‹ La France actuelleChapitre 59 sur 288 · millions · texte numérisé non relu

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Les douanes. — Je ne me propose pas d'examiner ici l'économie administrative des douanes ; je veux seulement indiquer le chiffre annuel des recettes afin que le lecteur puisse le comparer avec celui des importations ; j'ai cru devoir indiquer en

même temps la taxe sur les sucres coloniaux et étrangers qu'il n\y a aucune raison de séparer dans ce cas particulier :

Produit des droits sur les sucres Année. Produits des douanes. coloniaux et étrangers.

1868 99.200.000 fr. 48.600.000 fr.

H faut bien remarquer que les variations dans le produit des droits sur les sucres coloniaux et étrangers sont généralement accompagnées d'un mouvement inverse des droits sur les sucres indigènes.

Considérations générales. — Le commerce extérieur de la France s'est accru ; l'exportation est devenue inférieure à l'importation. Tels sont, brutalement énoncés, les deux faits qui se dégagent de tous les tableaux suivants. Examinons rapidement les causes de ce double résultat.

Le commerce extérieur s'est accru d'abord à la faveur des tarifs modérés que l'Empire substitua lors du mouvement libreéchangiste de 1860 aux mesures protectionnistes des régimes précédents ; il fléchit ensuite sous l'influence des événements politiques qui de 1866 à 1871 modifièrent l'équilibre européen et firent craindre un instant pour la prospérité de la France. Alors se produisit un de ces grands mouvements qui doivent servir de leçon aux peuples pour leur enseigner la constance et la foi en eux-mêmes : en moins de dix années, la France abattue, se libéra de ses engagements, reconstitua ses forces militaires et son matériel de guerre, augmenta d'un quart le chifl're de sa production industrielle et de ses afl'aires avec l'étranger. Ce ne sont pas là de vaines déclamations ; j'extrais du remarquable ouvrage de M. Félix Faure sur les budgets de la France, les chiffres suivants :

Commerce spécial ; moyenne par habitant. Années.

Importation.

i-xportation.

Ce dernier chiffre mérite une explication, car, en apparence, le commerce extérieur français n'aurait grandi que pour déchoir ensuite. S'il s'agissait en effet d'un phénomène local, il n'y aurait rien à dire là contre ; mais, toujours grâce à M. Félix Faure, je puis facilement établir qu'il s'agit d'une crise générale à laquelle la France n'avait aucune raison d'échapper.

Voici, en effet, les chiffres annalogucs pour les principaux pays d'Europe :

Allemagne.

Commerce spécial ; moyenne par habitant Années. Importation. Exportation,

Belgique.

1872 249 fr. 88 205 fr. 53

Grande-Bretagne et Islande.

1872 11 iiv. 14 9 1iv.87

Italie.

1872 70 fr. 39 43 fr. 55

Voilà des chiffres bien convaincants et dont l'authenticité ne saurait être mise en défaut, car, si hesoin était, le nom de M. Félix Faure suffirait à les garantir.

Je reviens à mon sujet. Voici donc la France reconstituée, participant à la crise commerciale comme elle a participé à l'élan; il reste à savoir pourquoi l'importation s'est accrue beaucoup plus vite que l'exportation. La raison de ce fait consiste essentiellement, à mon avis, dans l'augmentation des besoins, particulièrement en ce qui concerne Talimentation et le vêtement. Or, les

industries alimentaires sont liées à l'élevage et à Tagriculture qui, depuis 15 ans, n'ont pas dépéri, ainsi que je crois l'avoir montré au commencement de ce livre, mais n'ont pas suivi le mouvement de la consommation. Evidemment, il vaudrait mieux (et l'on y arrivera j'espère) demander tout à la terre française, mais la situation actuelle me semble déjà constituer un progrès.

Je terminerai par quelques mots sur le rôle de TEtat au point de vue fiscal. La matière est encore assez délicate, car jamais combats oratoires plus orageux n'ont été livrés qu'entre protectionnistes et libre-échangistes. Cependant, négliger un pareil sujet serait faire preuve de trop d'indifférence.

