‹ La France au DahomeyChapitre 100 sur 122 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

niai, directeur des affaires politiques, passait un traité par lequel toute la région située au nord de notre colonie du Dahomey est placée sous le proectorat de la France.

On confond quelquefois le Bariba avec le Borgou. Pendant mon passage à la direction des affaires politiques, il m'a été donné d'interviewer des notables originaires de Liki, et leur ignorance au sujet des faits, gestes et noms de leurs voisins m'a confirmé dans cette idée que, depuis Barth et les frères Lander, qui n'ont eux-mêmes rapporté que des observations recueillies de la bouche des indigènes, les multiples États situés entre le Tschandjo et le Niger ont subi plusieurs révolutions qui ont anéanti le prestige et l'influence problématiques des sultans de Sokoto, les prétendus suzerains de ces contrées. En 1830, le Borgou payait, paraît-il, tribut au roi de Boussa. Mais les Peulhs, les conquérants du Soudan, auraient également soumis à leur autorité toutes les populations disséminées dans ces parages. Il semble difficile d'établir des droits de vassalité sur des souvenirs transmis verbalement de père en fils, sur des légendes et des chansons rappelant une époque héroïque, presque voisine d'un âge préhistorique. Les nombreux marchands venus de Salaga, de Liki et même du Haoussa nous ont déclaré que la reine des Baribas, Aïccoré, résidait à Thoui, à trois jours de marche au nord de Savé; que le roi de Liki, Mouza, gouvernait son peuple d'après les lois et coutumes anciennes, qu'il ne payait tribut à personne, que ses cavaliers étaient les premiers du monde et que son pays n'appartenait qu'à Dieu.

Le Dr Wolff a laissé aussi de précieux renseignements sur les routes qui du Sougou conduisent au Dahomey, ainsi que sur celles du Sougou à Babba sur le Niger, par Perere et Liki en seize jours, de Liki à llorin, de Perere à Abéochouta, du Sougou à Salaga en quinze jours, du Sougou à la rivière de Sokoto en vingt et un jours, d'Aledjo à Jendi, de Liki au Noupé. Tous ces itinéraires sont presque neufs et peu fréquentés en ce moment. Quant au Borgou, Clapperton, à son second voyage à Sokoto, en 1826, en avait entendu parler comme d'un grand Etat situé à l'ouest du Niger entre le Gourma et le Yoruba, mais ce nom était presque oublié.

La ligne de démarcation entre le Dahomey et la colonie anglaise de Lagos n'est pas déterminée astronomiquement dans le nord de nos possessions. Du 26 mai au 6 juin 1890 une commission mixte, composée de M. Tracou, lieutenant de vaisseau, pour la France, et M. Mackentry, commandant l'aviso de la marine royale VAlecto, a procédé dans la lagune de Porto-Novo aux opérations d'une première délimitation. La commission a placé une borne à l'endroit désigné par l'arrangement du 10 août 1889, sur la rive droite de la rivière de Porto- Novo, vis-à-vis de la crique d'Adjara. Les observations à l'horizon artificiel ont donné pour résultat : latitude, 6° 23' 51" N. ; longitude, 0°25' 25" E. de Paris. Une deuxième borne a été placée au confluent des deux rivières Ocpara et Adjara, qui forment l'estuaire dénommé, sur les cartes, Adjara, en amont du village de Djofi appartenant au royaume de Pocra. La position de ce point est : latitude, 6° 38' 15" N. ; longitude, 0° 26' 34" E. de Paris. C'est par ce méridien

0° 26' 34" que passe la limite franco-anglaise prolongée d'après la convention de i 889 jusqu'au 9e parallèle.

« La géographie a ses lois, disait Prévost-Paradol ', et lorsque deux nations également civilisées sont en rivalité pour l'exploitation commerciale ou la domination politique d'un point quelconque du globe, c'est la plus voisine qui en fin de compte a le plus de chances pour l'emporter. » Or nous sommes sur le méridien zéro, sur le chemin direct de Cotonou à Say, point déjà atteint en 1891 par le commandant Monteil. En faisant communiquer le Dahomey avec le Gando, en englobant le Bariba dans notre nouvelle conquête, nous atteignons la route des caravanes qui vont de Salaga et du Mossi au Sokoto et au lac Tchad; Liki paraît être le point de convergence des marchands et voyageurs de l'intérieur. Le jour où toutes les peuplades dispersées dans la boucle du Niger auront accès à la mer, le jour où nos possessions de l'Afrique occidentale formeront un tout homogène au point de vue politique, nous posséderons un véritable empire colonial pouvant rémunérer largement les capitaux qui s'engageront dans les entreprises de différent ordre, et il faut espérer que ce jour n'est pas très éloigné.

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