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CONSÉQUENCES DE CES ÉVOLUTIONS MONDIALES

Ainsi, dans chaque partie du monde, la nation prépondérante s'efforce de s'assurer la suprématie maritime dans les mers qui environnent son territoire. Par le développement de sa marine de guerre et de ses arsenaux, elle en fait sa propriété. Aucup ennemi ne peut plus songer à venir Fy attaquer; en toutes circonstances, elle y est assurée de la plus complète liberté; elle y est maîtresse; elle peut en faire disparaître d'une façon absolue le pavillon de n'importe quel adversaire.

Avec le développement universel des puissances navales et des nations industrielles, la maîtrise absolue des mers ne peut plus être. Elle n'appartient plus à l'Angleterre, obligée d'abandonner deux océans; elle n'appartiendra jamais aux États-Unis, incapables d'agir contre l'Europe et déjà arrêtés en Extrême-Orient; les Japonais, impuissants contre le continent américain et auxquels l'accès de l'océan Indien reste interdit, ne pourront pas davantage la conquérir; les Allemands, renfermés dans la Baltique, demeureront dans l'impossibilité de la posséder.

Le sceptre de Neptune n'appartiendra ni à l'Anglo- Saxon, ni au Mikado, descendant des dieux, ni au poing allemand.

Devant cette tendance des peuples à augmenter continuellement leur suprématie dans les mers qui les avoi-

sinent tandis que les autres mers restent fermées à tout développement important de leur puissance, on ne peut nier que le « partage de toutes les terres du globe étant terminé, le partage des mers commence u .

Le monde, terre et eau, se fractionne d*une façon rationnelle, uniquement suivant des lois logiques basées sur l'affinité des peuples, sur leur proximité, sur la fréquence de leurs relations, sur la sécurité que les plus faibles recherchent auprès de leurs voisins les plus forts.

Il est aussi impossible que TUnivers reste distribué conformément au partage d'empires, fait en 1890, par MM. de Caprivi, Salisbury, Grispi, Ribot, qu'il n'était possible qu'il restât divisé entre l'Espagne et le Portugal par le méridien qu'avait fixé la bulle du pape Alexandre VI, pour délimiter les possessions de ces puissances.

Pour les Européens, le temps des immenses et faciles conquêtes est passé.

L'Europe, grâce à sa puissance maritime exclusive, a traversé du quinzième au vingtième siècle une période de prospérité , de supériorité tout à fait exceptionnelle qu'elle ne peut songer à conserver intégralement, dont elle doit, à la suite des développements des puissances maritimes américaine et jaune, se résoudre à abdiquer une partie pour ne pas risquer d'en perdre la totalité.

Chaque nation va être obligée de se renfermer dans ses limites territoriales et maritimes et être contrainte pour subsister d'y travailler et de s'y défendre comme furent obligés de le faire les Barbares après qu'ils eurent fini de se partager l'Empire romain.

Les Barbares ont mis cinq siècles à se partager Rome. Les Européens ont mis plus de quatre siècles à se partager toutes les terres du globe en dehors de l'Asie. Le partage de toutes les mers ne peut pas se terminer en trente ans. Bien des espaces restent encore inoccupés

aujourd'hui sur les océans comme il y a cinquante ans restaient encore non réparties des immensités de terres; mais ce partage est un mouvement irrésistible dans lequel sont entrainés tous les peuples ; aucune force ne pourrait enrayer sa marche ; il fout s*y conformer si on ne veut être ni dépassé, ni renversé !

G*est là ridée qui doit devenir maîtresse souveraine des pensées et des actes de notre politique extra-européenne.

Nous devons rester convaincus qu'il nous est impossible d'étendre notre puissance dans les cinq parties du monde, que nos colonies lointaines laissées sans protection en Extrême-Orient, dans le Pacifique, dans les mers américaines, sont aussi exposées que le seraient des enclaves de terres françaises au milieu de territoires du Japon ou d'Amérique, parce qu'ici pas plus que là des secours ne pourraient leur être envoyés.

Les possessions que nous avons à des milliers de milles de nos côtes sont destinées, tôt ou tard, à nous être ravies si nous ne sommes pas assez sages pour savoir éviter leur perte, alors qu'il est temps encore, et que des ententes cordiales avec tous nos principaux compétiteurs nous permettent de le foire sans aucun froissement pour notre dignité.

Ne nous laissons pas entraîner par des chimères à la poursuite de rêves irréalisables !

A de tels bouleversements de l'équilibre géographique, militaire, politique, économique, du monde, il faut opposer de nouvelles façons de penser et d'agir; il faut avant tout réduire nos ambitions en les ployant aux inéluctables exigences de ces évolutions mondiales.

Pour ceux qui ne voudraient pas admettre l'exactitude de ce mouvement du partage des mers et l'importance

des conséquences qu'il entraine; pour ceux qui, par principe, ne veulent prendre des décisions pratiques qu'en se basant sur des données matérielles palpables ; pour tous ceux, en un mot, qui n'ont pas été convaincus par ce qui précède de l'inexorable fatalité de ces conclusions, voici à méditer des considérations d'un ordre plus intime.

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