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FORCES FRANÇAISES EN INDO-CHINE ET EN EXTRÊME-ORIENT EN

Moyen de communication avec la métropole. — La voie de mer uniquement.

Arsenal de Saigon. — Entrée défendue par une vingtaine de canons et des torpilles. Peut entretenir au maximum trois croiseurs cuirassés, outre les quelques bâtiments sans valeur de Tlndo-Ghine. A construit des coques de torpilleurs de 80 tonnes, pour lesquelles on avait envoyé de France les plans, les chaudières, les machines.

Armée. — 32.000 hommes dont 14.000 Européens.

Escadre d" Extrême-Orient : 1 croiseur cuirassé de 2^ classe de 1893, 2 croiseurs protégés.

Division navale de V Indo^Chine : 1 cuirassé démodé (1876) , 2 canonnières cuirassées, 1 aviso (sans valeur militaire) .

i'* flottille de torpilleurs des mers de Chine à Saigon : 2 contre -torpilleurs, 10 torpilleurs, 8 torpilleurs vedettes.

2* flottille de torpilleurs des mers de Chine à Honghay^ point sans défense : 1 contre-torpilleur, 8 torpilleurs.

3*" flottille de sous-marins à Saïgon : 4 sous-marins de 68 tonnes.

VERS OU

VERS OU

Sans nous arrêter aux côtés lamentables de notre situation intérieure du moment qui, en s'aggravant, amèneront plus rapidement la révolte du bon sens public et le retour à un ordre de choses moins incohérent et moins dang^ereux pour le pays, vers où, si nous ne réagissions, nous conduiraient, au point de vue de notre politique extra-européenne, ces mouvements de révolution des sociétés du monde, ces lois de la force des choses, ces conditions de la lutte pour Texistence au milieu de concurrents militaires et économiques toujours plus nombreux, ces difficultés de toutes sortes dans lesquelles nous ne cessons de nous débattre?

Par les mêmes chemins, par les mêmes pentes, ils nous mèneraient aux mêmes chutes, aux mêmes désastres coloniaux. Par la même cause : a expansion extérieure beaucoup trop considérable pour notre puissance » ; dans les mêmes circonstances : « établissement maritime insuffisant » , ils nous mèneraient aux mêmes effets : tt réédition, après un Trafalgar, d'un traité d'Dtrecht ou de traités de Paris » , nous enlevant nos colonies à Fexception de celles d'Afrique.

Qu'en résulterait-il?. . .

Si , pour toutes les raisons qui viennent d'être exposées, il est certain que, sous le rapport de sa prospérité et de sa puissance, il serait déplorable pour la France d'être réduite à un espace aussi resserré que celui de son territoire européen, et à une population aussi peu nombreuse que celle de sa métropole, il n'est pas contestable que, pour /VriV/ence même de notre pays, ses échecs sur mer, dans l'avenir, ne pourraient pas avoir de conséquences plus funestes que ne l'ont été pour lui les résultats de ses défaites maritimes du passé ; il n'est pas douteux que la perte de colonies lointaines ne pourrait avoir qu'une répercussion bien faible sur le cours de la vie de notre patrie. Quelques cuirassés iraient, peut-être, rejoindre au fond des océans les trois-ponts de la Hougue, d'Aboukir, de Trafalgar. On accuserait de trahison le chef qui aurait conduit la bataille. On taxerait d'impéritie, d'incapacité les étatsmajors et l'administration. On nommerait de nombreuses commissions d'enquête. On écrirait de longs mémoires, on ferait de multiples conférences, on prononcerait de véhéments discours, sur le manque de préparation à la guerre, sur les vices notoires de toute la marine. Le public, et il aurait cent fois raison, se révolterait des résultats négatifs qu'auraient produits les 312 millions qu'au minimum il dépense annuellement pour la marine.

Beaucoup concluraient : « On nous a pris nos colonies! Tant mieux! nous en sommes débarrassés! »

Une fois l'apaisement terminé et les soucis de possessions trop lointaines supprimés, à la secousse succéderait une période de recueillement faite d'une politique plus sage et plus profitable, d'une politique analogue à celle où s'est engagée l'Italie après Adoua, l'Espagne après Cuba.

Puis, on oublierait.

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Puis, tout recommencerait parce qu'on ne voit pas pourquoi s'arrêteraient une série de phénomènes qui durent depuis des siècles, alors surtout qu'on constate d'une façon frappante toute la même suite de pronostics qui forcent à prévoir leur retour.

Et tout recommencerait, parce que cela a toujours recommencé.

