DIFFÉRENCE
Allenoagne France.
+ 8 équivalents
équivalents + 35
équivalents
équivalents
En adoptant les prix les plus récents pour toutes les unités, la valeur des excédents est :
Pour la France.
7 crois, cuir. 33.000.000= ^31. 000.000 fr.
3 croiseurs. 24.000.000z= 72.000.000 fr.
178 torpilleurs. 485.000= 86.330.000 fr.
46 sous-mar. 1.700.000= 78.200.000 fr.
Total 467.530.000 fr.
Pour l'Allemagne.
8 cuir. 50.000.000 = 400.000.000 fr.
35 contre-torpilleurs. 1.700.000= 59.500.000 fr.
Total... 459.500.000 fr.
La valeur des excédents français est de 8.030.000 francs,
éléments qu'elle renferme encore, ressusciter la marine française en rendant au commandement Tautorité sans laquelle elle n'existe pas ; en coupant par des mesures énergiques les membres pourris qui la rongent ; en mettant à la tète des officiers de vaisseau deux ou trois chefe très jeunes; en supprimant d'une façon radicale le régime du « bluff », de « Tétouffe tout » , de T « avant tout, pas d'histoires » ! L'héroïsme, la vaillance, l'abnégation de l'ensemble des marins ont toujours été les mêmes au siège de Paris, à Pékin, au Maroc. Pour reconquérir notre puissance maritime, il nous suffirait de donner de bons bateaux à des hommes de mer toujours si valeureux.
Les doléances si justifiées que fait naître chez tous la triste situation du bilan actuel de la France nous portent trop, par ailleurs, à exagérer nos récriminations, à voir trop tout en noir, et à nous plaindre injustement de côtés de la situation générale de notre pays que nous ne devrions pas déplorer surtout quand, sous de si nombreux rapports, nous avons tant de raisons d'entretenir la légitime espérance de voir finir la période critique que nous subissons comme ont passé toutes les crises beaucoup plus terribles que nous avons traversées.
Nous arrivons à prétendre être trop peu parce que nous voudrions être toujours et en tout les plus grands. Nous regardons toujours au-dessus de nous, ce qui porte à jalouser les autres, alors que c'est en regardant surtout au-dessous de soi qu'on arrive à apprécier plus justement les avantages dont on jouit.
Nous trouvons insupportable, nous, pays agricole, de payer 830.000 francs par jour à des bâtiments de commerce anglais pour transporter nos marchandises et nous ne trouvons pas étonnant que l'Angleterre^ pays
maritime, importe par an 6 milliards de francs pour sa nourriture, c'est-à-dire par jour : 16.440.000 francs.
Nous voyons avec peine Tançlais, langue commerciale par excellence, se répandre dans le monde entier. Ne pouvons-nous pas nous en consoler un peu en considérant que le français est, même en dehors des pays francisants, la langue diplomatique el Tidiome courant des classes élevées? Le foyer de Paris est un centre intellectuel qu'on ne peut remplacer dans aucun pays du monde!
Les Anglais, les Américains exportent des cotonnades, des blés, des pétroles; ont-ils une Industrie viticole dont la production par an soit d'un milliard de francs? En quelques années nous avons élevé à 400 millions notre fabrication et à plus de 100 millions notre exportation d'automobiles. Aucun pays n'approche d'un tel développement de cette industrie.
C'est dans l'immense force inventive, accumulée en France et à Paris, qu'est placée notre spécialisation. C'est cette situation culminante de plus grand inventeur du monde que nous devons nous efforcer de conserver. Elle convient A la fois au goût français, à l'intelligence française, à la puissance de son industrie, de ses capacités financières.
Pourquoi jalouserions-nous le « gros »» , les « Imports and exports » ? Inventeurs, pourquoi jalouserions-nous tous ceux qui exploitent?
Par-dessus tout, notre nouvelle puissance coloniale témoigne de notre vitalité par la rapidité prodigieuse avec laquelle elle a été créée, cette puissance coloniale sans laquelle notre situation économique était gravement menacée, sans laquelle nos principales industries tournaient à la ruine! Nos colonies récentes sont venues
338 LA FUAN€E AFRICAINE
juste à temps pour remplacer les débouchés que nous faisait perdre Témancipation industrielle de tant de nos bons clients d'autrefois.
