OBSERVATIONS
Dépasse.
France.
France.
Russie.
Aalriche.
Russie.
Russie.
Italie.
Chine.
Suisse.
Canada.
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Canada, Suéde.
Est
dépassé
par :
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Fays dont les importations équilibrent les exportations, France, Pays-Bas, Be^ique, Italie, Espag^ne, Suisse, Japon.
La France fait partie de la catég^orie des nations où les importations restent d^une façon moyenne à peu près équivalentes aux exportations, catég^orie qui comprend en outre : les Pays-Bas, la Belgique, Tltalie, TEspag^ne, la Suisse et le Japon. L'assiette commerciale de ce dernier pays a été troublée par une série de guerres ; elle n'est pas encore établie ; mais on peut, dès maintenant, d'après ses tendances générales, considérer que, dans un avenir très prochain, il exportera beaucoup plus qu'il importera.
Jusqu'en 1848 les importations de la France restèrent sensiblement égales à ses exportations, lejur étant alternativement supérieures ou inférieures suivant les années; l'ensemble du mouvement commercial augmenta progressivement. De 1848 à 1866, les exportations furent sans interruption supérieures aux importations ; leur ensemble s'éleva avec une rapidité jusque-là inconnue. Ce fut la période du libre-échange.
De 1866 à 1876, on vendit à l'étranger tantôt plus, tantôt moins qu'on ne lui acheta. Ce n'était plus la belle augmentation constante de la période précédente.
A partir de 1876, les exportations demeurèrent constamment inférieures aux importations jusqu'en 1905 où les exportations devinrent légèrement supérieures. La France sembla rester endormie devant le développement considérable des commerces anglais, allemand, américain.
En 1881, les exportations allemandes excédèrent les exportations françaises. En 1891, les exportations américaines les dépassèrent à leur tour.
En trente ans, de 1870 à 1900, la France, au point de
vue commercial, est tombée du deuxième au quatrième rang. Pendant ce laps de temps, c'est notre pays qui a multiplié son commerce par le coefficient le plus faible : 1,4.
Par suite d'une habitude séculaire, il est d'usage en France de prendre l'Angleterre comme point de comparaison. Si, par sa richesse, par ses ambitions, notre patrie est comparable aux nations les plus puissantes, au point de vue commercial, malheureusement, il n'en est plus ainsi. En considérant le mouvement du commerce des différents pays, on voit facilement qu'il serait plus logique de comparer la France aux Pays-Bas et à la Belgique, dont la progression commerciale se rapproche sensiblement de celle suivie par le commerce français, qu'à l'Angleterre dont le commerce total est plus du double et dont la progression commerciale s'écarte de plus en plus en s' élevant davantage.
L'activité commerciale des Pays-Bas a considérablement augmenté durant ces trente dernières années. Grâce à la constance de son amélioration, le commerce hollandais tend à atteindre l'importance du commerce français qu'il arriverait à égaler dans une trentaine d'années, si les choses restaient dans l'état actuel.
Le commerce général belge est sensiblement égal à celui des Pays-Bas ; mais ses progrès sont moins rapides, quoique étant supérieurs à ceux de la France. Ce ne serait que dans la deuxième partie du vingtième siècle qu'en suivant sa marche ascendante actuelle le commerce belge dépasserait le commerce français.
Malgré son excellente situation financière, le mouvement total du commerce de l'Italie ne dépasse pas 3,3 milliards. Son trafic n'augmente que lentement, grâce, en bonne partie, aux 300 millions de francà par an que les voyageurs étrangers laissent dans le pays et nux courants très actifs d'échanges que font naître les
200.000 émigrants italiens qui se répandent chaque année dans les différentes parties du monde.
En trente ans, la Chine a doublé son commerce^ qui s'élève aujourd'hui à plus de 2 milliards. C'est infime pour une collectivité de 410 millions d'individus; cela fait seulement un mouvement de 5 francs par tête d'habitant.
Cette ébauche de commerce dans ces immenses pays ne peut faire présager en rien l'importance que va prendre leur trafic, quand l'exploitation en aura été organisée. Dès aujourd'hui pourtant, l'ensemble du commerce général de la Chine dépasse celui de l'Espagne et tend à augmenter plus rapidement que celui de beaucoup d'autres nations.