Après la défaite de l'Écluse, il y eut la Rochelle, Cherbourg. Après les ravages de la côte de France, la descente des Anglais en Guyenne et en Gascogne, ce fut la renaissance de la marine française. La guerre d'Amérique fit oublier le traité d'Utrecht et le traité de Paris. Après : a Navarin, Alger, Saint-Jean d'UUoa, le Tage » , les souvenirs de Trafelgar devinrent moins pénibles. La Chine, la magnifique expansion coloniale de la fin du dix-neuvième siècle réveillèrent la France de la torpeur où l'avaient plongée les désastres de 1870. Après la perte de l'Indo-Chine, de ses colonies extraafricaines, qu'est-ce qui relèverait la France? Cela resterait du domaine de l'inconnu ; mais quelque événement viendrait certainement la relever parce qu'on n'a jamais pu l'abattre, parce qu'elle n'est pas renversable, parce que, tel un corps élastique, plus dans ses mouvements descendants elle parait aller plus bas, recevoir dans sa chute un choc plus brutal contre des obstacles plus durs, plus, tout d'un coup, elle se redresse en montant plus droit et plus haut !

SI

Toute la suite d'agitations et de drames qui s'est abattue sur la France pendant le siècle dernier constitue un ensemble extraordinaire pour un seul pays. Dans aucune des parties du monde, civilisées ou sauvages, aucune autre nation ne s'est attaquée à autant de peuples; aucune n'a gagné autant de batailles et n'a subi autant de défaites! Aucune ne s'en est prise à autant de croyances séculaires de toutes sortes! Il en est peu où on ait fait tomber autant de têtes, où on ait procédé à autant d'expropriations et de déportations ! Aucune n'a vu en un demi-siècle quatre guerres civiles et trois entrées de troupes étrangères dans sa capitale! Dans aucune on né rencontre actuellement autant d'arbitraire, de despotisme tyrannique, autant de causes de destruction plus profondes de tout ce qui fait la puissance et la prospérité d'un pays!

Mais, quelque paradoxale que soit cette situation, quelque surhumaines que puissent paraître dételles ambitions, une telle agitation, une telle turbulence, il est encore un fait qui est plus extraordinaire que tous les autres; il en est encore un qui les surpasse tous d'une grandeur incommensurable. Cette nation qui a accumulé

partout tant de troubles, de jalousies, de haine, se croit la nation la plus humanitaire, la plus universellement aimée, pense que le monde entier l'appelle à Taide pour améliorer Texistence des peuples par la force de ses idées, par ses mœurs qui devraient infailliblement mener tout droit l'humanité à la paix générale.

Et, de fait, cette nation, écrasée après ses désastres 'de 1870, a pu, soutenue par une diplomatie qui a su si bien jouer étrangement avec le feu, conquérir en trente ans un empire colonial immense et acquérir de nouveau une des premières situations politiques mondiales. Elle est ralliée de la Russie, elle est liée à l'Angleterre par l'entente cordiale; elle a conclu un accord avec le Japon ; elle entretient des relations amicales avec tous les peuples du monde. Elle se montre la première nation ne voulant pas accepter le fait accompli et faisant voir par son froid mépris qu'elle refuse toujours tout arrangement avec un ennemi dont les mœurs rappellent davantage les temps des Barbares que l'époque contemporaine. C'est une excellente façon de dégoûter des conquêtes ces envahisseurs. Cette attitude est la meilleure sauvegarde de l'intégrité des petits pays neutres, de la Belgique, des Pays-Bas, de la Suisse.

Quand on voit de pareils résultats après de semblables chocs, une telle vie au milieu d'aussi nombreux germes de mort, jamais il ne serait possible de trouver de place pour la moindre désespérance ! Qu'on en comprenne ou non les causes, on ne peut que s'extasier sur la vigueur d'un pays aussi résistant et, sans aucune restriction, admirer profondément sa grandeur ! . . .

Malgré l'importance de sa dette, malgré les difficultés de son équilibre budgétaire, la France reste une des plus riches nations. La fortune publique de notre pays se décompose en « poussière de revenus » ; mais cette pous-

sière est tellement compacte qu'elle constitue une masse énorme de 205 milliards.

La France est la plus riche propriétaire de capitaux inemployés, 130 milliards de francs sont cotés à la Bourse de Paris et l'ensemble des titres admis sur le marché dépasse 132 milliards de francs. Ces valeurs n'appartiennent pas toutes à des Français ; mais leur esprit d'épargne et la richesse accumulée sans cesse expliquent que le marché français soit recherché de préférence pour les émissions de valeurs mobilières.

