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Par sccomlc

Le canal du Manosque qui débite 2 m. c. — Travaux exécutés par l'État : 2.000.000 fr.

Le canal de la vallée des Baux: 2.000.000 francs. — Débit 3 m. c.

Ces deux derniers canaux sont alimentés par la Durance que Ton a qualifiée avec raison de Nil français. En effet, cette rivière abandonne, grâce à d*habiles dérivations, les 5/6 de son débit aux régions environnantes, et fertilise ainsi 100,000 hectares qui, sans elle, seraient restées absolument incultes. Les avantages que ces irrigations procurent à Tagriculture peuvent être évalués à 35.000.000 fr. par an.

Il s'est formé un syndicat au capital de 24.000.000 fr. pour le colmatage, c'est-à-dire la surélévation, des marais de la Crau et et du Fos.

La superficie que le syndicat se propose de rendre ainsi à Tagriculture atteint 4.500 hectares. L'Ëlat a garanti un intérêt de 4,65 0/0 aux actionnaires.

Sans insister plus longtemps sur une énumération peu intéressante, j'ajouterai que le capital engagé dans les ouvrages de cette nature atteint 50.000.000 fr., dont 15 millions avancés à divers titres par l'Ktat qui entreprend quelquefcHS les travaux pour son compte.

Drainage. — Le drainage constitue assurément une opération des plus rémunératrices, mais il y a une avance assez considérable à faire (200 î\ 500 francs par hectare, suivant les terrains), et le petit agriculteur, livré à ses seules ressources, est le plus souvent impuissant à réunir la somme nécessaire. L'intervention de rÉtat qui parait tout indiquée, n'est malheureusement pas très-efficace par suite de circonstances que je crois nécessaire de rapporter : lorsque, par les deux lois de 1854 et 1856, le gouvernement impérial sanctionna l'utilité du drainage et résolut d'effectuer, jusqu'à concurrence de 100 miUions, des prêts destinés à faciliter cette opération, il était certainement animé des meilleures intentions ; l'exemple de TAngleterre qui venait d'obtenir des résultats remanjuables, grâce à une combinaison analogue, était un encouragement dans cette voie. Mais l'Etat reconnut vite les difficultés qu'il éprouverait au point de vue financier et céda le nMe de prêteur au Crédit Foncier. Celuici, naturellement, exigea de bonnes garanties poursesavances, et cette combinaison eut pour résultat de réduire à des proportions insignifiantes le mouvement qui se dessinait en faveur du drainage, parmi les agriculteurs français. Depuis cette époque la législation n'a pas été modifiée, et, d'autre part, le peu d'empressement de l'agriculture à en accepter les bienfaits ne s'est pas

démenti. Il y a là, évidemment, quelque chose d'important à faire, mais il faudrait, comme en Angleterre, disposer de 200 à 250 millions pour alimenter le fonds d'avances, et cette circonstance constitue un sérieux obstacle. Quant à compter sur Tinitiative privée pour la réalisation des travaux de drainage, cela me paraît un peu imprudent, à cause précisément du morcellement de la propriété ; il faudrait se syndiquer et la garantie de TÉtat pourra seule y amener les intéressés.

Enseig^nement agricole. — La nécessité de renseignement agricole ressort clairement de toutes ces questions. Choix des engrais, irrigations, travaux de drainage, appropriation de la culture au sol, voilà des conditions qui seules, en l'état actuel, peuvent, par leur réalisation, contribuer à la prospérité de Tagriculture. Or, pour faire tout cela, ou simplement pour en comprendre l'importance, il faut quelque chose de plus que l'instinct et la tradition ; il faut un savoir personnel, acquis auprès d'hommes experts, et proportionné au but que l'on veut atteindre. Il appartenait évidemment à l'État de répandre ces connaissances, et l'on peut dire avec certitude que, si les gouvernements précédents ont commencé cette tâche, la troisième République Ta menée à bien avec une sûreté et une vigueur incontestables.