La doctrine libre-échangiste, née de Tesprit démocratique et égalitaire, s'est admirablement répandue et développée tant à cause des avantages sérieux qu'elle a donné dans ses applications que par suite de l'intérêt qu'éveille chez tout homme cultivé, une idée large et généreusement conçue. Cependant, pour ne parler que des économistes français, combien d'illustrations pourrais-je citer qui considèrent le libre-échange comme une belle utopie, un rêve irréalisable. D'ailleurs, l'opinion publique, en France, incline visiblement et de plus en plus vers la protection ; le tarif douanier consacre cette tendance par des dispositions, sagement graduées il est vrai, mais en somme protectrices. Faut-il rappeler quelles protestations, et la plupart issues de voix autorisées, accueillirent les traités de commerce de 1860? et, plus récemment encore, avec quelle unanimité les populations agricoles n'ont-elles pas demandé l'augmentation des droits sur les céréales et les bestiaux?

Faut-il donc en conclure que le libre-échange est un système défectueux et fatal aux peuples qui l'adoptent? La prospérité de l'Angleterre, de la Belgique, de la Suisse, des Pays-Bas dont le commerce extérieur égale celui de la Russie, n'est-elle point, comme la plupart s'accordent à le reconnaître, le résultat fécond de la liberté commerciale ?

A mon sens, tout cela est vrai, logique, et a sa raison d'être. Que les pays libre-échangistes soient prospères, cela ne fait pas de doute. Que la France reste protectionniste, elle qui, généralement, est à la tête du progrès, cela est justifié par une foule de circonstances. D'abord, on ne modifie pas du jour au lendemain l'opinion publique sur une matière ailssi importante que celle-là Pour qu'un gouvernement aille à rencontre du sentiment public, il faut qu'il soit plus fort que le peuple lui-même, et le régime républicain fondé sur le principe de la souveraineté nationale, a pour premier devoir d'être l'interprète fidèle de la volonté du plus grand nombre. En second Heu, la France est puissamment

riche ; son agriculture et son industrie se chiffrent par près de 25 milliards chaque année ; ses travailleurs sont accoutumés à des salaires élevés, largement rémunérateurs. Celan'explique-t-il pas la répulsion qu'éprouvent le paysan ou l'ouvrier français contre cette concurrence étrangère qui, au premier abord, semble devoir être une cause de ruine ?

Rien, d'ailleurs, n'est et ne doit-être absolu en ce monde, pas plus l'idée du libre-échange que celle de la protection. Quand on aura lait intervenir dans l'appréciation des systèmes douaniers préférés par telle ou telle nation, des circonstances telles que la situation géographique, l'importance et la nature de la production locale, et souvent aussi les nécessités politiques ou le besoin de remplir le trésor public, alors seulement on pourra juger en toute connaissance de cause, et l'on connaîtra le pourquoi de tel ou tel compromis entre le libre-échange et la protection, comme on en rencontre dans le tarif douanier Français.

Commerce extérieur des différents» pays. — De même qu'il est difficile d'évaluer approximativement le commerce général de la France, de même il serait à peu près impraticable de chiffrer celui des autres pays. En conséquence, j'ai dû me contenter de figurer, dans la partie supérieure de la planche VÏII, l'importance du commerce «'x/ér/ewr pour chacune des principales nations. La partie inférieure de lu planche est réservée à la représentation graphique du rapport entre la valeur des importations et celle des recettes de douane, pour chaque pays. Cette indication sans être d'une portée bien grande, permet cependant de reconnaître les diviTses tendances économiques; ainsi, les Etats-Unis, le Brésil, la République Argentine perçoivent des droits considérables, tandis que les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse sont entièrement libre-échangistes ; l'Angleterre ne frappe ù, l'entrée que certaines denrées alimentaires, et cependant ses recettes douanières sont fort respectables, ce qui suffirait à démontrer que le libre-échange, entendu avec quelques réserves, et le bon rendement des douanes n'ont rien d'incompatible.

Je terminerai ce chapitre en complétant par quehiues renseignements numériquesles indications de la planche VÏII. Voici d'abord le tableau des pays importateurs et des pays exportateurs:

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