Le revenu total du pays est évalué à 22 milliards de francs auxquels il faut encore ajouter tous les revenus du travail associé au capital et du travail isolé.

L'épargne française est de 1 .500 à 2.000 millions par an, tandis que l'épargne allemande ne dépasse guère 1.500 millions. De 1880 à 1897, l'épargne française a augmenté de 31 milliards de francs.

Nous ne gérons pas plus mal nos finances que ne le font les autres nations, car tous les budgets étrangers ont subi des progressions aussi considérables que les nôtres et nous faisons face à de très lourdes dépenses.

La France a une encaisse d'or considérable; elle reste toujours le grand marché de ce métal. L'encaisse or de la Banque de France était, dès la fin de 1905, de 2.866 millions de francs, tandis que la Banque d'Angleterre n'avait à la même époque qu'une encaisse or de 975.000 francs; l'encaisse métallique totale de notre banque d'État était, à cette même époque, de 3.972 millions de francs ; c'est une caution du commerce français supérieure à celle de tous les pays du monde. Les dépôts d'argent des établissements de crédit dépassent 2 milliards ; les dépôts de titres y affluent pour plusieurs dizaines de milliards.

L'or en circulation dans le monde est évalué à 28.400 millions de francs. La France en possède plus du

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sixième : 4.840 millions de francs, alors que les sommes en circulation dans les autres pays d'Europe sont : en Allemag^ne, 4.005 millions; en Russie, 3.920 millions; en Angleterre, 2.655 millions; en Autriche-Hongrie, 1.430 millions; en Italie, 705 millions; en Espagne, 395 millions.

Si on ajoute à ces 4.800 millions de francs d'or une circulation de 2.500 millions d'argent et 2 milliards que nos débiteurs étrangers versent chaque année à la France, on arrive à un mouvement total de 8,300 millions de francs.

La France a plus de 30 milliards placés à l'étranger; ce qui représente un revenu annuel de 1.500 millions payés en or à Paris; elle a les capitaux suivants dans les différents pays :

Millions de Millions de

Eu : francs. Kn : francs.

Report ... 21.630

Russie 7.552 Belgique 600

Espagne 2.974 États-Unis 600

Autriche-Hongrie . . 2.850 Tunisie 512

Turquie 2. 168 Chine 651

Italie 1 .400 Amérique latine. . . 3. 125

Roumanie 438 Suisse 455

Royaume-Uni 1 .000 Allemagne 85

Egypte 1 .436 Japon 600

Afrique anglaise. . . 1 .592 Autres pays 2. 197

Colonies anglaises . . 220

À reporter.. 21.630 Total 30.455

A côté de pareils éléments, de semblables preuves de richesse, qu'est-ce que cette dette de 31 milliards? Sur cette somme, plus de 25 milliards sont entre des mains françaises, alors que la plusg^rande partie des dettes des autres États est due à des étrangers.

La France regorge [d'argent. A Paris, dans toutes les grandes villes, l'argent roule étonnamment.

Il y a en France cinq cents cercles, fournissant 7.500. 000 francs de cotisations , payant 3 . 900 . 000 francs de loyers! L'impôt versé volontairement par les Français aux courses et dans les cercles est certainement supérieur à tout ce qu'ils paient pour l'entretien de l'armée et de la marine.

On dit : «Le contribuable n'est plus compressible, » Il serait beaucoup plus exact de dire : « Le contribuable ne veut plus se laisser comprimer. »

Depuis l'adoption du régime protectionniste, l'agriculture développe de plus en plus sa production. L'excès de ses exportations sur ses importations a augmenté depuis 1900. Le bas de laine de l'agriculteur a permis jusqu'ici de boucler les budgets.

Des fonds de roulement sont fournis à nos agriculteurs par quinze cents banques mutuelles agricoles, locales ou régionales, réparties dans toute la France. Notre organisation de crédit agricole est une des plus profitables du monde. Depuis que 40 millions de francs de la Banque de France ont été mis par les pouvoirs publics à la disposition des banques régionales à titres d'avances sans intérêts, l'agriculture n'est plus arrêtée dans sa marche par le manque de capitaux ; une partie des fonds mis à sa disposition reste inemployée.

Le fermier travailleur peut se procurer tout l'argent nécessaire pour acheter des engrais, du bétail. Cet argent lui rapporte 6 pour cent, 10 pour cent, et il le rembourse facilement à 3 pour cent.

Les associations coopératives ont prospéré dans des proportions considérables. En plus des sociétés d'agriculture et des comices, on ne compte pas moins de dixhuit cents associations.

