II. Valeur des animaux domestiques
Semences 136 537 101
III. Charges de la culture, impôt foncier, principal il7 119 2
Centimes additionnels 74 119 45
Prostations 38 59 21
Loyer de la terre, revenu foncier. 1 .824 2.645 821
IV. Production brute annuelle.. . 8.061 13.461 5.400 Produit brut par 1,000 1.066 1.948 882
Dans Tespace de 'M ans, ragriculture française a donc subi les modifications qui suivent :
Augmentation du capital foncier 46.80 pour 100
— de la valeurs des animaux
domestiques 103.34 —
— de la valeur des semences 23.16 —
Par contre, les charges de la culture ont augmenté dans les proportions suivantes :
Impôt foncier, principal 1 .90 pour 100
Centimes additionnels 61 —
Prestations 35 —
Moyenne des impôts fonciers, centimes
additionnels et prestations 29.69 —
Loyer de la terre (revenu foncier) 45.02 —
Augmentation de la production brute
annuelle 59 . 00 —
En résumant les chiffres du tableau on a :
Diflepoiicc 1852 1882 en plus Aii^uentation
Millions Millions Millions
de fVanrs de franc!» defianrs
Capital agricole.. 61.465 97.896 889 31.30 pour 100 Charges de l'agriculture 2.053 2.912 33.036 29.69 —
Production brute 8.(mi 13.161 5.100 59.00 —
On en déduit que :
1** La proportion delà production brute et du capital employé s'est modifiée dans un sens favorable pour Tannée 1882. L'augmentation de 5,90 pour 100 prouve évidemment le progrès réalisé dans les procédés d'exploitation et de culture.
2*^ Les charges supportées par l'agriculture en 1882, sont moindres de 1 et demi pour 100, proportionnellement aux capitaux employés, par rapport à celles de 1852.
3° L'impôt foncier (principal), n'a augmenté dans cette période de 31 ans que de 1,90 pour 100, alors que le capital agricole s'était
accru dans une proportion qui équivaut à plus de 17 fois ce rapport. Par contre, les centimes additionnels, les prestations et le loyer des terres ont augmenté énormément.
Les prestations auxquelles sont assujettis les cultivateurs français ont suivi une proportion sensiblement égale à celle qui se manifestait dans l'augmentation du capital agricole, soit 3i à 35 pour 100.
Quant au loyer des terres et aux centimes additionnels la proportion, par rapport îl l'augmentation du capital, a été dépassée <le plus de 30 pour 100.
Le désir de réaliser de plus grands progrès dans les départements et dans les communes a entraîné de nouvelles charges pour l'agriculture : celles-ci seraient à peine sensibles, si on s'en rapporte à Timpùt foncier, dans la partie qui revient à l'État.
Encourag^enieiite de l'État. ~ Voici, d'après la statistique agricole, quelles ont été les dépenses inscrites au budget à trois différentes époques :
Services vétérinaires. . . . 598.489 050.102 1.581.478
Haras 3.250.510 4.133.231 5.718.638
Enseignement agricole et encouragement à l'agriculture 2.796.072 3.397.306 8.083.638
Totaux 6.645.071 8.186.642 15.386.754
(.es dépenses comprennent entre autres, la dotation de l'enseignement agricole, savoir :
Écoles d'agriculture. . . . 579.525 503.679 1.263.473 Fermes-écoles et écoles pratiques 754.707 688.606 731.561
Chairs et cours 42.958 46.997 161.185
Totaux 1.377.190 1.239.282 2.156.219
L'État n'a donc pas cessé d'apporter tous ses soins au développement de Tagriculturc par la diffusion des connaissances agricoles, le perfectionnement des races bovine, ovine et chevaline, et par sa lutte constante contre les épizooties, les mala- <lies de la vigne et des vers à soie.
Moyens de combattre la crise agricole. — Pour contrebalancer, autant que possible, les effets de la concurrence étrangère, cause principale de la crise agricole que subit la France, je crois que Ton doit mettre en pratique les moyens suivants :
1® Perfectionnement graduel et progressif des races d'animaux domestiques ;
2® Emploi méthodique des procédés de culture indiqués par la science, ainsi que des engrais chimiques appropriés aux terrains :
3® Emploi aussi large que possible des machines agricoles qui abrègent le travail et abaissent les prix de main-d'œuvre. — Le système d'association peut faciliter l'emploi des machines et des engrais achetés à bon marché.