La moyenne du mouvement général du commerce espagnol tend à peine à s'élever. De 1870 à 1900, l'Espagne a été dépassée par la République Argentine et par la Suisse. Si elle ne se relève pas, elle sera, dans une dizaine d'années, rattrapée par le Japon et par la Suède. Elle tombera la dernière des pays ayant un commerce supérieur à 1 milliard.
Comme les Pays-Bas et la Belgique, la Suisse jouit de tous les avantages dont bénéficient les petits peuples neutres, qui n'ont pas de charges militaires. Tous les citoyens n'ayant qu'une seule préoccupation, celle de produire pour gagner, la vie commerciale est des plus actives.
Le Japon est un pays où tout va vite. Son mouvement commercial a grandi dans des proportions aussi colossales que sa puissance militaire. Vers 1870, son commerce total atteignait 200 millions de francs, il s'élève aujourd'hui à 1.700 millions de francs, soit 8,5 fois davantage. 11 est évidemment beaucoup plus aisé d'augmenter un modeste chiffre d'affaires de 200 millions de francs qu'un mouvement commercial de plu-
sieurs milliards. Il est, néanmoins, utile de remarquer que, dans cette même période de trente ans, la République Argentine, les Pays-Bas, dont les progrès, au point de vue commercial, ont été les plus importants, n'ont obtenu que des chiffres de transactions 6,5 et 3,8 fois plus élevés.
En 1900, le commerce japonais est devenu égal à ce qu'était le commerce anglais en 1800. Mais, profitant de toutes les expériences faites par les vieux pays, adoptant de suite les meilleurs procédés et les derniers perfectionnements, le Japon a pu atteindre ce résultat en quarante ans au lieu d'y mettre des siècles. Son essor avait déjà été intense après ses victoires de 1895; depuis ses triomphes de 1905, il est devenu sans bornes.
Le Canada ne progresse que beaucoup moins rapidement. Ses exportations sont presque égales à ses importations. Mais un excellent mode de gouvernement, des richesses du sol considérables lui promettent un grand avenir de prospérité, quand l'augmentation de sa population permettra de l'exploiter plus complètement.
La Suède est le pays dont le commerce a dépassé un milliard de francs le plus récemment.
Pays à production intensive.
Angleterre, Allemag^ne, États-Unis.
Les concurrents les plus dangereux pour les autres pays commerçants du monde ne font pas partie de la catégorie des nations dont les importations équilibrent les exportations.
Depuis une quinzaine d'années, l'Angleterre et l'Allemagne ont augmenté considérablement leurs productions.
82 LA FRANCE AFRICAIISE
Toute Tactivité de ces pays a été dirigée vers la fabrication de marchandises destinées à être exportées dans tous les coins de T univers par des flottes commerciales les plus puissantes.
Pour fabriquer, il faut des matières premières. Si un pays dirige tous ses efforts vers Tindustrie, ses gains sont plus élevés, mais son agriculture dépérit et il est obligé de s'approvisionner de produits alimentaires à l'étranger. D'où, en Angleterre et en Allemagne, cet accroissement considérable des importations, mais aussi cette augmentation colossale des exportations et du mouvement total du commerce, augmentation qui produit de plus gros bénéfices.
C'est seulement vers 1800 que le commerce anglais dépassa franchement le commerce français.
Somme des importations et des exportations du commerce général.
France. 1.073.000.000 820.000.000 710.000.000
Angleterre. 825.000.000 1.625.000.000 1.650.000.000
Depuis, l'écart entre les commerces des deux pays n'a fait qu'augmenter au détriment de la France. En 1905, le mouvement total anglais était de 24,4 milliards contre un mouvement total français de 11,4 milliards.
Jusqu'en 1851 les exportations de l'Angleterre restèrent supérieures à ses importations. De 1851 à 1872, celles-ci devinrent légèrement supérieures à celles-là. A partir de 1872, l'excès des importations sur les exportations ne cessa d'augmenter pour arriver, dans la période actuelle, à atteindre plus de 4 milliards. Cet excédent considérable est plus du double de la valeur
atteinte par ce même excédent en Allemag^ne, le seul pays qui ait adopté une politique économique analog^ue à celle de TEmpire britannique.
