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EXPLOITATION ET PERFECTIONNEMENT CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Importance de l'a^^iealtiire en France. — « Le labourage et le pasiourage, voilà les deux mamelles dont la France est alimentée, les vrayes mines et trésors du Pérou. » Ces belles paroles du clairvoyant Sully n'ont jamais cessé d'être confirmées par les événements. L'agriculture a été le plus ferme soutien de l'Etat alors que l'industrie était à son enfance ; elle a été le lien grâce auquel l'unité des traditions s'est maintenue, et, maintenant malgré l'immense activité industrielle du pays, elle est encore l'occupation et la ressource de !25 millions de Français. La valeur de la production agricole a sensiblement augmenté et cette augmentation est due à des causes variées: défrichements, importance croissante des céréales et particulièrement du blé, enfin élévation progressive des prix. La terre de France rapporte annuellement plus de 7 milliards de francs, chiffre important par lui-même et bien plus remarquable encore si Ton considère sa relation à la superficie. Toutefois, il ne suffit pas de considérer le résultat financier brut de l'exploitation, il faut aussi examiner attentivement l'évolution profonde qui a modifié les conditions économiques de la culture depuis le commencement de ce siècle.

A mesure que l'activité industrielle et commerciale s'accentuait en France, un mouvement considérable portait le paysan vers la ville, le laboureur vers l'usine. Cette tendance, qui ne s'est pas démentie de nos jours, a été pour quelques-une un bienfait, pour la plupart la source de mécomptes sans nombre et d'ambitions qui, mal satisfaites, n'ont engendré que le mécontentement et l'erreur. L'agriculture en a éprouvé un certain discrédit contre lequel le gouvernement actuel s'est efforcé de lutter, affirmant, en

toutes circonstances, ses sympathies pour cette source inépuisable de la richesse nationale, s'attachant à faire comprendre que la culture d'aujourd'hui repose sur des bases essentiellement rationnelles (j'allais dire scientifiques), propageant largement dans ses écoles et ses champs d'expériences les méthodes modernes, donnant aux concours agricoles une solennité voulue, enfin accordant aux paysans les mesures protectrices qu'ils considèrent comme indispensables à leur prospérité.

Division de la propriété rurale. — Pour sortir de ces généralités, je ferai d'abord remarquer l'extrême division de la propriété rurale.

Exploitations de moins de :

10 hectares :2. 635. 000

10 à 40 hectares 727.000

40 hectares 112.000

Total 3.504.000

Ce morcellement qui, au point de vue démocratique, est excellent,présentecependantquclquesinconvénients; le plus grave est de ne pas se prêter à l'emploi des grandes machines agricoles dont les effets sont merveilleux, mais les prix fort élevés. 11 faut alors se former en associations, ce qui n*est pas toujours praticable, ou recourir à la location qui n'est jamais bien économique, ou enfin, plus simplement encore, laisser les machines aux grands propriétaires et ne pas améliorer son exploitation. Malgré cette situation, il ne faudrait pas croire que l'agriculture française en est toujours aux procédés rudimentaires. Grâce à l'initiative de l'État et des comices agricoles, les appareils mécaniques se sont peu à peu répandus dans les campagnes, comme on s'en convaincra d'ailleurs par le tableau suivant :

Charrues ordinaires 2.412.000 2.300.000

Charrues perfectionnées . . . 794 . 000 900 . 000

Houes à cheval 25.800 195.000

Semoirs(i) 20.900

Machines à battre 100 . 000 21 1 . 000

Moissonneuses 3.000 19.000

Faneuses 2.800 16.000

Machines à battre (à vapeur) 4.000 27.000

1. Nomhre évidemment insiguifiaut en 18G2, car rulilité de l'appareil a *)iù longtemps contestée, mais est iléflnilivement reconnue de nos jours.

îi

On comptait de plus, en 1882 : 9.720 moulins à vent, 12.651 roues hydraulique?', 8.926 machines à vapeur.

Quand à la valeur de la propriété rurale, elle a considérablement augmenté : 700 francs Thectare en 1815 — 1.280 fr. en 1851 — 1.830 fr. en 1879. Les chiffres précédents s'appliquent à la moyenne générale, mais si Ton considère les terres labourables en particulier, on constate la même progression : 1.480 francs Thectare en 1851 et 2.200 francs en 1881.

J'ai cherché à estimer séparément la valeur des terres labourables, vignes, etc., et à en conclure un chiffre pour l'ensemble du territoire agricole. J'ai été amené à former le tableau suivant dont le résultat définitif ne s'éloigne pas trop des estimations ordinaires :

Terres labourables 57.000.000.000 fr.

Forêts ... 9.500.000.000

Vignes 6.500.000.000

Prairies 17.500.000.000

Jardins et vergers 1.100.000.000

Cultures arborescentes (pépinières) 500.000.000

Landes, pàtis, bruyères, etc.. 1.250.000.000

Total 93.350.000.000 fr.

Près de 100 milliards, telle est la valeur actuelle de la propriété rurale en France. En adoptant comme rendement moyen annuel le chiffre de 7 milliards dont je parlais plus haut, on voit que cet énorme capital ne produit guère plus de 7 0/0 brut. 11 est difficile d'évaluer les charges de l'agriculture, et l'on ne s'accorde même pas sur la quotité des impôts payés annuellement par elle (le chiffre de 600 millions a été plusieurs fois prononcé). La cherté de la main d'œuvre contribue dans une forte mesure à augmenter ces charges, caries salaires agricoles ont triplé depuis un siècle :

Années. Salaire agricole moyen.

