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QUESTION AGRICOLE

L*agriculiure en France a toute Timportance que doit lui accorder un peuple fait au travail et qui habite une région fertile, arrosée par un admirable système fluvial et privilégiée encore par d^autres circonstances dont l'industrie des habitants a su tirer le plus grand parti. La grande division de la propriété dans ce pays a puissamment contribué à Textension prise par la culture de la terre.

Les chiffres suivants puisés dans les documents statistique» offlciels les plus récents — 1882 — publiés par le Ministère de Tagriculture, donneront une idée suffisante de Timportance de cette branche de la richesse publique en France *.

1"' Extension du territoire agricole de la France 50.560.000 hectares (sur 52.857.000 hectares qui constituent la superficie totale de ce pays) soit 95,65 pour iOO de territoire agricole sur rétendue totale.

2** Population agricole, sans les femmes non employées comme servantes de ferme, les enfants d'un ûge au-dessous de 12 ans, et les vieillards : 7.000.000 d'habitants.

3^ Population agricole, y compris les familles et les travailleurs: 19.000.000 d'habitants.

3* Capital foncier (valeur de la propriété non bâtie) 91.584.000.00:»

4'^ Capital d'exploitation (cheptel vivant, matériel, semences, etc.) 8.545.001»

Total du capital foncier et d'exploitation. 100.129.000.000 o*" Impôt foncier principal, centimes additionnels,

prestations et impôts indirects (payement annuel). . 600.000

6® Loyer de la terre (revenu foncier) 2.645.000

7** Rémunérations, gages et salaires du personnel

agricole 4.150.000

i. Statistique agricole de la France publiée par le Ministère de l'Agriculture. Résultats généraux de l'enquête décennale de 1882, par M. E. Tii«serand.

CONSIDÉRATIONS GÉxNÉRALES. 673

Crise ag^ricole. — Malgré les circonslanccs locales favorables au développement de Tagriculture, les cultivateurs ont eu à lutter, depuis quelques années, contre une crise due à des causes passagères, comme le phylloxéra, la peste bovine et la maladie des vers à soie, et à des faits économiques ayant un caractère permanent, comme la concurrence étrangère due au bon marché de la production de certains pays, au bas prix des transports et à la grande facilité des communications maritimes et terrestres. C'est ainsi, en effet, que les produits agricoles des régions les plus éloignées sont amenés sur le marché français où ils luttent avantageusement contre les produits indigènes.

La hausse des salaires qui a triplé à la campagne (0.80 à 2. 06), dans l'espace de 90 ans, est une des causes (\uï ont contribué à élever les prix de la production agricole et qui, ajoutée à celles que nous avons déjà signalées, peut être considérée comme un des principaux facteurs de la crise actuelle. La hausse des salaires résulte des besoins nouveaux et des nécessités croissantes provenant du progrès même, de la civilisation du peuple français et se traduisant par une plus grande consommation individuelle, surtout depuis 1842, époque à laquelle le développement des voies ferrées rendit les communications plus faciles et mit les habitants de ce pays en contact plus direct avec les centres de production. Cela est d'ailleurs confirmé par les chiffres que j'ai cités sur le nomdre de voyages que font les Français aujourd'hui, en moyenne, et ceux qu'ils faisaient avant la construction des chemins de fer; cette comparaison d<»nne une proportion énorme de 110 à i.

Un autre fait vient confirmer cette assertion : 1825. Salaire moyen d'un homme: travaux des champs 1.25 1882. — ^ — — 2.66

On voit donc que l'augmentation des salaires des travailleurs de la campagne a suivi le mouvement progressif que l'on trouve dans l'extension des chemins de fer en ce pays.