Néanmoins, aujourd'hui, le mouvement total de l'Angleterre dépasse de plus de 8 milliards le commerce gfénéral de TAllemag^ne; de 11 milliards celui dos États- Unis; de 13 milliards celui de la France.
On peut penser que les Anglais finiront par être dépassés, sous le rapport commercial, parla marche toujours ascendante des Américains qui, vendant 7 milliards de leurs produits tout en n'en achetant aux autres que pour 5 milliards, finiront par s'enrichir davantage que les Anglais, qui achètent pour 14 milliards de marchandises aux autres en ne leur vendant que pour 10 milliards des leurs.
Il n'en est pas moins indéniable que, malgré toute l'activité des États-Unis et de l'Allemagne, l'Angleterre conserve, au commencement du vingtième siècle, la suprématie commerciale du monde qu'elle a conquise durant le dernier siècle et que la position mondiale de l'Empire britannique, qui pour colonies possède des États dont l'ensemble du commerce s'élève à 10 mil* liards, est unique aujourd'hui.
De 1872 à 1880, leê importations de l'Allemagne restèrent très supérieures à ses exportations. De 1880 à 1888, les unes et les autres se contre-balancèrent.
En 1881, les exportations allemandes dépassèrent les exportations françaises.
En 1887, l'ensemble du commerce allemand devint supérieur à'celui du commerce français.
C'est vers 1890 que se dessina la transformation commerciale qui porta tous les efforts de l'Allemagne vers la mer et le commerce extérieur. En 1895, les exportations allemandes devinrent supérieures d'un mil-
liard aux exportations françaises; en 1902, elles les surpassèrent de près de 2 milliards.
Bien que ne pouvant être encore comparé à la puissance mondiale de l'Angleterre, TEmpire germanique tient, en 1905, le deuxième rang des commerces du monde«
L'idéal poursuivi, à notre époque, par toutes les nations actives et suffisamment prospères pour essayer de l'atteindre, est a de n'acheter rien aux autres et de leur vendre tout, c'est-à-dire de rendre leurs importations minima et leurs exportations maxima » .
Les États-Unis d'Amérique se rapprochent le plus de cet idéal. C'est à ce titre que, quoique faisant un moins gros chiffre d'affaires que l'Angleterre, la République américaine peut être considérée actuellement comme ayant acquis la situation commerciale lui permettant d'envisager l'avenir sous le plus favorable aspect.
En 1789, les importations des États-Unis étaient de 260 millions de francs ; les exportations, de 100 millions de francs; l'ensemble, de 360 millions de francs.
L'accroissement assez lent qui se produisit d'une façon continue jusqu'au milieu du dix- neuvième siècle fut temporairement arrêté par la guerre civile de 1861-
Les progrès reprirent ensuite. De 1876 à 1891, la moyenne des exportations resta supérieure à celle des importations. A partir de 1892, les États-Unis, malgré la crise de 1893, vendirent sans interruption plus qu'ils n'achetèrent.
En 1905, les exportations ' de l'Amérique n'étaient inférieures aux exportations anglaises que de 2 milliards et étaient supérieures de 2 milliards aux exportations françaises, tandis que ses importations étaient infé-
rieuresde 9 milliards à celles de TEmpire britannique et ég^ales à celles de la France.
Dans l'espace d'un siècle, le commerce général des États-Unis s'est accru de 360 millions à 15 milliards. C'est encore 9 milliards de moins que l'Angleterre ; mais cette infériorité relative du mouvement général du commerce américain tient précisément en partie à ce qui fait sa plus grande force : n la valeur relativement minime de ses importations » .
Les ressources immenses de la République américaine lui permettent à la fois de pourvoir à son alimentation et d'être grand producteur industriel. L'Amérique vend partout en achetant peu, en se suffisant de plus en plus à elle-même dans toutes les branches agricoles et industrielles.