4® Diminution du prix de loyer des terres et des charges qui pèsent sur l'agriculture en France et parmi lesquelles il faut signaler les centimes additionnels qui ont accru considérablement l'impôt foncier.
5^ Les droits prolecteurs qui, en tous cas, ne doivent pas entraîner une élévation excessive des prix et renchérir les denrées nécessaires à la vie.
6® Les agriculteurs français pourraient se servir avantageusement du système coopératif pour chercher des débouchés directs à leur produits, en faisant disparaître les intermédiaires qui aujourd'hui se placent entre le producteur et le consommateur. Un seul fait sufHra pour mettre en évidence les avantages que les agriculteurs et le public retireraient de ce système coopératif largement appliqué : depuis qu'à la suite de l'augmentation des animaux de boucherie, le prix du bétail a diminué en France, dans les quatre dernières années, de 30 à 50 pour 100, le prix de la viande était resté, nu contraire, à peu près stationnaire jusqu'au moment où les viandes de provenance étrangère, conservées par les procédés frigorifiques ont fait leur apparition sur le marché français. Il est donc évident que les agriculteurs français et le public auraient retiré de grands avantages si les agriculteurs avaient établi, en temps opportun, des boucheries coopératives.
Le premier des moyens indiqués est facile à atteindre, car les cultivateurs français, avec l'appui efficace de l'Etat, ont déjà fait de grands progrès dans le perfectionnement des races chevaline, ovine, bovine et porcine. 11 est certain que, dans ces dernières années, la qualité du bétail s'est amélioré très sensiblement.
L'enseignement agricole répandu sous toutes ses formes, depuis l'école primaire jusqu'à l'Institut agronomique, a popularisé la science parmi les classes laborieuses; c'est surtout dans les champs d'expérimentation que les cultivateurs ont pu se rendre
compte de Tapplication des principes scientifiques nouveaux et de leurs brillants résultats. 11 faut que de plus en plus, la routine cède le pas à la science et que Tusage méthodique des engrais chimiques vienne fructifier un labeur qui, autrement, se dépense en efforts stériles.
Le morcellement de la propriété foncière, excellent au point de vue démocratique, est un obstacle à l'emploi des machines agricoles si avantageuses dans la culture sur une grande échelle. La coopération bien organisée mettrait les petits propriétaires en mesure d'employer des machines qui sont aujourd'hui hors de leur portée ou dont il ne leur convient pas de faire Tachât.
Puisque le prix de location n'a fait qu'augmenter progressivement, il est temps que, comme le disait un député très compétent en cette matière, les propriétaires rabattent de leurs prétentions et diminuent la location des terres labourables, et une réduction, proportionnelle à l'intensité de la crise s'impose inéluctablement. Mais il faut dire que cette réduction des fermages a été déjà faite dans quelques régions et qu'elle est arrivée dans d'autres à la dernière limite au-delà de laquelle tout rabaisserait ruineux pour les propriétaires.
Une étude très intéressante serait celle cjui aurait pour but de chercher à diminuer les charges qui pèsent sur l'agriculture en France sans, pour cela, compromettre l'équilibre du budget.
Quant aux droits protecteurs, je crois qu'ils ont atteint la limite marquée par les exigences actuelles du commerce international. Les surélever serait constituer un monopole au bénéfice des cultivateurs et au détriment de la classe ouvrière.
Tels sont les moyens qui, à mon avis, pourraient être mis en ci'uvre pour conjurer les effets de la crise agricole qui sévit en France depuis quelques années.
Je vais traiter, ci-après, à ce point de vue, l'importante questi<m des céréales.
Question des céréales. — Le blé récolté en France représente une valeur qui dépasse 3.000.000.000 par an, soit un peu moins de la quatrième partie des produits bruts réels de l'agriculture en ('e pays. Tout ce qui se rapporte à l'agriculture et, spécialement, à la crise agricole, touche directement à la production du blé en ce pays, où le peuple, plus que partout ailleurs, fait du pain la base principale de son alimentation.