Passant aux faits, je rappellerai tout d'abord brièvement ce qu'a été l'enseignement agricole en France depuis cinquante ans. Ce fut un simple particulier, un savant agronome dont le nom est peut-être trop oublié, Mathieu de Dombasle, qui fonda la première ferme-école aux environs de Nancy. Rebuté tout d'abord, mal secondé ensuite par l'Etat, il vit son œuvre dépérir , mais l'impulsion, était donnée, et la monarchie de Juillet ne chercha pas à s'y soustraire ; elle fonda trois écoles régionales d'agriculture, institua plusieurs fermes-écoles et mit à l'étude un vaste projet d'organisation. Les gouvernements préparent souvent la voie à leurs successeurs ; il en fut ainsi pour celui de Louis- Philippe qui légua à la seconde République le plan si savamment étudié. Malgré les difficultés politiques que rencontra le nouveau régime, la réalisation du projet ne se fit pas attendre, et la loi de 18i8 régla la question avec une sagesse et une prévoyance qui en ont fait la base sur laquelle le législateur de 1875 devait réédifier l'enseignement agricole, sensiblement modifié par l'Empire, ainsi que je vais avoir l'occasion de le montrer. La loi de 1848 établissait trois degrés dans le nouvel enseignement ; elle créait l'Institut national agronomique de Versailles qui était destiné à devenir un établissement modèle et devait former de véritables ingénieurs agricoles ; venaient ensuite les écoles secondaires que l'on devait disséminer sur tout le territoire et dont

rÉtat se réservait complètement la gérance ; enfin, les fermesécoles *, appartenant à des particuliers, mais dans lesquelles l'État se chargeait des professeurs et des élèves. L'établissement et Tentretien de ces divers établissements exigeaient une somme annuelle de â,500,000 francs environ ; ce fut celle qu'on leur affecta en 1849, et, en 1850, le crédit atteignit environ 3 millions de francs. La présidence du prince Louis-Napoléon fut le signal d'une modification profonde dans la nouvelle organisation ; l'enseignement supérieur, si heureusement inauguré à Versailles, fut supprimé, et, si les autres établissements furent conservés, on peut dire que l'Empire se soucia peu d'en augmenter l'importance et le nombre. Ce régime, fort désireux de popularité, préférait réserver ses encouragements aux concours agricoles dont l'effet moral sur les populations des champs est beaucoup plus immédiat. Loin de moi, d'ailleurs, la pensée de critiquer l'institution en elle-même, car elle constitue un puissant moyen d'émulation. Quant à l'exactitude de ce que j'avance, elle peut être aisément contrôlée en comparant les sommes pour lesquelles l'enseignement agricole figure aux budgets de 1853, 1869 et 1886 :

Années. Enseignement agricole.

1853 1 .873 .000 fr.

L'État dépense aujourd'hui sensiblement une somme double de celle affectée au même service en 1869. Mais les chiffres sont si peu considérables par eux-mêmes qu'il semblerait oiseux de s'attarder sur cette augmentation si une véritable réforme ne l'avait accompagnée ; je veux parler de la loi de 1875.

État actuel de l'enseig^ncmcnt agricole. — Le législateur de 1875 s'est évidemment inspiré de celui de 1818, et a posé comme première condition que l'enseignement agricole devait avoir trois degrés. J'examinerai donc rapidement ces trois catégories telles qu'elles existent aujourd'hui :

i^ L'enseignement primaire se donne dans les fermes-écoles et dans les écoles pratiques, ces dernières ayant quelque analogie avec les établissements primaires supérieurs. Les fermes-écoles appartiennent à des particuliers qui, avec l'autorisation de l'État, sur le rapport du Conseil général, occupent un certain nombre de jeunes gens aux travaux des champs, sous la direction d'hommes expérimentés. C'est là, on le voit, un enseignement essen-

l. Le projet en prévoyait uue par départemoiit.

tiellement pratique, déterminé d'ailleurs par des règlements, et surveillé par les inspecteurs de Fagriculture. En outre, un certain nombre d'heures de la journée sont consacrées à des conférences ou à des travaux d'instruction théorique. L'enseignement donné dans les fermes-écoles est absolument gratuit, et les élèves reçoivent mj^me, en dehors du coucher et de la nourriture, une petite rétrilfution, de telle façon qu'en s'instruisant ils gagnent à peu près les gages d'un travailleur de leur âge. Ce système est fort avantageux en principe pour toutes les parties intéressées, particulièrement pour l'État, qui, moyennant des subventions modiques aux fermes-écoles, assure le service de l'enseignement primaire agricole.

Entre la ferme-école et l'école d'agriculture dont je m'occuperai tout à l'heure, il y a toute la distance qui sépare dans un autre ordre d'idées l'enseignement primaire de l'enseignement secondaire. Le législateur de 1875 s'est demandé avec raison s'il n'y avait pas lieu de créer une classe d'établissements intermédiaires destinés à donner une instruction mixte et à former des cultivateurs éclairés, des hommes capables de gérer une exploitation d'une certaine étendue sans pour cela posséder toutes les connaissances du génie rural bien complètes. C'est dans ce but qu'ont été organisées les écoles pratiques dont le nombre va sans cesse en augmentant, et qui, généralement, spécialisent leur enseignement suivant la nature des productions principales de la région. L'organisation de ces établissements présente quelque analogie avec celle des fermesécoles, en ce sens que l'État n'administre pas directement ; des particuliers, quelquefois les départements, se chargent de gérer les écoles pratiques pour leur compte, en percevant de l'élève une pension variant de 400 à 600 francs *, fort modique si l'on i!onsidère qu'il s'agit d'internes, mais qui s'augmente des travaux manuels exécutés par les élèves. L'État contribue en payant le personnel enseignant, généralement composé de 7 professeurs.