C'est une situation unique à laquelle les petites nations d'Europe ne peuvent aspirer à moins d'être doublées par de vastes colonies d'exploitation, et qui permettra peut-être aux États-Unis de ne pas tarder à ravir le sceptre du commerce du monde à l'Empire britannique.
Il n'y a pas lieu de discuter ici si la politique économique que nous pratiquons est préférable ou non à celle que suivent les grands lutteurs pour la suprématie commerciale dans le monde. Notre politique économique, c'est, pour ainsi dire, le maintien du statu quOy c'est un gain modeste rapporté par un intérêt suffisamment rémunérateur des richesses accumulées dans le passé; ce n'est pas la fébrile activité qui mène à la fortune et qui permet le grand train d'existence.
En Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis, c'est l'intensivité de la production; c'est une politique économique tout à &it différente de la nôtre ; c'est la seule qui puisse convenir à toute nation ayant des visées mondiales, parce qu'elle constitue l'unique moyen de
réaliser les gros bénéfices qui sont aujourd'hui indispensables à un État pour se payer les armements formidables, les travaux publics considérables, la mise en exploitation de toutes les branches de Tindustrie contemporaine, en un mot, pour faire face à toutes ces dépenses qui peu à peu lui permettront d'absorber pacifiquement ou de conquérir militairement toutes les collectivités limitrophes devenues incapables de supporter des sacrifices aussi lourds.
En persévérant dans notre ligne de conduite, nous vivons; nous pouvons vivre peut-être même dans de bien meilleures conditions que les pays en proie à la production intensive; mais il ne faut pas alors parler de nous étendre partout. Nous n'avons pas une exportation assez grande pour tirer profit d'un développement mondial.
Nous exportons la moitié de ce qu'exporte l'Angleterre, un peu plus des deux tiers de ce que vend l'Allemagne ou la République américaine. D^une façon générale, nous n'avons, dans les conditions actuelles^ aucune chance de les concurrencer avec profit ; nous ne pouvons y réussir que pour des articles tout à fait spéciaux ou dans des conditions particulièrement avantageuses pour nous, dans des pays plus proches de nos côtes que de celles de tout autre concurrent, comme en Afrique septentrionale et occidentale.
Notre politique économique peut être des plus sages ; ce n'est pas contestable. Elle est plus en harmonie avec les progrès sociaux que nous rêvons, en rendant les cataclysmes financiers moins fréquents, moins considérables, en favorisant la petite fortune, en empêchant les grands accaparements. Mais cette politique économique n'est pas d'accord avec notre politique extérieure; c'est la politique économique d'une nation non militaire comme la Belgique, comme la Suisse, comme les
Pays-Bas, avec T immense désavantage pour la France, vis-à-vis decesÉtats, d'avoir, pourfaire face à ses charges militaires, à prélever 10 pour cent de droits sur toutes ses importations au lieu de 2 pour cent, de 5 pour cent comme dans les pays neutres.
Nous avons préféré rester un pays agricole. Pour les nations comme pour les particuliers la terre n'enrichit pas : elle fait vivre ; au vingtième siècle, elle ne permet pas plus aux nations les armées énormes, les marines puissantes, les immenses domaines coloniaux qu'elle ne permet aux individus les grands luxes de la vie. Pour être une nation mondiale, il nous faudrait gagner beaucoup plus ; il nous serait nécessaire de nous livreV à une production industrielle intensive comme le font l'Angleterre, l'Allemagne, les États-Unis; sans quoi, nous ne pouvons être assez puissants pour rivaliser avec de pareils adversaires. D'autre part, il nous est impossible de lutter contre les petits pays comme la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, dont les charges sont beaucoup moins lourdes que celles que nous supportons. En voulant nous mesurer avec tous les autres peuples dans des conditions aussi disproportionnées, nous risquons la ruine du pays !
Nous ne pouvons mener à la fois une politique économique aussi peu intensive et une politique extérieure aussi étendue et par conséquent aussi coûteuse.
Gomme notre politique économique semble être celle qui convient le mieux à notre état social, c'est notre politique extérieure qu'il faut réduire en modérant nos ambitions afin de pouvoir diminuer nos charges et combattre, au moins à armes égales, les Pays-Bas et la Belgique qui serrent de plus près notre prospérité commerciale.