Le développement de l'industrie a exigé l'emploi d'un plus grand nombre de bras et leur rétribution était très supérieure à celle des ouvriers des champs. En 1830, les salaires dans l'industrie s'élevaient, en moyenne, à 3.10, soit 32 0/0 de plus que les salaires des travailleurs de la campagne. Cette circonstance, unie à l'attraction qu'exercent les grands centres de population, a créé le courant qui entraine les campagnards vers les villes ; de là la diminution des bras pour les travaux des champs et l'élévation des salaires.

Il y a peu de temps, la population agricole de la France excédait la moitié ou 50 0/0 des habitants ; aujourd'hui cette

population est inférieure à 48 0/0. Les bras que Tagricullure perd chaque année sont gagnés surtout par le commerce et les communications terrestres, fluviales et maritimes.

Pour juger de la gravité de la crise actuelle, j'examinerai les questions suivantes :

1° Quel est le capital employé en France dans l'agriculture?

4° Quel est le rendement brut de ce capital et quel est le bénéfice net que les cultivateurs français tirent de cette exploitation ?

3° Ce bénéfice net a-t-il augmenté ou diminué dans ces dernières années ?

4" Quel appui le Gouvernement a-t-il accordé à Tagriculture?

5® La crise agricole peut-elle être combattue victorieusement et de quelle façon?

Capital employé dans l'ag^plculture. — Ce capital, d'après les évaluations autorisées de Téminent auteur de la dernière statistique publiée par le ministcre de l'agriculture, s'élève, comme je Tai déjà dit, à 100.129.000.000 de francs ainsi distribués.

Capital foncier* :; A'aleur de la propriété foncière non bâtie. 91.584.000.000

(Capital d'exploitation (éléments principaux; :

Valeur du cheptel vivant (animaux

de ferme) 5.775.000

A'aleur du matériel, instruments, machines, outils, évalutiou faite à raison d(» iO francs l'heclare. . . 1.395. 000

A'aleur des semences 537.000

Valeur du fumier 838.000

Total du capital d'exploitation . . 8.545.000.000

Total général i(X).129.000.0<H)

Il faut remarquer que dans ces chifires n'est pas compris le capital destiné au paycMuent des salaires qui s'élèveraient, d'après M. K. Tisserand, à la somme de 4.150 millions par an et qu'il compte parmi les charges principales de la culture.

Ces charges se chiiï'rent par 10.830 millions de francs ainsi répartis :

1. Dans crtlc «'valuation i\v se trouve pas compri.-r la valeur de la prupri«!'té agricole conslruifc cl qui or^l di'slinée à rexploitation.

Impôt foncier, principal 119.000.000 fr.

Impôt foncier, centimes additionnels. . . 119.000.000

Prestations 59.000.000

Impôts indirects; part de la culture (évaluation) 300.000.000

Loyer de la terre (revenu foncier) 2.015.000.000

Intérêt à 5 0/0 du capiUl d'exploitation. . . 127.000.000

Rémunérations, gages et salaires du personnel agricole (chefs d'exploitation et

salariés) 4.150.000.00

Valeur du travail eiîectué par les animaux

de ferme, pour la culture 3.017.000.000

Total des charges principales de la culture. 10.836.000.000 fr.

Rendement brut et bénéfice net de l'exploitation agricole. — Le produit brut rcel de l'agriculture en France a été évalué pour 1882 à 13.161 millions de francs. Pour arriver à ce chiffre, on a procédé ainsi (ju'il suit :

Production végétale.

Céréales: Grains 4. 081. 000. 000 fr.

— Paille 1.294.000.000

Pommes de terre .... 648.000.000

Graines alimentain^s autres (lue les céréales . . 118.000.000

Production des prairies naturelles et pâtures. . . 1.036.000.000

Prairies artificielles . . . 1.365.000.000

Produits des cultures industrielles 358.000.000

Produits des vignes. . . 1.137.000.000

FVoduits des jardins maraîchers 902.000.000

Produits des oliviers, noyers, cultures arborescentes 199.000.000

Produits des bois et forets. 331.000.000

Total des produits de culture 11.502.000.000 fr.