Ici, il est déjà question de mécanique agricole, d'histoire naturelle, d'arpentage, etc., toutes sciences qui, bien entendu, sont présentées aux élèves sous une forme essentiellement élémentaire et dont l'étude n'occupe qu'une moitié du temps, l'autre moitié restant consacrée aux travaux manuels.

Pourcompléterce court exposé de l'enseignement primaire agricole, il faudrai t parler aussi d e différen tes écoles spéciales (magnaneries, fromageries, etc.) auxquelles l'Étataccorde des subventions. Je

1. Eu oulro, le Dombro des bourses accordées par les départements est considérable.

dirai seulement quelques mots des écoles des bergers de Rambouillet et de Mouhdjebeur (Algérie). 11 ne s'agit plus ici d'enseigner les sciences agricoles, mais simplement d'apprendre aux futurs bergers Texécution des travaux de la ferme, la conduite et la garde des troupeaux. En France, cet apprentissage dure deux années ; en Algérie, trois ; il est absolument gratuit, et fortement encouragé par la prime de 200 francs ^ payée à ceux qui passent Texamcn de sortie d'une manière satisfaisante. Il est digne d'un Gouvernement démocratique de ne dédaigner aucun enseignement professionnel, quelque humble qu'il soit.

Il faut citer aussi Técole d'horticulture de Versailles dont l'enseignement est entièrement gratuit, et qui est spécialement affectée à Tétude de l'arboriculture, de la culture potagère et de la floriculture. La durée des études est de trois années ; le régime est Texternat. Il existe six bourses de mille francs chacune destinées aux élèves pauvres et classés parmi les premiers.

Enfin, en outre des écoles, l'Etat entretient dans chaque département de France et d'Algérie un professeur d'agriculture chargé de faire un cours à l'école normale primaire, de propager par des conférences les notions les plus indispensables du génie rural, de remplir des missions agricoles sur les indications du préfet. Cette institution, encore récente (elle date de 1879), est appelée à rendre les plus signalés services ; elle est utilement complétée par celle des stations agronomiques, champs d'essais, etc., dont le nombre s'accroît chaque année.

L'ensemble des sommes affectées par l'Etat aux divers services que j'ai mentionnés ci-dessus atteint pour 1887 le chiffre de 1.600.000 francs, somme minime si l'on considère le nombre et la variété des établissements subventionnés ou entretenus.

L'enseignement secondaire agricole est représenté en France par les trois écoles de Montpellier 2, Grignon et Grand-Jouan.

La fondation de ces écoles n'est pas récente ; toutefois l'avenir qu'elles ouvrent a été singulièrement élargi par la loi de 1879. L'admission n'y a lieu que par voie de concours; la durée des études est de deux années et demie 3. Les matières enseignées sont d'un ordre assez élevé et comprennent la zoologie, la botanique, la météorologie, la chimie, la physique, l'économie rurale, la comptabilité. De nombreux exercices pratiques complètent cette instruction théorique, tant sur le terrain même du champ

i. 150 francs à Mouhdjebeur.

2. L'école (le Montpellier a été eréée eu 1872, eu remplacement de l'école de La Saulsaie (Ain}, supprimée.

3. Le prix de la pension varie entre i.OOO et 1,200 fraucs (internat), mais l*État entretient un certain nombre de boursiers.

74 PREIUÈRE PARTIE.

d'expériences que dans les divers laboratoires. L'enseignement des trois écoles, tout en comprenant des parties communes, est spécialisé suivant la région : ainsi Montpellier étudie particulièrement la sériciculture et la viticulture ; Grand-Jouan la culture pastorale et la transformation des terres incultes ; Grignon, les céréales, les plantes industrielles. A leur sortie de Técole, les meilleurs élèves présentent un mémoire et obtiennent le diplôme d'ingénieur agricole; les autres, un simple brevet. Ces jeunes gens trouvent généralement des positions avantageuses dans les grandes exploitations ou dans l'enseignement agricole dont le cadre a été, en ce qui les concerne, sensiblement élargi par la création des chaires départementales auxquelles ils peuvent prétendre.

