LA PUISSANCE GÉNÉRATRICE S'ATROPHIE
L'homme est la force de la famille ; Thomme est la force d'une collectivité. Pour qu'un État soit puissant, il lui faut un très grand nombre d'hommes !
La loi du nombre est la loi la plus inflexible de toutes celles qui régissent les sociétés.
C'est la loi qui a fait de la France la plus grande des nations d'autrefois (l) .
Populations en 1700 :
France 19.600.000
Angleterre et Pays de Galles 6.048.000
Espagne 9.000.000
(1) Le tableau annexé à la fin du volume donne les courbes du mouyenient général des populations des principales collectivités du monde.
La continuité de ces courbes pendant deux cents ans, malgré les àcoups passagers dus à des conquêtes ou à des épidémies, semble suffisamment constante pour qu'il soit possible, sans s'exposer à commettre de grossières erreurs, d'admettre pour 1950 et pour 2000 des prévissions déduites de leur marcLc.
En 1820 :
Habitants pai'kmc.
France 31.000.000 57
Grande-Bretagne 21.270.000 67
Espagne 11.000.000 22
Prusse 10.319.000 30
États-Unis 8.000.000 0,8
C'est cette loi qui écrase la France aujourd'hui :
Populations en 1902 :
Habitant* 1002 parkruc. 1906
Empire anglais 449.840.000
Chine 410.000.000 34
Indes anglaises 315.000.000
Empire russe 143.000.000 6
Russie d'Europe 1 12.440.000 21
États-Unis 78.500.000 8,3
Empire d'Allemagne. . 56 365.000 104 60.605.180
Japon 47.500.000 113
Autriche 47.100.000 70
Grande-Bretagne 41.840.000 133 44.000.000
France 38.962.000 73 39.100.000
Prusse 34.275.000 99
Italie 32.450.000 113
Java 27.000.000 23
Espagne 18.200.000 37
Brésil 18.000.000 2
Mexique 12.570.000
C'est la loi qui tuerait la France dans un avenir prochain en la plaçant, vis-à-vis de ses adversaires, dans une situation terrifiante, qui semblerait inextricable.
Populations approchées en 1950 :
UabitanU par kmc.
Chine 500.000.000
Russie d'Europe 177.000.000 33
États-Unis 145.000.000 15
Empire d'Allemagne 93.000.000 172
Japon / 78.000.000 175
Autriche 70.000.000 103
Grande-Bretagne 62.000.000 197
Prusse 60.000.000 172
France 43.000.000 80
Italie 40.000.000 125
Espagne 20.000.000 40
Siam 2Q.000.000
Maroc 15.000.000
Belgique 10.000.000
Suisse 5.000.000
Empire russe 280.000.000
Russie d'Europe 250.000.000
États-Unis 212.000.000
Empire d'Allemagne 130.000.000
Japon 100.000.000
Autriche 95.000.000
Grande-Bretagne 80.000.000
Prusse 87.000.000
Italie 50.000.000
France 48.000.000
Espagne 22.000.000
La stérilité est une maladie qui ne pardonne pas, puisque son terme fatal est le néant; elle enlève tout espoir d'égaler jamais ses rivaux; elle tue infailliblement. En 1950, la population de l'Allemagne sera plus du double de celle de la France; en 2000, elle sera à peu près le triple, sans guerre, sans conquête, par le jeu seul des décès et des naissances.
Si encore, cette dépopulation de notre pays était due à des guerres, à des famines, à des épidémies, le malheur serait plus facilement réparable. La catastrophe finale pourrait être plus aisément conjurée. Les calamités nous auraient rendus plus travailleurs, plus industrieux, plus prévoyants. Ce dépeuplement n'est malheureusement dû ni à des désastres, ni à la nature; il n'est qu'un effet de notre propre volonté; c'est le mal appelé par les démographes « malthusianisme » , qui nous cause un déficit, par an, de 500.000 à 600.000 naissances! ce mal issu de Tégoïsme, de l'amour exclusif des jouissances et du confortable !