Pour 1904, Tensemble de nos transactions coloniales a atteint le total de 1 .609 millions de francs (y compris Algérie et Tunisie) dans lequel la France figure pour un milliard ; ce qui lui a permis d'élever jusqu'à 1 1 .465 millions la somme totale de ses exportations et de ses importations. Pour 1907, le chiffre correspondant a atteint 1.635 millions.
Et ces résultats si probants ont été obtenus même avant qu'on ait eu le temps de mettre nos colonies en véritable rapport. Tous ces produits coloniaux d'Afrique, ce caoutchouc, ces arachides, cette huile de palme, ne proviennent pas de cultures ; ils ne sont pour la plupart que les fruits qu'une nature magpnifiquement généreuse foit rapporter à ces immenses terrains sans demander d'aide à la main-d'œuvre humaine. Des mines de toutes sortes qui sont renfermées dans ces sols vierges, il en est bien peu qui soient exploitées. On peut dire que, de nos colonies d'Afrique, nous n'avons encore tiré que ce qu'on récolte en se baissant. Les moyens de transport sont encore très rares et des plus primitifs. Malgré tous nos efforts, l'exploitation véritable n'est encore pas commencée. Et l'ensemble des transactions dépasse déjà un milKard et demi! Et la France fait déjà par an avec ses possessions extra-européennes un milliard d'affaires, tandis que ses colonies tendent de plus en plus à se suffire à elles-mêmes ! Depuis 1901 , le total des subventions accordées par la métropole a diminué de 53 pour cent, en moyenne de plus de 10 pour cent par année. En 1907, la diminution a été portée jusqu'à 28 pour cent.
Quelles espérances pour l'avenir, on est en droit d'attendre d'un pareil présent!
Dès aujourd'hui, en outre de Taugmentation d'un milliard du mouvement total de son commerce, la métropole retire d'importants avantages de ses colonies. Elle perçoit les bénéfices de 500 millions d'affaires que les coloniaux font avec les pays étrangers. Annuellement, 15 millions de francs d'intérêts sont payés aux souscripteurs de 500 millions de francs d'emprunts émis en France pour les colonies. Quarante millions de francs sont mis, chaque année, par les administrations coloniales, à ta disposition du ministère pour payer les achats foits entre nos possessions et la mère patrie. Des colonies qui, en 1874, consommaient à peine 10.000 hectolitres de vins français, en consommaient 162.764 en
Mais tout cela reste bien peu à côté de la grandeur de l'œuvre coloniale que la I^rance a accomplie. Depuis les rives de la Méditerranée, infestées pendant tant de siècles par les pirates barbaresques, jusqu'à celles du Congo où les Pahouins se nourrissaient de leurs captifs, la France a tout balayé. En vingt années de campagnes et de colonnes, elle a purgé tous ces immenses territoires des tyrans qui les accablaient, des féroces marabouts qui périodiquement les ravageaient.
Et maintenant, dans toute notre Afrique, le calme succède partout à tous les cataclysmes. Plus de sacrifices humains, plus d'anthropophagie, plus de pillages, plus de meurtres !
La République a fait des rentes à tous les coupeurs de têtes, à Behanzin, à Samory!
Regardez dans tous les continents, scrutez les plis les plus profonds de toutes les collectivités qui y vivent! Apercevez-vous quelque part une collectivité aussi
puissamment complète que la France? Une collectivité possédant une fortune de 200 milliards de francs; entretenant encore à notre époque la deuxième, peut-être même la première armée du monde; faisant tous les efforts nécessaires pour posséder une marine qui devrait être des plus puissantes si l'imprévoyance et l'incapacité n'avaient pas passag^èrement annihilé son développe* ment ; suffisant à son alimentation par son agriculture tout en s'enrichissant par des exportations de près de 6 milliards; touchant annuellement 1.500 millions de francs de rente pour les 31 milliards de capitaux qu'elle a jetés dans tous les coins du monde; comprenant plus de 95 millions d'habitants répartis sur 10 millions de kilomètres carrés, le treizième du çlobe! le quinzième de toute l'humanité! Dites-moi où de pareils éléments de puissance matérielle se trouvent réunis, à la fois, sur un sol aussi beau, aussi exempt de tous les cataclysmes de la nature, à l'abri de qualités morales de la famille plus élevées, dans une préoccupation aussi grande de générosité envers les humbles, du bonheur de l'humanité, au milieu d'une éclosion aussi luxuriante des arts, des lettres, des sciences, des inventions, des progrès, de tout ce qui rehausse l'intelligence humaine, la vie? Dites-le moi et je concluerai avec vous que la France n'est pas la plus grande !