L'histoire de l'agriculture n'offre aucun exemple sem-

blable à Topiniâtreté mise par nos viticulteurs pour hâter la replantation des vigpnes. Cette énergie, cette persévérance du passé, ^unanimité du mouvement de solidarité du présent, sont garants pour l'avenir que nos viticulteurs sauront vaincre les difficultés qui menacent de les ruiner, et qui, quelque terribles qu'elles soient, sont moins graves que la crise du phylloxéra. Le passé et le présent sont garants qu'ils sauront forcer le gouvernement à réprimer la fraude, à autoriser le vinage dans les conditions où cela est permis à nos concurrents, à profiter de nos ententes cordiales pour améliorer les traitements rigoureux, même prohibitifs dont sont frappés nos vins à l'étranger; qu'ils sauront s'unir entre eux dans une coopération colossale de tous les viticulteurs de France pour pouvoir vendre leurs produits dans de bonnes conditions parmi cette immense clientèle de centaines de millions d'individus d'Asie et d'Afrique qui, peu à peu, va s'ouvrir à eux comme l'Europe s'est ouverte dans le temps aux vins des Romains, comme l'Amérique s'est ouverte hier aux vins d'Europe.

La France a su non seulement conserver la véritable richesse des peuples, la culture de la terre qui ne refuse jamais le pain à ceux qui l'ensemencent, mais aussi elle a su développer son exploitation suivant tous les progrès des sciences modernes. Elle a eu la sagesse de ne pas se lancer, tète baissée, dans cette crise d'appétits fébriles qui a éloigné toutes les populations des champs pour les précipiter dans ces enfers industriels d'où sortent la surproduction, l'accaparement des richesses pour quelques-uns ; pour la plupart, la vie de misère, sans jour,, sans air, sans lumière. Elle a eu la sagesse de ne jamais abandonner cette voie naturelle de la terre où tous les peuples seront obligés de retourner parce qu'elle est la seule normale, logique, naturelle,

quand cette épidémie de la soif de Tor, de la course aux millions aura cessé de sévir sur les sociétés.

Et, grâce à cette sagesse, elle peut assister avec calme à tous les cataclysmes qu'ont à subir ceux dont tous les efforts ont été portés vers les énormes exportations. Ses 6 milliards d'exportations, joints à cette condition de sécurité de se suffire à elle-même, n'ont rien à envier aux 10 milliards d'exportations anglaises, aux 8 milliards d'exportations allemandes. La France a adopté comme premier principe de son exploitation de se nourrir elle-même. Ne semble-t-elle pas devoir être dans la vraie voie, dans la voie d'exploitation qui durera alors que l'autre ne peut être que factice et passagère, en tirant directement sa subsistance de son propre sol plutôt que d'aller vendre aux antipodes toutes sortes de produits, en attendant l'argent que lui paieraient ses clients pour acheter sa propre subsistance?

Si nous nous condamnions à éternellement la subir, la « loi du nombre « pourrait nous être fatale; mais l'infériorité qu'elle nous cause n'est pas encore suffisante pour nous faire disparaître; elle ne nous menace pas encore assez violemment pour que nous n'ayons le temps d'user de remèdes. 100.000 hommes; 184 millions de francs de dépenses de moins vis-à-vis de la puissance allemande ! Cela doit-il exercer une influence si grande sur le sort de la lutte? Gela doit-il être un si grand facteur du succès?

Un chef éminent de l'armée allemande, le général Von der Goltz, dans un livre célèbre, a démontré avec un incomparable éclat que le nombre n'enchaîne pas la victoire. Le nombre de nos soldats, le nombre des défenseurs de la patrie armée, ce n'est d'ailleurs ni 481.200, ni 532.000, c'est plus de 4 millions, c'est l'unanimité des citoyens valides de la République !

Depuis la constitution de Farinée nationale, être soldat, savoir se battre n'est plus exercer un métier particulier, c'est, pour tout homme dans la force de Tâge, acquérir la faculté de remplir son devoir sacré de la défense de la terre qui appartient à sa race, de son foyer, des vieillards, des femmes, des enfants, de tous ceux des siens que l'ennemi voudrait dépouiller.

Nos 4.350.000 hommes d'effectif se répartissent en 2.350.000 pour l'active et la réserve; 900.000 pour la territoriale; 1. 100.000 pour la réserve de la territoriale .

Certes, l'importance des effectifs de l'armée en temps de paix est grande ; il serait fort à désirer que nous ne nous laissions pas dépasser davantage; une supériorité numérique sur le pied de paix peut influencer surtout le premier choc dont les conséquences rejailliront sur toute la suite des opérations. Mais une différence de 100.000 hommes sera-t-elle d'un grand poids *à côté de tous les facteurs qui entreront en ligne pour mener au combat d'immenses légions de 4 millions d'hommes?