1789 Ofr. 80

Cependant, le salaire de 1880 est encore sensiblement inférieur au salaire industriel moyen (3 fr. 40), et Ton s'étonne moins, en présence de ces chiffres, que nombrc.de travailleurs fassent abstraction des immenses avantages économiques et hygiéniques de la vie des champs.

Il faut faire entrer aussi en ligne de compte l'intérêt et l'amortissement du capital d'exploitation, les semences, et, bien qu'il soit admis que la propriété rurale ne puisse donner qu'un revenu médiocre, à cause de la sécurité même du placement, il faut bien considérer que 7 0/0 de revenu brut, déduction faite de tous les frais, ne laisseront guère plus de 3 à 4 0/0. Dans ces conditions, quelques personnes peuvent être amenées à penser qu'il n'y a aucun intérêt pour le cultivateur à conserver ses champs, et qu'il ferait beaucoup mieux de les réaliser et d'engager le produit de la vente dans quelque industrie. Cela peut être vrai dans quelques cas particuliers, mais il faut remarquer avant tout que la terre est le capital le plus stable de tous, que la vie de la campagne est la plus économique et la plus hygiénique. Et, si l'on considère la collectivité au lieu de l'individu, quel péril incessant courrait une nation qui aurait concentré toutes ses forces dans l'industrie et serait obligée de dedemander au voisin son pain quotidien.

On peut se passer de meubles, de vêtements même, on ne saurait se passer de pain; et j'estime qu'un peuple, tant qu'il se sentira porté par une terre fertile, ne fût-elle même plus couverte que de ruines, pourra vivre et se relever.

Mais il est temps de revenir au sujet. Je viens de montrer, d'une manière toute approximative d'ailleurs, ce que vaut le sol de la France et ce qu'il produit.

Cette riche production peut encore être sensiblement augmentée, et jamais peut-être autant qu'aujourd'hui, les agronomes ne se sont appliqués à propager les moyens susceptibles d'amener à ce résultat. La question la plus importante est celle des engrais. Il est hors de doute que le fumier employé seul n'a pas toutes les qualités fertilisantes requises, et doit être additionné d'engrais minéraux, de superphosphate de chaux, de nitrate de potasse, de guano, de sels ammoniacaux, suivant les circonstances de constitution chimique du terrain considéré.

D'autre part, j'ai fait ressortir plus haut tout l'intérêt que présentait l'emploi des tourteaux comme matière fertilisante ou comme aliment pour les animaux ; il y a encore sur ce point une étude à faire pour les destiner à tel ou tel de ces deux usages.

Sans vouloir insister sur ce sujet technique qui sort de mon cadre, je crois en avoir dit assez pour faire voir que l'usage des

engrais convenablement choisis permet d'enrichir puissamment les terrains, quels qu'ils soient. Le succès de la croisade entreprise depuis quelques années dans ce sens ne dépend que de deux circonstances, toutes deux en voie de réalisation : le bon marché des engrais et de leur transport, la propagation de Tinstruction agricole.

Cependant, il ne faut pas se dissimuler la diffîculté que présentera toujours remploi de méthodes scientifiques sur des exploitations de petite étendue ; ce qui est applicable dans une grande ferme du Nord, possédant un gros fonds de roulement, cesse malheureusement de Tétre dans une de ces innombrables petites propriétés du Midi qui constituent le plus souvent tout le capital de leurs propriétaires. Cette observation atteint, à vrai dire, bien plutôt les machines que les matières fertilisantes dont il est toujours possible de limiter Tachataux besoins du moment. Rôle de l'État. — De ce qui précède, on peut conclure le rôle important que doit jouer TEtat par rapport à Tagriculture ; promoteur des grands travaux en face desquels l'initiative privée se trouve insuffisante, propagateur de l'enseignement agricole à tous les degrés. Ce rôle n'a jamais été mieux compris que par le gouvernement actuel, ainsi que nous allons le voir.

Hydraulique agricole. — Le budget des dépenses de 1887 comporte une somme de 5.000.000 fr. environ destinée à couvrir des subventions ou des garanties d'intérêts accordées à plusieurs compagnies concessionnaires de travaux hydrauliques agricoles, aussi bien qu'à assurer l'exécution des ouvrages de cette nature entrepris par les communes sous les auspices de l'Étal ou par l'État lui-mrme.

Ces déboursés sont généralement amortis par annuités prélevées sur le produit des abonnements aux dérivations ou l'exploitation des terrains desséchés, suivant le cas. Des prêts sont toujours consentis sans intérêt, de sorte que, abstraction faite des risques inhérents à toute entreprise, ils se soldent toujours par une perte pour l'État. Les travaux de cette nature ont surtout leur raison d'être dans le Midi beaucoup moins bien partagé que le Nord sous le rapport de la distribution et surtout du régime des eaux ; quelques exemples feront mieux ressortir leur importance.

Le canal d'irrigation dérivé de l'Hérault emprunte à cette riviùre 3 m. c. 1/2 par seconde, et arrose le territoire de 12 communes. — Garantie d'intérêt et subvention de l'État jusqu'à concurrence de 1.400.000 fr.

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