Et, ce serait vous, Français, qui pleureriez sur votre sort, qui vous désoleriez avec tant de désespérance sur la crise incontestablement difficile que traverse passagèrement votre pauvre pays !
Serait-il possible d'appeler pauvre le pays le plus beau du monde, le plus favorisé de la fortune!
Oh! vous qui déplorez ces malheurs du temps avec une acrimonie si mordante, cessez ces larmes, ces lamentations, ou ne les répandez que sur l'aveuglement volontaire dont vous êtes les tristes victimes ; sur la nervosité
(lUANDEUR DE LA FRANGE 341
neurasthénique qui vous dévore ; sur le manque d'énergie qui vous empêche de réagir contre les maux qui vous oppriment.
Regardez haut et droit vers Tavenir !
La France peut se rire des pessimistes et des exploiteurs de bas étage qui momentanément la tyrannisent.
La France regorge d'argent; elle regorge d'activité, d'énergie, de prestige; elle déborderait à la fois de tout ce qui fait un peuple vraiment grand, si, tout en possédant la confiance que doivent avoir en soi les nations comme les individualités pour mener à bien des œuvres vraiment éminentes, elle avait assez de sagesse pour limiter ses ambitions à ce que peuvent faire les forces humaines les plus puissantes.
Se griser de tous ces magnifiques côtés qui témoignent de la grandeur de la France serait aussi dangereux que de se laisser abattre par le pitoyable aspect que présente le bilan de sa situation actuelle et par les difficultés que rendent inévitables les évolutions mondiales de notre époque et l'augmentation toujours croissante des adversaires militaires comme des concurrents commerciaux.
Mais, pour parfaire le diagnostic qui doit dicter le traitement de tout état morbide, il faut considérer, en même temps que les accidents passagers de l'organisme, l'état général de la constitution. La constitution de la France est des plus robustes ; elle est plus forte que jamais. Elle n'est affectée que d'un excès de surmenage dû à ce qu'en tout, en forces militaires, en régime économique, en réformes sociales, en expansion coloniale, nous voulons en faire plus que toutes les autres nations. De ce surmenage, il résulte une fatigue, une tension nerveuse, un malaise général qui se traduisent par des gênes
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financières, par une stag^nation de population, par des accidents comme Faschoda et le Maroc qui nous coûtent brutalement près de 300 millions.
On ne peut pas dire la France touchée ; elle ne Test pas! Et ce n'est pas devant une nation qui a survécu aux convulsions de la g^uerre de Cent ans, aux crises du règne de Louis XV, à celles des révolutions modernes qu'il conviendrait, à propos des difficultés financières de rheure actuelle et de périls coloniaux futurs, d'aller agiter le spectre de dangers mortels ! . . .
Quelque difficile qu'il puisse paraître de vouloir arrêter la fatalité, quelque téméraire qu'il puisse sembler de chercher à enrayer des mouvements séculaires, et d'aller se buter à une répétition des choses qui semble devoir être éternelle, ne serait-il pourtant pas préférable de consentir à nous courber devant des exigences insurmontables? Pourquoi toujours nous entêterionsnous à ne pas tenir compte des enseignements du passé, des nécessités du présent, des menaces de l'avenir?
Ne vaudrait-il pas mieux essayer de supprimer de la vie de notre pays les causes trop souvent répétées qui l'affaiblissent, pour placer à jamais notre magnifique France dans une situation définitive de sécurité, de paix, de prospérité, où ne pourraient plus jamais l'atteindre les moindres secousses?