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LES ESPÉRANCES

D'où vient que le monde s'agite, Comnie à la veille d'un grand jour?

D'où vient l'espérance subite Dont nous saluons le retour?

Après l'heure de la tristesse, Voici l'heure de l'allégresse, Qui présage un nouveau destin :

De l'Aquilon la folle rage Sur nous faisait gronder l'orage ; Et le calme renaît soudain.

Un ange est descendu pour calmer la soufTrance Et les cruels ennuis de ce Pontife aimé, Pie, auguste pour tous, et neuvième nommé ; C'était l'ange de l'espérance.

Non, tu ne mourras pas, sainte Eglise Romaine.... Gomme un nouvel iris, dans ton ciel azuré, J'ai vu briller un jour qu'on nomme Cinquantaine , De l'immortalité, pour toi, signe sacré.

Depuis ce premier jour, en grâces si fertile,

Où Jésus vint s'offrir, comme un agneau docile,

Sous la main qui bénit la Ville et l'Univers,

Le temps a mesuré déjà cinquante hivers.

Des hivers... qu'ai -je dit? Non, non, leur main flétrie

N'a point touché ce front, ce front si plein de vie,

De ton Pontife Souverain :

On dirait qu'il n'a point des ans connu l'outrage; D'un éternel printemps voilà le nouveau gage

Que t'a donné l'Epoux divin.

Que de fois l'humaine sagesse

A vu tomber son fol espoir !

« Attendons, disaient-ils, le soir

)) De cette trop longue vieillesse. »

Ils s'étaient préparés à conduire son deuil.... Pécheurs, vous vous trompez; déjà combien des vôtreg Ne sont plus ! Il verra tomber aussi les autres,

Et bénira votre cercueil.

Aujourd'hui, le monde s'apprête

A célébrer comme une fête

L'anniversaire d'un grand jour.

Salut ! ô belle cinquantaine.

Présage d'une paix certaine

Dont nous attendons le retour.

Non, tu ne mourras pas, sainte Eglise Romaine. . . Gomme un nouvel iris, dans ton ciel azuré, J'ai vu briller un jour qu'on nomme Cinquantaine ; De l'immortahté, pour toi, signe sacré.

Des pervers conjurés préparent ta ruine;

Ils ont dit : w Nous verrons si cette œuvre divine

» Pourra résister à nos coups.

)) Opprimons, opprimons le Christ, et cette Eglise » Qui sur le haut des monts se vante d'être assise,

» Et qui toujours se rit de nous.

» Mais ses jours sont comptés. Allons ! que vous en semble ? » Qu'une même fureur contre elle nous rassemble.»

» Lucifer les entend :

» C'est bien ! dit-il, c'est bien ! Poussons le cri de guerre : » Ce trône, que ton dit être celui de Pierre, » Quil tombe! Cette fois la victoire m'attend.

» Il va tomber ; à ma haine on peut croire :

» Pierre maudite, oui, je veux te broyer ;

)) Je suis Satan, et ce nom fait ma gloire ;

» Je le perdrai, plutôt que de plier.

)) Entendez bien, vous tous qu'on nomme anges rebelles, )) Et qui ne connaissez d'autre maître que moi ; )) Ma haine ainsi le veut : Que ce Pontife-Roi ?) Svccombe enfin ! Venez, et soyez-moi fidèles. »

A cette voix de Lucifer,

Soudain, de leurs demeures sombres

Et des abîmes de l'enfer

On voit monter de noires ombres :

Des démons; esprits corrompus,

Menteurs, et fourbes et perfides ;

Cruels, orgueilleux, homicides,

Et de tous les vices repus.

Ils sont venus, soufflant le feu de leur colère : Et par eux des méchants les efforts combinés Vont renverser ce Lrône où régne toujours Pierre : Le monde vit alors des démons incarnés.... Courage, sainte Église, à ton Époux si chère !

Non, tu ne mourras pas.

Leur haine est impuissante ; en lui toujours espère,

Au fort de tes combats.

Quelle lutte pourtant! Yit-on rien de semblable? * Les peuples et les rois contre elle sont ligués. De son joug, disent-ils, désormais fatigués ;

Un joug pour eux intolérable !

Mais, quevois-je? Où vont-ils, ces bataillons épais?

Rome ou la mort! c'est leur devise :

Lucifer les.conduit, et de la sainte Église Ils ont juré la fm, dans leurs conseils secrets.

J'entends de Satan la parole :

« Montons, montons au Capitole,

» Pour chasser ce Pontife-Roi.

>> Maudite soit Rome chrétienne!

» Qu'elle soit désormais païenne;

» De ma vengeance c'est la loi. »

Rome, c'est entendu, sera leur capitale... Yain espoir ! Pour toujours elle est votre rivale. C'est en vain que l'on voit les forts et les puissants

S'armer contre la Cité sainte ; D'impures légions, et des chiens dévorants

Hurler autour de son enceinte.

De ces hommes pervers les ignobles excès A la sainte Sion n'ont point ravi la paix. Debout sur un roc solitaire, Un Vieillard, successeur de Pierre, Les voit venir sans s'émouvoir ; Il sait que cette pierre brise L'homme pécheur qui la méprise ; Et ce dogme fait son espoir.

Que de fois ils ont dit, dans leur rage insensée : « Cette Rome sera de la terre effacée ! » Et déjà, dans les champs de Gastelfîdardo... » — Je le sais; ils ont vu de votre perfidie Le triomphe sanglant; mais cette ignominie Reçut, vous le savez, à Monte-rotondo, Son trop juste salaire, et surtout dans les plaines De Mentana. Toujours elles sont incertaines Les victoires du mal : le règne des méchants Passe comme un orage et ne dure qu'un temps.

Sainte Sion, ma douce Mère,

En ton Epoux divin espère,

A l'heure de ta Passion.

Toujours un secours efficace

De Jésus, t'assure la grâce

De voir ta Résurrection.

Non, tu ne mourras pas, sainte Eglise Romaine.., Gomme un nouvel iris, dans ton ciel azuré, J'ai vu briller un jour qu'on nomme Cinquantaine , De l'immortalité, pour toi, signe sacré.

(DIOCèSE DE NANTES)

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