Qu'importera d'avoir 600.000 hommes sur le pied de paix si les autres 3 millions ne sont pas entraînés, s'ils sont médiocrement commandés! Qu'importera de. n'avoir que 400.000 hommes sur le pied de paix si les autres 3 millions sont parfaitement exercés, bien commandés et ont, à un égal degré, l'amour de la patrie et le mépris de la mort!

Quelles difficultés de tout prévoir pour arriver à mettre le premier en ligne le plus grand nombre de combattants, pour opérer avec ordre leur approvisionnement en vivres, en munitions, pour combler rapidement les vides et pour faire exécuter avec toute la rapidité de décision, avec toute l'habileté nécessaires, les mouvements stratégiques destinés à amener les batailles!

Ces facteurs qui dépendent de la valeur du comman-

dément et des états-majors, de la façon dont auront été préparés pendant la paix les opérations de mobilisation, de ravitaillement et les plans de guerre, sont d'une importance tellement considérable qu'un désavantage numérique pourra être regardé comme insignifiant pour celui qui saura acquérir au plus haut point la supériorité de l'organisation de la défense du pays et du commandement, alors qu'une supériorité même considérable des effectifs ne servirait de rien à celui qui n'aurait pas acquis à un degré aussi élevé que son adversaire cette science de l'art militaire moderne, qui consiste à savoir manœuvrer des nations entières; car, dans les guerres de l'avenir, tous les hommes valides étant aux armées, la vie entière du pays sera suspendue ; ce sont toutes les forces vives de la nation : « chemins de fer, fabriques de munitions, subsistances, administrations de toutes sortes » , qui se trouveront réunies dans la même main pour faire triompher la volonté de la Patrie .

Nous pouvons placer toute notre confiance dans ces vaillants et intelligents officiers qui du plus gradé au plus humble donnent tout leur dévouement, consacrent toute leur vie à un labeur si ardu, si modeste, si pénible parce qu'il est incessant sans permettre d'en constater de résultats tangibles. Ils sont tous suffisamment sûrs du succès pour n'aspirer qu'à l'aurore du jour où le pays leur demandera de mettre enfin en œuvre l'accumulation des efforts quotidiens de toute leur existence, de lui montrer avec quelle précision, sans bruit et sans éclat, ils ont su résoudre tous les problèmes si difficiles de cette œuvre de la défense nationale dont dépend la vie même de la France!

Non, la loi du nombre ne peut pas encore nous écraser parce qu'à notre époque notre infériorité numérique n'est pas suffisamment grande pour que la loi du travail le plus éclairé, le plus tenace, imprimant le

plus de forces à la volonté, n'influe pas davantage que la loi du nombre pour accorder la victoire.

Pour essayer d'équilibrer les armées navales allemandes, nous serions réduits à mettre en parallèle : par exemple, 4 croiseurs cuirassés 1907-1908 pour contrebalancer 4 cuirassés de la classe Kaiser et Brennusy 3 Charles-Martel y 8 cuirassés 1895-1903, pour contrebalancer 4 Brandenburg et 12 cuirassés 1900-1904.

Les contribuables ne peuvent pas être rendus responsables de cette infériorité écrasante.

La flotte française de 1907 représente une valeur supérieure de 8 millions à celle de la flotte allemande.

Pour les dépenses qu'elle s'est imposées, la France devrait donc avoir une flotte supérieure à la flotte allemande.

Des idées grossièrement fausses ont fait construire pour près de 500 millions de croiseurs rapides qui ne peuvent pas se battre parce qu'ils n'ont pas de canons et que, perdant leurs hélices, ils ne peuvent pas marcher; pour 276 millions de francs de petits bateaux auxquels leurs faibles rayons d'action ne permettent pas de décoller des côtes.

En abandonnant l'exagération aussi profondément outrée que dispendieuse de tels armements; en consacrant à l'exécution de bâtiments de combat capables de se battre sur mer tous les crédits alloués pour les constructions de la flotte de guerre; en concentrant toutes nos forces au lieu de les disperser, nous arriverions rapidement, non pas à constituer des escadres capables d'agir en Amérique et au Japon, ce qui n'est plus possible à notre époque, mais des flottes susceptibles de nous maintenir en Europe dans la position la plus avantfig^euse. On pourrait promptement, grâce aux excellents

Four les sommes qu^elle consacre à sa marine, la France aurait pu avoir, en 1907, des forces navales supérieures à celles de l'Allemagne.

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