En outre, les élèves sortis les premiers peuvent être chargés de missions avec une indemnité de 1.200 à 1.600 francs.

Le budget des trois écoles réunies s'élève à 757.000 francs.

3* Enfin, au sommet de l'enseignement agricole, se trouve l'institut agronomique. Rétabli en 1876, dans les bâtiments du Conservatoire des Arts-et-Métiers , il a immédiatement pris place parmi les meilleurs établissements de ce genre existant en Europe. L'enseignement comprend les diverses branches des sciences physiques et naturelles, la mécanique agricole, le génie rural et les constructions, l'hygiène, etc. De magnifiques laboratoires, les splendides collections du Conservatoire des Arts-et-Métiers, une grande exploitation pour les recherches et les essais à Vincennes, complètent dignement au point de vue pratique les cours de l'Institut agronomique ^.

Le titre qui sert de sanction à ces fortes études est celui d'ingénieur agricole, accompagné du brevet de l'enseignement supérieur de l'agriculture.

Les élèves sortis les premiers, sont généralement chargés de missions.

L'Institut agronomique est spécialement destiné à fournir aux écoles, aux champs d'essai, aux stations, des professeurs et des expérimentateurs distingués, possédant suffisamment les nombreuses sciences qui sont utiles à l'agriculture, et particulièrement exercés à les appliquer. Le budget de cet établissement est d'environ 280.000 francs.

Écoles vétérinaires. — II me reste maintenant à dire quelques mots des écoles vétérinaires dont le nombre n'a pas

1. Les élèves, tous externes, paieut une rétribution annuelle de 300 franc» ; mais il existe 10 bourses d'études, et, eu outre, 4 bourses de 1.000 francs et <leux de 500 francs.

varié, mais qui ont été complètement réorganisées en 1881. Il y a trois écoles : à Alfort, à Lyon et à Toulouse. L'enseignement est uniforme ; et dure quatre années à la fin desquelles l'élève travailleur possède des connaissances réellement très étendues. L'examen d'admission n'est pas difficile, et Ton demande même que le niveau en soit relevé. Les élèves sont, soit internes (600 francs par an), soit externes (200 francs par an), mais il convient d'ajouter que le ministre dispose de 70 bourses et de 140 demi-bourses. M. Mortimer d'Ocagne, dans son intéressant ouvrage « les Grandes Ecoles de France », dit qu'il y a seulement 3.000 vétérinaires en France, et qu'il y aurait du travail pour 10.000. Il y aurait donc intérêt à augmenter le nombre des écoles spéciales, en cherchant aussi à diminuer la durée des études qui doit arrêter beaucoup déjeunes gens. Quoi qu'il en soit, il a été fait beaucoup en faveur des écoles vétérinaires dont le budget, qui n'était que de 270.000 francs en 1835 et de 656.000 francs en 1869, atteint aujourd'hui 1.000.000 francs. J'aurai l'occasion de parler plus loin des 60 élèves que le ministère de la guerre entretient dans les trois écoles et qui sont destinés au corps des vétérinaires de l'armée.

Conclasion. — Il semble donc difficile de nier les bienfaits dont l'agriculture est redevable au régime actuel. Dérivations et irrigations dans le Midi ; secours contre le phylloxéra, reconstitution des haras ; création des écoles primaire et secondaire des forêts, des écoles pratiques et des chaires départementales d'agriculture, de l'école d'horticulture, de l'Institut agronomique, développement des stations agricoles et des champs d'essai destinés à répandre les meilleures méthodes de culture, et, dans un autre ordre d'idées, concession des tarifs protecteurs, voilà ce que la République a fait pour les paysans. Je ne crains pas d'affirmer que jamais l'agriculture n'a été plus en honneur parmi les hommes éclairés, et le « Mérite agricole, » cet ordre si décrié à son origine, trouve aujourd'hui plus de solliciteurs que de dédaigneux.

Quant à l'augmentation, si fréquemment invoquée, desimpôts ruraux, j'aurai l'occasion de faire voir dans la suite qu'elle réliulte, pour les 9/10, d'événements que le régime actuel a subis sans les avoir provoqués.

AVANT-PROPOS

Division du siyet. — De même que pour l'agriculture, j'ai cru devoir subdiviser en plusieurs chapitres le sujet considérable auquel j'arrive présentemement. J'ai naturellement commencé par les industries extractives et les diverses élaborations auxquelles donnent lieu leurs produits, et continue» par les industries manufacturières en terminant par un aperçu sur les écoles industrielles et quelques considérations générales. Voici Tordre des chapitres :

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