‹ La France actuelleChapitre 137 sur 288 · LOI DE LA PROGRESSION DE LA P0PUL.\TI0N · texte numérisé non relu

LOI DE LA PROGRESSION DE LA P0PUL.\TI0N

Malthus avait fait remarquer d'une façon spéciale le fait réel de la tendance constante de la population du globe à augmenter. Les mouvements de recul étant presque toujours accidentels et locaux.

Il en élait arrivé à formuler, d'après ses études, l'augmentation de la population et des moyens de subsistance, par périodes de 25 ans, pour la durée d'un siècle, selon les proportions suivantes :

Populations i. 2. 4. 8. 16. 32. 64. 128. 256

Moyens de subsistance. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9.

Autrement dit: si, après un siècle, la population était passée de 1 à 16, les moyens de subsistances, eux, n'arrivaient qu'à 5.

Malthus ajoutait que cette progression n'était troublée que par des causes accidentelles et cependant se présentant fréquemment sans pouvoir leur assigner de loi de périodicité pour les peuples; il énumérait donc comme obstacle à l'augmentation les divers genres de misère, la famine, les épidémies, les guerres, etc., mais cependant, non content des empêchements naturels qui restreignaient l'augmentation qu'il avait formulée, il voulait que les moyens préventifs fussent employés pour Tempècher^etil disait que le père de famille prudent devait proportionnerlc nombre des enfants aux moyens pécuniaires dont il disposait pour les élever. Cette théorie a un peu fait le tour du monde, et en France elle a eu aussi des prosélytes. Les moralistes et les hygiénistes ont, du reste, depuis longtemps condamné la théorie de Malthus qui, dans tous les cas, comme chiffres n'offre pas l'exactitude voulue: ainsi, nous avons vu qu'en France, en 1806, il y avait 29.107.125 habitants; aujourd'hui il y en a 38 218.903, ce qui est bien loin des augmentations fabuleuses prévues par les chiffres de Malthus. Nous ne citons que la France, et quoique les autres nations européennes aient été beaucoup plus favorisées, quant à leur accroissement, la considération d'inexactitude n'en est pas moins établie pour elles aussi.

En ce qui concerne les subsistances, Malthus était loin de pouvoir prévoir la transformation de la production des denrées, le développement du commerce et de l'industrie, qui ont pris un essor prodigieux pendant le cours du présent siècle. De sorte que

tous les calculs antérieurs se sont trouvés erronés dans les prévisions qui devaient à Tépoque logiquement en découler. Ainsi, tandis qu'au commencement du siècle, le penseur était effrayé de Taccroissement de la population, comparé à la difficulté de Talimenter; aujourd'hui, il peut très facilement constater que l'humanité croit comme nombre beaucoup moins rapidement que les moyens propres à Talimenter, et c'est en examinant la baisse de prix de presque toutes les denrées comestibles que Ton reste convaincu. Malgré cela, comme nous l'avons dit précédemment, et nous ne saurions trop le répéter, le législateur, en France, ne réagira jamais trop sur le fait indéniable de la diminution de l'accroissement de la population dans ce pays, tandis que dans ceux qui lui sont limitrophes, elle est beaucoup moins sensible :

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