On peut évaluer à plus de sept millions d'hectares (7.191.000 hectares) la partie du territoire français consacrée à la culture du blé. D'après les documents publiés par le ministère de l'agriculture, la récolte de l'année 1887, a fourni 107.287.000 hectolitres
682 UUlTIklHE PARTIE.
lie blé, ce qui donne un rendement moyen pour la France de 15 1/^2 hectolitres par hectare. Le poids moyen d'un hectolitre de blé est à peu près de 80 kilog. ; et, en tenant compte des pertes subies dans la fabrication de la farine, il en résulte que la consommation moyenne du pain en France, étant de 194 kil. 500 par habitant et par an, il faut en ce pays, afin de pourvoir aux nécessités de chaque habitant, 3,!2 hectol. de blé par au, ce qui donne un total pour toute la population en France de 14:2 millions d'hectolitres de blé par an. La récolte moyenne annuelle de blé était de 87 millions d'hectolitres sous Louis-Philippe, de 88 millions d'hectolitres sous la deuxième République, de 95 millions sous le deuxième Empire et dépasse 100 millions sous la troisième République.
Le blé récolté ordinairement en France ne suffît donc pas aux hesoins de sa consommation et il faut demander à l'étranger un complément de 22 millions d'hectolitres par an. Ce blé constitue un tribut annuel de 164 millions de francs, payé par ce pays aux importateurs, en supposant le prix du blé à 17 francs Thectolitre et en déduisant de ce prix les 5 francs par hectolitre que le gouvernement perçoit aujourd'hui pour droits de douane.
La production moyenne par hectare est de 15 hectolitres 5, et «lie n'est pas très élevée, puisqu'en Danemark, cette production moyenne est deiOhectolires; elle est même de 24 en Belgique; et «lie atteint 28 en Angleterre, quantité presque double de celle obtenue on France. Dans ce dernier pays, il y a eu des départements qui, à la dernière récolte, n'ont pas donné 7 hectolitres par hectare; mais, par contre, le rendement moyen a été de 22 hectolitres dans le département de l'Oise, de 25 hectolitres dans le département du Nord et, enfin de 29 hectolitres dans les environs de Paris. Ces différences dans le rendement ne proviennent donc pas de l'épuisement plus cm moins grand des terres, mais des procédés de culture et surtout de l'emploi raisonné des engrais chimiques.
Pour que la culture du blé en France soit rémunératrice, il faut que le rendement soit au moins de 20 iiectolitres par hectare et que le prix minimum de la vente soit de 17 fr. ; ou, parlant en général, chaque hectare de terre doit produire par la vente du grain et de la paille, plus de 305 francs. (Voir page 13 et suiv.) Dans les départements de la Seine, de Seine-et-Oise, du Nord, du Doubs, de Seine-et-Marne et de l'Oise, la culture du blé est évidemment rémunératrice, car le rendement varie entre 20 et 28 hectolitres par hectare. iMais il y a des départements, comme le Cantal, la Corse, la Savoie, etc., où le rendement est seulement <ie 9 à 10 hectolitres pas hectare, et s'il est vrai que dans ces
Hléparlements, les salaires sont moins élevés el que les cultivateurs peuvent réaliser quelques économies, il est aussi évident que la culture du blé dans ces régions exige l'application des nouvelles méthodes agronomiques.
M. Kugène Hisler, directeur de l'institut agronomique de France se rapportant, dans son remarquable ouvrage « Physiologie et culture du blé » aux expériences concluantes de MM. Lawes et Gilbert, faites à Rothamsted (Angleterre), et à celles entreprises ^n France pour démontrer Tinlluence des engrais sur le rendement des blés, dit que, pour des terrains d'égale étendue, de même qualité et également ensemencés, la récolte peut varier dans la proportion de 862 a 2570 soit approximativement de 1 h 3.
Si la culture du blé en ce pays, au lieu de donner un rendement moyen de 15 1/2 hectolitres par hectare, produisait seulement 20 hectolitres comme en Danemark, la France pourrait, étant donnée l'étendue consacrée actuellement à cette culture, récolter 140 millions d'hectolitres de blé par an. Dans ce cas, la France serait en situation d'exporter 18 millions d'hectolitres qui, au prix minimum de 15 francs donnent 270 millions de francs. Cette somme ajoutée à celle de 161 millions de francs dépensée aujourd'hui pour Tachât de blés exotiques, forme un total de 513 millions de francs par an dont bénéfiqieraient les agriculteurs de ce pays si ceux-ci se décidaient à mettre en prati<iue les méthodes scientifiques de préparation du sol et de culture du blé.
