté les glaives dévorants. C'est ensuite Arius dont l'erreur furibonde, Passionnant les rois, épouvante le monde.
Sous la pourpre, voici l'astucieux Julien, Voulant anéantir jusques au nom chrétien. Sur le monde romain les nations barbares S'abattent frappant l'air de lugubres fanfares. Ils vengent les martyrs, et l'Église de Dieu Qu'ils semblent attaquer par le fer et le feu, A son propre banquet les attend, les convie; Et ces peuples vivront d'une nouvelle vie.
Sur le monde romain passe une éclipse immense. Les arts sont obscurcis, éteinte est la science. Dans cette nuit l'Église a conservé ses feux, Et jette encore au loin des rayons lumineux ; Elle a des hommes purs, de nobles caractères. Qui comblent de secours et de bienfaits leurs frères. L'Enfer produit encore un chef : Luther paraît; Écrivain sans pudeur, tribun de cabaret, Il excite l'orgueil des princes, et la guerre Désolera trente ans notre Europe. Voltaire, Que son siècle bientôt appellera son roi, S'acharnera lui-même aussi contre fa foi. Et l'histoire inscrira cette date mauvaise. Cette date qui fait frémir... quatre-vingt-treize.
Chacun de ces assauts, de ces ébranlements, A cru de notre foi saper les fondements; A l'heure où nous vivons une trame infernale Veut au Pontife-Roi ravir sa capitale, Et de Pierre et de Paul polluant les tombeaux. De nos derniers autels éteindre les flambeaux.
Et tu restes debout, sainte Église romaine,
Et le Seigneur pour toi conserve les mains pleines
De ces biens dont l'orgueil voudrait tarir le cours,
Et qui sans s'épuiser t'environnent toujours*
Puisqu'en toi seulement réside la lumière.
Je veux sur ton foyer seul ouvrir ma paupière ;
Centre de la sagesse et de la vérité.
Je reconnais en toi l'infaillibilité.
(diocèse de mende)