Différence des naissances et des décès :
France
Dates
Naiiunco
nM%
DirrércilcM
Allemagne.
En moyenne, pour ces mêmes années, il y a eu 758 mariages pour 10.000 habitants en France et
777 en Allemagne. On ne meurt pas plus; on se marie autant en France qu'en Allemagne. Ce n'est ni un célibat exagéré, ni l'alcoolisme, ni la tuberculose, ni toutes les autres plaies sociales, lesquelles sévissent avec autant d'intensité ailleurs que chez nous, qui causent réellement notre a££aiblissement numérique ; c'est ce malthusianisme invétéré, qui nous a fait arriver à un tel point d'infériorité, qu'un seul Français nait alors que vingttrois Allemands viennent augmenter la collectivité germanique.
Invétéré! En effet, c'est depuis 1770 que le nombre des naissances diminue en France !
Nombre des naissances par 10.000 habitants.
Années.
Naiuancet
Années.
Naissances.
Et la faible augmentation de la population dépend surtout de celle due à l'élément étranger! De 1890 à 1895, le chiffre des décès s'est trouvé en excédent de 40.8^1 sur celui des naissances! La légère élévation de notre population, constatée parle recensement de 1896, a donc bien été occasionnée par l'accroissement de l'élément étranger, qui comptait 2.027.491 personnes et près de 200.000 individus naturalisés Français.
C'est là le danger; car ce n'est ni le luxe, ni les mauvaises mœurs qui causent la décadence d'un peuple; c'est sa dégénération, c'est-à-dire la disparition de toute l'originalité de ses vertus propres, de son caractère particulier, la perte de toute la richesse de son tempérament, au milieu d'éléments hétérogènes qui le
transforment. Son sang est noyé dans des quantités de sangs de toutes sortes, et sa civilisation meurt, dès que son sang a disparu.
En 1872, la densité de la population était la même en Allemagne et en France : 72 habitants par kilomètre carré. En 1905, elle s'élève à 113 habitants par kilomètre carré en Allemagne; à 73 seulement en France !
C'est la plaie béante ouverte profondément dans notre flanc.
Beaucoup prétendent démontrer que la réduction du nombre des citoyens est la caractéristique d'une société bien équilibrée, parvenue au summum de la civilisation. Ceux-là pourraient sans doute expliquer facilement, car ils n'ont pas dû être sans y réfléchir, comment dans un demi-siècle cet. équilibre parfoit de notre petite collectivité de 43 millions de Français se maintiendra au milieu de ces collectivités devenues énormes, avec lesquelles, aujourd'hui même où notre puissance relative reste encore très grande, nous ne cessons d'être en compétition brûlante, au milieu de 93 millions d'Allemands, de 70 millions d'Autrichiens, de 42 millions d'Italiens, de 145 millions d'Américains, de 500 millions de Chinois, de 73 millions de Japonais, de 20 millions de Siamois, de 15 millions de Marocains !
Ceux-là pourraient sans doute déterminer aussi, si cette plaie qui nous mine est guérissable, ou bien si elle est incurable, et si cette stagnation désolante de la natalité française est le début d'une ruine analogue à celle de l'Irlande qui s'éteint, sa population ayant décliné de 6.553.000 habitants en 1850, à 4.460.000 en 1900; analogue à celle de toutes les peuplades Maoris du Pacifique qui disparaissent partout avec la même rapidité que dans l'archipel des Sandwich où le nombre des
indig^ènes est tombé de 200.000 en 1850 à 35.000 en
Mais, de la diminution énorme de cet élément primordial de notre puissance, personne ne peut se refuser à reconnaître que le nombre de nos contribuables et de nos soldats, devenant très inférieur au nombre des contribuables et des soldats de nos adversaires, nous sommes obligées, sous peine d'être anéantis, d'adopter un train de vie moins dangereux et moins coûteux, conforme, non au premier rang que notre population occupait encore au milieu de TEurope en 1820, mais au huitième rang que, sous ce rapport, elle tient aujourd'hui au milieu des nations.