C'est donc avec raison qu'un député, riche propriétaire de terres en ce pays, indiquait à la Chambre, lors des débats sur les droits protecteurs des blés, que le meilleur moyen de combattre les effets de la crise agricole était, avec la diminution des impots, la vulgarisation des connaissances agricoles par des expériences pratiquées dans les champs.
Les droits protecteurs, élevés successivement de 3 à 5 francs par hectolitre de blé étranger destiné à la consommation de ce pays, grèvent déjà de 30 pourlOO un article de première nécessité.
Je pense qu'il ne convient pas d'élever davantage ces droits qui, trop augmentés, constitueraient une protection exagérée des cultivateurs de blé, au détriment du bien-être des autres classes laborieuses.
Le libre-échange a réduit les prix des comestibles, et c'est grâce à ce fait que l'Angleterre et la Belgique ont vu croître leur prospérité et leur population. Le pouvoir législatif et exécutil ne peuvent pas, en ce pays, se lancer résolument dans la voie du Hbre-échange, en matière de céréales, car ce serait porter un coup mortel aux agriculteurs dont les terres représentent en France
une valeur de plus de 100 milliards et un rendement brut annuel de plus de 18 milliards. Sur ces derniers, TÊtat touche 600 millions, soit près de la trentième partie du produit brut. Il s*agit doue, de donner à Tagriculture, source inépuisable de richesses dans ce pays, un appui contre la concurrence étrangère, sans dépasser les limites d'une juste protection, car, autrement, ce serait, comme je viens de le dire, renchérir la subsistance des classes laborieuses. Dans ce problème si intéressant, on peut bien appliquer le vieil adage : In medio stat virtus.
Renseig^nements statistiques sur les céréales en générwil, — Pour finir cette première section, je vais donner ici quelques renseignements sur la production des céréales en général.
Il y a, en terres labourables 26.017.582 hectares, soit 50 pour 100 de la superlicie totale de ce pays. De ces terres, 15.096.066 sont destinées à la culture des céréales, blé, seigle, orge, avoine, maïs, sarazin, etc., soit 58 pour 100 des terres labourables. Les terres destinées à la culture des céréales se divisent ainsi : 47 pour 100 sont cultivées en blé ; 24 pour 100 en avoine ; 11,5 pour 100 en orge et le reste 26.5 en seigle ou sarrazin, etc.
La Russie seulement (64.670.089 hectares) et les Etats Unis du Nord (50.155.783 hectares) dépassent la France pour la partie des terres consacrées à la culture des céréales.
En Australie, dans l'Inde anglaise et dans divers pays de l'Amérique latine, il y a d'immenses territoires consacrés à cette culture, mais, je l'ai déjà dit, les données me font défaut pour arriver à une exacte comporaistm.
La production totale moyenne des céréales est en France de 7 hectolitres 85 par habitant.
Cette production se subdivise ainsi pour l'année 1882 :
Blé 3,43 hectolitres.
Seigle 0,75 —
Orge 0,51 —
Avoine 1,71 —
Maïs 0,26 —
Total 6,66 hectoHtres.
La production des céréales comparée au nombre des cultivateurs revient à 42 hectolitres 89 pour chacun d'eux.
La valeur de la récolte des céréales en 1882 s'est élevée à 5.375 millions de francs dont 1.081 millions pour les grains et 1.294 millions pour la paille.
En ce qui concerne le rendement moyen de la terre en céréales, l'Angleterre, la Belgique et le Danemark viennent avant la France.
Les États-Unis du Nord produisent une quantité de céréales supérieure à la moitié de celle produite par l'Kurope entière soit D51.000.000 d'hectolitres pour les États-Unis et 1.742.000.000 d'hectolitres pour l'Europe.
Le rendement moyen des terres en céréales, pour la France, €st de 17 hectolitres 84 par hectare et de 20,22 quintaux métri- <jues pour la même étendue de terrain.
SECTION II