Produits des animaux, chevaux, mulets, ânes (évaluation des animaux

A reporter 11.502.000.000 fr.

Report il. 502. 000. 000 fr.

vendus) 80.000.000 fr.

Animaux de boucherie . . i . 634 . 000 . 000

Lait 1.157.000.000

Laine 77.000.000

Volailles, lapins (animaux

de basse-cour) 188.000.000

Œufs 131.000.000

Cocons de vers à soie . . il. 000. 000

Miel à cire 20.000.000

Travail d'animaux de trait. 3.017.000.000

Fumier 838.000.000

Total de la production animale 7.183.000.000 fr.

Total général d'exploitation brute du sol . . . 18.685.000.000 fr.

De cette somme il faut déduire, d'après le directeur de la statistique agricole, 5.224 millions de francs, montant des semences employées dans la culture, du fumier destiné à améliorer la terre et de la paille, fourrages et grains servant à Talimentation des animaux engraissés pour la vente. Si ce chiffre n'était pas retranché, il ferait, en effet, double emploi. 11 reste donc, selon les calculs de M. E. Tisserand, comme produit brut de Tagricullure française, une somme de 13.461 millions de francs sans compter les produits des industries agricoles.

Si Ton déduit de cette somme les charges de la culture qui, comme je Tai déjà dit, s'élèvent à 10.836 millions, on obtient une différence de 2.625 millions, ce qui ne représente pas encore le bénéfice net annuel.

Il faut déduire les frais généraux et autres charges évaluées par M. Tisserand, à raison de 40 francs par hectare de terre cultivée et de 8 francs par hectare de foret, et dont le total est approximativement de 1.470 millions de francs qui, retranchés de la somme précédente, laissent une somme de 1.155 pour les bénéfices nets réalisés chapue année par les cultivateurs.

D'après M. Tisserand, la phis grande partie de cette somme vient accroître la richesse publique sous forme d'épargne, grâce à l'esprit d'économie et de prévoyance du cultivateur français.

Le bénéfice net que nous venons de trouver, ne donne que 1,2 0/0 du capital employé, ce qui serait un revenu peu rémunérateur si l'on n'avait d(yi\ déduit sous le titre de « frais généraux et charges de la culture », le loyer de la terre, l'intérêt à 5 0/0 du

capital d'exploitation, les rémunérations, gages et salaires du personnel agricole et d'autres frais non mentionnés, que M. Tisserand évalue, comme je l'ai dit, par rapport à la surface du territoire.

Étendue de la crise agricole. — De 1882 à nos jours, la concurrence faite par les produits étrangers aux produits similaires français a pris une grande extension et il en est résulté une baisse dans les prix d'articles de grande consommation, comme le blé et la viande; celle-ci a subi une baisse de 30 à 30 pour 100 sur les prix courants du bétail en 1884, selon les documents fournis par la commission chargée de faire une enquête sur ce point important. Le prix du blé a été maintenu en élevant à 5 francs par hectolitre le droit d'importation. Malgré les droits protecteurs décrétés en faveur des éleveurs français, le prix du bétail est resté en baisse. Cette baisse est antérieure à l'importation des viandes conservées par les procédés frigorifiques ; elle est une conséquence de la crise des céréales qui a obligé bien des cultivateurs français à augmenter le nombre des animaux de boucherie, profitant des nouveaux herbages créés à la suite de la diminution de la culture du blé dans certaines régions. Le blé et les animaux de boucherie produits annuellement par la France atteignent une valeur de 5.200 millions de francs environ. On comprend donc aisément les craintes des cultivateurs français en voyant cette grande source de richesse menacée par la concurrence étrangère.

Comparaisoii avec ie passé. — Voici un tableau comparatif qui donnera une idée des progrès de l'agriculture en France depuis 1852 juscpi'en 1882 :

1852 1882 Differenn n pioi.

Millions Millions Millions

(le francs de francs de francs

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